Washington Wall Street Watch 2020-04

Washington Wall Street Watch 2020-04

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                                                                            

-La croissance du PIB s’établit à 0,5 % au 4ème trimestre 2019 et à 2,3 % sur l’ensemble de l’année 2019

-Le Congressional Budget Office publie son rapport annuel sur l’économie et les finances publiques

-Les tensions refluent sur le marché interbancaire

Politiques macroéconomiques                                                                       

-La Fed laisse ses taux d’intérêt inchangés et prépare la sortie de son soutien au marché interbancaire

Régulation financière                                                                                       

-Les régulateurs proposent une nouvelle révision de la règle Volcker

-Des investisseurs critiquent les propositions de la SEC relatives au droit des actionnaires

Brèves 

 


                                                                                                                                         

Conjoncture                                                                                  

 

La croissance du PIB s’établit à 0,5 % au 4ème trimestre 2019 et à 2,3 % sur l’ensemble de l’année 2019

La première estimation des comptes nationaux du 4ème trimestre 2019 par le Bureau of Economic Analysis fait état d’une croissance de 0,5 %, un rythme équivalent à celui du 3ème trimestre. L’activité a été portée par la consommation des ménages (contribution de 0,3 point) et le commerce extérieur (0,4 point) tandis que l’évolution des stocks a pénalisé la croissance (-0,3 point).

Sur l’ensemble de l’année 2019, la croissance américaine ressort à 2,3 %, après 2,9 % en 2018. La demande intérieure a été le principal moteur de l’activité grâce au dynamisme de la consommation des ménages (+1,8 %) et de la demande publique (+0,4 %), sous l’effet d’une politique budgétaire toujours expansionniste et d’un marché du travail dynamique. À l’inverse, malgré les baisses d’impôts, l’investissement, hors secteur immobilier, a progressé de façon moins prononcée (+0,3 %) que les années précédentes (+0,8 % en 2018 et +0,6 % en 2017), en conséquence des retombées négatives des tensions commerciales et du ralentissement de la croissance mondiale.

 

Le Congressional Budget Office publie son rapport annuel sur l’économie et les finances publiques

Le Congressional Budget Office (CBO), l’organe non partisan du Congrès chargé de l’évaluation des politiques publiques, a publié l’édition 2020 de son rapport annuel, qui comprend des projections économiques et budgétaires actualisées.

Le CBO anticipe un ralentissement de la croissance économique américaine au cours des prochaines années : de 2,2 % en 2020, elle passerait à 1,8 % en 2021 et à 1,6 % en 2022. Ce ralentissement serait provoqué par une contribution à la croissance plus faible de la demande intérieure et de l’investissement des entreprises, en particulier dans les secteurs pétrolier et aéronautique.

Le CBO rappelle par ailleurs la dégradation à venir des comptes publics américains. Le déficit budgétaire atteindrait 4,6 % sur l’année fiscale 2020 et 4,8 % en moyenne sur la décennie 2021-2030. Ce déséquilibre découle, d’une part, de la réforme fiscale de 2017 qui grève les recettes et, d’autre part, de l’augmentation des dépenses de santé et de retraite induites par le vieillissement démographique (+2,7 points de PIB de dépenses au total pour ces deux postes).

Cette dynamique déficitaire conduirait à une forte progression de la dette fédérale, qui passerait de 81 % du PIB en 2020 à 98 % en 2030. La dette publique atteindrait 180 % en 2050.

 

Les tensions refluent sur le marché interbancaire

L’écart entre le taux interbancaire à trois mois (Libor) et le swap de même maturité indexé sur les taux au jour le jour (overnight indexed swap), considéré comme un indicateur de la santé du marché interbancaire, a enregistré une baisse prononcée depuis le début d’année 2020. Après avoir atteint 35 points en moyenne au 4ème trimestre 2019, cet écart est désormais proche de 18 points, un niveau inférieur à sa moyenne constatée après la crise financière de 2008-2010.

Cette détente observée sur le marché interbancaire découle de l’augmentation des réserves excédentaires des banques, grâce aux opérations quotidiennes et aux achats d’actifs de la Fed, ainsi qu’à la fin des frictions fréquemment observées en fin de trimestre.

                            Écart entre le taux Libor et l’overnight indexed swap à 3 mois (exprimé en points de base)

                                                                          Source : Thomson Reuters

 


 

Politiques macroéconomiques                                                

 

La Fed laisse ses taux d’intérêt inchangés et prépare la sortie de son soutien au marché interbancaire

 Le Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) a maintenu, comme attendu, la fourchette-cible des taux fed funds à [1,5 %-1,75 %] à l’issue de sa réunion des 28 et 29 janvier.

Si son appréciation de la situation économique est à peine modifiée, la Fed exprime une inquiétude plus prononcée quant à la faiblesse persistante de l’inflation. Elle signale désormais dans son communiqué qu’elle attend désormais un retour de l’inflation à un niveau d’au moins, et non plus « proche de», sa cible de 2 %. Malgré la récente conclusion de l’accord commercial « de phase 1 » avec la Chine, le président de la Fed, Jerome Powell, a rappelé que les multiples négociations commerciales actuellement menées par les États-Unis contribuent à maintenir un climat d’incertitude. Dans ce contexte, la politique monétaire accommodante est maintenue pour soutenir l’activité et favoriser une hausse des prix plus soutenue.

De plus, les opérations de pension-livrée de la Fed sont prolongées au moins jusqu’en avril 2020, afin d’atteindre un niveau de réserves excédentaires compatible avec un fonctionnement fluide du marché interbancaire. La Fed indique qu’elle arrêtera progressivement ses interventions sur le marché interbancaire et qu’elle réduira le montant mensuel de ses achats d’actifs, pour les ramener à un niveau équivalent à la croissance de son passif (monnaie en circulation, compte de dépôt du Treasury), qui est liée à l’activité économique.

 


 

Régulation financière                                                      

 

Les régulateurs proposent une nouvelle révision de la règle Volcker

 Le 30 janvier, les agences fédérales de régulation financière ont publié une deuxième proposition de révision de la règle Volcker, après celle adoptée en novembre 2019. Pour mémoire, la règle Volcker interdit depuis 2013 aux banques qui bénéficient de la garantie fédérale des dépôts les activités spéculatives pour compte propre (« proprietary trading ») et la détention ou le sponsoring de parts de fonds privés (« covered funds ») comme les hedge funds et les private equity.

Cette proposition assouplit notamment les restrictions à l’investissement des banques dans les « covered funds ». Trois principales modifications sont ainsi proposées : (i) les banques seraient autorisées à investir ou à promouvoir les investissements dans des fonds de capital-risque (venture capital funds, VC) et certains autres véhicules d’investissement « de long terme » ; (ii) les banques seraient également autorisées à investir dans les « covered funds » qui présentent un risque jugé faible (sont notamment visées les opérations de compensation et de règlement-livraison de transactions financières) ; et (iii) les fonds gérés et distribués hors des États-Unis (« foreign funds ») seraient formellement exemptés de la règle.

Au sein de la Fed, la gouverneure Lael Brainard a voté contre la proposition, expliquant que les assouplissements qu’elle contient encourageraient les banques à prendre des risques dont la matérialisation a mené à la dernière crise financière.

Cette proposition est désormais soumise à une période de commentaires publics jusqu’au 1er avril 2020.

 

Des investisseurs critiquent les propositions de la SEC relatives au droit des actionnaires

 Le 24 janvier, le comité consultatif (Investor Advisory Committee) de la Securities and Exchange Commission (SEC, le régulateur des marchés boursiers), qui est composé de représentants d’entreprises d’investissements, a critiqué les propositions de règle que la SEC a publiées le 5 novembre 2019. Ces textes portent sur les propositions de résolutions des actionnaires et sur les agences en conseil de vote (proxy advisors).

 Le comité estime que ces propositions de règle, qui prévoient entre autres la hausse des seuils de participation requis pour soumettre une motion et la possibilité pour les sociétés cotées de commenter les recommandations des proxy advisors avant leur diffusion, « limiteraient la capacité des actionnaires à intervenir efficacement dans la gouvernance des sociétés cotées ». Il invite donc la SEC à mieux évaluer l’impact de ces règles, notamment sur les petits actionnaires, et propose des alternatives telles que la limitation des informations (proxy material) consultables par les sociétés cotées en amont des assemblées générales.

 


 

Brèves                                                                                 

 

-Interrogé au cours de la conférence de presse clôturant la réunion de politique monétaire des 28 et 29 janvier, Jerome Powell a indiqué que la Fed réfléchissait à intégrer le Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier (Network for Greening the Financial System).

 

-Jerome Powell sera auditionné le 11 février par la commission des services financiers de la Chambre des Représentants dans le cadre de l’audition semestrielle de la Fed par le Congrès.

 

-Le 30 janvier, la Fed a adopté à l’unanimité sa règle relative à la méthode d’appréciation du contrôle d’un établissement de crédit par une entreprise d’un autre secteur, nécessaire pour déterminer si un établissement doit être placé sous sa supervision. La règle vise à encourager les investisseurs à entrer au capital des établissements de crédit, en clarifiant les critères utilisés par la Fed dans la procédure d’évaluation d’une situation de contrôle.

 

-Le 24 janvier, le Consumer Financial Protection Bureau (CFPB) a précisé sa doctrine relative à la lutte contre les pratiques dites « abusives », en application du Dodd-Frank Act de 2010. Les principes d’application retenus limitent les sanctions aux seuls délits ne faisant pas par ailleurs l’objet d’une condamnation pour pratique déloyale (« unfairness») et pour lesquels l’intention malveillante de l’intermédiaire financier est démontrée.

 

-Le 24 janvier, la SEC a publié ses deux rapports annuels sur les agences de notation financière. Le premier rapport évalue la conformité règlementaire des neuf agences enregistrées auprès d’elle (parmi lesquelles, Standard& Poor’s, Moody’s et Fitch). Le second, destiné au Congrès, analyse les niveaux de concurrence, de transparence et de risque de conflits d’intérêts dans le secteur de la notation financière.

 

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