Washington Wall Street Watch 2019-21

Washington Wall Street Watch 2019-21

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Politiques macroéconomiques                                                 

-Le président de la Fed relativise les risques associés à l’endettement des entreprises

-Les minutes de la réunion de politique monétaire d’avril-mai attestent de la grande prudence de la Fed

-Donald Trump met fin prématurément aux discussions sur un plan d’infrastructures

Régulation financière

-L’OCC a publié son rapport semestriel sur les risques du secteur bancaire

Brèves                                                                                                                       

 


 

Politiques macroéconomiques                                                

 

Le président de la Fed relativise les risques associés à l’endettement des entreprises

Dans un discours du 20 mai consacré à la dette des entreprises, le président de la Federal Reserve, Jerome Powell, s’est exprimé sur les risques associés à l’augmentation du niveau d’endettement des entreprises non financières, dans un contexte où le poids de la dette notée BBB, qui se trouve à la limite de la catégorie spéculative, expose ces entreprises à une dégradation rapide de leurs conditions de financement.

Sur le recours croissant des entreprises très endettées à des prêts syndiqués (leveraged loans), le président de la Fed a admis que la baisse du niveau de protection (covenants) des créanciers et le recours à des ajustements comptables (EBITDA add-back) sont de nature à accentuer le niveau de risque.

J.Powell a cependant relativisé  le niveau de risque que génère cet endettement pour l’économie américaine, en mettant en avant les profits élevés et le niveau contenu du service de la dette qui profite des taux d’intérêt bas. Il a également réfuté tout parallèle avec la période précédant la dernière crise financière, la progression de la dette des entreprises suivant, selon lui, un rythme plus soutenable que celle de la dette immobilière avant 2007. Le secteur bancaire serait en outre moins exposé aux leverage loans qu’il ne l’était à la dette immobilière en 2007. Par ailleurs, les collateralized loans obligations (CLO), véhicules de titrisation et principaux détenteurs de leveraged loans, seraient moins risqués que ne l’étaient les principaux produits titrisés avant la crise de 2008, grâce aux règles plus strictes qui encadrent la structure financière des CLO. De manière générale, il considère le renforcement des niveaux de fonds propres et de liquidité des banques comme un gage de sécurité en cas de choc lié à l’endettement des entreprises.

Dans une intervention le 16 mai, la gouverneure Lael Brainard a quant à elle pris position en faveur d’une action de la banque centrale, dans un contexte de faible inflation et où les marges réduites dont dispose la Fed pour augmenter ses taux encouragent la prise de risques excessive et donc la formation de déséquilibres financiers tels que le gonflement de la dette privée. Elle a ainsi réitéré son appel à activer le coussin contracyclique (countercyclical capital buffer, CCyB), qui obligerait les banques à renforcer leurs fonds propres.

 

Les minutes de la réunion de politique monétaire d’avril-mai attestent de la grande prudence de la Fed

Selon le procès-verbal du comité de politique monétaire  de la Fed des 30 avril et 1er mai, les membres du FOMC estiment que la  « démarche de patience » (patient approach), qui prévaut actuellement, devrait rester appropriée « pour un certain temps »  (for some time) au regard des pressions inflationnistes contenues et des risques sur l’activité. Une évolution favorable des conditions économiques et financières ne serait pas de nature à changer l’appréciation de la Fed car les pressions sur les prix sont jugées insuffisantes.

Le FOMC reste confiant quant à la perspective d’un retour de l’inflation au niveau de la cible de 2 %, attribuant le récent ralentissement à un choc négatif ponctuel sur les prix de l’habillement et les frais de gestion de portefeuille.

Enfin, le Fed a étudié deux modalités de gestion de son portefeuille de Treasuries à l’issue du processus de réduction du bilan : un scénario où la banque centrale détiendrait des actifs de court terme et un portefeuille pondéré sur la distribution du marché (portefeuille dit « proportionnel »). Selon ses projections, la première solution conduirait à une hausse des taux d’intérêt sur les maturités longues (via une hausse de la prime de terme), ce qui imposerait un durcissement des conditions financières et obligerait la Fed à mener une politique plus accommodante pour compenser le choc. À l’inverse, un portefeuille proportionnel n’aurait pas d’effet significatif sur le marché mais favoriserait, toutes choses égales par ailleurs, un aplatissement de la courbe des taux qui encouragerait la prise de risque par les acteurs financiers.

 

Donald Trump met fin prématurément aux discussions sur un plan d’infrastructures

Au cours d’une conférence de presse le 22 mai, complétée par une série de tweets, le président américain a annoncé la fin des négociations avec les leaders du Congrès en vue d’une éventuelle loi sur le financement des infrastructures.

Trump a motivé sa décision par le projet des Démocrates d’engager une procédure pour le destituer, à la suite du rapport Mueller sur la campagne présidentielle de 2016. Il a annoncé qu’il ne travaillerait plus avec les Démocrates tant que l’opposition poursuivrait l’enquête à son encontre.

Cette décision menace également la préparation de la loi de finances pour 2020, qui nécessite un accord entre le Congrès et la Maison Blanche afin d’éviter une réduction automatique des dépenses discrétionnaires de 125 Md USD (0,7 point de PIB).

 


 

Régulation financière

 

L’OCC a publié son rapport semestriel sur les risques du secteur bancaire

L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) a publié, le 20 mai, son rapport semestriel sur l’évaluation des risques pesant sur le secteur bancaire américain (Semiannual Risk Perspective for Spring 2019).

 Le régulateur bancaire revient sur quatre principaux types de risques : i) le risque de crédit, jugé dans son ensemble faible même si l’OCC pointe un accroissement des risques au sein des portefeuilles de prêts ; ii) les risques opérationnels, notamment liés aux menaces cybernétiques croissantes et à la dépendance des banques envers des fournisseurs de services tiers tels que les Fintechs ; iii) les risques de conformité, dans un environnement règlementaire et technologique complexe, notamment en matière de lutte anti-blanchiment et de protection des consommateurs de crédits immobiliers. L’OCC met ici en garde les banques vis-à-vis de l’utilisation de modèles d’intelligence artificielle qui conduisent à des conditions d’octroi de crédits de plus en plus opaques ; iv) enfin, les risques liés à l’instabilité des dépôts bancaires en conséquence d’une mise en concurrence plus forte des banques, que l’OCC attribue aux nouvelles technologies (banque mobile) et à l’évolution incertaine des taux de la Fed.

De plus, le rapport souligne le niveau de rentabilité élevé du secteur bancaire en 2018, en raison de la réforme fiscale adoptée fin 2017 (Tax Cuts and Jobs Act). Le rendement des capitaux propres (RoE) des banques américaines a ainsi atteint en 2018 un niveau record depuis 2006, notamment pour les grandes banques qui bénéficient le plus des baisses d’impôts.

 


 

Brèves

 

-Selon un rapport publié le 15 mai par le  National Center for Health Statistic, le taux de natalité aux États-Unis est tombé à 3 788 235 naissances en 2018, soit une baisse de 2 % par rapport à 2017. Il s’agit du nombre de naissances le plus faible en 32 ans et de la quatrième année consécutive de baisse.

 

-Le 20 mai, le nouveau directeur de la Federal Housing Finance Agency (FHFA), Mark Calabria, a présenté, à l’occasion de son premier discours, son programme de réforme du système de financement du logement. Il envisage notamment une augmentation de capital des entreprises parapubliques (Government Sponsored Enterprises, GSE), chargées de la titrisation des prêts immobiliers, ainsi que l’ouverture de ce marché à d’autres acteurs, si le Congrès l’y autorise.

 

-Les commissions du budget de la Chambre des Représentants et du Sénat ont annoncé le 15 mai la nomination de Phillip Swagel en tant que directeur du Congressional Budget Office (organe non partisan du Congrès chargé de l’évaluation budgétaire des lois) pour succéder à Keith Hall. Actuellement professeur à l’université du Maryland, P. Swagel a été secrétaire adjoint au Trésor sous l’administration de George W. Bush. Son mandat débutera le 3 juin et s’achèvera en janvier 2023.

 

-D’après plusieurs sources de presse, Craig Phillips, le conseiller du secrétaire au Trésor Steven Mnuchin chargé des sujets financiers, serait sur le départ. Craig Phillips a rejoint l’administration Trump en 2017 et a notamment contribué à l’élaboration des rapports du Treasury sur la dérégulation financière.

-Dans un communiqué publié le 20 mai, le président de la Securities and Exchange Commission (SEC), Jay Clayton, a annoncé que le régulateur des marchés boursiers organiserait cet été un séminaire pour parler des possibles évolutions du régime de publication des états financiers des entreprises cotées et de l’encadrement des investisseurs activistes.

-Le 21 mai, la SEC a publié un texte de recommandation exigeant des plateformes boursières qu’elles justifient, par la publication d’informations plus détaillées, les augmentations de frais facturés aux investisseurs pour accéder aux données de marché.

-Selon un rapport du cabinet de conseil Cornerstone et de l’université de New York, publié le 15 mai, le montant des amendes perçues par la SEC auprès des entreprises qu’elle supervise a diminué de 24 % (-234 M USD) au cours de la première moitié de l’année fiscale 2019 en regard de la moyenne à la mi-année des trois dernières années fiscales, accentuant la baisse constatée en 2018. Le shutdown ainsi que le gel pendant un an des embauches de personnels seraient des facteurs explicatifs.

 

-Dans une lettre commune publiée le 15 mai, vingt-cinq procureurs généraux expriment leur opposition à la proposition du CFPB de réviser sa réglementation relative aux prêts sur salaire (payday lenders). Le CFPB a proposé de retirer des contrats de prêt les conditions liées à la capacité de remboursement de l’emprunteur (« ability to repay ») qui avaient été introduites dans la règle précédente, publiée en octobre 2017. Les procureurs jugent que cette révision serait contraire au Dodd-Frank Act et qu’elle fragiliserait les efforts poursuivis par leurs États pour protéger les consommateurs.

-Le 23 mai, la Chambre des Représentants a adopté une proposition de loi qui vise à encourager la participation des salariés aux régimes de retraite multi-employeurs et qui étend les allègements fiscaux de l’épargne-retraite. Le texte doit désormais être discuté au Sénat.

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