Washington Wall Street Watch 2019-38

Washington Wall Street Watch 2019-38

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Les tensions persistent sur le marché interbancaire, obligeant la Fed à intensifier ses interventions

Politiques macroéconomiques                                                                       

-Les marchés s’attendent à une baisse des taux d’intérêt lors de la réunion de la Fed des 29 et 30 octobre

-La perspective d’un nouveau budget temporaire se dessine au Congrès

-Le Congrès échoue de nouveau à bloquer le financement du mur à la frontière mexicaine

Régulation financière                                                                                                                           

-Mark Zuckerberg a été auditionné par la Chambre des Représentants

-La Fed et la FDIC vont évaluer l’efficacité du système CAMELS, qui note la santé financière des banques

-L’administration Trump a été auditionnée sur son projet de réforme du financement de l’immobilier

Brèves             

 


                                                                                                           

Conjoncture                                                                                  

          

Les tensions persistent sur le marché interbancaire, obligeant la Fed à renforcer ses interventions

Le taux des prêts interbancaires au jour le jour assorties d’un collatéral (pension livrée, ou repo) a connu une nouvelle hausse marquée au cours de la semaine du 14 octobre, après celles enregistrées au milieu et la fin du mois de septembre. Le taux de repo a atteint près de 2,35 % le 16 octobre alors que le taux effectif des fed funds (prêt au jour le jour sans collatéral) ressortait dans le même temps à 1,85 %.

                                                              Taux des opérations de repo au jour le jour

                                                                          Sources : ICAP, Reuters

 

Autre signe des tensions persistantes : l’écart entre le taux interbancaire à trois mois (Libor) et le swap de même maturité indexé sur les taux au jour le jour (overnight indexed swap), élevé, n’enregistre aucun recul ces dernières semaines, malgré les interventions répétées de la Fed. Ce spread est généralement considéré comme un indicateur de la santé du marché interbancaire.

                               Écart entre le taux Libor à 3 mois et l’overnight indexed swap (exprimé en points de base)

                                                                            Source : Federal Reserve

La résurgence des tensions a conduit à la Fed à intensifier de ses interventions sur le marché interbancaire. Le montant des opérations de repo au jour le jour passe de 75 à 120 Md USD par jour jusqu’au 14 novembre celui des opérations à terme est relevé de 35 à 45 Md USD.


          

Politiques macroéconomiques  

                                                        

Les marchés s’attendent à une baisse des taux d’intérêt lors de la réunion de la Fed des 29 et 30 octobre

La réunion du comité de politique monétaire de la Federal Reserve (FOMC) des 29 et 30 octobre pourrait aboutir à une nouvelle baisse de la fourchette cible des taux fed funds, la portant à [1,5 %-1,75 %]. Les marchés accordent en effet à cette hypothèse une probabilité d’environ 95 % (selon les contrats futures fed funds à 30 jours).

Les membres du FOMC considèrent un nouvel assouplissement de la politique monétaire comme nécessaire pour soutenir l’activité confrontée aux effets négatifs induits par les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine.

Dans une intervention le 18 octobre, le vice-président de la Fed Richard Clarida a défendu cette appréciation et souligné les risques qui pèsent sur l’activité, mais a souligné que la décision perçue n’était pas encore prise, rappelant que la politique monétaire n’était pas sur « une trajectoire prédéterminée » (« on a preset course »).

Dans un tweet du 24 octobre, Donald Trump a estimé que « la Fed manquait à ses obligations si elle ne baisse pas les taux d’intérêt et, même, idéalement, ne stimule pas [l’économie] ».

          

La perspective d’un nouveau budget temporaire se dessine au Congrès

Le texte de prorogation budgétaire (continuing resolution) adopté le 26 septembre assure la continuité du financement de l’État fédéral jusqu’au 21 novembre, en l’absence de loi de finance pour l’année fiscale 2020, entamée le 1er octobre.

Le Congrès ne dispose plus que de trois semaines de temps législatif avant l’échéance de la continuing resolution et la procédure budgétaire ne progresse que très lentement, aucune loi de finance partielle n’ayant encore été examinée en séance plénière.

Les parlementaires des commissions chargées de l’allocation des fonds (appropriations) envisagent donc une nouvelle prorogation budgétaire afin d’achever l’examen des lois de finance. Une échéance au printemps est évoquée, mais les discussions sont encore au stade des prémices.

          

Le Congrès échoue de nouveau à bloquer le financement du mur à la frontière mexicaine

Donald Trump avait apposé son veto à la seconde résolution du Congrès (resolution of disaproval), initiée cette fois par le Sénat, visant à mettre un terme à la procédure d’urgence invoquée par la Maison-Blanche en février 2019 pour affecter des fonds des départements du Trésor et de la Défense au financement d’un mur à la frontière avec le Mexique.

Le Sénat a tenté de renverser le veto présidentiel, ce qui requiert une majorité des deux tiers de chaque chambre du Congrès. L’initiative a néanmoins échoué à recueillir une majorité suffisamment large (53-36). Après l’échec de la première résolution initiée en mars par la Chambre des Représentants, cet échec met un coup d’arrêt définitif à la procédure parlementaire visant à déjouer la manœuvre budgétaire utilisée par la Maison-Blanche.

 


 

Régulation financière     

          

Mark Zuckerberg a été auditionné par la Chambre des Représentants

Le 23 octobre, le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a été auditionné par la commission des services financiers de la Chambre des Représentants. L’audition a principalement porté sur le projet Libra.

Face à la tonalité largement hostile des questions qui lui ont été adressées, le PDG de Facebook s’est défendu en indiquant notamment que : (i) le projet Libra visait à apporter un service financier au milliard d’individus dépourvus d’accès à un compte bancaire dans le monde, (ii) il renforcerait la suprématie financière des États-Unis dans la mesure où le panier de devises auquel il serait adossé serait principalement composé de dollars américains, (iii) aucun déploiement du Libra n’aurait lieu hors des États-Unis sans l’aval des régulateurs américains, (iv) sans innovation financière, les États-Unis se laisseraient dangereusement devancer par la Chine dans leur confrontation économique.

Enfin, M.  Zuckerberg a de nouveau expliqué que le Libra constituait, non pas une nouvelle banque en ligne, mais un moyen de paiement adossé à une cryptommonnaie utilisant la blockchain. S’il n’a, à aucun moment, évoqué un possible abandon du projet malgré les difficultés qu’il rencontre actuellement, M. Zuckerberg a toutefois suggéré que Facebook, comme tout membre de l’association Libra, était susceptible de s’en retirer un jour.

          

La Fed et la FDIC vont évaluer l’efficacité du système CAMELS, qui note la santé financière des banques

Le 17 octobre, la Fed et la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) ont annoncé l’ouverture d’une période de commentaires (request for comments) au sujet du CAMELS, système de notation de la santé financière des banques dont les dépôts sont garantis par la FDIC.

Pour rappel, le CAMELS, mis en place en 1979, évalue la situation des banques en fonction de six piliers : le niveau de capitalisation, la qualité des actifs, le management, les résultats financiers, la liquidité et la sensibilité au risque de marché. Il attribue enfin une note composite sanctionnant la situation globale de l’institution. Ces notes, qui ne sont pas rendues publiques, sont utilisées par les agences de supervision bancaire pour adapter leur niveau de vigilance au profil de risque des banques et éventuellement décider de mesures coercitives.

Lors de sa nomination à la tête de la FDIC en 2018, Jelena McWilliams avait déjà exprimé son souhait d’évaluer l’application du système CAMELS par les trois agences bancaires fédérales (Fed, FDIC et OCC – Office of the Comptroller of the Currency). Cet outil de supervision est par ailleurs critiqué par les banques.

          

L’administration Trump a été auditionnée au sujet du projet de réforme du financement de l’immobilier

Le 22 octobre, la commission des services financiers de la Chambre des Représentants a auditionné Steven Mnuchin, secrétaire au Trésor, Mark Calabria, directeur de la Federal Housing Finance Agency, et Ben Carson, secrétaire au Logement, au sujet du projet de réforme du financement du marché immobilier américain. Pour mémoire, ce plan, dévoilé en septembre, préconise une série de mesures pour mettre fin à la tutelle de Fannie Mae et Freddie Mac, les deux principales entreprises parapubliques (government-sponsored entreprise, GSE) chargées de la titrisation des crédits hypothécaires américains.

En introduction, la présidente démocrate de la commission, Maxine Waters, a vertement critiqué un plan qu’elle juge « désastreux » pour le marché immobilier américain, estimant qu’il priverait les familles à faible revenu de l’accès à la propriété.

En réponse, S.  Mnunchin a assuré que la réforme n’affecterait pas le logement social et indiqué que l’aide publique aux crédits hypothécaires à taux fixe sur 30 ans serait maintenue. Il a également défendu la préconisation de supprimer les « affordable housing goals », qui imposent aux GSE de racheter une certaine proportion de crédits contractés par des emprunteurs à bas revenu, et a recommandé la mise en place d’un mécanisme alternatif « sur mesure » (tailored).

Mark Calabria a quant à lui estimé que l’accès au logement était un « problème national » dont les racines seraient locales, pointant notamment les règlementations environnementales ou des permis de construction trop exigeants qui augmenteraient, selon lui, le prix du logement.

 


 

Brèves

 

-Dans une lettre datée du 18 octobre, la sénatrice Démocrate Elizabeth Warren a demandé au secrétaire au Trésor Steven Mnuchin, en tant que président du Financial Stability Oversight Council (FSOC), de clarifier la séquence d’événements ayant conduit à l’émergence de tensions sur le marché interbancaire et à des interventions de la Fed. La sénatrice s’inquiète en outre que les banques n’utilisent cet épisode pour appuyer leurs demandes d’un assouplissement des exigences de liquidité.

 

-Le 22 octobre, la Chambre des Représentants a adopté le Corporate Transparency Act, un projet de loi bipartisan visant à empêcher l’utilisation de sociétés écrans pour dissimuler des activités illégales. Le texte imposerait aux entreprises de communiquer à FinCEN, le bureau du Trésor chargé de lutter contre la criminalité financière, l’identité précise de ses propriétaires effectifs.

 

-Le 22 octobre, un tribunal fédéral de New York a statué que l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) n’avait pas le pouvoir d’octroyer une charte bancaire à une entité non bancaire et non éligible à la garantie fédérale des dépôts. Cette décision fait suite à la publication en décembre 2016 d’un projet de licence fédérale dédiée aux FinTech et qui avait fait l’objet d’un recours intenté par les régulateurs des États fédérés (Conference of Bank State Supervisors). L’OCC a fait part de son intention d’interjeter appel.

 

-La société de cryptomonnaie Ripple a annoncé la nomination à son conseil d’administration de Craig Phillips, ancien conseil du secrétaire au Trésor entre janvier 2017 et juin 2019. Ripple a aussi rejoint la Blockchain Association, qui représente et coordonne les positions des entreprises de cryptomonnaie auprès des autorités publiques.

 

-Le 24 octobre, les agences fédérales de régulation (Commodity Futures Trading Commission, Federal Deposit Insurance Corporation, Office of the Comptroller of the Currency, Securities and Exchange Commission) ont annoncé leur adhésion au réseau Global Financial Innovation Network (GFIN). Les agences américaines rejoignent 46 autres banques centrales, autorités de régulation et organisations internationales afin de renforcer la coopération réglementaire en matière d’innovation financière.

 

-Maxine Waters, présidente de la commission des services financiers de la Chambre des Représentants, et Sherrod Brown, leader de l’opposition démocrate à la commission bancaire du Sénat, ont critiqué dans une lettre aux régulateurs chargés de la mise en œuvre de la règle Volcker (Fed, OCC, SEC, FDIC, et CFTC) leur récente décision d’assouplir les modalités du texte. Ils demandant également une évaluation des risques financiers induits par cette décision.

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