Washington Wall Street Watch 2019-30

Washington Wall Street Watch 2019-30

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-La croissance du PIB américain s’établit à +0,5 % au 2ème trimestre 2019

-Le Treasury annonce une forte hausse de ses émissions de dette au second semestre

Politiques macroéconomiques                                                 

-La Fed baisse ses taux d’intérêt mais se montre très prudente sur les évolutions des prochains mois

-Le Congrès adopte l’accord budgétaire bipartisan

-Des élus républicains et démocrates militent en faveur d’une dépréciation du dollar

-Le contentieux juridique sur la construction du mur à la frontière avec le Mexique se poursuit

Régulation financière

-Le nouveau président de la CFTC, Heath Tarbert, a présenté ses priorités d’action

-Des sénateurs républicains appellent à intensifier la déréglementation du secteur bancaire

Brèves                                                                                                                       

 


 

Conjoncture                                                                                 

 

La croissance du PIB américain s’établit à +0,5 % au 2ème trimestre 2019

La première estimation du Bureau of Economic Analysis, publiée le 26 juillet, fait ressortir une croissance du PIB de 0,5 % au 2ème trimestre 2019 (après +0,8 % au T1). L’activité a été principalement portée par la consommation des ménages (+0,7 point) et la commande publique (+0,2 point). À l’inverse, le solde commercial et l’évolution des stocks affichent une contribution négative (-0,2 point dans les deux cas), qui était attendue dans la mesure où ils avaient soutenu la croissance au 1er trimestre sous l’impulsion de facteurs temporaires.

Donald Trump a commenté l’annonce dans un tweet, en estimant que cette performance n’est « pas mauvaise compte tenu de l’ancre très lourde que la Fed fait peser sur l’économie ».

Le BEA a également révisé ses données de PIB pour la période 2014-2019, pour répercuter certains changements de méthodologie (ajustement de la comptabilisation de certains prix, apports de données privées, etc.). Les principales modifications portent sur la croissance de l’année 2017, désormais évaluée à 2,4 % (contre 2,2 % auparavant) et sur l’évolution du taux d’épargne des ménages, révisée à la hausse de plus d’1 point de pourcentage, à 7,7 % fin 2018.

 

Le Treasury annonce une forte hausse de ses émissions de dette au second semestre

Le département du Trésor a sensiblement révisé ses prévisions d’émissions de dette pour le second semestre à la suite de l’accord intervenu au Congrès portant sur l’augmentation des dépenses publiques et le plafond de dette. L’État fédéral prévoit désormais d’émettre 814 Md USD de dette nette au cours du second semestre (dont 433 Md USD sur le seul 3ème trimestre) contre 541 Md USD initialement prévus et 779 Md USD sur la même période en 2018.

Cette nouvelle estimation pourrait être cependant légèrement revue à la baisse, en conséquence de la décision de la Fed, officialisée le 31 juillet, d’anticiper l’arrêt définitif de la réduction de son bilan, et donc de la réduction de son portefeuille de Treasuries (cf. infra). Cette décision devrait réduire de 28 Md USD le besoin de financement de l’État.

Par ailleurs, le département du Trésor envisage d’émettre une obligation à taux variable d’une maturité d’un an et qui serait indexée sur le nouvel indice SOFR (secured overnight financing rate). Ce nouveau titre permettrait au Treasury de diversifier ses supports d’émission et de soutenir la transition du Libor vers le SOFR.

 


 

Politiques macroéconomiques                                                

 

La Fed baisse ses taux d’intérêt mais se montre très prudente sur les évolutions des prochains mois

Le Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) a baissé de 25 points de base la fourchette-cible des taux fed funds, qui s’établit à [2 %-2,25 %] à l’issue de sa réunion des 30 et 31 juillet 2019.

La Fed s’inquiète de la dégradation de l’environnement économique international sur fond de ralentissement généralisé de la croissance (notamment en zone euro et en Chine) et des incertitudes provoquées par les tensions commerciales. La baisse des taux a pour but de limiter leurs effets sur l’économie américaine et de favoriser un raffermissement de l’inflation.

Cette baisse des taux directeurs s’accompagne d’un arrêt anticipé de la réduction du bilan de la Fed dès le 1er août, alors que celui-ci était initialement prévu fin septembre.

Lors de la conférence de presse, le président de la Fed, J. Powell, s’est montré très réservé quant à la possibilité d’une nouvelle baisse des taux dans les prochains mois. Il a ainsi présenté à plusieurs reprises l’assouplissement de la politique monétaire comme un « ajustement de milieu de cycle » (« midcycle adjustment ») et non comme « le départ d’un cycle prolongé de baisse des taux d’intérêt ».

Donald Trump a estimé que cet assouplissement monétaire était insuffisant et a accusé J. Powell de « laisser tomber » les marchés financiers et l’économie américaine.

 

Le Congrès adopte l’accord budgétaire bipartisan

La Chambre des Représentants (284-149) et le Sénat (67-28) ont entériné l’accord sur le relèvement du plafond de dette et l’augmentation des dépenses discrétionnaires pour les années fiscales 2020 et 2021. Sauf surprise, Donald Trump, qui a plusieurs fois appelé les Républicains à soutenir l’accord, devrait prochainement promulguer le texte.

 

Des élus républicains et démocrates militent en faveur d’une dépréciation du dollar

Le 31 juillet, les sénateurs T. Baldwin (Démocrate) et J. Hawley (Républicain) ont déposé une proposition de loi visant à mettre en place une politique de change active sous l’autorité de la Fed et qui aurait pour objectif de déprécier le dollar. Le texte est soutenu par plusieurs groupes d’intérêt du secteur industriel.

Pour cela, la loi amenderait le Federal Reserve Act, texte qui établit les statuts de la banque centrale, pour attribuer à celle-ci un objectif de stabilité du compte courant et la responsabilité de la politique de change.

En outre, une taxe dite d’accès au marché (market access charge) serait créée, qui ciblerait les investisseurs non-résidents impliqués dans des transactions d’actifs financiers américains, toutes classes d’actifs confondues (actions, obligations, dérivés, etc.). Cette mesure a pour but d’affaiblir la demande internationale de dollars et, ainsi, d’encourager sa dépréciation, pour permettre de rétablir un équilibre du compte courant américain en cinq ans. Les modalités de cette taxe seraient déterminées par le conseil des gouverneurs de la Fed. Pour mémoire, le déficit du compte courant américain s’élevait à 2,4 % du PIB en 2018, soit 488 Md USD. Les États-Unis affichent un déficit extérieur structurel depuis le début des années 1980.

 

Le contentieux juridique sur la construction du mur à la frontière avec le Mexique se poursuit

À l’issue du shutdown de janvier, la Maison-Blanche avait invoqué un motif d’urgence nationale pour affecter certains crédits budgétaires du département de la Défense à la construction d’un mur à la frontière mexicaine. Cette décision avait été immédiatement contestée par l’association de défense des libertés civiles (ACLU) et par une action collective d’élus démocrates, aux niveaux fédéral et local.

Le recours déposé par l’ACLU devant deux juridictions fédérales avait donné lieu, au printemps, à deux décisions annulant le financement du mur au motif que la Maison-Blanche n’avait pas respecté la séparation des pouvoirs dans le domaine des lois de finances. L’exécutif ayant interjeté appel de ces décisions, une cour fédérale avait suspendu, le 3 juillet, les décisions de première instance, sans toutefois statuer sur le fond. Le 26 juillet, la Cour suprême, qui avait été saisie par le département de la Justice, a donné raison, à une majorité de 5 contre 4, à l’exécutif tout en laissant le soin à la juridiction d’appel de statuer sur le fond. Les travaux de construction du mur pourraient ainsi débuter prochainement.

La Chambre des Représentants et les États fédérés ont quant à eux été déboutés en première instance mais ont interjeté en appel. Ce recours est lui aussi susceptible d’être porté devant la Cour suprême.

 


 

Régulation financière

 

Le nouveau président de la CFTC, Heath Tarbert, a présenté ses priorités d’action

Dans une tribune publiée le 29 juillet sur le site FOXBusiness, Heath Tarbert, le nouveau président de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), a rappelé l’importance du marché des dérivés aux États-Unis (environ 4 000 Md USD de notionnel) et présenté les deux grandes priorités du régulateur américain.

D’une part, H. Tarbert souhaite faire aboutir trois chantiers principaux en cours à la CFTC : le renforcement de la surveillance des risques que présentent les chambres de compensation (central counterparties, CCP), l’analyse des défis que posent au superviseur américain les nouvelles règles européennes relatives aux CCP dans le contexte du Brexit et la finalisation des règles concernant les limites de position pour les courtiers en matières premières.

D’autre part, le président de la CFTC a cité comme priorité de son mandat les innovations technologiques, notamment les crypto-actifs et les cyber-risques. Il a également évoqué la mise en place d’un cadre règlementaire dédié à ces sujets, en coopération avec les autres agences américaines de régulation financière.

 

Des sénateurs républicains appellent à intensifier la déréglementation du secteur bancaire

Dans une lettre adressée le 30 juillet à la Fed, à l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) et à la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), plusieurs Républicains de la commission bancaire du Sénat, dont son président, Mike Crapo, demandent aux régulateurs financiers de réduire les exigences prudentielles applicables aux petites et moyennes banques.

Ces sénateurs demandent principalement la mise en œuvre d’une disposition de la loi portant réforme du Dodd-Frank Act de mai 2018 (« Crapo Bill »), relative au ratio de levier des petites banques locales (community banks leverage ratio, CBLR). Alors que les régulateurs envisagent de fixer le taux du CBLR à 9 %, les sénateurs plaident pour l’abaisser à 8 %.

Ils s’inquiètent par ailleurs de l’entrée en vigueur de nouvelles normes comptables portant sur la comptabilisation des pertes (Current Expected Credit Losses, CECL), qui pourraient entraîner des coûts de mise en œuvre pour les banques.  Enfin, ils militent pour alléger davantage les tests de résistance (stress tests) des entités bancaires dont les actifs consolidés sont compris entre 100 et 250 Md USD.

 


 

Brèves

 

-Les vacances parlementaires débutent au Congrès (recess) et se prolongeront jusqu’au 9 septembre.

 

-Dans une lettre adressée le 31 juillet à la Fed, à la FDIC et à l’OCC, le vice-président démocrate de la commission bancaire du Sénat, Sherrod Brown, et la présidente démocrate de la commission des services financiers de la Chambre, Maxine Waters, appellent les régulateurs à ne pas modifier les règles relatives aux marges initiales pour les échanges de produits dérivés entre un établissement financier et une de ses filiales.  Tout allègement constituerait, selon eux, une menace pour la stabilité du système financier américain.

 

-Le Sénat a confirmé la nomination de Michael Faulkender au poste d’assistant secretary chargé de la politique économique au département du Trésor. Ce poste était vacant depuis l’entrée en fonction de l’administration Trump mais Michael Faulkender assurait l’intérim ces derniers mois, en qualité de deputy assistant secretary.

 

-Le 31 juillet, le Department of Labor a publié une règle finale qui facilite la mutualisation de la gestion administrative et financière des plans d’épargne-retraite dans les PME (multiple employer plans, MEP).

 

-Le 1er août, les entreprises parapubliques Fannie Mae et Freddie Mac (Government Sponsored Enterprises, GSE), chargées de la titrisation des prêts immobiliers, ont publié leurs résultats financiers pour le deuxième trimestre 2019. Leurs bénéfices, qu’elles reverseront sous forme de dividendes au Treasury, ont atteint respectivement 3,4 Md USD et 1,8 Md USD. Les deux entreprises voient ainsi leurs résultats croître par rapport au premier trimestre 2019 (respectivement de +42 % et +6 %). Pour rappel, la Maison-Blanche a publié, le 27 mars, un mémorandum portant réforme du financement du marché immobilier, qui appelle à davantage de concurrence sur ce marché.

 

-Le 25 juillet, le Consumer Financial Protection Bureau (CFPB) s’est déclaré favorable à une révision voire au non-renouvellement des dérogations aux règles de solvabilité accordées à certains types de prêts immobiliers. À l’heure actuelle, ces prêts (qualified mortgages), qui bénéficient de la garantie des entreprises parapubliques Fannie Mae et Freddie Mac, peuvent être accordés à des emprunteurs dont la capacité de remboursement est très incertaine.

 

-Le 29 juillet, la banque Capital One, le cinquième émetteur de cartes de crédit aux États-Unis, a révélé qu’elle avait été victime d’un vol sur ses serveurs informatiques portant sur les données personnelles de 106 millions de ses clients américains et canadiens. Une personne a été appréhendée par le Federal Bureau of Investigation (FBI). Le président de la commission bancaire du Sénat, Mike Crapo, a annoncé le lancement d’une enquête parlementaire sur cet incident.

 

-Le 29 juillet, le PDG de la société de crypto-monnaie Ripple a publié, dans le Wall Street Journal, une lettre dans laquelle il se livre à un plaidoyer pour la blockchain et les « monnaies virtuelles » et encourage le Congrès à mettre en place un cadre législatif qui ne pénalise pas les entreprises américaines du secteur.

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