Washington Wall Street Watch 2019-13

Washington Wall Street Watch 2019-13

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                             

-Le rythme de la croissance économique américaine a sensiblement baissé en fin d’année 2018

Politiques macroéconomiques                                                 

-D. Trump envisage de nommer Stephen Moore au conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale

-L’administration Trump saisit la justice pour faire invalider la loi Obamacare

-Le président de la Fed de Philadelphie estime qu’une hausse de taux en 2019 serait appropriée

Régulation financière                                                                                 

-La CFTC allège les exigences relatives au seuil d’enregistrement des swap dealers

-Les revenus générés par les activités de trading ont baissé au quatrième trimestre 2018

Brèves                                                                                                                        

 


 

Conjoncture

 

Le rythme de la croissance économique américaine a sensiblement baissé en fin d’année 2018

Les estimations du Bureau of Economic Analysis (BEA), publiées le 28 mars, font état d’un ralentissement de la croissance américaine au 4ème trimestre 2018 (+2,2 % en rythme annualisé, après +3,4 % au 3ème trimestre 2018).

Il s’agit de la 3ème estimation de la part du BEA, qui avait précédemment estimé la croissance du dernier trimestre de 2018  à 2,6 %. Cette révision à la baisse s’explique principalement par une baisse de la consommation des ménages.

La croissance du PIB américain sur l’ensemble de l’année 2018 reste inchangée à 2,9 %, un niveau supérieur à celui observée en 2017 (2,2 %). Elle a été principalement tirée par la demande intérieure et par l’investissement.

Ce niveau de croissance ressort légèrement en-deçà de la prévision de 3 % de l’administration.

 


 

Politiques macroéconomiques

                         

Trump envisage de nommer Stephen Moore au conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale

Donald Trump aurait décidé de proposer la nomination de Stephen Moore au conseil des gouverneurs de la Fed (Federal Reserve Board), selon des rumeurs confirmées le 22 mars par l’intéressé lui-même. Les nominations au FRB sont soumises à un vote de confirmation par le Sénat.

Économiste affilié à la fondation Heritage, un centre de recherche conservateur proche du parti républicain, et chroniqueur régulier pour différents médias américains (CNN, Wall Street Journal), Stephen Moore se présente comme un disciple de l’économiste Arthur Laffer, qui a conseillé l’administration Reagan et qui est souvent associé à la courbe économique éponyme selon laquelle il existerait un niveau optimal de prélèvements obligatoires au-delà duquel les recettes fiscales diminuent.

S’il n’occupe pas de fonction officielle au sein de l’administration Trump, S. Moore a néanmoins conseillé cette dernière sur plusieurs dossiers économiques emblématiques, notamment la réforme fiscale. Il prône par ailleurs une baisse drastique des dépenses publiques, estimant que le niveau du déficit public américain est « insoutenable ». Enfin, il a soutenu la politique de déréglementation financière engagée par l’administration, la jugeant toutefois inaccomplie.

En matière de politique monétaire, Stephen Moore a vertement critiqué l’action de la Fed au cours des derniers mois, en particulier les hausses de taux décidées en 2018 sous la présidence de Jerome Powell, qu’il a d’ailleurs appelé à démissionner. Le 13 mars dernier, il s’est fendu d’une tribune dans laquelle il explique que l’action de la Réserve fédérale faisait obstacle à une croissance économique plus vigoureuse aux États-Unis. Il s’inquiète également d’un risque déflationniste et érige en priorité la stabilisation du dollar par rapport au prix des matières premières, en se référant à la politique monétaire menée par Paul Volcker dans les années 1980. Soucieux, dans ses dernières interventions médiatiques, de ne pas apparaître comme partisan d’un nouvel assouplissement monétaire, S. Moore s’est également montré prudent quant à l’opportunité de poursuivre la stratégie engagée par la Fed pour réduire son bilan, expliquant qu’il ne connaissait pas suffisamment bien le sujet.

 

L’administration Trump saisit la justice pour faire invalider la loi Obamacare

Le 25 mars, le ministère de la justice (DoJ) a saisi la cour d’appel du 5ème circuit pour faire invalider l’ensemble du dispositif d’assurance-santé mis en place par l’Affordable Care Act de 2010 (« Obamacare »). À l’appui de sa saisine, le DoJ cite une décision d’un juge fédéral texan qui avait statué, en décembre dernier, que le dispositif de « mandat individuel », parce qu’il contraignait les Américains à souscrire une police d’assurance-santé, était contraire à la Constitution. Une procédure analogue avait toutefois échoué en 2012, la Cour suprême jugeant alors que le mandat individuel équivalait à un nouvel impôt, que le Congrès pouvait dès lors instaurer.

Donald Trump a salué cette initiative du DoJ et indiqué qu’il allait proposer une réforme complète de l’assurance-santé pour remplacer Obamacare si celle-ci était invalidée par la justice fédérale. Il n’en a cependant pas précisé les contours.

En réponse, les Démocrates ont dévoilé, le 26 mars, une proposition de loi visant à étendre certaines dispositions d’Obamacare. Cette loi élargirait les crédits d’impôt pour les familles modestes souscrivant une assurance-santé et créerait un mécanisme national de réassurance pour les dépenses de santé les plus élevées.

 

Le président de la Fed de Philadelphie estime qu’une hausse de taux en 2019 serait appropriée

Le 25 mars, le président de la Réserve fédérale de Philadelphie, Patrick Harker, s’est exprimé sur le rythme de resserrement de la politique monétaire. P. Harker, qui ne prend pas part au vote du FRB relatif aux taux, a notamment estimé qu’une hausse de taux en 2019, suivie d’une deuxième en 2020, serait appropriée et que les perspectives économiques aux États-Unis étaient dans l’ensemble plutôt bonnes.

Le président de la Fed de Philadelphie a également souligné l’importance de la normalisation du bilan de la banque centrale. Après avoir rappelé que les programmes de rachats d’actifs avaient été arrêtés en 2014 et que la réduction de la taille du bilan de la Fed avait débuté dès 2017, P. Harker a jugé qu’un travail supplémentaire restait à effectuer par la Fed sur la composition de son portefeuille. À cet égard, il a noté que les actifs adossés à des prêts hypothécaires (mortgage-backed securities, MBS) représentaient toujours près de 40 % du portefeuille de la Fed, alors même que l’objectif de long terme de la banque centrale est de détenir principalement des Treasuries.

 


 

Régulation financière

 

La CFTC allège les exigences concernant le seuil d’enregistrement des swap dealers

À l’issue d’un vote serré (3-2) organisé le 25 mars, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur du marché des dérivés américains, a adopté une règle finale qui allège les exigences réglementaires liées à l’enregistrement des courtiers en dérivés (swap dealers), notamment la définition du seuil d’enregistrement.

Le seuil d’enregistrement, dit de minimis, est calculé à partir de la valeur notionnelle des contrats swaps échangés sur les douze mois précédents. La nouvelle règle exclut de ce calcul tout dérivé portant sur un prêt lorsque celui-ci a été traité par le courtier dans une limite de 181 jours.

Le président de la CFTC, C. Giancarlo, a justifié cet allègement par la nécessité de soulager le cadre règlementaire auquel sont soumises les petites et moyennes banques. À l’inverse, les commissaires démocrates, R. Behnam et D. Berkowitz, ont regretté l’exemption massive que cette règle accordait selon eux aux banques.

Pour rappel, en novembre 2018, la CFTC avait procédé à un premier allègement de la règlementation des swap dealers en renonçant à abaisser le seuil de minimis de 8 Md USD à 3 Md USD, comme initialement prévu.

 

Les revenus générés par les activités de trading ont baissé au quatrième trimestre 2018

Les activités de trading des établissements de crédit américains ont généré 4,2 Md USD de revenus aux États-Unis au quatrième trimestre 2018, selon le rapport de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) publié le 22 mars.

Ce résultat est en nette baisse de 41 % par rapport au trimestre précédent et en baisse de 28 % par rapport au dernier trimestre de 2017. Cette baisse marquée entre les 3ème et 4ème trimestres 2018 s’explique notamment par la chute des revenus liés (i) aux actions (equity), passés de 1 450 MUSD à une perte de 43 MUSD et (ii) au marché du crédit, passés de 140 MUSD à une perte de 480 MUSD.

Le rapport de l’OCC met également l’accent sur la concentration de la détention de produits dérivés, dont près de 90 % de l’encours sont aujourd’hui détenus par les quatre plus grandes banques commerciales américaines (JP Morgan Chase, Bank of America, Citibank et Goldman Sachs). L’OCC souligne par ailleurs le léger déclin, à 40 %, de la part des transactions sur produits dérivés centralisés au sein de chambres de compensation et rappelle la place dominante des produits sur taux (interest rate swap), qui représentent 73 % du marché des dérivés.

 


 

Brèves

 

-La CFTC a publié le 27 mars un rapport relatif aux effets de l’automatisation sur le marché des dérivés. Le rapport note que l’automatisation des ordres de marché a eu un effet bénéfique sur la liquidité globale du marché, sans toutefois trouver de corrélation entre l’augmentation constante de la part des échanges automatisés et la hausse de la volatilité sur les marchés dérivés.

 

-Le 26 mars, le bureau du contrôleur général de l’État de New York (NY State Comptroller) a publié les résultats agrégés des entreprises financières cotées à la bourse de New York (NYSE) en 2018. Les profits de ces entreprises ont augmenté de 11 % (27,3 Md USD), soit leur plus haut niveau depuis 2010. Le bonus moyen versé aux salariés de ces entreprises a quant à lui baissé de 17 %, pour s’élever à 153 700 USD. Le contrôleur général, Thomas DiNapoli, a indiqué que l’année 2018 avait été globalement bonne pour l’industrie, malgré certaines pressions subies par les marchés financiers au cours de l’année.

 

-Le 28 mars le président du conseil de stabilité financière (Financial Stability Board, FSB) et par ailleurs vice-président de la Fed, Randal Quarles, a déclaré devant la Banque centrale européenne que le FSB surveillait avec attention les éventuels risques systémiques provenant de l’arrivée dans le secteur financier de nouveaux acteurs tels que les GAFA. R. Quarles a ajouté que les innovations financières seraient l’un des trois grands travaux du FSB cette année, avec le financement non-bancaire et l’évaluation de la réforme des entités systémiques (too big to fail).

 

-Le 25 mars, la société Apple a annoncé le lancement prochain aux États-Unis d’un service de carte de crédit. Ce nouveau service, dénommé Apple Card, a été conçu en partenariat avec Goldman Sachs et Mastercard.

 

-Le 27 mars, les entreprises Equifax et Fair Isaac Corp. – respectivement une agence de notation de crédit et la propriétaire de l’indice de crédit FICO – ont annoncé un partenariat dans le domaine de la vente de données de clients auprès d’institutions financières.

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