Washington Wall Street Watch 2019-43

Washington Wall Street Watch 2019-43

Sommaire

Conjoncture                                                                            

-Le Beige Book signale une croissance limitée de l’activité

-L’indice manufacturier PMI a reculé en novembre

Politiques macroéconomiques                                                                       

-Le président de la Fed se félicite des améliorations observées sur le marché du travail

-La gouverneure Brainard propose de faire évoluer la politique monétaire de la Fed

-Les marchés anticipent un statu quo à l’issue de la réunion de la Fed des 10 et 11 décembre

-Candidate à un poste de gouverneur à la Fed, J. Shelton relativise l’indépendance de la banque centrale

Régulation financière                                                                                       

-Les régulateurs bancaires défendent leur action en faveur d’un allègement des exigences prudentielles

-Les régulateurs financiers s’inquiètent de l’essor des prêts immobiliers non-bancaires

-La SEC propose des modifications au cadre d’investissement dans les produits dérivés

Brèves        

 


                                                                                                      

Conjoncture                                                                                  

 

Le Beige Book signale une croissance limitée de l’activité

 Le nouveau Beige Book de la Federal Reserve, publié le 27 novembre et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme modeste entre début octobre et mi-novembre. Si l’activité reste bien orientée dans le secteur des services, le secteur industriel est confronté à une croissance atone. Les tensions commerciales avec la Chine ont pesé sur l’activité.

L’emploi continue également de progresser. En dépit des difficultés de recrutement déplorées par de nombreux secteurs, la croissance des salaires reste modérée, tout comme la hausse des prix.

 

L’indice manufacturier PMI a reculé en novembre

 L’indice des directeurs des achats du secteur manufacturier (PMI), publié par l’Institute of Supply Management le 2 décembre, a reculé à 48,1 % en novembre (- 0,2 point) et s’établit très en-deçà des attentes du consensus des analystes (49,4 %) et du seuil de 50 % indiquant une augmentation de l’activité. Les composantes liées aux nouvelles commandes et aux exportations affichent une baisse marquée (- 1,9 point, à 47,2 %, et – 2,5 points, à 47,9 %).

L’indice des services a également reculé, à 53,9 % (- 0,8 point) mais continue de signaler une croissance de l’activité. La composante liée à l’activité connaît un important décrochage (- 5,4 points, à 51,6 %).

Les éléments qualitatifs des deux enquêtes font très largement ressortir l’effet négatif des tensions commerciales sur l’activité.

 


 

Politiques macroéconomiques                                                

          

Le président de la Fed se félicite des améliorations observées sur le marché du travail

 Dans un discours le 25 novembre, Jerome Powell, le président de la Fed, a réaffirmé que l’orientation actuelle de la politique monétaire était appropriée au regard de la situation économique, ouvrant ainsi la voie à un statu quo à l’issue de la prochaine réunion de politique monétaire (cf. infra).

Il a souligné les effets positifs du cycle de croissance historiquement long sur le marché du travail. Il s’est notamment réjoui que les créations d’emplois aient favorisé une croissance soutenue des salaires pour les personnes les moins qualifiées et un rebond du taux d’activité, malgré des pressions démographiques défavorables. Enfin il s’est félicité que cette situation favorable bénéficie désormais à des populations durablement marginalisées ou discriminées sur le marché du travail (personnes ayant un passé judiciaire, minorités ethniques, personnes handicapées, etc.).

Ce constat le conduit à penser que des marges d’amélioration subsistent sur le marché du travail et que le taux du chômage d’équilibre est plus faible qu’estimé ces dernières années. J. Powell y voit une raison supplémentaire de conserver une politique monétaire accommodante.

 

La gouverneure Brainard propose de faire évoluer la politique monétaire de la Fed

 Le 26 novembre, la gouverneure de la Fed Lael Brainard a exposé ses réflexions dans le cadre de la revue stratégique menée par la Fed.

Elle s’est notamment dite favorable à l’average inflation targeting, pratique qui consisterait pour la Fed à accepter temporairement une inflation légèrement supérieure à 2 % pour compenser les périodes de plus faible inflation et obtenir une inflation moyenne de 2 %. Plutôt qu’une règle formelle, L. Brainard préconise une approche flexible : au cas où la Fed constaterait que l’inflation s’établit de façon persistante en-deçà de sa cible de 2 %, elle pourrait alors choisir de cibler une inflation légèrement supérieure à 2 % pour une période prédéfinie (par exemple une cible d’inflation de 2,5 % sur une période de trois ans). Selon la gouverneure, cette approche permettrait de mieux ancrer les anticipations d’inflation et renforcerait la crédibilité de la banque centrale.

En outre, L. Brainard s’est dite favorable à la mise en place d’une politique dite de « contrôle de la courbe des taux » des obligations du Trésor (yield curve control) si la politique monétaire était de nouveau contrainte par le plancher des taux d’intérêt nuls.

 

Les marchés anticipent un statu quo à l’issue de la réunion de la Fed des 10 et 11 décembre

 La réunion du comité de politique monétaire de la Federal Reserve (FOMC) des 10 et 11 décembre pourrait se conclure par un statu quo, laissant la fourchette des taux directeurs inchangés à [1,5 %-1,75 %]. Les marchés accordent en effet à cette hypothèse une probabilité supérieure à 95 % (selon les contrats futures fed funds à 30 jours).

Au cours des dernières semaines, tous les membres du FOMC se sont exprimés sur le caractère approprié de la politique monétaire actuelle (cf. supra).

 

Candidate à un poste de gouverneur à la Fed, J. Shelton relativise l’indépendance de la banque centrale

 Le 22 novembre, Judy Shelton, la candidate proposée par D. Trump au dernier poste vacant de gouverneur de la Fed, a relayé sur Twitter les dispositions du Humphrey-Hawkins Act de 1977 relatives au mandat de la banque centrale et en particulier son indépendance.

Cette publication intervient après que l’agence d’information financière Bloomberg avait rapporté que J. Shelton avait mis en doute, lors d’un échange informel tenu en marge des dernières assemblées annuelles du FMI, l’existence d’un fondement juridique à l’indépendance politique de la Fed.

 


 

Régulation financière                                                      

 

Les régulateurs bancaires défendent leur action en faveur d’un allègement de la réglementation prudentielle

 Auditionnés à la Chambre des Représentants et au Sénat les 4 et 5 décembre, le vice-président de la Fed chargé de la supervision, Randal Quarles, la présidente de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), Jelena McWilliams, et le président de la National Credit Union Administration (NCUA), Rodney Hood, ont défendu l’action menée par leurs agences depuis environ deux ans pour réduire les contraintes réglementaires pesant sur les établissements de crédit.

En particulier, Randal Quarles a rappelé le mandat confié par le Congrès aux régulateurs en mai 2018 pour réformer le cadre prudentiel issu de la crise financière (Dodd-Frank Act). Il a jugé pertinent de mener cette réforme dans un contexte où le système bancaire américain est « stable, sûr et résilient », paraphrasant ainsi le dernier rapport de la Fed sur la supervision et la régulation, publié le 26 novembre. Il a ajouté que la Fed avait l’intention de finaliser le nouveau coussin de fonds propres de sécurité (stress capital buffer, SCB) pour les grandes banques avant le prochain exercice de tests de résistance bancaires en 2020.

Le vice-président de la Fed a par ailleurs été interrogé sur les fortes tensions apparues sur le marché interbancaire en septembre dernier, marquées par la progression brutale du taux des opérations de pension-livrée (repo). Parmi les facteurs explicatifs « nombreux et complexes » de cet épisode de volatilité, il a estimé que les exigences de détention de liquidité applicables aux banques avaient pu jouer un rôle, mais modeste. Certains établissements privilégieraient en effet les réserves excédentaires de la Fed à des titres obligataires, malgré un traitement règlementaire équivalent de leur niveau de liquidité.

Les présidents de la FDIC et de la NCUA ont répondu à plusieurs questions relatives aux inégalités territoriales et ethniques dans l’accès au crédit. J. McWilliams a notamment appelé à une réforme du Community Reinvestment Act (CRA), afin de réduire le nombre d’Américains qui sont privés partiellement (24 millions) ou totalement (8 millions) d’accès aux services bancaires de base.

 

Les régulateurs financiers s’inquiètent de l’essor des prêts immobiliers non-bancaires

 Le 4 décembre, le Financial Stability Oversight Council (FSOC), l’organe de coordination des régulateurs financiers créé par le Dodd-Frank Act, a publié son rapport annuel sur la situation du secteur financier aux États-Unis.

Le rapport considère que le niveau de risques pesant sur la stabilité financière reste modéré. Néanmoins, le FSOC identifie plusieurs menaces pour la stabilité financière, parmi lesquelles le ralentissement économique chinois, le Brexit, les cyber-risques, les niveaux d’endettement, le risque systémique posé par les chambres de compensation, la transition vers un taux alternatif à celui du LIBOR et les tensions sur le financement de court terme (repo market).

Le FSOC s’inquiète par ailleurs de l’essor des prêts immobiliers non-bancaires, qui constituent aujourd’hui la moitié du marché américain du crédit hypothécaire. Il souligne en particulier la vulnérabilité des institutions non-bancaires aux chocs économiques du fait de leurs niveaux de liquidité et de capitalisation relativement faibles.

 

La SEC propose des modifications au cadre d’investissement dans les produits dérivés

 Le 25 novembre, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a proposé des révisions à sa réglementation des véhicules d’investissement en produits dérivés.

La règle introduirait deux nouvelles obligations pour les distributeurs de ces produits : la conduite d’un programme de gestion des risques liés aux dérivés et l’instauration d’un niveau de value-at-risk (VaR) maximal. Ces exigences ne s’appliqueraient qu’aux fonds dont l’exposition aux produits dérivés dépasse 10 % des actifs nets, avec une exemption pour les véhicules utilisant les dérivés pour la couverture d’un risque de change. Ces exigences s’accompagneraient d’obligations de reporting sur les niveaux de VaR et d’exposition aux dérivés.

Par ailleurs, la règle obligerait les courtiers à mener des travaux de due diligence supplémentaires avant de pouvoir exécuter un ordre d’achat ou de vente d’un fonds exposé à des produits dérivés.

Enfin, la SEC propose d’alléger la procédure d’enregistrement des fonds indiciels cotés (Exchange-Traded Funds, ETF) à effet de levier, en supprimant la procédure d’exemption actuellement requise – ce qui est déjà le cas, depuis septembre dernier, pour les ETF « ouverts ».

 


 

Brèves

 

-Dans une lettre adressée le 3 décembre au secrétaire général de l’OCDE, le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a appelé les pays membres de l’OCDE à renoncer aux initiatives « unilatérales » en matière de taxation de l’économie numérique. S. Mnuchin a indiqué qu’il était favorable à un accord international, conditionnant celui-ci à certaines révisions du système fiscal international.

 

-Constatant des inquiétudes liées à de possibles tensions sur le marché interbancaire à la fin du mois de décembre, la Fed a augmenté le volume de ses opérations de refinancement à 28 et 42 jours, le montant offert passant de 15 Md USD à 25 Md USD.

 

-Le 25 novembre, la Fed a publié un rapport sur l’accès aux services bancaires dans les régions rurales. 40 % des comtés américains ont vu leur nombre d’agences bancaires baisser entre 2012 et 2017, un phénomène particulièrement marqué dans les comtés ruraux les plus pauvres.

 

-Le 26 novembre, la FDIC a publié les résultats consolidés des banques au troisième trimestre 2019. En glissement annuel, le résultat net des banques a diminué de 7,3 %, à 57,4 Md USD, la marge nette d’intérêt a baissé de 10 pb à 3,35 %, tandis que les bénéfices des petites banques (community banks) ont progressé de 7,2 % pour atteindre 6,9 Md USD.

 

-Le 5 décembre, le FSOC a finalisé sa nouvelle procédure de désignation des entités systémiques non-bancaires. Cette procédure substitue une approche liée aux activités (activity-based approach) à celle liée aux entités (entity-based approach).

 

-Le 25 novembre, l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) a annoncé une baisse de 10 % des contributions des banques à son budget 2020. Le directeur du régulateur bancaire, Joseph Otting, a précisé que cette baisse était rendue possible par la meilleure maîtrise des coûts opérationnels de l’OCC.

 

-Le 2 décembre, l’inspection générale de la SEC a publié son rapport semestriel au Congrès pour la période allant du 1er avril au 30 septembre 2019, qui révèle notamment une hausse du nombre de plaintes reçues par l’agence par rapport au trimestre précédent (545 contre 484). Le 25 novembre, la CFTC a quant à elle publié son rapport annuel sur les sanctions (enforcement actions) prises en 2019, année marquée par une hausse de l’action coercitive par rapport à 2018.

 

-Le 26 novembre, le New York Stock Exchange (NYSE) a soumis à la SEC une proposition de règle pour permettre les levées de fonds par cotation directe (direct listing), un mode d’introduction en bourse moins coûteux car ne requérant pas l’intervention de banques intermédiaires.

 

-Le 25 novembre, la maison de courtage Charles Schwab Corp. a annoncé l’acquisition de TD Ameritrade. La transaction, qui sera réglée en titres et est prévue pour le second semestre 2020, valorise TD Ameritrade à 26 Md USD.

 

Abonnement/Désabonnement : afws@dgtresor.gouv.fr

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