Washington Wall Street Watch 2019-29

Washington Wall Street Watch 2019-29

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Les bénéfices rapatriés aux États-Unis par les entreprises multinationales ont quintuplé en 2018

Politiques macroéconomiques                                                 

-Le Congrès et l’administration sont parvenus à un accord sur le budget 2020 et le plafond de dette

-Les marchés anticipent une baisse des taux d’intérêt à l’issue de la réunion de la Fed des 30-31 juillet

-La Chambre des Représentants abroge une des principales taxes finançant le dispositif Obamacare

Régulation financière

-Les banques américaines ont publié leurs résultats du deuxième trimestre 2019

-Le financement de l’économie du cannabis fait débat au Congrès

Brèves          

                                                                                                              


 

Conjoncture                                                                                 

 

Les bénéfices rapatriés aux États-Unis par les entreprises multinationales ont quintuplé en 2018

Les données relatives aux investissements directs depuis et à destination des États-Unis, publiées le 24 juillet par le Bureau of Economic Analysis (BEA), montrent que les bénéfices rapatriés par les entreprises multinationales américaines ont été multipliés par cinq entre 2017 et 2018 (776,5 Md USD contre 155 Md USD). Cette hausse est principalement attribuable à la réforme fiscale de fin 2017, qui a réduit le taux d’imposition des bénéfices rapatriés de l’étranger de 37,5 % à 15,5 %.

L’essentiel des bénéfices ainsi rapatriés provient de pays disposant d’une fiscalité des entreprises jugée avantageuse, notamment les Bermudes (231 Md USD, montant multiplié par 25), les Pays-Bas (138,8 Md USD, +370 %), Singapour (53,5 Md USD, +633 %) et le Luxembourg (28,5 Md USD, +338,5 %). Les flux de capitaux liés à l’Irlande ne sont pas détaillés, pour des raisons de confidentialité, mais le BEA indique que ce pays représentait le troisième contingent de bénéfices rapatriés, derrière les Pays-Bas.

La décomposition sectorielle montre que ces bénéfices proviennent essentiellement des secteurs de la chimie-pharmacie (209 Md USD), de l’électronique (195 Md USD), de la finance (79 Md USD) et du transport (52 Md USD).

 


 

Politiques macroéconomiques                                                

 

Le Congrès et l’administration sont parvenus à un accord sur le budget 2020 et le plafond de dette

Après plusieurs semaines de négociations, les leaders du Congrès et le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, ont trouvé le 22 juillet un accord budgétaire global.

Les dépenses discrétionnaires seront augmentées de 44,5 Md USD pour l’année fiscale 2020 (+3,4 %, environ 0,2 point de PIB) puis de 8,5 Md USD supplémentaires l’année suivante, soit 53 Md USD au total en 2021 (+0,4 % point de PIB soit +3,8 % par rapport à 2019). À défaut d’accord, les dépenses discrétionnaires auraient été réduites de 125 Md USD, en conséquence de l’expiration de l’accord budgétaire bipartisan de 2018. Les parties sont par ailleurs convenues de compenser ces nouvelles dépenses à hauteur de 77,4 Md USD, via par exemple des économies budgétaires, une réduction des remboursements versés dans le cadre de Medicare (assurance-santé pour les personnes de plus de 65 ans) ou une augmentation des frais de visa.

De plus, le plafond de dette est suspendu jusqu’au 31 juillet 2021, ce qui permettra à l’État fédéral d’augmenter son encours sans limite nominale jusqu’à l’expiration de ce moratoire.

Donald Trump, qui avait lui-même annoncé l’accord par un tweet, a confirmé son soutien au texte et s’est réjoui d’une « victoire pour les militaires et les anciens combattants ». Le texte pourrait donc être adopté sans difficultés par le Congrès puis être rapidement promulgué. Sur la base de cet accord, le Congrès examinera de nouvelles lois de finances partielles au retour des vacances parlementaires, en septembre.

 

Les marchés anticipent une baisse des taux d’intérêt à l’issue de la réunion de la Fed

La prochaine réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) des 30 et 31 juillet devrait aboutir à une baisse de la fourchette cible des taux fed funds. Les marchés attribuent une probabilité d’environ 75 % à une baisse de 25 points de base de la fourchette de taux d’intérêt des fed funds (selon les contrats futures à 30 jours), ce qui porterait la fourchette-cible à [2 %-2,25 %], et de 25 % à l’hypothèse d’un assouplissement de 50 pb.

Dernièrement, la Fed a insisté sur (i) la multiplication des risques pesant sur l’activité, (ii) le niveau toujours élevé de l’incertitude induite par les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine et (iii) la faiblesse des pressions inflationnistes. Une baisse des taux est vue comme le meilleur moyen de limiter l’effet d’autres chocs négatifs sur l’activité.

 

La Chambre des Représentants abroge une des principales taxes finançant le dispositif Obamacare

À la quasi-unanimité, la chambre basse a abrogé, le 17 juillet, une taxe dont les compagnies d’assurance auraient dû s’acquitter à compter de 2022 pour financer l’extension de l’assurance-santé dans le cadre d’Obamacare. Cette taxe, surnommée « taxe Cadillac », devait porter sur 40 % de la valeur des primes d’assurance-santé souscrites par les entreprises pour leurs salariés et dont le coût annuel est supérieur 11 200 USD (30 150 USD pour une famille).

Le Congrès redoutait que le coût de cette taxe, introduite par l’administration Obama en 2010, soit in fine supporté par les salariés, sous la forme d’une baisse de salaire ou d’une couverture maladie moins favorable. Pour cette raison, il avait déjà repoussé à deux reprises son entrée en vigueur.

Si elle est confirmée par le Sénat, l’abrogation de la taxe Cadillac creuserait le déficit à hauteur de 197 Md USD sur la période 2022-2029 selon le Joint Committee on Taxation, l’organe bipartisan du Congrès chargé de l’évaluation des lois fiscales.

 


 

Régulation financière

 

Les banques américaines ont publié leurs résultats du deuxième trimestre 2019

          Les pourcentages entre parenthèses désignent la variation par rapport au T2 2018

Source : états financiers des banques au T2 2019

Les six plus grandes banques américaines, selon la taille du bilan (JP Morgan Chase, Bank of America, Wells Fargo, Citigroup, Goldman Sachs et Morgan Stanley), ont publié leurs résultats du deuxième trimestre 2019.

Dans l’ensemble, ces résultats ont été légèrement supérieurs aux anticipations du marché. Les activités de banque de détail des grands établissements bancaires américains ont profité du niveau élevé de consommation des ménages et d’un marché du crédit dynamique. Cependant, les activités de trading ont été pénalisées par le regain de tensions commerciales avec la Chine et par l’incertitude liée à la politique monétaire de la Fed.

Le financement de l’économie du cannabis fait débat au Congrès

Le 23 juillet, la commission bancaire du Sénat a organisé une audition sur le financement de l’économie du cannabis.

La détention, la distribution et la vente de cannabis sont interdites par la loi fédérale Controlled Substances Act de 1970 et par les dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent. Malgré cette interdiction, 33 États américains autorisent certains usages du cannabis, à des fins médicales ou récréatives. D’après le sénateur Sherrod Brown, le marché du cannabis serait actuellement en forte croissance, représenterait 1,5 Md USD de chiffre d’affaires dans le seul État du Colorado et emploierait plusieurs centaines de milliers d’Américains.

Or, la législation fédérale ayant pour effet d’interdire aux banques de financer cette économie (ouverture de compte bancaire pour les entreprises du secteur, octroi de crédits, etc.), celle-ci échappe aujourd’hui totalement au canal bancaire dans les 33 États où l’usage du cannabis est pourtant licite : la vente de produits à base de cannabis, le versement des salaires des employés du secteur, le paiement des factures des prestataires et l’acquittement des impôts locaux sont ainsi réglés en cash. Il en résulte l’absence de traçabilité de la quasi-totalité des flux financiers afférents à cette activité.

Dans ce contexte, des sénateurs américains proposent d’autoriser, par une loi (Secure and Fair Enforcement Banking Act), les banques à intervenir sur le marché du cannabis dans les États où son usage est licite. Plusieurs élus, dont le président de la commission, Mike Crapo, s’y montrent toutefois réticents, citant principalement des considérations de santé et de sécurité publiques.

 


 

Brèves

-Le FMI a révisé à la hausse sa prévision de croissance pour les États-Unis, à 2,6 % en 2019 (+0,3 point), en le justifiant par la croissance plus élevée que prévu au 1er trimestre 2019. Le FMI souligne cependant que les facteurs de soutien à la croissance du début d’année ne devraient pas perdurer et pointe une faible demande intérieure.

 

-Le 23 juillet, deux régulateurs bancaires, la Fed et la FDIC, ont publié la partie non-confidentielle des plans de résolution (living wills) des huit banques américaines désignées comme systémiques (Bank of America, BNY Mellon, Citigroup, Goldman Sachs, JP Morgan Chase, Morgan Stanley, State Street et Wells Fargo). Ces plans décrivent, banque par banque, les mesures de liquidation ordonnée qui seraient prises en cas de défaillance.

 

-Le 24 juillet, la commission des services financiers de la Chambre des Représentants a auditionné les dirigeants des banques BB&T et Suntrust après que celles-ci ont annoncé, en février, leur intention de fusionner leurs entités. La présidente de la commission, Maxine Waters, s’est inquiétée des risques que ferait peser cette fusion, qui produirait la 6ème plus grande banque américaine en termes d’actifs, sur la stabilité financière des États-Unis. Selon plusieurs élus républicains, la consolidation du secteur bancaire, qu’illustrerait cette fusion, est la conséquence directe de la réglementation financière mise en œuvre après la crise de 2008-2010, notamment du Dodd-Frank Act.

 

-Le 23 juillet, la National Association of Insurance Commissioners (NAIC), qui coordonne l’action des régulateurs du secteur des assurances, a publié les données statistiques des segments de la santé et des accidents pour 2018. Les primes d’assurance souscrites sur ces deux segments ont crû de 8 % en cinq ans. Les 10 premières sociétés d’assurance sur ces segments détiennent désormais une part de marché combinée de 52 %.

 

-L’agence de notation de crédit Equifax a été condamnée à payer une amende pouvant atteindre 700 MUSD au titre de sa responsabilité dans le vol massif de ses données en 2017. Cette sanction, prononcée par le Consumer Financial Protection Bureau (CFPB), la Federal Trade Commission (FTC) et les États américains, servira notamment à indemniser les victimes de ce vol.

 

-Le 19 juillet, le président de la Fed de Saint-Louis, James Bullard, a expliqué que la littérature économique démontrait que les monnaies « publiques » et « privées » pouvaient coexister sans menacer la stabilité financière. Il a toutefois ajouté que les projets de crypto-monnaies fondées sur des jetons dits « stables » (stablecoin) étaient susceptibles d’échouer, à l’instar de nombreuses monnaies au taux de change fixe par le passé.

 

-Le 24 juillet, la SEC, le régulateur des marchés boursiers, a infligé à Facebook une amende de 100 millions USD au motif que l’entreprise, cotée depuis 2012, n’avait pas correctement informé ses actionnaires des risques relatifs à un mauvais usage des données qu’elle collecte et qui se sont matérialisés pendant l’affaire Cambridge Analytica, en 2014 et 2015. Facebook a accepté de payer cette amende.

 

-Le 22 juillet, Circle, l’entreprise américaine spécialisée dans les services de paiement et de trading en crypto-actifs, a annoncé avoir enregistré une filiale aux Bermudes, devenant ainsi la première fintech à obtenir une licence complète (Class F full licence) du régulateur bermudien depuis l’entrée en vigueur du Digital Assets Business Act (DABA), en 2018.

 

-Le 24 juillet, le gouvernement américain a décidé de relever le seuil à partir duquel un investisseur étranger peut obtenir une carte de résident permanent (green card) aux États-Unis dans le cadre du programme EB-5 (Immigrant Investor Program). À compter du 21 novembre 2019, ce seuil passera de 1 MUSD à 1,8 MUSD.

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