Washington Wall Street Watch 2019-20

Washington Wall Street Watch 2019-20

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                                                          

-L’inflation accélère légèrement en avril

-La production industrielle concède un net recul, tout comme les ventes au détail

-La Chine a réduit son stock de dette publique américaine en mars

Politiques macroéconomiques                                                 

-La gouverneure Brainard esquisse le portrait de la classe moyenne américaine

Régulation financière

-Quatre ex-superviseurs s’alarment des évolutions du mode de désignation des entités systémiques

-Le Sénat a auditionné les principaux superviseurs du secteur bancaire

-La SEC modifie le régime réglementaire des security-based swap dealers

-Plusieurs responsables américains critiquent les travaux internationaux en matière d’assurance

Brèves        

                                                        


                                                      

 Conjoncture

        

L’inflation accélère légèrement en avril

L’indice des prix à la consommation progresse de 0,3 % au mois d’avril, dans le sillage de la hausse des prix de l’énergie (+2,9 %) ainsi que des biens et équipements médicaux (+0,9 %). L’inflation sous-jacente est en hausse de 0,1 %.

Sur douze mois, le rythme de hausse des prix s’établit à 2,0 % pour l’indice global et 2,1 % pour l’indice sous-jacent (après +2,1 % et +2,0 %).

Donald Trump a commenté ces statistiques, se réjouissant du « bon et très faible niveau d’inflation ».

        

La production industrielle concède un net recul…

L’indice de production industrielle recule de 0,5 % au mois d’avril selon les statistiques de la Federal Reserve (après +0,2 %, résultat révisé de +0,3 point). La baisse de l’activité est particulièrement marquée pour les biens de consommation (-1,2%), le secteur automobile (-2,6%), les services aux collectivités (-3,6%) et l’énergie (-3,6%). Le taux d’utilisation des capacités de production retombe à 77,9 % (-0,6 point).

        

…tout comme les ventes au détail

Les ventes au détail ressortent en baisse de 0,2 % en avril selon le Census Bureau, pénalisées par le net recul des ventes d’automobiles (-1,1 %), de matériel électronique (-1,3 %) et de matériaux de construction (-1,9 %).

La volatilité des ventes au détail se poursuit, la baisse du mois d’avril faisant suite à une forte hausse en mars (+1,7 %). Si elles progressent de 0,3 % depuis le début d’année et de 1,1 % sur douze mois glissants, les ventes restent en-deçà du point haut atteint en novembre 2018.

        

La Chine a revendu de la dette publique américaine en mars

Les données des transactions internationales de titres américains, publiées le 15 mai par le Treasury, font état d’une baisse en mars de 20,4 Md USD du stock de dette publique américaine détenu par la Chine, qui s’établit désormais à 1120,5 Md USD. Ces douze derniers mois, la Chine a d’ailleurs réduit son portefeuille de dette publique de 5,3 %.

Cette baisse remarquée est la plus importante depuis octobre 2016. Dans le contexte des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, elle ravive l’hypothèse que la détention de dette puisse être utilisée dans les négociations entre les deux pays.

        


        

Politiques macroéconomiques                                                

        

La gouverneure Brainard esquisse un portrait de la classe moyenne américaine

Dans le cadre d’une conférence de la Federal Reserve le 10 mai, la gouverneure Lael Brainard a décrit la situation économique de la classe moyenne, qu’elle a définie comme les personnes comprises entre les 40ème et 70ème centiles de la distribution des revenus (revenus compris entre 40 et 85 000 USD).

Selon L. Brainard, la classe moyenne américaine a vu son patrimoine progresser de 1 % par an en termes réels depuis 1990, alors que le PIB a crû en moyenne de 2,6 %. Ce patrimoine reste néanmoins inférieur de 16 % à la situation pré-crise de 2007. A l’inverse, le premier décile de revenus a vu son patrimoine progresser de 19 % depuis 2007 et trois fois plus vite que celui de la classe moyenne depuis 1989. Fin 2018, la richesse moyenne du premier décile était 13 fois supérieure à celle de la classe moyenne (4,5 MUSD contre 340 000 USD), alors que ce rapport était de 1 à 7 en 1989.

Brainard a aussi alerté sur le manque de sécurité financière de la classe moyenne, une majorité de ménages n’ayant pas l’épargne suffisante pour financer une dépense imprévue (maladie, chômage, etc.). Elle a également déploré que le coût croissant des études supérieures fasse obstacle à l’acquisition d’un bien immobilier et à la création d’entreprise.

Selon elle, la politique monétaire a favorisé la baisse du chômage et la hausse des salaires, au bénéfice de la classe moyenne. Elle a toutefois souligné plusieurs difficultés affectant le marché du travail à long terme : (i) des inégalités importantes entre groupes ethniques, (ii) le recul de la part du travail dans la valeur ajoutée et (iii) le creusement des inégalités, qui entrave la consommation et les investissements des ménages des classes moyennes et modestes.

        


        

Régulation financière

        

Quatre ex-superviseurs s’alarment des évolutions du mode de désignation des entités systémiques non-bancaires

Dans une lettre adressée le 13 mai à S. Mnuchin (secrétaire au Trésor) et J. Powell (président de la Fed), deux ex-secrétaires au Trésor démocrates (T. Geithner et J. Lew) et deux ex-présidents de la Fed (B. Bernanke, nommé par G. W. Bush et J. Yellen, nommée par B. Obama) se livrent à une critique appuyée de la politique de dérégulation du secteur financier menée par les autorités américaines.

Plus particulièrement, ils réagissent à la proposition de modification de la procédure de désignation des entreprises systémiques non-bancaires publiée le 6 mars par le Financial Stability Oversight Council (FSOC). Cette proposition consacre l’évolution doctrinale des États-Unis d’une approche du risque basée sur la santé intrinsèque de l’entreprise (entity-based approach) à une approche basée sur une analyse préalable de son secteur d’activité (activity-based approach).

Dans leur courrier, les quatre ex-superviseurs s’alarment de cette évolution qui saperait la raison d’être du FSOC (« would neuter the designation authority » ; « the designation process would take 6 years or more ») et affaiblirait substantiellement le cadre prudentiel issu de la crise financière (« activity-based approaches cannot address risks that are tied to the funding, leverage, and combination of activities within a corporation »).

La réforme proposée conduirait, selon eux, à priver totalement le régulateur de sa capacité à détecter les premiers signaux d’alerte au sein d’une entreprise potentiellement systémique. Et de rappeler que la crise de 2008 s’est propagée à l’ensemble du secteur financier américain puis à l’économie mondiale par le truchement de ces entreprises non-bancaires.

Pour rappel, il n’y a plus d’entité non-bancaire américaine désignée comme systémique depuis la « dé-désignation » de l’assureur Prudential en 2018.

        

Le Sénat auditionne les principaux superviseurs du secteur bancaire

Le 15 mai, la commission bancaire du Sénat a auditionné ensemble le directeur de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), le vice-président de la Fed chargé de la supervision, la présidente de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) et le président de la National Credit Union Administration (NCUA).

Les membres républicains de la commission ont enjoint les superviseurs à poursuivre la politique d’allègement règlementaire à l’égard des banques, citant comme priorités le relâchement du ratio de levier pour les petits établissements (community banks) et la révision de la règle Volcker.

Le sénateur Toomey a par ailleurs salué le rôle « substantiel » joué par les banques non-américaines (foreign banking organization, FBO) dans l’économie du pays et a demandé pour elles un traitement règlementaire équitable par rapport à leurs concurrentes américaines. Les Démocrates se eux inquiétés d’un affaiblissement général du cadre prudentiel en cas de survenue d’une crise. Ils ont aussi regretté le faible niveau de protection des Américains, soulignant en particulier la persistance de pratiques bancaires discriminatoires.

Les superviseurs ont tenu un discours résolument optimiste sur la situation de l’économie américaine et du secteur bancaire, saluant à l’unisson la bonne santé des banques dont profiteraient tous les agents économiques. En ligne avec ce diagnostic, la Fed a publié, le 10 mai, son rapport semestriel sur la supervision et la régulation. Il ne contient plus les réserves, exprimées en novembre, vis-à-vis de la gestion des risques non-financiers par les FBO.

        

La SEC modifie le régime réglementaire des security-based swap dealers

Le 10 mai, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a publié une proposition de règle modifiant les exigences réglementaires liées aux swaps sur titres financiers (security-based swaps, SBS).

Cette proposition porte sur les définitions retenues par le régulateur dans le calcul du seuil d’enregistrement des courtiers en SBS, sur l’obligation de fournir une opinion juridique pour permettre à la SEC d’accéder aux informations des courtiers non-américains et sur les exemptions envisagées pour ces derniers. Cette disposition vise d’ailleurs à aligner les règles de la SEC sur celles de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés dérivés.

Le commissaire R. Jackson a critiqué cette proposition qui permettrait à de nombreux participants du marché de contourner la règlementation américaine.

        

Plusieurs officiels américains critiquent les travaux de l’IAIS en matière d’assurance

Dans une lettre adressée le 13 mai à R. Quarles (Fed), 42 sénateurs font part de leurs inquiétudes au sujet des travaux menés par l’International Association of Insurance Supervisors (IAIS) relatifs aux exigences en capital des assureurs (International Capital Standards, ICS). Les sénateurs évoquent notamment l’importance de reconnaître l’équivalence des standards américains actuellement développés par la National Association of Insurance Commissionners (NAIC), l’organe de coordination des régulateurs du secteur de l’assurance dans les États fédérés.

Cette position a été également portée par S. Mnuchin, lors de la conférence annuelle de la NAIC sur les questions internationales qui s’est tenue les 13 et 14 mai à Washington. Le secrétaire au Trésor a par ailleurs salué les travaux de la NAIC sur la loi-modèle qui transpose les dispositions de l’accord entre les États-Unis et l’UE (covered agreement).

        


        

Brèves

-Le Congressional Budget Office (CBO), l’organe non-partisan du Congrès chargé de l’évaluation budgétaire des politiques publiques, a publié son analyse de la proposition de budget de la Maison Blanche, soulevant des erreurs d’estimation significatives. Le CBO indique notamment que la mise en œuvre de ce budget conduirait à une dette  équivalente à 87 % du PIB en 2029, contre 71 % selon les projections de la Maison Blanche.

 

-Le 14 mai, la Chambre des Représentants a voté la prolongation, jusqu’à fin septembre, du programme fédéral d’assurance contre les inondations (National Flood Insurance Program, NFIP), qui doit expirer fin mai. Le texte doit désormais être adopté par le Sénat.

 

-Dans une lettre publiée le 14 mai, 26 élus républicains demandent aux régulateurs d’assouplir la réglementation financière pour les grandes banques, conformément aux recommandations de l’exécutif.

 

-Le 14 mai, deux sénateurs ont introduit une proposition de loi bipartisane visant à encourager l’épargne-retraite des salariés, notamment dans les petites entreprises dépourvues de dispositif 401k.

 

-Le 14 mai, le Government Accountability Office (GAO), l’agence chargée de l’audit du gouvernement fédéral, a encouragé la Fed et la FDIC à modifier leur supervision des grandes banques, en communiquant avec plus de transparence les problèmes qu’elles identifient au sein des établissements financiers.

 

-Le 15 mai, la CFTC a autorisé la mise en place par InterContinental Exchange (ICE), le propriétaire de la Bourse de New York, d’un délai de 3 millisecondes avant l’exécution de certains ordres sur les marchés américains de futures. S’il est appliqué, ce délai (« speed bump ») devrait permettre la réduction de l’impact du trading à haute fréquence et serait le premier speed bump mis en place sur des marchés à terme.

 

-Le 10 mai, la SEC a donné son accord de principe à la création de la plateforme d’échange d’actions Long-Term Stock Exchange (LTSE), qui vise à favoriser les investissements de long-terme au moyen de droits de vote qui seraient une fonction croissante du temps de détention des actions. LTSE deviendrait la 14ème plateforme d’échange aux États-Unis.

 

-Le 13 mai, le bureau de protection des consommateurs de services financiers (CFPB) a invité le public à commenter une règle de 2009 sur les découverts bancaires (Overdraft Rule) afin de déterminer son impact sur les petits établissements financiers. Cette consultation participe du programme d’audit du CFPB.

 

-Dans une lettre adressée le 9 mai au PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, les sénateurs M. Crapo et S. Brown s’inquiètent de l’intention prêtée au réseau social de développer un système de paiement par crypto-monnaie et de collecter les informations financières de ses utilisateurs.

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