Washington Wall Street Watch 2019-44

Washington Wall Street Watch 2019-44

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                                                                            

-Le marché du travail a connu une nouvelle embellie en novembre

-Linflation a poursuivi son accélération en novembre

Politiques macroéconomiques                                                                       

-La Fed laisse ses taux dintérêt inchangés à lissue de sa réunion de politique monétaire

-Faute daccord bipartisan sur un budget annuel, le Congrès envisage un nouveau budget temporaire

-Ladministration Trump restreint laccès aux timbres alimentaires

Régulation financière                                                                                       

-La CFTC retarde la mise en place des exigences en capital pour les swap dealers

-Un ancien gouverneur de la Fed doute que la réglementation bancaire soit à lorigine des tensions récentes sur la liquidité

Brèves    

 


                                                                                                                    

Conjoncture                                                                                  

 

Le marché du travail a connu une nouvelle embellie en novembre

 Le rapport mensuel sur la situation de l’emploi, publié le 6 décembre par le Bureau of Labor Statistics, fait état de 266 000 créations d’emplois en novembre. Ce chiffre est nettement supérieur aux attentes du consensus (+180 000), même s’il bénéficie en partie du retour au travail des salariés de General Motors, qui étaient en grève pendant 40 jours. Les révisions apportées aux statistiques de septembre et octobre font du reste apparaître 41 000 créations d’emplois supplémentaires sur ces deux mois.

Ce rythme soutenu de création d’emplois favorise la baisse du taux de chômage, qui atteint 3,5 % et 6,9 % dans sa définition élargie qui tient compte du temps partiel subi (-0,1 point dans les deux cas). Si le taux d’activité baisse légèrement, à 62,2 %, le taux d’emploi des 25-54 ans enregistre une nouvelle hausse et retrouve, à 80,3 %, son niveau de janvier 2007 (+5,5 point depuis décembre 2009).

La progression des salaires ne profite pas de ces tensions apparentes sur le marché de l’emploi, s’établissant à 3,1 % (-0,1 point), un niveau proche de celui constaté depuis le début de l’année 2019.

 

L’inflation a poursuivi son accélération en novembre

 L’indice des prix à la consommation (CPI) a progressé de 0,3 % en novembre, selon le rapport du Bureau of Labor Statistics publié le 11 décembre. Cette hausse englobe la quasi-totalité des biens et services, la composante énergétique affichant la plus forte augmentation (+0,8 %). L’inflation sous-jacente ressort également en hausse, à 0,2 %.

 Sur douze mois, la hausse des prix atteint 2,1 % pour l’indice global (+0,3 point) et 2,3 % pour la composante sous-jacente (rythme inchangé).

 


 

Politiques macroéconomiques                                                

 

La Fed laisse ses taux d’intérêt inchangés à l’issue de sa réunion de politique monétaire

 Le Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) a maintenu, comme attendu, la fourchette-cible des taux fed funds à [1,5 %-1,75 %] à l’issue de sa réunion des 10 et 11 décembre.

Le FOMC considère que la politique monétaire accommodante est appropriée et n’entend pas la faire évoluer tant qu’aucun changement notable de la situation économique n’aura été constaté. Pour autant, la politique monétaire n’est pas « sur une trajectoire prédéterminée » (« on a preset course ») et le communiqué de la Fed signale une vigilance marquée à l’égard des évolutions de l’inflation (cf. infra) et de la situation économique mondiale.

Le président de la Fed a déploré la faiblesse persistante de l’inflation et craint qu’elle ne finisse par réduire les marges de manœuvre de la politique monétaire. Le FOMC fait donc d’une accélération durable de l’inflation une condition préalable à une nouvelle hausse de taux d’intérêt.

Ses projections économiques n’ayant que très marginalement évolué, la Fed prévoit de laisser ses taux d’intérêt inchangés en 2020 et envisage un relèvement unique des taux en 2021.

Le FOMC continue par ailleurs d’évaluer différents dispositifs afin d’améliorer la stabilité du marché interbancaire, mais reste encore loin d’une décision. Dans l’immédiat, les travaux se concentrent sur des aménagements de la réglementation et/ou de la supervision qui permettraient d’améliorer la circulation de la liquidité sur le marché sans pour autant fragiliser la stabilité financière. J. Powell estime que ces initiatives ne devraient toutefois pas aboutir avant plusieurs mois.

 

Faute d’accord bipartisan sur un budget annuel, le Congrès envisage un nouveau budget temporaire

 En l’absence de lois de finances depuis le début de l’année fiscale 2020, soit le 1er octobre dernier, le Congrès a adopté deux budgets temporaires consécutifs (continuing resolutions). Le dernier en date, adopté fin novembre, expire le 20 décembre.

L’examen des lois de finances pour 2020 (appropriation bills) reste pourtant au point mort. Les discussions achoppent sur la question du financement d’un mur à la frontière avec le Mexique, sur le budget alloué au département de la sécurité intérieure et sur la compensation des crédits non perçus par certaines agences fédérales en 2019 du fait de leur utilisation par la Maison-Blanche pour financer le mur, une manœuvre que les Démocrates souhaitent empêcher l’exécutif d’utiliser en 2020.

Les parlementaires chargés des négociations budgétaires espèrent toutefois aboutir à un vote des chambres avant les fêtes de fin d’année, mais ils n’ont toujours pas défini le montant des 12 enveloppes de dépenses discrétionnaires. En l’absence d’accord, le Congrès devrait examiner un nouveau budget temporaire qui pourrait s’étendre jusque mi-février. Faute de texte budgétaire le 21 décembre, les administrations fédérales entreraient en shutdown (arrêt des services publics définis comme non essentiels).

 

L’administration Trump restreint l’accès aux timbres alimentaires

Le 5 décembre, le département de l’Agriculture (USDA) a publié une règle finale modifiant les conditions d’accès des adultes célibataires et n’ayant pas la charge d’une personne dépendante au Supplemental Nutrition Assistance Program (SNAP), aussi connu sous le nom de « timbres alimentaires » (Food Stamp Program). Ce programme consiste en la fourniture d’une aide alimentaire aux personnes percevant un revenu net inférieur au seuil de pauvreté (13 064 USD par an pour une personne seule en 2018).

Actuellement, ces personnes voient leur accès à l’aide alimentaire limité à une période de trois mois tous les trois ans. Cette durée maximale peut néanmoins être étendue pour les personnes qui travaillent ou suivent une formation, ainsi que dans les territoires confrontés à une dégradation de leur situation économique.

La nouvelle règle de l’USDA supprime la possibilité qu’avaient les États fédérés de solliciter cette extension, en limitant ce droit aux seuls comtés et municipalités. Ces derniers devront en outre justifier d’un taux de chômage supérieur à 6 % et dépassant de 20 % la moyenne nationale pendant les deux années qui précèdent la demande.

Sonny Perdue, le secrétaire à l’Agriculture, a indiqué que la nouvelle règle conduira à exclure 688 000 personnes sur les 36 millions utilisateurs de timbres alimentaires, générant ainsi une économie de 5,5 Md USD sur la période 2020-2025. De nombreux économistes ont critiqué cette mesure, qui affaiblit un des principaux stabilisateurs automatiques en période de crise.

 



Régulation financière                                                      

 

La CFTC retarde la mise en place des exigences en capital pour les swap dealers

 Le 10 décembre, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés de produits dérivés, a publié deux propositions de règles portant sur les opérations de swaps.

La première proposition ouvre une nouvelle période de commentaires publics sur l’introduction d’exigences en capital pour les swap dealers, un dispositif règlementaire prévu par le Dodd-Frank Act. Cette consultation durera 75 jours. Le commissaire Dan Berkovitz a voté contre cette proposition, estimant qu’elle conduirait à réduire les exigences en capital proposées en 2011 et 2016.

La seconde proposition, adoptée à l’unanimité, vise à rendre permanente l’exemption aux exigences de compensation centralisée pour les swaps effectués entre sociétés affiliées.

 

Un ancien gouverneur de la Fed doute que la réglementation bancaire soit à l’origine des tensions récentes sur la liquidité

 Lors d’une conférence organisée par la Brookings Institution le 5 décembre, Daniel Tarullo, un ancien gouverneur de la Fed, s’est interrogé sur le lien entre la règlementation bancaire et les récents épisodes de tensions sur le marché interbancaire.

Tarullo a tout d’abord expliqué que ces épisodes avaient confirmé le caractère systémique des plus grandes banques et qu’il serait donc inopportun de réduire leurs exigences en capital, comme la GSIB surcharge.

Il a ensuite défendu la pertinence du ratio de liquidité à un mois (LCR), sans néanmoins exclure que sa mise en œuvre par les banques puisse avoir des effets négatifs sur la liquidité du marché interbancaire – il a d’ailleurs   regretté l’absence de données agrégées provenant des banques pour confirmer ou infirmer cette hypothèse.

 


 

Brèves

 

-Paul Volcker, qui a été le président de la Fed de 1979 à 1987, est décédé le 8 décembre à l’âge de 92 ans. Après la dernière crise financière, il avait contribué à l’élaboration du nouveau cadre prudentiel et à l’écriture de la règle qui limite l’activité spéculative des banques américaines et qui porte son nom.

-Le 11 décembre, l’Office of Financial Research  (OFR), rattaché au Treasury, a publié son rapport annuel sur les risques pesant sur la stabilité financière. L’OFR considère le niveau de risque général modéré, mais note que les risques macroéconomique et de marché sont à des niveaux élevés.

-Le 9 décembre, l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) a publié son rapport semestriel sur les risques pesant sur le système bancaire américain. S’il souligne la solidité (soundness) financière des banques, le rapport identifie toutefois plusieurs risques, comme ceux liés aux nouvelles technologies et à la concurrence des institutions financières non-bancaires.

-Le 12 décembre, la Federal Deposit Insurance Corporation(FDIC) et l’OCC ont publié une proposition de réforme du cadre règlementaire d’application du Community Reinvestment Act  (CRA). Cette loi vise à faciliter l’accès des personnes à faible revenu et des minorités aux services bancaires. La proposition est soumise à une période de consultation publique de 60 jours. Plusieurs élus démocrates ont reproché aux deux agences d’avoir préparé ce texte sans les avoir préalablement consultés.

-Le président de la Securities Industry and Financial Markets Association (SIFMA), Ken Bentsen, a déclaré le 10 décembre être préoccupé par la sécurité des données des investisseurs participant au Consolidated Audit Trail (CAT). Le projet CAT doit permettre à la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, d’avoir une vision consolidée des cotations et des flux d’actifs financiers, sur la base des données fournies par les participants de marché.

-Le 6 décembre, la SEC  a rejeté le projet du New York Stock Exchange (NYSE) de permettre les levées de fonds par cotation directe (direct listing). NYSE a soumis le 12 décembre une version révisée de son projet.

-Dans un communiqué du 3 décembre, plusieurs agences de régulation, dont la Fed, ont indiqué que les banques n’avaient désormais plus l’obligation de signaler les opérations de leurs clients qu’elles suspectent d’être associées à la production de cannabis (hemp-related businesses).

-Le 10 décembre, le Nasdaq a lancé le Sustainable Bond Network, une plateforme sur laquelle les émetteurs d’obligations vertes ou socialement responsables pourront publier des informations sur ces titres accessibles par tous les investisseurs.

-Le 10 novembre, la Cour suprême de l’État de New York a acquitté la compagnie pétrolière Exxon Mobil, accusée l’an dernier par l’État de New York d’avoir trompé ses actionnaires en minimisant le coût économique du changement climatique pour ses activités.

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