Washington Wall Street Watch 2019-28

Washington Wall Street Watch 2019-28

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-La production industrielle stagne en juin, mais l’activité manufacturière rebondit

-Les ventes au détail ont fortement augmenté en juin

-Le Beige Book signale une croissance modeste et des difficultés de recrutement

-L’aggravation des tensions commerciales en mai n’a pas eu d’effet sur la demande de dette américaine

Politiques macroéconomiques                                                 

-Un accord sur le budget 2020 et la révision du plafond de dette semble proche

-La perspective d’une baisse des taux d’intérêt ne fait pas l’unanimité au sein de la Fed

-La Chambre des Représentants adopte une proposition de loi augmentant le salaire minimum fédéral

-Donald Trump a nommé Tomas Philipson président par intérim du Council of Economic Advisors

Régulation financière

-La CFTC promeut davantage de subsidiarité dans la supervision des chambres de compensation

-Les régulateurs reportent de deux ans l’application de la règle Volcker à certains fonds étrangers

-Le Congrès a auditionné un représentant de Facebook sur le projet de monnaie virtuelle « Libra »

 Brèves                                                                                                                       

 


      

Conjoncture

                                                                                 

La production industrielle stagne en juin, mais l’activité manufacturière rebondit

L’indice de production industrielle ressort inchangé au mois de juin selon la Federal Reserve. Ce résultat est largement pénalisé par le décrochage de l’activité d’approvisionnement aux collectivités (utilities, -3,6 %). La production manufacturière progresse, elle, de 0,4 % et confirme le rebond entamé en mai après plusieurs mois consécutifs de baisse.

Le taux d’utilisation des capacités de production recule à 77,9 % (-0,2 point), mais la composante manufacturière progresse à 75,9 % (+0,2 point).

 

Les ventes au détail ont fortement augmenté en juin

Les ventes au détail ont progressé de 0,4 % en juin (après +0,4 %, résultat révisé à la baisse de 0,1 point) selon le Department of Commerce. Hors ventes d’automobiles et du secteur énergétique, cette hausse s’établit à 0,7 % (après +0,5 %). Dans les deux cas, les résultats sont supérieurs aux attentes (respectivement +0,1 % et +0,4 %). Au regard des statistiques, les analystes anticipent désormais une contribution importante de la consommation à la croissance du 2ème trimestre, dont la publication est attendue le 26 juillet.

 

L’aggravation des tensions commerciales en mai n’a pas eu d’effet sur la demande de dette américaine

Les données des transactions internationales du Treasury montrent que les investisseurs non-résidents ont acheté 105,5 Md USD supplémentaires de titres de dette publique américaine en mai.

En particulier, la Chine a été relativement peu active ce mois-là en diminuant son portefeuille de seulement 2,8 Md USD, sur un total 1 110,2 Md USD. Cette évolution, faible et bien inférieure aux baisses observées au cours des mois précédents, écarte à ce stade l’hypothèse d’une vente massive de titres de dette publique américaine par la Chine en réaction à l’aggravation des tensions commerciales en mai.

Les stocks de Treasuries détenus par les investisseurs japonais et britanniques sont eux en nette hausse, respectivement de 36 Md USD (+3,5 %) et de 23 Md USD (+7,4 %).

       

Le Beige Book signale une croissance modeste et des difficultés de recrutement

Le nouveau Beige Book, publié le 17 juillet et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme faible entre mi-mai et début juillet. Les perspectives d’activité pour les prochains mois restent positives, mais des inquiétudes subsistent en raison des tensions commerciales avec la Chine.

Si l’emploi progresse à un rythme modeste, plusieurs secteurs déplorent toujours des difficultés de recrutement, ce qui est propice à la progression des salaires, en particulier pour les personnes peu qualifiées et/ou sans expérience. Certaines entreprises signalent des difficultés à renouveler des visas de travail, ce qui freine leur activité.

Les pressions sur les prix sont jugées stables voire en légère baisse. Les entreprises font face à une hausse de leurs coûts liée à la croissance des salaires et à la hausse des droits de douane mais estiment ne pas être en mesure de la répercuter sur les prix.

 


 

Politiques macroéconomiques               

                           

Un accord sur le budget 2020 et la révision du plafond de dette semble proche

Steven Mnuchin, le secrétaire au Trésor, a annoncé le 18 juillet avoir trouvé un accord de principe avec les leaders du Congrès pour relever les plafonds de dépenses discrétionnaires et réviser le plafond de dette pour les deux années fiscales à venir. Il s’est toutefois refusé à en préciser les modalités, expliquant que les deux parties travaillaient encore à compenser la hausse des dépenses publiques. Il a aussi confirmé qu’un défaut de paiement de l’État fédéral pourrait intervenir dès le début du mois de septembre en cas de scénario défavorable.

De nombreux parlementaires républicains et démocrates ont salué la perspective d’un accord et appelé D. Trump à le soutenir. L’exécutif s’est jusqu’à présent opposé à une nouvelle augmentation des dépenses et pourrait donc ne pas se satisfaire des termes de l’accord.

       

La perspective d’une baisse des taux ne fait pas l’unanimité au sein de la Fed

Lors de la réunion des ministres des finances et des gouverneurs de banques centrales du G7 en France le 17 juillet, le président de la Fed, Jerome Powell, a déclaré que la banque centrale « agirait de sorte à soutenir l’expansion en cours » face à des incertitudes élevées. John Williams, Robert Kaplan, Charles Evans (présidents des Fed de New York, Dallas et Chicago) ont partagé cette appréciation, soulignant les faibles pressions inflationnistes et les inquiétudes des marchés exprimées dans l’inversion de la courbe des taux d’intérêt.

À l’inverse, Mary Daly (Fed de San Francisco) s’est montrée plus réservée sur l’opportunité de baisser les taux. Enfin, Esther George (Fed de Kansas City) s’est opposée à cette idée, estimant que les risques actuels n’étaient pas de nature à altérer les perspectives économiques.

 

Donald Trump a nommé Tomas Philipson président par intérim du Council of Economic Advisors

La Maison blanche a annoncé par un communiqué la nomination de Tomas Philipson au poste de président du Council of Economic Advisors (CEA) vacant depuis la démission de Kevin Hassett en juin. T. Philipson était déjà l’un des trois membres du CEA confirmés par le Sénat en 2017.

Professeur de politique publique à l’université de Chicago et spécialiste en l’économie de la santé, T. Philipson a travaillé pour l’administration G.W. Bush puis a conseillé J. McCain lors de la campagne présidentielle de 2008.

 

La Chambre des Représentants adopte une loi augmentant le salaire minimum fédéral

Après plusieurs mois de débats, la chambre basse contrôlée par les Démocrates a adopté, le 18 juillet, une loi augmentant graduellement le salaire minimum horaire fédéral pour atteindre 15 USD en 2026 (contre 7,25 USD depuis 2009). Le texte abroge par ailleurs les exceptions au salaire minimum qui s’appliquent aux salariés handicapés, récemment embauchés ou rémunérés au pourboire.

Ce texte, porté de longue date par les Démocrates, a peu de chances d’être examiné au Sénat, contrôlé par les Républicains. Son adoption témoigne cependant de l’importance croissante de cette thématique dans le débat politique. L’U.S. Chamber of Commerce, qui défend les intérêts du patronat, s’est d’ailleurs dite prête à discuter d’une hausse du salaire minimum fédéral de moindre ampleur en contrepartie d’un assouplissement de la législation.

       


 

Régulation financière

 

La CFTC promeut davantage de subsidiarité dans la supervision des chambres de compensation

Le 11 juillet, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés dérivés, a adopté deux propositions de règles relatives à la supervision des chambres de compensation non-américaines (non-US derivatives clearing organizations, DCO).

La première, adoptée à l’unanimité, autorise les DCO non-américaines qui ne présentent pas un risque pour la stabilité financière des États-Unis à servir des clients américains tout en appliquant les règles de leur pays d’origine, quand celles-ci sont comparables (« alternative compliance »). La seconde, adoptée à une courte majorité (3-2), développe le régime d’exemption à l’enregistrement des DCO non-américaines en permettant aux DCO bénéficiant d’une exemption de compenser des swaps via une filiale opérant hors des États-Unis.

Ces textes, adoptés à la veille du départ du président de la CFTC, C. Giancarlo, sont soumis à commentaires publics pendant 60 jours.

       

Les régulateurs reportent de deux ans l’application de la règle Volcker à certains fonds étrangers

Dans une décision du 17 juillet, la Fed, la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) et l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) ont annoncé leur intention d’autoriser, pendant deux années supplémentaires, les banques assujetties à la règle Volcker à investir leurs fonds propres dans certains types de fonds étrangers (« certain foreign funds »).

La règle Vocker, actuellement en cours de révision, interdit aux banques dont les dépôts sont garantis de mener des activités spéculatives pour compte propre.

       

Le Congrès a auditionné un représentant de Facebook sur le projet de monnaie virtuelle « Libra »

Les 16 et 17 juillet, la commission bancaire du Sénat et la commission des services financiers de la Chambre des Représentants ont auditionné David Marcus, le directeur général de Calibra, le service de portefeuille virtuel de Facebook.

Les élus se sont montrés dans l’ensemble très inquiets des risques que soulèverait le projet « Libra » en matière de protection des données personnelles, de contrôle des activités illicites (blanchiment d’argent, financement du terrorisme), de souveraineté monétaire et de stabilité financière.

David Marcus a concédé que le « Libra », qu’il a défini comme étant un « moyen de paiement innovant » et non pas un produit bancaire, en était à ses prémices et que les nombreuses interrogations qu’il avait suscitées étaient légitimes et appelaient des réponses. Il a également assuré que l’objectif de Facebook n’était pas d’utiliser les données des utilisateurs du futur Libra à des fins lucratives.

Lors de la seconde audition, à laquelle participaient plusieurs universitaires, la question du statut juridique du Libra a été soulevée, certains privilégiant la qualification d’Exchange-Traded-Fund (ETF) en raison de leurs similitudes de fonctionnement. Un tel choix conduirait à reconnaître la compétence de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés financiers américains, sur le Libra.

Le 11 juillet, D. Trump avait critiqué le projet Libra, appelant à mieux réguler les crypto-monnaies. Le 15 juillet, S. Mnuchin s’était également inquiété des risques du Libra relatifs à la criminalité financière.

       


       

Brèves

 

-Alexander Acosta, le secrétaire au Travail, a annoncé sa démission le 12 juillet. Son adjoint, P. Pizella, assure l’intérim.

 

-Le 11 juillet, Randal Quarles, le vice-président de la Fed chargé de la supervision, a suggéré, lors d’un événement au Bipartisan Policy Center, que la Fed pourrait réévaluer le cadre d’utilisation du coussin contra-cyclique de fonds propres (CCyB).

 

-Le 11 juillet, le comité sur les indices de référence alternatifs (Alternative reference rates committee ou ARRC) a publié un document présentant les modalités d’utilisation du Secured Overnight Financing Rate (SOFR) dans les prêts hypothécaires à taux variables. Pour mémoire, le SOFR, l’indice de référence alternatif au Libor recommandé par l’ARRC, est une moyenne journalière des taux observés sur le marché des pensions-livrées utilisant les Treasuries comme collatéral.

 

-Le 12 juillet, la SEC a appelé les banques à accélérer leur transition du Libor vers des indices de référence alternatifs. La SEC a notamment souligné que les risques liés à la discontinuité des contrats seraient exacerbés si cette transition n’était pas réalisée promptement.

 

-Le 17 juillet, le Financial Accounting Standards Board (FASB) a voté une proposition de rallongement de trois ans du délai accordé aux petites entités bancaires pour se mettre en conformité avec une nouvelle norme de comptabilisation des pertes (Current Expected Credit Losses, CECL). Cette nouvelle norme comptable, pendant américain de l’IFRS 9, impose notamment aux établissements financiers d’estimer les pertes provisionnelles sur l’intégralité du cycle de vie de leurs créances.

 

-La commission des services financiers de la Chambre des Représentants a publié plusieurs propositions de loi portant réforme des agences de notation de crédit et de l’accès des consommateurs à leur historique de crédit. Ces propositions introduisent une plus grande transparence dans les méthodes de notation utilisées par les grandes agences (Equifax, Experian et TransUnion) et diligente le Consumer Financial Protection Bureau (CFPB) d’établir des normes de certification des agences.

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