Washington Wall Street Watch 2019-15

Washington Wall Street Watch 2019-15

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                                                          

-Les créations d’emplois rebondissent nettement en février, mais le taux de chômage reste inchangé

-L’inflation rebondit nettement en mars

-Le FMI abaisse sa prévision de croissance américaine pour 2019

-Le FMI attribue à l’accord USMCA des effets limités sur l’économie américaine

Politiques macroéconomiques                                                 

-D.  Trump va nommer Herman Cain au conseil des gouverneurs de la Fed

-Le Congrès a amorcé des discussions sur un relèvement des plafonds de dépenses

-Les minutes de la dernière réunion de la Fed confirment la pause dans le cycle de hausse des taux

Régulation financière                                                                                 

-La Fed publie de nouvelles propositions de révision du cadre prudentiel bancaire

Brèves                                                                                                                       

 


 

Conjoncture

 

Les créations d’emplois rebondissent nettement en février, mais le taux de chômage reste inchangé

 Le rapport mensuel du Bureau of Labor Statistics sur la situation de l’emploi fait état de 196 000 créations d’emplois en mars aux États-Unis. Ce résultat est proche des niveaux de l’année 2018 (+223 000 emplois par mois en moyenne) après un mois de février très décevant (+33 000 emplois, après révision de +13 000). Si ce rebond était attendu (consensus à + 170 000), sa confirmation a contribué à rassurer les investisseurs. Ces derniers attribuent désormais le mauvais résultat de février à l’effet d’une météo difficile.

Le taux de chômage se maintient quant à lui à 3,8 % et à 7,3 % dans sa définition tenant compte du temps partiel subi. En revanche, le taux de participation retombe 63,0 % (-0,2 point).

Les salaires progressent de 0,1 % sur le mois (après +0,4 %) et le rythme de progression sur douze mois s’établit à 3,2 %, en légère décélération (-0,2 point).

 

L’inflation rebondit nettement en mars

 L’indice des prix à la consommation a progressé de 0,4 % en mars (après +0,2 % en février) selon le Bureau of Labor Statistics, soit la plus forte hausse sur un mois depuis janvier 2018. L’inflation a été principalement tirée par la hausse des prix de l’énergie (+3,5 %). Hors éléments volatils, l’inflation sous-jacente ressort au rythme inchangé de +0,1 %.

Sur douze mois glissants, l’inflation s’établit à 1,9 % pour l’indice global et à 2,0 % pour l’indice sous-jacent (après respectivement +1,5 % et 2,1 %).

 

Le FMI abaisse sa prévision de croissance américaine pour 2019

 Dans la nouvelle édition de ses Perspectives sur l’économie mondiale, le Fonds monétaire international a abaissé sa prévision de croissance pour les États-Unis à 2,3 % en 2019 (-0,2 point) après un taux de croissance de 2,9 % en 2018.

Cette révision traduit un environnement international moins porteur (la croissance des économies avancées ralentirait bien plus fortement qu’attendu, de 2,2 % en 2018 à 1,8 % en 2019) ainsi qu’une croissance de la demande intérieure moins soutenue que l’année dernière (+2,3 % en 2019 contre +2,9 % en 2018).

 

Le FMI attribue à l’accord USMCA des effets limités sur l’économie américaine

 Un document de travail publié par trois économistes du FMI cherche à évaluer les effets économiques, pour le Canada, les États-Unis et le Mexique, des nouvelles dispositions introduites dans l’accord de libre-échange USMCA qui remplace l’ALENA.

À partir d’un modèle d’équilibre général calculable, ces chercheurs estiment que la mise en œuvre de l’USMCA générerait un gain de 538 MUSD pour l’ensemble des trois pays (soit 0,002 % du PIB consolidé des trois en parité de pouvoir d’achat). Les États-Unis concéderaient même une perte de 794 MUSD (0,004 % du PIB), principalement liée au renforcement des règles d’origine dans le secteur automobile. Les mesures de facilitation des échanges produiraient le bénéfice économique le plus important (+1,3 Md USD au total, dont +468 MUSD pour les États-Unis).

L’effet économique global de l’accord pourrait être amélioré si d’aventure il était accompagné d’une levée des mesures tarifaires sur l’acier et l’aluminium décidées par l’administration Trump et des mesures de rétorsion prises par le Canada et le Mexique. L’ensemble de la zone connaîtrait alors une augmentation de richesse de 3,1 Md USD (0,015 % du PIB consolidé), dont 1,3 Md USD pour les États-Unis (0,006 % du PIB). Il est à noter que le salaire réel des personnes peu qualifiées aux États-Unis ne serait pas affecté par le nouvel accord.

Enfin, les chercheurs du FMI montrent que l’accord USMCA conduirait à un léger creusement du déficit commercial américain, avec ou sans levée des mesures tarifaires (-275 MUSD avec, -350 MUSD sans) en raison du renchérissement du coût des importations automobiles.

 


 

Politiques macroéconomiques                        

 

Donald Trump va nommer Herman Cain au conseil des gouverneurs de la Fed

 Évoquée par la presse ces dernières semaines, l’intention prêtée à D. Trump de nommer Herman Cain au poste de gouverneur de la Federal Reserve a été confirmée par le président américain lors d’une conférence de presse tenue le 4 avril.

Cain a passé une grande partie de sa carrière dans le secteur de la restauration, où il a dirigé la chaîne Godfather’s Pizza et la National Restaurant Association. Il a aussi été le président du conseil d’administration de la Fed de Kansas City entre 1995 et 1996 et un candidat à l’investiture du parti républicain pour plusieurs élections présidentielles.

À l’instar de celui de Stephen Moore dévoilé le 22 mars, le choix de nommer Herman Cain a suscité une vive controverse en raison notamment de ses positions hétérodoxes en matière de politique monétaire. Il avait par exemple vertement critiqué les programmes de rachat d’actifs de la Fed après la crise financière. Plus récemment, il a critiqué la hausse des taux d’intérêt de la Fed, comme l’a d’ailleurs fait D. Trump à plusieurs reprises. Il s’est aussi montré favorable à un retour à l’étalon-or.

Lorsque cette nomination aura été officialisée, il reviendra au Sénat de la confirmer, par un vote en commission bancaire puis en session plénière à la majorité simple. Cependant, certains élus républicains, majoritaires au Sénat, ont d’ores et déjà exprimé des réserves sur le profil du candidat.

 

Le Congrès a amorcé des discussions sur un relèvement des plafonds de dépenses

 L’accord budgétaire bipartisan de 2018 avait permis un relèvement des plafonds de dépenses discrétionnaires (spending caps) pour les années fiscales 2018 et 2019. Le Congrès doit désormais décider de l’évolution des plafonds dans le cadre du budget pour 2020. À défaut, ces plafonds seraient déterminés par le Budget Control Act de 2011, ce qui entraînerait une baisse de dépenses de 126 Md USD (0,7 % du PIB).

À la Chambre des Représentants, la majorité Démocrates a déposé une proposition de loi qui prorogerait les augmentations décidées en 2018, et acterait une hausse supplémentaire de 4,1 % des dépenses discrétionnaires en 2020 (+ 5,7 % pour les dépenses militaires, +2,6 % pour les autres programmes, pour une enveloppe totale de 1 295 Md USD). Le texte n’a pas été soumis au vote en raison de l’opposition de l’aile gauche du groupe Démocrate, qui conteste une augmentation de crédits trop élevée pour le département de la Défense. Malgré cet obstacle, les travaux se poursuivent en commissions, la Chambre ayant adopté une deemed resolution qui leur permet de préparer un projet de budget intégrant ces augmentations de dépenses.

Par ailleurs, Nancy Pelosi et Mitch McConnell, respectivement Speaker de la Chambre et majority leader au Sénat, ont annoncé ouvrir des discussions techniques avec l’objectif d’aboutir à un accord bipartisan. Les deux élus souhaitent éviter une situation de blocage législatif. L’idée d’une nouvelle progression des dépenses publiques est cependant contraire à la position de la Maison Blanche et pourrait amener de nouvelles tensions entre D. Trump et le Congrès.

 

Les minutes de la dernière réunion de la Fed confirment la pause dans le cycle de hausse des taux

 Le procès-verbal de la réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) de mars illustre la prudence de ses membres : une majorité d’entre eux estiment préférable de laisser les taux d’intérêt inchangés en 2019 au regard de l’évolution attendue de la situation économique (deux hausses étaient auparavant anticipées). L’absence de pressions inflationnistes et des motivations de gestion des risques conjoncturels sont citées comme les principales explications de ce tournant.

Le FOMC se satisfait que le discours accommodant porté depuis le début de l’année ait eu un impact immédiat sur les marchés et il estime que cela a largement contribué à enrayer la dégradation des conditions financières entamée fin 2018.

Une partie du FOMC semble toutefois ouverte à une évolution des taux d’intérêt, à la hausse comme à la baisse, en fonction de l’évolution de l’activité au cours de l’année. Certains membres attribuent les données décevantes du 1er trimestre à des facteurs temporaires (shutdown budgétaire, fort recul des marchés en décembre) et pensent que l’activité pourrait accélérer au cours des prochains mois.

Sur le plan macro-financier, la Fed renouvelle ses inquiétudes au sujet de la croissance de l’endettement des entreprises, craignant que ce déséquilibre puisse amplifier une récession.

 


 

Régulation financière

 

La Fed publie de nouvelles propositions de révision du cadre prudentiel bancaire

 Le 8 avril, la Fed a publié un projet de calibrage (tailoring) des standards prudentiels renforcés pour les grandes banques non américaines (foreign banking organizations, FBO) et une proposition qui réduirait la fréquence et le contenu des plans de résolution ordonnée pour toutes les banques.

La proposition de tailoring a été élaborée en application de la réforme du Dodd-Frank Act (« Crapo Bill ») et correspond au second volet du processus de calibrage des standards prudentiels renforcés (enhanced prudential standards, EPS), un premier texte à destination des seules banques américaines ayant été publié en octobre 2018.

À l’instar du tailoring proposé pour les banques américaines, la Fed souhaite renforcer la proportionnalité de l’application des EPS en fonction du risque posé par chaque FBO. Quatre catégories sont ainsi définies, dont la classification s’opère selon une double approche par la taille des actifs et par le poids qu’occupent dans leurs bilans certaines expositions considérées par la Fed comme sensibles (actifs non-bancaires, financement sur le marché, hors-bilan et activités transfrontalières).

La Fed a également publié le même jour une proposition d’allègement des plans de résolution ordonnée (living wills). Elle réduit notamment la fréquence de soumission et le contenu des plans de résolution des grandes banques, à des degrés divers en fonction de leur importance systémique.

 


 

Brèves

 

-Le 10 avril, la commission des services financiers de la Chambre des Représentants a auditionné les dirigeants de sept des huit plus grandes banques américaines. Ils ont été chacun invités à s’exprimer sur de nombreux sujets, comme la stabilité financière internationale, le Brexit, l’accès au crédit des entreprises ou encore les écarts de salaires entre les dirigeants des banques et leurs employés les moins qualifiés.

 

-Le 5 avril, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés dérivés, a publié deux documents qui visent à offrir plus de clarté aux participants de marché dans le contexte des négociations du Brexit. La CFTC y garantit la continuité des transactions sur le marché des dérivés en cas de Brexit et explique qu’elle continuera de reconnaître la réglementation britannique en cas de sortie du Royaume-Uni de l’UE sans accord.

 

-Dans un discours du 10 avril, le président du comité de stabilité financière (Financial stability forum, FSB) et vice-président de la Fed, Randal Quarles, a appelé les banques à accélérer le processus de transition vers un indice de référence alternatif au LIBOR. Il a indiqué que le secteur privé devait « prendre ses responsabilités » et préparer le passage à l’utilisation du secured overnight financing rate (SOFR).

 

-Le 9 avril, le président de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a déclaré qu’il était préoccupé par la croissance des prêts bancaires à des sociétés surendettées. Jay Clayton a comparé cette situation à la période qui avait précédé la crise financière de 2008.

 

-Le 8 avril, la SEC a donné, pour la première fois, son accord à la création d’un fonds indiciel coté (ETF) dont la composition du portefeuille de titres resterait confidentielle. L’objectif de ce premier ETF « non-transparent » est d’utiliser des stratégies que d’autres participants de marché ne peuvent répliquer. La SEC souligne que ce produit comporte des risques et qu’il pourrait générer un coût pour les investisseurs.

 

-Une proposition de loi a été introduite le 9 avril par le représentant républicain Warren Davidson, qui exempterait les jetons issus des initial coin offerings (ICO) du statut d’actif financier et donc de leur supervision par la SEC. Cette proposition allégerait également la fiscalité des plus-values réalisées à partir des monnaies virtuelles. À la différence d’un premier texte de décembre 2018, cette proposition consacrerait la primauté de la loi fédérale sur les règles des États fédérés en matière d’ICO.

 

-Le 8 avril, S&P Dow Jones a lancé un nouvel indice S&P 500 ESG. Ce nouvel indice reproduira le risque et le rendement du S&P 500, l’indice pondéré par la capitalisation boursière des 500 plus grandes sociétés cotées en bourse aux États-Unis, en y intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.

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