Washington Wall Street Watch 2019-41

Washington Wall Street Watch 2019-41

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-L’inflation a été portée par la hausse des prix de l’énergie en octobre

Politiques macroéconomiques                                                                       

-Le Congrès pourrait adopter un nouveau budget temporaire jusqu’au 20 décembre

-Des élus républicains envisagent de nouvelles baisses d’impôts

-Le président de la Fed, Jerome Powell, a été auditionné par le Congrès

-Le vice-président de la Fed analyse les facteurs du recul des taux d’intérêt de long terme

-Le président de la Fed de Boston promeut la régulation prudentielle face aux risques économiques

Régulation financière                                                                                                                           

-La gouverneure de la Fed Lael Brainard appelle à davantage d’action sur les risques climatiques

Brèves                                                                                                                        

 


 

Conjoncture                                                                                  

 

L’inflation a été portée par la hausse des prix de l’énergie en octobre

L’indice des prix à la consommation a progressé de 0,4 % en octobre selon le Bureau of Labor Statistics, la plus forte hausse constatée depuis mars 2019. Cette évolution s’explique notamment par le rebond des prix de l’énergie (+2,7 %). La composante sous-jacente affiche une hausse plus limitée de 0,2 %.

Sur douze mois glissants, l’inflation accélère à 1,8 % (+0,1 %) tandis que l’inflation sous-jacente fléchit, à 2,3 % (-0,1 point).

 


 

Politiques macroéconomiques                                                

 

Le Congrès pourrait adopter un nouveau budget temporaire jusqu’au 20 décembre

En l’absence de loi de finances depuis le 1er octobre dernier, qui marquait le début de l’année fiscale pour 2020, le Congrès avait adopté un budget provisoire (continuing resolution) qui expirera le 21 novembre.

Depuis, le Congrès n’a toutefois adopté aucune des douze enveloppes de dépenses discrétionnaires (appropriations) pour l’année fiscale 2020. En conséquence, les parlementaires impliqués dans ces discussions ont annoncé qu’un nouveau budget temporaire serait examiné avant le 21 novembre afin de préserver la continuité du financement de l’État fédéral et d’éviter un shutdown. Cette initiative est soutenue par la Maison-Blanche.

La date butoir de ce nouveau budget temporaire serait le 20 décembre, dans l’espoir que l’approche des fêtes de fin d’année facilite les négociations. En 2018, une situation analogue n’avait pas empêché un shutdown à la suite du veto de D. Trump au budget temporaire.

 

Des élus républicains envisagent de nouvelles baisses d’impôts

Kevin Brady, qui dirige le groupe républicain à la commission chargée des affaires fiscales (Ways and Means) de la Chambre des Représentants et qui a été un fer de lance de la réforme fiscale de fin 2017, a publié une tribune le 7 novembre appelant à une nouvelle réforme fiscale en 2020.

Son objectif est double : (i) pérenniser les baisses d’impôts consenties aux ménages en 2017, qui doivent expirer en 2025 et (ii) baisser encore l’impôt sur les sociétés, K. Brady expliquant que la compétitivité fiscale des États-Unis s’est affaiblie après que six pays, dont la France, ont allégé leur propre fiscalité.

Cette tribune s’inscrit dans la continuité de déclarations en ce sens de la part de D. Trump le 12 novembre, de L. Kudlow (directeur du National Economic Council) le 13 septembre, ou encore du secrétaire au Trésor, S. Mnuchin, le 9 septembre.

 

Le président de la Fed, Jerome Powell, a été auditionné par le Congrès

Jerome Powell, le président de la Fed, a été auditionné les 13 et 14 novembre par le Joint Economic Committee, un organe bicaméral du Congrès, et par la commission du budget de la Chambre des Représentants. Ces auditions sont distinctes de celles requises chaque semestre devant les commissions chargées des services financiers de chaque chambre.

Le président de la Fed a estimé que l’économie américaine est « en bonne santé » et s’attend à ce que cette situation perdure grâce au soutien apporté depuis l’été par la politique monétaire. Il a une nouvelle fois indiqué que l’évolution des taux d’intérêt serait étroitement conditionnée à celle des données économiques. Il a réaffirmé le caractère technique des mesures prises pour stabiliser le marché interbancaire depuis le mois de septembre, en soulignant qu’elles n’affectaient pas l’orientation de la politique monétaire.

Dans son discours liminaire, J. Powell a aussi alerté les parlementaires sur l’évolution « insoutenable » de la dette publique américaine, dont il redoute qu’elle n’entrave les capacités d’action budgétaire en cas de récession et ne bride, à long terme, l’investissement privé.

Il est à noter que J. Powell a de nouveau reçu le soutien de nombreux parlementaires, Républicains comme Démocrates, qui ont ouvertement fustigé les attaques de D. Trump à l’encontre de la Fed.

 

Le vice-président de la Fed analyse les facteurs du recul des taux d’intérêt de long terme

À l’occasion d’un discours à la Banque nationale de Suisse, Richard Clarida, un vice-président de la Fed, a analysé la baisse tendancielle des taux d’intérêt de long terme.

Il en identifie trois facteurs principaux : (i) la baisse des taux d’intérêt anticipés, en lien avec le glissement du taux d’intérêt d’équilibre ; (ii) la diminution de l’inflation anticipée (-2 points depuis 1989), qu’il interprète comme la conséquence de la diminution du niveau et de la volatilité de l’inflation avec la généralisation du ciblage de l’inflation dans les grandes économies ; (iii) la baisse de la prime de terme (-2,5 points), qui s’expliquerait par un moindre risque d’inflation perçu par les investisseurs, l’effet des programmes de rachats d’actifs ainsi que l’utilisation croissante d’obligations publiques comme instrument de couverture de portefeuille.

Selon R. Clarida, cet environnement contraindrait l’efficacité des instruments de politique monétaire car, en cas de récession, les taux d’intérêt de long terme ne pourraient pas baisser autant que lors des cycles précédents (en moyenne, de 360 points de base).

 

Le président de la Fed de Boston promeut la régulation prudentielle face aux risques économiques

Dans le cadre d’une intervention à la Banque centrale de Norvège, Eric Rosengren, le président de la Fed de Boston, a rappelé que la faiblesse des taux d’intérêt limite les marges de manœuvre de la politique monétaire pour enrayer une récession. Cet environnement a également favorisé une hausse de l’endettement privé qui pourrait réduire l’efficacité des baisses de taux d’intérêt. E. Rosengren a indiqué que ces deux risques ont motivé sa décision de s’opposer aux trois baisses de taux d’intérêt décidées par la Fed depuis juillet.

Selon lui, l’impulsion insuffisante de la politique monétaire octroie un rôle plus important aux autres instruments de politique économique, notamment les politiques budgétaire et macroprudentielle. À cet égard, E. Rosengren (i) déplore que les États-Unis se singularisent par leur refus de recourir au coussin de fonds propres contra-cyclique, (ii) s’inquiète de la dégradation continue de certains ratios de solvabilité des banques systémiques américaines (equity capital ratio et tier 1 leverage ratio), critiquant en outre le récent assouplissement de la régulation bancaire et (iii) juge sévèrement la méthodologie des stress tests, dont l’horizon limité (9 trimestres) ne rendrait pas bien compte des effets négatifs d’un ralentissement économique prolongé.

Il se dit au contraire favorable à une augmentation conjoncturelle du ratio de fonds propres des banques, qui constituerait un levier d’assouplissement des conditions de crédit en période de crise.

Rosengren a également mentionné l’augmentation de la dette des entreprises non financières et la dégradation de la qualité de cette dette, en regrettant que la réglementation bancaire américaine ne permette pas, contrairement à d’autres juridictions, de plafonner l’exposition des banques aux leveraged loans.

 


 

Régulation financière     

 

La gouverneure de la Fed Lael Brainard appelle à davantage d’action sur les risques climatiques

Dans un discours prononcé le 8 novembre, la gouverneure de la Fed Lael Brainard s’est émue des conséquences que le dérèglement climatique pourrait avoir sur l’économie et le système financier. En particulier, L. Brainard a indiqué qu’il appartenait à la Fed d’analyser et de s’adapter au risque climatique, ce dernier étant selon la gouverneure susceptible d’affecter l’ensemble de son périmètre d’action : la politique monétaire, la stabilité financière, la régulation et la supervision financières, la protection des consommateurs, le soutien des communautés à faible revenu et les systèmes de paiement.

Brainard a d’abord insisté sur la difficulté d’analyser les conséquences économiques du changement climatique, qu’elle assimile à un choc d’offre aux effets incertains et persistants sur toutes les composantes de la croissance de long terme. Ces évolutions affecteront directement le niveau du taux d’intérêt d’équilibre, le taux qui n’est ni accommodant ni restrictif pour la croissance.

Dans un second temps, la gouverneure a présenté les risques que fait peser le changement climatique sur la stabilité du système financier. Craignant que la valeur de certains actifs ne reflète pas leur exposition aux risques climatiques, elle a estimé, se référant à la crise des subprimes, qu’une correction en cas de catastrophes naturelles pourrait entraîner une réaction en chaîne sur l’ensemble de l’économie. À ce titre, L. Brainard a enjoint les banques à mieux identifier, mesurer et gérer les risques climatiques. La gouverneure a également insisté sur le rôle qui incombe aux entreprises de crédit de soutenir, dans le cadre du Community Reinvestment Act (CRA), les populations à faibles revenus lorsqu’elles sont touchées par une catastrophe naturelle.

Enfin, L. Brainard a estimé que les interlocuteurs internationaux de la Fed avaient pris les devants dans la réflexion sur les risques climatiques, citant la Banque d’Angleterre, le conseil de stabilité financière (Financial Stability Board, FSB) et le Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier (Central Banks and Supervisors Network for Greening the Financial System, NGFS).

 


 

Brèves

 

-Le 6 novembre, les sénateurs Marco Rubio (Républicain) et Jeanne Shaheen (Démocrate) ont déposé le Taxpayers and Savers Protections Act, une proposition de loi visant à interdire au fonds de pension des employés fédéraux (Federal Retirement Thrift Investment Board, FRTIB) d’investir dans des entreprises chinoises.

 

-Le 7 novembre, le Treasury a publié une proposition de règle abaissant le montant minimum que les retraités doivent retirer chaque année de leur plan d’épargne-retraite pour être exemptés de fiscalité. Cette mesure, qui résulte d’un décret (executive order) d’août 2018, vise à adapter les conditions de gestion de ces plans d’épargne à l’allongement de l’espérance de vie.

 

-Le 7 novembre, la CFTC a annoncé avoir infligé une amende de 67,4 MUSD à la société de trading pour compte propre Tower Research Capital LLC, la plus lourde sanction jamais requise par l’agence pour un cas de « spoofing », une technique de manipulation des prix consistant à émettre des ordres d’achat et de vente significatifs sur certains titres avant de les annuler, ceci afin d’obtenir des mouvements de marché favorables. Tower Research Capital LLC est accusé d’avoir mené plusieurs manipulations de ce type entre 2012 et 2013.

 

-Le 8 novembre, la Fed a annoncé son intention d’accorder aux banques non américaines (foreign banking organizations, FBO) un délai supplémentaire de 18 mois pour se mettre en conformité avec sa règle de juin 2018 relative aux limites de contrepartie unique (single counterparty credit limits, SCCL).

 

-Le Département de la Justice a annoncé le 8 novembre que les banques BB&T et SunTrust, qui projettent de fusionner, ont accepté de céder, dans le cadre de cette fusion, 28 de leurs succursales, localisées en Caroline du Nord, en Virginie et en Géorgie et représentant un total 2,3 Md USD de dépôts. La Fed et la FDIC doivent encore approuver le projet de fusion entre les deux banques.

 

-Le 13 novembre, le Wall Street Journal a rapporté que Google pourrait prochainement fournir un service bancaire à ses usagers, sous la forme d’un compte courant. Ce projet, dénommé « Cache » et mené en partenariat avec la banque américaine Citigroup et la coopérative de crédit de l’université de Stanford, verrait le jour en 2020. La veille, Facebook avait présenté Facebook Pay, un système de paiement entre les utilisateurs des divers réseaux sociaux affiliés à Facebook (Facebook, Instagram, Messenger et WhatsApp).

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