Washington Wall Street Watch 2019-37

Washington Wall Street Watch 2019-37

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Le FMI abaisse à 2,4 % sa prévision de croissance pour les États-Unis en 2019

-Le Beige Book pointe un ralentissement de l’activité

-La production industrielle a rechuté en septembre

-La demande de dette publique américaine a fortement augmenté en août

Politiques macroéconomiques                                                                       

-La Fed annonce un dispositif de soutien au marché interbancaire

-En parallèle, la Fed continue de débattre des évolutions de sa stratégie de politique monétaire

Régulation financière                                                                                                                           

-Les grandes banques américaines ont publié leurs résultats du 3ème trimestre 2019

-La Fed s’inquiète du développement des stablecoins

-La CFTC veut encore alléger le cadre règlementaire des produits dérivés

-D’anciens régulateurs s’inquiètent de la hausse des risques financiers

Brèves  

 


                                                                                                                      

Conjoncture                                                                      

 

Le FMI abaisse à 2,4 % sa prévision de croissance pour les États-Unis en 2019

Dans la nouvelle édition de ses « Perspectives sur l’économie mondiale », le FMI a abaissé sa prévision de croissance américaine à 2,4 % pour 2019 (-0,2 point). A l’inverse, la prévision de croissance pour 2020 est revue à la hausse, à 2,1 %.

 

Le Beige Book pointe un ralentissement de l’activité

Le nouveau Beige Book de la Federal Reserve, publié le 17 octobre et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme faible ou modéré entre mi-août et début octobre. Les tensions commerciales avec la Chine ont pesé sur l’activité.

L’emploi progresse à un rythme faible, même si plusieurs secteurs déplorent toujours des difficultés à recruter, ce qui favorise la progression des salaires, en particulier pour les personnes peu qualifiées.

Les prix ont augmenté à un rythme modéré, sous l’effet notamment de la hausse des droits de douane qui continue à affecter le coût des intrants.

          

La production industrielle a rechuté en septembre

L’indice de production industrielle, publié chaque mois par la Fed, a reculé de 0,4 % en septembre, la majorité des secteurs affichant une baisse marquée. Cette mauvaise performance efface en partie le rebond constaté en août (+0,8 %, révisé à la hausse de 0,2 point). Entre septembre 2018 et septembre 2019, la production industrielle a diminué de 0,1 %, et sa composante manufacturière de 0,9 %. Le taux d’utilisation des capacités fléchit également, à 77,5 % (-0,4 point).

 

La demande de dette publique américaine a fortement augmenté en août

Les données des transactions internationales publiées par le Treasury le 16 octobre montrent que les investisseurs non-résidents ont acheté un volume net de 225,6 Md USD de dette publique américaine en août, soit une hausse de +3,4 % du stock détenu par ces investisseurs. Les nouvelles émissions de titres de dette par le Treasury en août sont un facteur explicatif de cette hausse.

Les plus fortes hausses proviennent des investisseurs domiciliés au Japon (stock de 1 174,7 Md USD, +4 %), au Royaume-Uni (349,9 Md USD, +4,5 %), en Irlande (272,5 Md USD, +5,5 %), au Luxembourg (244,4 Md USD, +6,4 %), aux Îles Caïmans (236,3 Md USD, +8,2 %) et en Pologne (38,8 Md USD, +34,7 %).

De son côté, la Chine (hors Hong Kong) a été relativement peu active en août, diminuant son portefeuille de 6,6 Md USD sur un total de 1 103,5 Md USD d’encours (-0,6 %).

 


 

Politiques macroéconomiques                                     

          

La Fed annonce un dispositif de soutien au marché interbancaire

Le 11 octobre, le comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) a adopté de nouvelles mesures pour stabiliser le marché interbancaire.

En premier lieu, la Fed va acheter chaque mois près de 60 Md USD de titres de dette publique américaine jusqu’au deuxième trimestre 2020. Ces opérations doivent permettre d’augmenter la quantité des réserves excédentaires des banques pour la porter à un niveau au moins égal à celui du début du mois de septembre 2019 (soit environ 1 360 Md USD).

Cette action de la Fed est à distinguer des pro­grammes de rachats d’actifs menés après la crise (quantitative easing), car l’augmentation de la masse monétaire n’a pas pour fonction de suppléer la politique de taux d’intérêt ni de soutenir l’activité économique. Elle conduit la Fed à retrouver le mode de gestion de son bilan qui prévalait avant 2008.

En outre, la Fed prolongera ses opérations de refinancement au jour le jour et ses opérations à terme (14 jours) au moins jusqu’en janvier 2020. Ces opérations seront assorties d’un plafond minimal de respectivement 75 Md USD et 30 Md USD.

Cette décision était attendue mais sa mise en œuvre est plus rapide que ne le pensaient les observateurs, qui attendaient son officialisation à l’issue de la réunion de politique monétaire des 29 et 30 octobre. La Fed a ainsi probablement souhaité lever toute incertitude le plus rapidement possible.

          

La Fed continue de débattre des évolutions de sa stratégie de politique monétaire

Le procès-verbal de la réunion de politique monétaire de septembre relate les débats du FOMC au sujet d’une évolution de la cible d’inflation.

L’une de ses principales hypothèses de travail porte sur une définition de la cible d’inflation qui conduirait la Fed à compenser (makeup) les écarts passés entre l’inflation réalisée et sa cible de 2 %. La Fed pourrait cibler (i) une inflation tendancielle de 2 % strict (price-level targeting), qui l’obligerait à maintenir une politique accommodante plus longtemps, ou (ii) une moyenne d’inflation (average inflation targeting), qui lui laisserait des marges d’appréciation plus importantes.

Si la littérature économique démontre la pertinence de cette stratégie, sa complexité opérationnelle est élevée et rend sa communication difficile, ce qui dissuade à ce stade une partie du FOMC. Sa réussite est en outre conditionnée à la crédibilité de la Fed.

La Fed discute également des instruments utilisables en cas de retour des taux d’intérêt directeurs à la borne zéro. Si les effets du quantative easing et de la communication explicite (forward guidance) déployés depuis la crise sont jugés positifs, le FOMC réfléchit toutefois à des rachats d’actifs spécifiquement ciblés sur certaines maturités de la courbe des taux. Cette opération, dite de « contrôle de la courbe des taux d’intérêt » (yield curve control) et mise en œuvre au Japon, a été soutenue ces derniers jours par le président de la Fed, J. Powell, et par le président de la Fed de Minneapolis, N. Kashkari, alors que la gouverneure L. Brainard s’était aussi exprimée en ce sens en mai.

 


 

Régulation financière

 

Les grandes banques américaines ont publié leurs résultats du 3ème trimestre 2019

                                           Les pourcentages entre parenthèses désignent la variation par rapport au T3 2018

                                            Source : états financiers des banques au T3 2019

                                           * 7,5 Md (+4%) hors charge liée à la fin de la joint-venture avec First Data

Les six plus grandes banques américaines par la taille de bilan (J.P. Morgan Chase, Bank of America, Wells Fargo, Citigroup, Goldman Sachs et Morgan Stanley) ont publié leurs résultats du T3 2019.

Ces résultats ont, dans la plupart des cas, dépassé les attentes des analystes, dans un contexte d’incertitudes croissantes sur l’activité économique, de tensions commerciales et de baisse des taux par la Fed en juillet puis en septembre.

 

Des responsables de la Fed s’inquiètent du développement des stablecoins

Dans une lettre adressée le 13 octobre aux ministres des finances et aux gouverneurs de banques centrales du G20, Randal Quarles, le président du comité de stabilité financière (Financial stability board, FSB) et par ailleurs vice-président de la Fed chargé de la supervision, estime que le développement des stablecoins pose de nombreux défis au système financier en matière de protection des consommateurs, de sécurité des données et de lutte contre la criminalité financière. Il appelle à la mise en place de standards internationaux pour encadrer ce développement.

Dans un discours le 16 octobre, la gouverneure Brainard a exprimé des craintes similaires, citant explicitement le projet Libra de Facebook. Parmi les règles qu’elle appelle à faire appliquer aux stablecoins, elle a mentionné la vérification de l’identité des clients (KYC), pour prévenir le financement d’activités illégales, et la clarification de la typologie des activités liées aux stablecoins afin de déterminer la cadre règlementaire y applicable.

Brainard a également confirmé l’intérêt de la Fed pour l’émission d’une crypto-monnaie « banque centrale », notant toutefois qu’une telle innovation soulèverait des questions légales (enregistrement par un gouvernement des données de paiement de ses citoyens) et opérationnelles (cybersécurité).

 

D’anciens régulateurs s’inquiètent de la hausse des risques financiers

Lors d’une conférence organisée par la Brookings Institution le 16 octobre, l’ex-président de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) de 2011 à 2018, Martin Gruenberg, a mis en garde les régulateurs financiers contre un allègement excessif des exigences prudentielles applicables aux banques, mentionnant en particulier les banques régionales (bilan compris entre 50 et 500 Md USD).

Selon lui, la crise financière déclenchée en 2008 a mis en évidence les conséquences potentiellement graves que pouvait avoir la défaillance d’une banque régionale pour la stabilité financière et le contribuable. Il a ainsi rappelé les pertes financières très élevées (12,4 Md USD) qu’avait subies le fonds de garantie des dépôts de la FDIC à la suite de la faillite de la banque IndyMac (30 Md USD d’actifs en juillet 2008).  M. Gruenberg a souligné que les pouvoirs publics ne pouvaient pas systémiquement compter sur le rachat d’une banque régionale en difficultés par une grande banque systémique. Il a également critiqué les mesures d’allègement adoptées par les régulateurs, citant la réduction de la fréquence et de la granularité des plans de résolutions (living wills) et la suppression totale ou partielle du ratio de liquidité LCR pour les banques aux actifs inférieurs à 250 Md USD.

De même, dans un billet du 15 octobre, l’économiste Nellie Liang, qui avait créé et présidé le service de stabilité financière de la Fed, s’est émue de l’augmentation des risques d’instabilité financière, citant en particulier le niveau de la dette privée. N. Liang estime que la dynamique actuelle de dérégulation financière, combinée à la baisse des taux d’intérêt de la Fed, déséquilibre le système financier, ce qui pourrait avoir un effet amplificateur en cas de récession économique.

 

La CFTC veut encore alléger le cadre règlementaire des produits dérivés

Le 16 octobre, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés de produits dérivés, a publié deux nouvelles propositions de règles visant à exempter certains contrats financiers des exigences de marges.

Depuis le Dodd-Franck Act, les entités ayant conclu des contrats swap dont la compensation n’est pas centralisée (uncleared swaps) doivent s’échanger du collatéral pour sécuriser leurs transactions. Cette exigence s’applique notamment aux entreprises non financières qui détiennent des positions sur des produits dérivés au-delà d’un certain seuil. Depuis 2016, ce seuil est censé être abaissé d’année en année pendant cinq ans.

La première proposition de la CFTC repousserait de douze mois, à septembre 2021, la date d’entrée en vigueur du dernier seuil. La seconde proposition exempterait d’exigences de marges, et de manière permanente, les swaps non compensés qui sont traités avec le Mécanisme Européen de Stabilité (European Stability Mechanism, ESM).

Les deux propositions sont ouvertes à commentaires publics pendant une période de 60 jours. Pour mémoire, en novembre 2018, la CFTC avait consacré le principe d’exemption des exigences de marges pour les swaps conclus avant 2015 (legacy swaps).

 


Brèves

 

-Le prix Nobel d’économie 2019 a été remis le 14 octobre à Esther Duflo (MIT), Abhijit Banerjee (MIT) et Michael Kremer (Harvard) pour leurs travaux sur l’économie du développement.

 

-D’après le journal Politico, dix banques régionales américaines ont écrit aux régulateurs fin septembre pour s’inquiéter des effets sur le marché du crédit de la transition de l’indice LIBOR vers l’indice SOFR.

 

-Le 7 octobre, l’inspection générale de la SEC a publié un rapport qui documente les faibles performances de l’agence en matière d’actions cœrcitives en 2019. Le gel des recrutements et l’augmentation du nombre d’acteurs financiers seraient en les principaux facteurs explicatifs.

 

-Le 11 octobre, la SEC, la CFTC et le FinCEN, l’agence chargée de la lutte contre la criminalité financière, ont clarifié les obligations des entités ayant une activité dans les actifs numériques, en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

 

-Le 14 octobre, la bourse de Chicago (Chicago Mercantile Exchange, CME) a annoncé la mise en place d’un partenariat avec Google Cloud Platform, par lequel les clients de CME Group pourront accéder aux données de marché en temps réel via la plateforme de Google.

 

-Le 11 octobre, la SEC a annoncé la suspension de l’initial coin offering (ICO) de la société Telegram et de sa filiale Open Network. Elles avaient levé 1,7 Md USD depuis janvier 2018, sans l’autorisation préalable de la SEC.

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