Washington Wall Street Watch 2019-16

Washington Wall Street Watch 2019-16

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                                                          

-La production industrielle enregistre un léger recul en mars

-La Fed de New York évalue l’effet de la réforme fiscale de 2017 sur le marché immobilier

-L’environnement économique a peu évolué au cours des dernières semaines, selon le Beige Book

Politiques macroéconomiques                                                 

-La sénatrice Elizabeth Warren propose une surtaxe de 7 % sur les grandes entreprises

-Les sénateurs démocrates proposent une extension des crédits d’impôt pour les familles modestes

Régulation financière                                                                                 

-La Maison Blanche veut renforcer le contrôle du Congrès sur l’action des régulateurs fédéraux

-Les banques américaines ont publié leurs résultats du premier trimestre 2019

Brèves                                                                                                                       

 


 

Conjoncture

 

La production industrielle enregistre un léger recul en mars

L’indice de production industrielle ressort en baisse de 0,1 % au mois de mars selon la Réserve fédérale (après +0,1 % en février), un résultat nettement inférieur aux attentes des analystes (+0,3 %). Si elle a bénéficié du rebond du secteur de l’équipement des entreprises (+0,4 %, après -0,8 % en février), l’activité industrielle a toutefois été pénalisée par le recul constaté dans la production de biens durables (-1,8 %), notamment la contre-performance du secteur automobile (-2,5 %).

Le taux d’utilisation des capacités de production fléchit légèrement, à 78,8 % (-0,2 %), mais reste en progression sur douze mois glissants (+2 points).

 

La Fed de New York évalue l’effet de la réforme fiscale de 2017 sur le marché immobilier

Le 17 avril, la Fed de New York a publié, sur son blog Liberty Street Economics, trois études sur l’impact de la réforme fiscale de 2017 sur le marché immobilier. La baisse des ventes de logements aux États-Unis en 2018 (-7,6 %) avait en effet interpellé les observateurs, en particulier parce qu’elle était très marquée dans le nord-est du pays (-28,2 %) et parce qu’elle concernait particulièrement les logements dont le prix est supérieur à 500 000 USD (-11,4 %).

La Fed de New York rappelle tout d’abord que deux dispositions de la réforme fiscale adoptée fin 2017 affectent directement le marché immobilier, à savoir le plafonnement de la déduction des intérêts d’emprunt au-delà de 750 000 USD et le plafonnement de la déduction des montants versés au titre de l’impôt local à hauteur de 10 000 USD.

Les auteurs montrent ensuite que la réforme a contribué à alourdir la charge d’intérêt après impôt des emprunteurs, ce qui a pu décourager les décisions d’achat. La charge d’intérêt a ainsi progressé d’un point en moyenne entre le 4ème trimestre 2017 et le 3ème trimestre 2018 (hors effet de valorisation des biens immobiliers). Cette hausse se partage équitablement entre l’effet de la hausse des taux et celui de la fiscalité. Dans les régions à fiscalité élevée, où les ménages sont généralement plus aisés et où les logements coûtent plus cher, la charge d’intérêt nette a augmenté de 3,2 points, (+2,2 points liés à la hausse des taux et +1 point lié à la progression de la fiscalité).

En dernier lieu, les auteurs ont cherché à identifier l’effet de la réforme sur le coût d’opportunité d’être propriétaire, mesuré par le ratio prix/loyers (un ratio élevé reflétant un coût d’accès à la propriété plus important, il est généralement plus élevé dans les régions prospères où se trouvent les biens immobiliers les plus onéreux). Ils constatent une convergence du ratio prix/loyers entre les États, qu’ils interprètent comme l’indication d’une moindre appréciation des prix dans les États à fiscalité élevée, sous l’effet du renchérissement de la charge d’intérêt nette.

 

L’environnement économique a peu évolué au cours des dernières semaines, selon le Beige Book

Le nouveau Beige Book de la Fed, publié le 17 avril et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme jugé faible ou modéré en fonction des districts. Tant l’environnement actuel que les perspectives d’activité des entreprises ont peu évolué, malgré une demande moins soutenue.

L’emploi continue de progresser, mais les difficultés de recrutement sur un marché du travail tendu obèrent la croissance des entreprises. Le déficit de main d’œuvre semble plus marqué sur les postes qualifiés. Ces tensions alimentent la progression des salaires.

Les pressions sur les prix sont jugées modestes et sont principalement entretenues par la hausse des droits de douane, du coût des transports et par la hausse des salaires.

 


 

Politiques macroéconomiques                        

 

Elizabeth Warren propose une surtaxe de 7 % sur les grandes entreprises

Dans le cadre de sa campagne pour l’investiture démocrate à l’élection présidentielle de 2020, la sénatrice Elizabeth Warren a dévoilé un projet de surtaxe de 7 % sur les entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 100 MUSD.

Cette mesure serait assise sur le résultat consolidé des entreprises communiqué aux investisseurs selon les principes comptables de la Securities and Exchange Commission (normes GAAP), plutôt que sur le résultat comptable calculé par les méthodes de l’Internal Revenue Service. La sénatrice espère ainsi contourner les niches fiscales instaurées par la réforme de 2017 et limiter l’effet de l’optimisation fiscale sur les recettes.

Une évaluation conduite par les économistes français Emmanuel Saez et Gabriel Zucman conclut que la mesure s’appliquerait à 1 200 entreprises et permettrait de générer près de 1 050 Md USD de recettes fiscales sur dix ans. Cette estimation se situerait toutefois dans la fourchette basse, les deux chercheurs n’utilisant que les données des entreprises cotées.

 

Les sénateurs démocrates proposent une extension des crédits d’impôt pour les familles modestes

Le 10 avril, le sénateur Sherrod Brown, soutenu par les principaux membres démocrates du Sénat, a déposé une proposition de loi prévoyant l’élargissement des critères d’octroi de deux crédits d’impôt en faveur des ménages modestes, l’Earned Income Tax Credit et le Child Tax Credit.

Le montant de l’Earned Income Tax Credit, un crédit d’impôt remboursable dont peuvent bénéficier les actifs gagnant un salaire faible, progresserait de 25 % pour les familles avec enfants et serait multiplié par 4 pour les personnes célibataires. Le texte étendrait également le crédit d’impôt aux personnes de 19 à 67 ans (25-65 ans aujourd’hui). Le Child Tax Credit, qui cible les familles pauvres, augmenterait lui de 2000 USD à 3000 USD pour chaque enfant de moins de 6 ans, deviendrait remboursable à 100 % et pourrait être versé à un rythme mensuel.

Ces aménagements bénéficieraient à près de 46 millions de foyers (soit près d’une famille sur deux), pour un gain moyen de 2 000 USD par foyer, selon une évaluation du Center for Budget and Policy Priorities. À l’instar des précédentes évolutions des dispositifs de crédits d’impôt, cette proposition pourrait aussi avoir un effet positif sur l’offre de travail. Elle serait financée par le déficit, pour un montant encore non évalué.

Cette proposition de loi a peu de chances d’être adoptée en l’état, dans la mesure où les Républicains contrôlent le Sénat. Elle pourrait toutefois être insérée à un accord budgétaire plus global entre les Démocrates et Républicains. Enfin, elle pourrait être intégrée au programme des Démocrates en vue des élections de 2020.

 


 

Régulation financière

 

La Maison Blanche veut renforcer le contrôle du Congrès sur l’action des régulateurs fédéraux

Dans un document publié le 11 avril, l’Office of Management and Budget (OMB), l’organe de la Maison Blanche chargé des questions budgétaires et qui conseille également le président américain en matière règlementaire, enjoint aux agences fédérales de se conformer au Congressional Review Act (CRA). Cette loi, adoptée en 1996, confère au Congrès le pouvoir de censurer un large éventail d’actions prises par les agences fédérales, parmi lesquelles les règles ayant un impact économique significatif (major rules). Sont explicitement exclues du champ du CRA les décisions de politique monétaire de la Réserve fédérale et la règlementation relative au secteur des télécommunications.

Dans ce document, l’OMB rappelle, d’une part, qu’en vertu du CRA, les agences ont le devoir de notifier au Congrès tout nouveau projet de règlementation et, d’autre part, que le contrôle de légalité ne se limite pas aux textes à caractère normatif mais inclut aussi les actes non obligatoires (guidance documents, general statements of policy, interpretive rules, etc.).

L’OMB modifie par ailleurs la procédure de détermination des major rules, qui relève de l’Office of Information and Regulatory Affairs (OIRA), un autre organe de la Maison Blanche. À compter du 11 mai 2019, l’exécutif devra, pour toute proposition de règle, enrichir ses études d’impact d’une analyse systématique de ses effets économiques et de son coût administratif pour les consommateurs ou pour un secteur économique particulier.

 

Les banques publient leurs résultats du premier trimestre 2019

 

                                                                    Les pourcentages entre parenthèses désignent la variation par rapport au T1 2018

                                                                                    Source : états financiers des banques américaines au T1 2019

Les six plus grandes banques américaines selon la taille du bilan (JP Morgan Chase, Bank of America, Wells Fargo, Citigroup, Goldman Sachs et Morgan Stanley) ont publié cette semaine leurs résultats du premier trimestre 2019.

Les marges des établissements bancaires américains ont profité de la hausse des taux d’intérêt de la Fed décidée fin 2018. Le marché du crédit s’est par ailleurs révélé assez dynamique (la banque de détail de Bank of America a ainsi enregistré une croissance de 25 % de son bénéfice net par rapport au T1 2018).

Cependant, les activités de trading de la plupart des banques ont été pénalisées par la faible volatilité des  marchés (les revenus de Goldman Sachs générés par la tenue de marché – market-making – ont ainsi baissé de 21 % par rapport au T1 2018).

 


 

Brèves

 

-Le 18 avril, les agences de régulation financière (Fed, OCC et FDIC) ont ouvert une consultation publique sur leur proposition de modifier le calcul du ratio de levier supplémentaire des banques dépositaires (custodian banks), publiée le 29 mars.

 

-Lors de sa prise de fonction le 15 avril, le nouveau directeur de la Federal Housing Finance Agency (FHFA), Mark Calabria, a déclaré que les fondements du système de financement du marché immobilier américain étaient « vulnérables » et que sa réforme serait une priorité. M. Calabria a également officialisé la nomination de son adjoint, Adolfo Marzol, un ancien conseiller du secrétaire au Logement Ben Carson.

 

-L’État du New Jersey a présenté, le 15 avril, sa proposition de règle fiduciaire qui obligerait tous les professionnels du conseil en investissement inscrits auprès du Bureau of Securities à consacrer la primauté de l’intérêt du client avant toute décision d’investissement.

 

-Le 15 avril, les régulateurs financiers d’une vingtaine d’États américains ont cosigné un courrier au Congrès dans lequel ils appellent à mieux protéger (safe harbour) les banques actives dans le commerce de la marijuana utilisée à des fins thérapeutiques. Le courrier pointe notamment les contraintes juridiques auxquelles sont exposées ces banques dans les 33 États américains où ce commerce est pourtant légal.

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