Washington Wall Street Watch 2019-18

Washington Wall Street Watch 2019-18

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                                                          

-La croissance américaine ressort à +0,8 % au 1er trimestre 2019

Politiques macroéconomiques                                                 

-La Fed laisse sa fourchette-cible de taux d’intérêt inchangée

-Stephen Moore n’est plus candidat au poste de gouverneur de la Fed

-L’administration demande une augmentation de crédits pour la sécurité intérieure

-D. Trump et les leaders démocrates lancent un travail commun pour financer les infrastructures

Régulation financière                                                                                 

-La CFTC propose plusieurs modifications au cadre de régulation des dérivés

-Plusieurs acteurs financiers demandent de mieux encadrer les règles de rémunération des dirigeants

Brèves         

 


 

Conjoncture

 

La croissance américaine ressort à +0,8 % au 1er trimestre 2019

Selon une première estimation du Bureau of Economic Analysis, le PIB a crû de 0,8 % au 1er trimestre (3,2 % en rythme annualisé). L’activité a principalement été portée par l’évolution du solde commercial (0,3 point), la variation des stocks (0,2 point) et par la consommation des ménages (0,2 point).

Ce résultat contribue à rassurer les observateurs sur l’évolution de l’activité, alors que le début d’année avait suscité une certaine inquiétude (hiver rigoureux, publications de statistiques économiques contrastées et shutdown de 35 jours). Le shutdown aurait eu ainsi un effet relativement limité, estimé à moins de 0,1 point de PIB au T1 (0,3 point en rythme annualisé).

De nombreux analystes ont toutefois soulevé que cette croissance élevée ne traduisait pas nécessairement un dynamisme marqué de l’économie américaine, citant le caractère éphémère de certains facteurs. Ils soulignent notamment la contribution à la croissance inhabituellement élevée de la variation des stocks et du solde commercial, qui s’expliquerait par plusieurs grands contrats à l’export (ventes d’avions) et par l’accélération des livraisons par certaines entreprises qui anticiperaient de nouvelles mesures douanières.

 


 

Politiques macroéconomiques             

 

La Fed laisse sa fourchette-cible de taux d’intérêt inchangée

Le Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) a maintenu, comme attendu, la fourchette-cible des taux fed funds, qui s’établit à [2,25 %-2,5 %] à l’issue de sa réunion des 30 avril et 1er mai. La Fed se montre un peu plus optimiste dans son appréciation de la situation économique, mais reste encore prudente. Son président, Jerome Powell, a attribué le recul de l’inflation en-deça de la cible de 2 % à des facteurs ponctuels et transitoires ; le FOMC s’attend à un rebond de l’inflation dans les prochains mois.

Dans ce contexte, le FOMC estime qu’il n’est pas nécessaire de faire évoluer la politique monétaire.  J. Powell a notamment repoussé l’idée d’une baisse des taux d’intérêt, jugeant qu’il n’y a « aucun argument solide » (no strong case) soutenant cette hypothèse.

Le FOMC a également entamé des discussions sur le choix de la maturité du portefeuille de Treasuries de la Fed au terme du processus de réduction du bilan. Cette démarche fait suite à la publication d’une majeure partie des modalités de sortie du processus de réduction du bilan en mars dernier. Au regard de la complexité du sujet, le FOMC entend prendre le temps nécessaire pour dégager une décision consensuelle et J. Powell a indiqué qu’il n’y a « aucun besoin pressant d’agir » en la matière.

 

Stephen Moore n’est plus candidat au poste de gouverneur de la Fed

Donald Trump a annoncé le 2 mai le retrait de la candidature de Stephen Moore pour l’un des deux sièges vacants du conseil des gouverneurs de la Fed. La nomination de S. Moore avait mis en lumière sa proximité personnelle et politique avec D. Trump ainsi que des positions publiques jugées hétérodoxes en matière de politique monétaire (retour à l’étalon-or, suppression de la banque centrale, renvoi de J. Powell).

La personnalité du candidat, ajoutée à une accumulation de controverses personnelles ressurgies au cours des dernières semaines, avait conduit plusieurs sénateurs républicains à exprimer leur opposition au choix de la Maison blanche, compromettant ainsi un éventuel vote de confirmation au Sénat.

 

L’administration demande une augmentation de crédits pour la sécurité intérieure

La Maison blanche, par le truchement de l’Office of Management and Budget, a demandé au Congrès 4,5 Md USD de crédits supplémentaires pour le reste de l’année 2019 (qui s’achève le 30 septembre) en faveur des agences fédérales chargées de la surveillance de la frontière avec le Mexique. Ces fonds seraient employés à des fins d’aide humanitaire (3,3 Md USD) et pour des opérations de sécurité (1,1 Md USD). Dans sa requête, l’OMB souligne que les agences concernées pourraient se trouver à court de crédits d’ici la fin du mois, ce qui entraînerait leur fermeture temporaire.

Cette procédure budgétaire, relativement courante, pourrait toutefois se heurter à l’opposition de certains Démocrates au Congrès en raison de la sensibilité très forte des enjeux relatifs à l’immigration.

 

Trump et les leaders démocrates annoncent un travail commun sur un plan d’infrastructures

Le président américain s’est entretenu avec une délégation de parlementaires démocrates menée par Nancy Pelosi (Speaker de la Chambre des Représentants) et Chuck Schumer (minority leader au Sénat). Au terme de cette réunion, les deux parties ont annoncé leur volonté commune d’œuvrer à un plan d’infrastructures de 2 000 Md USD. Ce montant est supérieur à toutes les propositions faites jusqu’à présent par D. Trump à ce sujet.

Cependant, ces annonces ne mentionnent aucune piste quant aux modalités de financement du plan. Certains parlementaires républicains se sont exprimés contre un financement par le déficit. Les discussions pourraient aussi buter sur le souhait de la Maison blanche d’alléger la réglementation environnementale dans le secteur de la construction. Les deux parties sont convenues de se rencontrer fin mai pour poursuivre les discussions.

Il semble peu probable que cette initiative se concrétise à court terme en raison de l’encombrement du calendrier législatif (ratification du nouvel accord commercial entre les États-Unis, le Mexique et le Canada (USMCA), préparation du budget pour 2020, etc.).

 


 

Régulation financière

 

La CFTC propose plusieurs modifications au cadre de régulation des dérivés

La Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur du marché des dérivés, a proposé le 25 avril de nouvelles règles relatives aux entités chargées de publier des informations sur les échanges de dérivés (swap data repositories ou SDR). Cette proposition vise notamment à clarifier certaines exigences de transparence imposées aux SDR, ainsi qu’à mettre à jour les exigences concernant l’exactitude des données publiées. La proposition est soumise à commentaire public pendant une période de 75 jours.

Concernant les chambres de compensation (derivatives clearing organizations ou DCO), la CFTC a proposé le 29 avril une règle qui (i) revient sur plusieurs dispositions liées à l’enregistrement et à la publication d’informations par les DCO et (ii) met en place de nouvelles modalités dans le calcul des exigences de liquidité des DCO ainsi que des modifications concernant la publication d’informations et la gestion des risques lors d’échanges de dérivés. En sus, la CFTC a publié, le 1er mai, les résultats des tests de résistance (stress tests) de CME Clearing et LCH Ltd, qui concluent à l’existence de ressources financières suffisantes au sein de ces deux chambres de compensation pour faire face à des événements adverses.

Enfin, lors d’une audition à la commission agricole de la Chambre des Représentants le 1er mai, le président de la CFTC, C. Giancarlo, a de nouveau fait part de ses inquiétudes concernant le projet de règlement européen EMIR 2.2 (European Market Infrastructure Regulation), eu égard à la perspective que certaines chambres de compensation américaines soient supervisées par l’UE. Selon C. Giancarlo, il appartient à la CFTC d’être le régulateur exclusif des chambres de compensation américaines.

 

Plusieurs acteurs financiers demandent de mieux encadrer les règles de rémunération des dirigeants

Dans une lettre adressée le 29 avril à la Securities and Exchange Commission (SEC), le Council of Institutional Investors (CII), une association de gestionnaires d’actifs, fustige certaines pratiques de rémunération des dirigeants d’entreprises. En particulier, le CII dénonce le recours répandu à des normes comptables non-standardisées (non-GAAP) pour indexer la rémunération du dirigeant sur les performances de l’entreprise.

Le 30 avril, le directeur de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), Joseph Otting, a par ailleurs annoncé sa volonté de proposer une règle d’ici la fin de l’année qui limiterait la rémunération des dirigeants d’établissements financiers. Mandatée de longue date par le Dodd-Frank Act, cette règle serait proposée conjointement par plusieurs agences, dont la Fed, la SEC et la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC).

 


 

Brèves

 

-Le 1er mai, l’American Economic Association (AEA) a décerné à Emi Nakamura, professeure à l’université de Californie, la médaille John Bates Clark, qui distingue chaque année les recherches d’un économiste de moins de 40 ans. Ses recherches en macroéconomie, souvent empiriques, portent notamment sur la rigidité des prix, les effets des chocs budgétaires ainsi que sur les erreurs de mesure dans les statistiques officielles.

 

-Le 30 avril, le Committee on Ways and Means de la Chambre des Représentants a organisé sa première audition sur la proposition de loi « Medicare for All » relative à la couverture universelle des dépenses de santé. Le lendemain, le Congressional Budget Office a publié un rapport dans lequel le CBO explique la difficulté à chiffrer le coût d’un tel dispostif.

 

-Les entreprises parapubliques Fannie Mae et Freddie Mac (Government Sponsored Enterprises, GSE), chargées de la titrisation des prêts immobiliers, ont publié le 1er mai leurs résultats financiers pour le premier trimestre 2019. Leurs résultats nets, qu’elles reverseront sous forme de dividendes au Treasury, ont respectivement atteint 2,4 Md USD et 1,7 Md USD. Si Fannie Mae accuse une baisse de ses revenus par rapport au dernier trimestre 2018 (-25 %), ceux de Freddie Mac sont en hausse (+13 %). Pour rappel, la Maison blanche a publié, le 27 mars, un mémorandum portant sur une réforme du financement du marché immobilier, qui appelle à davantage de concurrence sur ce marché.

 

-Le 30 avril, la commission bancaire du Sénat a tenu une audition au sujet des méthodes de régulation et de supervision financières. Au cours de celle-ci, G. Baer (Bank Policy Institute), M. Tahyar (Davis Polk) et P. McCoy (université de droit de Boston) sont notamment revenus sur l’utilisation par les agences des textes de recommandation (guidances) plutôt que des règles. Les intervenants ont également souligné les difficultés pour les établissements supervisés à émettre des critiques vis-à-vis du régulateur, par peur de représailles.

 

-Le 25 avril, Kelly King et William Rogers, respectivement dirigeants des banques BB&T et SunTrust, ont été auditionnés par la Fed et la FDIC  dans le cadre du projet de fusion entre les deux entités.

 

-Bart Chilton, un ancien commissaire démocrate de la CFTC, entre 2007 et 2014, est décédé le 29 avril, à l’âge de 58 ans. M. Chilton avait notamment contribué à l’élaboration de nouvelles règles pour le swap trading ainsi que d’autres dispositions du Dodd-Frank Act. Dès 2016, il avait appelé à une attention particulière du régulateur au sujet des crypto-actifs et s’était récemment exprimé en faveur d’une régulation souple, notamment des initial public offerings (ICO).

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