Washington Wall Street Watch 2020-02

Washington Wall Street Watch 2020-02

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                                                                            

-Lannée 2019 sest conclue sur une croissance modérée des salaires

-Linflation a accéléré en décembre

-Le Beige Book note une détérioration de la situation du secteur manufacturier

Politiques macroéconomiques                                                                       

-La Fed amorce une sortie très progressive de son soutien au marché interbancaire

-La Chine nest plus qualifiée de pays manipulateur de sa devise par le Treasury

-Trois présidents de Fed régionales sinquiètent des risques sur la stabilité financière

Régulation financière                                                                                       

-Les banques américaines ont publié leurs résultats du quatrième trimestre 2019

-Des élus démocrates déposent un recours contre la « règle fiduciaire » de la SEC

Brèves

 


                                                                                                                                          

Conjoncture                                                                                  

 

L’année 2019 s’est conclue sur une  croissance modérée des salaires

Le rapport mensuel sur la situation de l’emploi, publié le 10 janvier par le Bureau of Labor Statistics, indique que 145 000 nouveaux emplois ont été créés aux États-Unis au cours du mois de décembre 2019. Sur l’ensemble de l’année 2019, l’emploi a augmenté de 0,8 %.

Le taux de chômage se maintient à 3,5 % (-0,4 point sur un an) tandis que le taux de chômage élargi, intégrant le temps partiel subi, recule à 6,7 % (-0,2 point, -0,9 point sur douze mois) et atteint à cette occasion un plus bas historique. Le taux d’activité se maintient à 63,2 %.

La croissance des salaires sur douze mois fléchit à 2,9 % (- 0,2 point), le plus faible rythme constaté depuis septembre 2018.

 

L’inflation a accéléré en décembre

Selon le rapport du Bureau of Labor Statistics, l’indice des prix à la consommation a progressé de 0,2 % en décembre, porté par la hausse marquée de la composante énergétique (+1,4 %). La composante sous-jacente augmente de 0,1 %.

Sur douze mois glissants, l’inflation s’établit à 2,3 % tant pour l’indice global (+0,2 point) que le sous-jacent (rythme inchangé). Les prix de l’énergie (+3,4 %), le coût du logement (+3,2 %) et des services médicaux (+5,1 %) enregistrent les progressions les plus soutenues.

 

Le Beige Book note une détérioration de la situation du secteur manufacturier

Le nouveau Beige Book de la Federal Reserve, publié le 15 janvier et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme modeste au cours des six dernières semaines de l’année 2019. La consommation sur cette période est jugée « solide » et l’activité bien orientée. En revanche, l’activité manufacturière a de nouveau stagné et l’incertitude liée à l’environnement commercial international a continué de peser sur une partie des entreprises.

L’emploi progresse à un rythme modeste. Les difficultés de recrutement perdurent, ce qui favorise la progression des salaires. Les entreprises signalent également un recours accru aux incitations financières, à la formation continue et, de façon plus inédite, à l’automatisation de certains procédés afin de pallier le manque de main d’œuvre. Les secteurs manufacturier et de l’énergie se distinguent toutefois par une baisse des embauches et des suppressions d’emplois.

Enfin, les pressions sur les salaires et les prix sont toujours jugées modestes.

 


 

Politiques macroéconomiques                                                

 

La Fed amorce une sortie très progressive de son soutien au marché interbancaire

La Fed de New York, qui exécute les opérations de politique monétaire au nom du comité de politique monétaire (FOMC), a annoncé le 14 janvier que le montant offert dans le cadre des opérations de refinancement à terme (14 jours) diminuerait de 35 Md USD à 30 Md USD à compter du 4 février. Le plafond de ses opérations journalières de refinancement au jour le jour est, lui, maintenu à 120 Md USD.

Quoique marginale à ce stade, cette réduction du soutien au marché interbancaire confirme l’intention de la Fed d’arrêter ses opérations de refinancement. Déjà signalée dans les minutes de la réunion de politique monétaire de décembre, cette intention a été réaffirmée par Richard Clarida, le vice-président de la Fed, qui a indiqué le 9 janvier « qu’il pourrait être approprié de cesser les opérations de refinancement cette année à mesure que les réserves excédentaires augmentent grâce aux achats de Treasuries ». Ce soutien pourrait toutefois rester nécessaire jusqu’au mois d’avril, durant lequel d’importants flux bancaires seront générés par le paiement des impôts sur le revenu et sur les sociétés.

 

La Chine n’est plus qualifiée de pays manipulateur de sa devise par le Treasury

Le Treasury a publié le 13 janvier son rapport semestriel sur les politiques de change des principaux partenaires commerciaux des États-Unis. Ce rapport aurait dû initialement être publié en octobre 2019.

Dix pays sont identifiés par le Treasury comme requérant un suivi spécifique de leur politique de change : la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, Singapour, la Malaisie et le Vietnam. À l’exception de la Chine, qui ne remplit qu’un seul des trois critères fixés par le Treasury (excédent commercial supérieur à 20 Md USD sur les douze derniers mois, excédent de balance courante en excès de 2 % sur la même période et interventions unilatérales et répétées sur le marché des changes), ces pays remplissent chacun deux critères.

Surtout, la Chine n’est plus qualifiée de pays manipulateur de sa devise, le Treasury revenant sur sa décision du 5 août 2019. Ce changement découle des engagements pris par les autorités chinoises dans le cadre du pré-accord commercial entre les États-Unis et la Chine (phase one deal). Toutefois, la Chine continuera de faire l’objet d’un suivi spécifique en raison du volume de son excédent commercial avec les États-Unis.

Par ailleurs, le rapport du Treasury déplore le ralentissement de la croissance mondiale et enjoint les pays qui le peuvent à utiliser leurs marges de manœuvre budgétaires (fiscal space) afin de soutenir l’activité. Sont nommément visés la Corée du Sud, les Pays-Bas et l’Allemagne, cette dernière étant d’ailleurs l’objet de commentaires peu amènes : le rapport juge en effet sa politique budgétaire « excessivement conservatrice » et pointe la divergence entre l’évolution de ses coûts salariaux et ceux du reste de la zone euro, qui favoriserait la compétitivité allemande.

 

Trois présidents de Fed régionales s’inquiètent des risques sur la stabilité financière

Eric Rosengren, Patrick Harker et Robert Kaplan, respectivement présidents des Fed régionales de Boston, Philadelphie et Dallas, craignent que la récente baisse des taux d’intérêt de la Fed ne contribue à encourager la prise de risques excessifs, au détriment de la stabilité financière. Ils citent notamment les risques émanant de l’endettement croissant des entreprises, en particulier pour celles jugées les plus risquées (high yield).

Selon eux, si ces risques ne sont pas de nature à affecter l’évolution de l’économie à court terme, ils doivent impérativement être pris en compte, au même titre que l’inflation, dans le cadre des prochaines décisions de politique monétaire. Pour cette raison, ils s’opposent tous les trois à une baisse supplémentaire des taux d’intérêt directeurs.

 


 

Régulation financière                                                      

 

Les banques américaines ont publié leurs résultats pour le quatrième trimestre 2019

Cette semaine, les six plus grandes banques américaines en termes d’actifs (JPMorgan Chase, Bank of America, Wells Fargo, Citigroup, Goldman Sachs et Morgan Stanley) ont publié leurs résultats pour le T4 2019.

Ces résultats suggèrent que les profits des banques américaines n’ont, dans l’ensemble, pas souffert des baisses des taux directeurs décidées par la Fed en 2019.

Les pourcentages entre parenthèses représentent la variation du PNB par rapport au T4 2018

Source : états financiers des banques américaines au T4 2019

 

Des élus démocrates déposent un recours contre la « règle fiduciaire » de la SEC

Un recours (amicus curiae brief), déposé le 3 janvier devant la cour d’appel du 2ème circuit par plusieurs membres du Congrès et d’anciens élus démocrates, demande l’annulation de la règle publiée le 12 juillet 2019 par la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, relative aux obligations fiduciaires de certains intermédiaires financiers. Cette règle, dénommée Regulation Best Interest (RBI), définit le code de conduite à respecter par les courtiers (broker-dealers). Ces derniers doivent désormais agir dans le « meilleur intérêt de leurs clients ».

Les plaignants, parmi lesquels Chris Dodd et Barney Frank, deux anciens élus démocrates à l’origine de la loi éponyme adoptée en 2010 après la crise financière, estiment que la règle RBI néglige une des dispositions clés du Dodd-Frank Act (DFA), à savoir l’alignement du cadre règlementaire des courtiers sur celui des conseillers en investissement (investment advisors). Ils estiment notamment que la clause du « meilleur intérêt » introduite pour les courtiers ne constitue pas en soi une obligation fiduciaire suffisante.

Des recours similaires, déposés en 2019 par plusieurs États fédérés, sont actuellement en cours d’examen.

 


 

Brèves                                                                                                                               

 

-Le 14 janvier, la SEC a publié un communiqué pour alerter les investisseurs au sujet des risques associés aux initial exchange offerings (IEO), un type de levée de fonds numérique qui se distingue des initial coin offerings (ICO) par l’intervention d’une plateforme d’échange en ligne servant d’intermédiaire entre le souscripteur et l’émetteur de titres.

 

-Dans une lettre qu’ils ont adressée le 13 janvier aux présidents de la SEC et de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), les sénateurs démocrates Elizabeth Warren et Chris Van Hollen ont demandé l’ouverture d’une enquête pour déterminer si les attaques menées par l’armée américaine le 2 janvier en Irak avaient donné lieu à des délits d’initiés. Les deux sénateurs soupçonnent en effet Donald Trump d’avoir divulgué à son entourage des informations privilégiées sur l’imminence de frappes aériennes en Irak, ces informations ayant pu être utilisées sur les marchés financiers.

 

-Le 16 janvier, le commissaire démocrate de la SEC, Robert Jackson, a fait connaître sa décision de quitter ses fonctions dès le 14 février prochain. Il appartient désormais à la Maison-Blanche de nommer son successeur.

 

-Le 14 janvier, la société BlackRock a adressé une lettre à ses clients dans laquelle le gestionnaire d’actifs américain indique qu’il va dorénavant placer la soutenabilité au cœur de sa stratégie d’ Ce document, publié concomitamment à la lettre annuelle du PDG de BlackRock, Larry Fink, aux dirigeants d’entreprises, comporte plusieurs annonces, notamment le doublement de l’offre de fonds indiciels cotés (ETF) investis sur la base de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et la fin progressive de ses investissements dans la production de charbon (thermal coal production).

 

-Les États de New York et de Californie ont annoncé, respectivement les 9 et 10 janvier, qu’ils allaient chacun créer une agence locale dédiée à la protection des consommateurs de produits et services financiers. Ces deux futures agences sont appelées à compenser le « désengagement du régulateur fédéral », le Consumer Financial Protection Bureau – CFPB («stepping down and refusing to enforce critical consumer protection laws»).

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