Washington Wall Street Watch 2019-19

Washington Wall Street Watch 2019-19

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                                                          

-Le taux de chômage baisse à 3,6 %, son plus faible niveau depuis 1969

Politiques macroéconomiques                                                 

-La Fed reste divisée sur l’interprétation de la dynamique d’inflation

-Le vice-président Mike Pence souhaite faire évoluer le mandat de la Fed

-L. Brainard soutient une mesure de contrôle de la courbe des taux d’intérêt

Régulation financière                                                                                       

-Les présidents de la CFTC et de la SEC ont été auditionnés par le Sénat

-Un juge confirme la constitutionnalité du CFPB

-Une audition au Sénat illustre l’intérêt croissant pour le sujet de la protection des données (privacy)

-La Fed publie son rapport sur la stabilité financière aux États-Unis

Brèves 

 


 

Conjoncture

 

Le taux de chômage baisse à 3,6 %, son plus faible niveau depuis 1969

Le rapport mensuel du Bureau of Labor Statistics sur la situation de l’emploi fait état de 263 000 nouveaux emplois créés en avril aux États-Unis (après +189 000 en mars, nombre légèrement révisé à la baisse).

Le taux de chômage recule à 3,6 % (-0,2 point) et atteint ainsi son plus faible niveau depuis 1969, année marquée par la forte mobilisation des jeunes hommes dans la guerre du Vietnam. Cette nouvelle baisse du chômage s’accompagne toutefois d’un repli du taux d’activité, à 62,8 % (-0,2 point).

Les salaires progressent quant à eux de 0,1 % en avril (après +0,2 %) et le rythme de progression sur douze mois se maintient à 3,2 %.

                                                                                 Taux de chômage (1960-2019)

Le Bureau of Labor Statistics définit un chômeur comme (i) une personne de plus 16 ans sans emploi et en recherche active d’un emploi au cours des quatre dernières ou (ii) un   salarié au chômage technique.

 


 

Politiques macroéconomiques                                     

 

La Fed reste divisée sur l’interprétation de la dynamique d’inflation

Plusieurs membres du FOMC se sont exprimés dans le cadre ou en marge de la conférence annuelle de politique monétaire de l’université de Stanford organisée le 3 mai, qui portait sur les stratégies de politique monétaire.

Charles Evans et James Bullard (respectivement présidents des Fed de Chicago et de Saint-Louis) se sont dits ouverts à une baisse des taux d’intérêt si l’inflation devait se maintenir à son niveau actuel (1,9 % en mars selon l’indice IPC), jugé trop faible. Ils craignent notamment qu’une période prolongée de faible inflation ne conduise à un nouveau décrochage des anticipations d’inflation. J. Bullard souhaite toutefois attendre jusqu’à la fin de l’été pour pleinement apprécier l’évolution des prix.

Cette position s’oppose à celle exprimée par une majorité de membres du FOMC. Robert Kaplan, Loretta Mester, Patrick Harker (Fed de Dallas, de Cleveland et de Philadelphie) ont attribué la faiblesse de l’inflation à des facteurs ponctuels négatifs et s’attendent à une hausse des prix plus soutenue dans les prochains mois. Randal Quarles (vice-président chargé de la supervision financière) a estimé que l’inflation reste très proche de la cible de 2 % et qu’il serait injustifié de « mener des efforts héroïques pour tenter de la stimuler » (« undergo heroic policy in order to edge 1,8 % up to 2 % »). Richard Clarida (vice-président de la Fed) a également écarté l’hypothèse d’une baisse de taux.

Nonobstant cette dissension, l’ensemble des membres du FOMC ont fait bloc pour défendre l’indépendance des décisions de la banque centrale, en indiquant que les commentaires émanant de la Maison Blanche n’avaient aucune influence sur les discussions au sein de la Fed.

 

Le vice-président Mike Pence souhaite faire évoluer le mandat de la Fed

Dans un entretien sur CNBC le 3 mai, le vice-président Mike Pence a de nouveau demandé à la Fed de baisser ses taux d’intérêt, expliquant « qu’on ne voit pas du tout d’inflation dans l’économie ». Ces propos font écho à des commentaires analogues de Donald Trump et de son conseiller économique Larry Kudlow au cours des dernières semaines.

Selon M. Pence, une révision du mandat de la Fed serait souhaitable, qui consisterait à abandonner l’objectif d’emploi maximum pour se concentrer sur un unique objectif d’inflation.

Pour rappel, la définition du mandat de la Fed est la prérogative exclusive du Congrès et toute évolution requerrait une majorité simple à la Chambre des Représentants, actuellement contrôlée par les Démocrates, et une majorité qualifiée de 60 voix sur 100 au Sénat, où les Républicains détiennent 51 sièges.

 

Brainard soutient une mesure de contrôle de la courbe des taux d’intérêt

Dans une intervention à la Fed de Richmond le 8 mai, la gouverneure de la Fed Lael Brainard, est revenue sur les motivations de la revue stratégique menée par la Fed au cours de l’année 2019 et a rappelé les pistes de travail du FOMC.

Selon L. Brainard, la Fed devrait évaluer les bénéfices et la faisabilité d’un programme de rachats d’actifs qui ciblerait spécifiquement certaines maturités de la courbe des taux d’intérêt. Dans l’hypothèse d’une récession, la Fed rachèterait alors des actifs d’une maturité définie par la banque centrale afin de réduire les taux d’intérêt sur cet horizon. Cette durée pourrait être modulée par la banque centrale en fonction du soutien qu’elle souhaitera apporter à l’économie.

Cette opération, dite de « contrôle de la courbe des taux d’intérêt », est déjà mise en œuvre au Japon depuis 2016. L. Brainard estime qu’une telle action donnerait un signal encore plus fort sur l’engagement de la Fed à soutenir l’économie.

 


 

Régulation financière

 

Les présidents de la CFTC et de la SEC ont été auditionnés par le Sénat

Le président de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), C. Giancarlo, a été auditionné le 8 mai par la commission d’attribution budgétaire (appropriations committee) du Sénat.  Au cours de son audition, C. Giancarlo a dressé le bilan de son mandat de président, qui s’achèvera cet été. Il a ainsi mis en exergue la création du LabCFTC, dédié aux innovations sur le marché des dérivés ou encore le régime d’enregistrement des courtiers en produits dérivés (swap dealers). Il a également réitéré ses inquiétudes concernant le projet de règlement européen EMIR 2.2 relatif aux infrastructures de marché et a indiqué vouloir proposer, d’ici son départ, une règle liée à l’enregistrement des chambres de compensation non-américaines et une autre portant sur les swap dealers.

Lors de cette même audition, le président de la Securities and Exchange Commission (SEC), J. Clayton, a présenté les priorités de son agence, notamment en matière de protection des investisseurs et de mise à jour des règles de transparence applicables aux fonds ouverts (mutual funds).

 

Un juge confirme la constitutionalité du CFPB

Dans une décision rendue le 6 mai, la cour d’appel du 9ème circuit a jugé que la structure administrative du bureau de protection des consommateurs des services financiers (CFPB) était conforme à la Constitution.

En première instance, la cour fédérale du district de New York avait jugé, le 21 juin 2018, que le mode de gouvernance du CFPB, institué par le Dodd-Frank Act, était anticonstitutionnel en l’absence d’instance collégiale à la tête de l’agence et en raison de la quasi-irrévocabilité de son directeur, qui ne peut être démis que par le président des États-Unis pour faute grave (« with a cause »).

S’appuyant sur un jugement de 1935 relatif à la Federal Trade Commission (FTC), la cour d’appel a justifié la structure de gouvernance du CFPB par le besoin de protéger son indépendance vis-à-vis de l’exécutif.

 

Une audition au Sénat illustre l’intérêt croissant pour le sujet de la protection des données (privacy)

Lors d’une audition organisée le 7 mai par la commission bancaire du Sénat sur les thèmes du droit au respect de la vie privée et de la collecte des données, le président républicain de la commission, Mike Crapo, a souligné le besoin de disposer d’un cadre d’utilisation et de protection des données clair aux États-Unis. Le chef de file des Démocrates au sein de cette commission, Sherrod Brown, a mis en avant le caractère consensuel de cette question au sein du Congrès.

À la différence de l’Union européenne qui a pris son règlement RGPD (General Data Protection Regulation,  GDPR) dès 2016, les États-Unis ne disposent pas encore d’un cadre règlementaire fédéral en matière de protection des données, l’initiative de légiférer appartenant aux États fédérés (la Californie a voté une loi en ce sens en 2018).

Crapo a indiqué qu’il pourrait proposer une loi renforçant le droit des citoyens américains de consentir ou non à la collecte et à l’utilisation de leurs données personnelles. Il a dit vouloir s’inspirer de l’expérience européenne, en émettant cependant des réserves vis-à-vis de la « complexité » du RGPD, qui pénaliserait notamment des entreprises américaines ayant des activités dans l’UE.

 

La Fed publie son rapport sur la stabilité financière aux États-Unis

La Fed a publié, le 6 mai, son rapport sur la stabilité financière (Financial Stability Report).

Elle y fait quatre constats : (i) la valeur des actifs reste élevée, ce qui montrerait que les investisseurs gardent un penchant pour le risque ; (ii) le niveau d’emprunt des ménages et des entreprises (en particulier celles risquées) est historiquement élevé relativement au PIB mais reste faible au regard des revenus ; (iii) les banques américaines restent bien capitalisées et le levier des broker-dealers est en-deçà de son niveau avant la crise ; enfin (iv) les risques pesant sur le financement des banques (en cas de bank run par exemple) sont jugés faibles.

 


 

Brèves

 

-En réponse à un courrier du sénateur Brian Schalz qui l’interrogeait sur la prise en compte par la Fed des risques associés au changement climatique, J. Powell a indiqué que son institution traitait les catastrophes climatiques (severe weather events) comme des chocs susceptibles d’affecter le système financier américain. Il a aussi rappelé que la Fed avait sensibilisé les institutions qu’elle supervise à cet enjeu, dans le souci d’assurer la bonne continuité de leurs activités en cas de choc climatique.

 

-Huit ex-avocats généraux de la Chambre des Représentants, républicains et démocrates, ont intenté une action contre l’administration Trump devant la justice fédérale pour faire annuler l’utilisation de fonds fédéraux pour construire un mur à la frontière avec le Mexique. C’est la troisième action en justice du genre au cours des dernières semaines, après celles initiées par la Chambre et par 16 Etats fédérés.

 

-Le 7 mai, le CFPB a publié une proposition visant à lutter contre le harcèlement dans le cadre des procédures de recouvrement de dette. La proposition plafonne à 7 le nombre de relances téléphoniques que pourra effectuer un agent de recouvrement chaque semaine. En cas de réponse de l’emprunteur, l’agent devra alors attendre une semaine avant de pouvoir le recontacter de sa propre initiative.

 

-Le 9 mai, le sénateur indépendant du Vermont et  candidat à la prochaine élection présidentielle, Bernie Sanders, et la représentante démocrate de l’État de New York, Alexandria Ocasio-Cortez, ont annoncé une proposition de loi qui plafonnerait à 15 % les intérêts facturés par les banques sur les soldes de carte de crédit.

 

-Le 2 mai, C. Giancarlo, a publié une lettre qu’il a écrite à R. Quarles, le vice-président de la Fed, pour le sensibiliser au coût administratif des nouvelles exigences de marge initiale sur les contrats swaps non compensés (initial margin on uncleared swaps). Le président de la CFTC y explique que ces nouvelles exigences, qui doivent entrer en vigueur en septembre 2020, pourraient pénaliser de nombreuses petites sociétés financières engagées sur ce marché.

 

-Le 3 mai, la SEC a publié une proposition de simplification de l’information financière que les investisseurs reçoivent lors de l’acquisition ou de la cession d’une entreprise cotée. Prise dans le cadre du FAST Act de 2015, cette proposition relève notamment le seuil à partir duquel une opération financière est considérée comme significative et devient dès lors soumise aux contraintes de publicité les plus exigeantes.

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0