Washington Wall Street Watch 2019-11

Washington Wall Street Watch 2019-11

Crédit photo : F. Jonkisz


Sommaire

Conjoncture                             

-L’inflation décélère de nouveau en février

-Les ventes au détail augmentent faiblement en janvier, après un très mauvais mois de décembre

Politiques macroéconomiques                                                 

-La Maison Blanche publie sa proposition de budget pour l’année fiscale 2020

-Le Congrès met un coup d’arrêt à la déclaration « d’urgence nationale » de l’administration Trump

-Jerome Powell esquisse les possibles évolutions de la communication de la Fed

-Les marchés anticipent un statu quo à l’issue de la prochaine réunion de la Fed

Régulation financière                                                                                 

-Nommé à la présidence de la CFTC, Heath Tarbert a été auditionné par le Sénat

-Les régulateurs ont présenté leurs priorités aux banques internationales réunies à Washington

Brèves                                                                                                                        

 


 

Conjoncture

 

L’inflation décélère de nouveau en février

 

Publié par le Bureau of Labor Statistics le 12 mars, l’indice des prix à la consommation ressort en hausse de 0,2 % en février pour sa définition globale (inchangé en janvier à 0 %) et à+0,1 % pour la composante sous-jacente (après +0,2 %).

Malgré le léger rebond des prix de l’énergie (+1,5 % sur le mois), le rythme d’inflation en février a été modéré par le recul du prix des services médicaux (-1,0 %) et des automobiles (-0,2 % pour les véhicules neufs, -0,7 % pour les véhicules usagés).

Sur douze mois, l’inflation globale recule par rapport à janvier, à +1,5 % (contre +1,6 %), tout comme l’inflation sous-jacente qui s’établit à +2,1 % (contre +2,2 %).

 

Les ventes au détail augmentent faiblement en janvier, après un très mauvais mois de décembre

 Les ventes au détail ont progressé en janvier de 0,2 % et de 1,2 % si l’on exclut les ventes de carburant et d’automobiles, selon les données publiées par le Census Bureau le 11 mars.

Ce rebond n’efface que partiellement la mauvaise performance observée au mois de décembre, où les ventes ont reculé de 1,6 % (résultat révisé à la baisse de 0,4 point). Les inquiétudes sur l’évolution de la consommation des ménages n’ont donc pas été levées et les prochaines données de ventes seront scrutées avec attention.

 


 

Politiques macroéconomiques                        

 

La Maison Blanche publie sa proposition de budget pour l’année fiscale 2020

 Présentée le 11 mars, la proposition de budget de la Maison Blanche prévoit un retour aux plafonds de dépenses fixés par le Budget Control Act de 2011. Ce choix se traduit par une baisse théorique des dépenses discrétionnaires non militaires (-54 Md USD, -9 %) et du département de la Défense. Pour ce dernier, l’administration compte néanmoins s’appuyer sur un mécanisme budgétaire qui lui permettrait d’augmenter les dépenses globales du Pentagone (+33 Md USD, +4,9 %) en s’exonérant du plafond de dépenses législatif.

Pour les dépenses discrétionnaires hors défense, des économies conséquentes seraient réalisées par la plupart des ministères (agriculture, santé et affaires sociales, énergie, etc.). À l’inverse, la Maison Blanche propose une hausse de crédits en faveur des anciens combattants et, surtout, de la sécurité intérieure avec un financement de 8,6 Md USD pour la construction d’un mur à la frontière méridionale.

Dans sa programmation budgétaire décennale, l’administration prévoit notamment des économies massives dans les programmes sociaux (-5,1 %), sans toutefois les documenter. Le chiffrage de la Maison Blanche repose par ailleurs sur des hypothèses économiques contestées par les Démocrates et de nombreux économistes, avec notamment un taux de croissance de long terme (2,8 %) très supérieur à celui estimé par le Congressional Budget Office (1,9 % par an).

Cette proposition de budget n’est qu’indicative, la compétence budgétaire relevant d’abord du Congrès. Celui-ci pourrait, d’une part, ne pas accepter une baisse des dépenses discrétionnaires, en particulier une année d’élections présidentielle et législatives. D’autre part, certaines propositions sont susceptibles d’être rejetées par la Chambre des Représentants, contrôlée par les Démocrates.

 

Le Congrès met un coup d’arrêt à la déclaration « d’urgence nationale » de l’administration Trump

 La Chambre des Représentants (245-182) et le Sénat (59-41) ont voté chacun la resolution of disapproval, un véhicule législatif prévu par le National Emergencies Act, afin de mettre en échec la déclaration d’urgence nationale invoquée par D. Trump le 25 janvier 2019. Par cette procédure, le président américain cherchait à sécuriser le financement de la construction d’un mur à la frontière méridionale, qu’il n’avait pas obtenu lors des négociations du budget 2019.

Dans les deux chambres, les Démocrates ont reçu le concours d’une partie des Républicains, au nom de l’atteinte à la séparation des pouvoirs provoquée par cette déclaration et du risque qu’elle crée un précédent.

En réaction à ce vote, D. Trump a de nouveau indiqué qu’il apposerait son veto au texte. Pour être adoptée malgré ce veto présidentiel, la resolution of disapproval devra obtenir une majorité des deux tiers dans chaque chambre. Le soutien d’un nombre suffisant de Républicains, notamment au Sénat, ne paraît cependant pas acquis.

 

Jerome Powell esquisse les possibles évolutions de la communication de la Fed

 Le 8 mars, le président de la Fed, Jerome Powell, est intervenu à l’université Stanford au sujet des « prochaines étapes du processus de normalisation de la politique monétaire ». Il a rappelé les bénéfices de l’utilisation de la forward guidance (pratique consistant à annoncer en amont la trajectoire des taux d’intérêt directeurs pour une période définie) dans la conduite de la politique monétaire et souhaite que ce mode communication soit réemployé à l’avenir.

Il a cependant déploré que l’information de la forward guidance soit parfois contredite par les projections de taux d’intérêt des membres du FOMC (dot plots). Pour illustrer son propos, J. Powell s’est appuyé sur le tableau « Un dimanche à la Grande Jatte » de l’artiste français Georges Seurat (école pointilliste), expliquant que « se concentrer sur quelques points peut conduire à perdre l’ensemble du tableau ». Il a indiqué que la Fed travaillait à des évolutions des dot plots.

 

Les marchés anticipent un statu quo à l’issue de la prochaine réunion de la Fed

 La réunion du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) des 19 et 20 mars devrait aboutir à un maintien de la fourchette-cible des taux fed funds à [2,25 %-2,5 %].

Les membres du FOMC reconnaissent n’avoir qu’une confiance limitée sur l’évolution à court terme de l’activité et considère qu’une approche prudente est la plus adaptée dans ce contexte. Les marchés accordent ainsi une probabilité supérieure à 99 % à l’hypothèse d’un statu quo (selon les contrats futures à 30 jours).

Les récentes déclarations des dirigeants de la Fed laissent aussi penser aux observateurs que la réunion pourrait être l’occasion d’une annonce portant sur les modalités d’arrêt du processus de réduction du bilan de la banque centrale.

 


 

Régulation financière

 

Nommé à la présidence de la CFTC, Heath Tarbert a été auditionné par le Sénat

 Le 13 mars, Heath Tarbert, le candidat de l’administration Trump à la présidence de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) pour succéder à C. Giancarlo, a été auditionné par la commission des affaires agricoles du Sénat.

Parmi ses priorités, H. Tarbert a mentionné la nécessaire prise en compte par la CFTC des innovations technologiques qui touchent les marchés des dérivés, y compris les risques potentiels qu’elles peuvent générer. H. Tarbert a également cité le besoin d’une meilleure coordination entre les différentes administrations, ainsi que le souci de maintenir des marchés « correctement réglementés » (soundly regulated).

La séance de questions-réponses a été l’occasion pour H. Tarbert  (i) d’assurer de sa volonté de préserver la supervision exclusive, par la CFTC,  des chambres de compensation américaines ; (ii) de préciser qu’il ne reviendrait pas sur la question du seuil de minimis en cas de confirmation et enfin (iii) d’affirmer son intérêt pour les sujets de liquidité et de convergence des prix entre un produit dérivé et l’actif sous-jacent.

Actuellement sous-secrétaire adjoint au Trésor pour les marchés internationaux, H. Tarbert est juriste de formation et a partagé sa carrière entre les trois branches de l’exécutif, notamment à la Cour suprême (assistant du juge de Clarence Thomas), à la Maison Blanche (conseiller juridique du George W. Bush) et au Sénat (conseiller spécial de la commission bancaire au moment des négociations du Dodd-Frank Act).

 

Les régulateurs financiers ont présenté leurs priorités d’action aux banques internationales réunies à Washington

 Les 11 et 12 mars, l’Institute of International Bankers (IIB), qui représente les intérêts des banques non-américaines, a tenu sa conférence annuelle à Washington. À cette occasion, les principaux régulateurs financiers américains (Fed, SEC, CFTC, OCC et FDIC) ont salué le rôle positif de ces banques (foreign banking organizations, FBO) dans l’économie américaine, en rappelant qu’elles représentaient un volume agrégé d’environ 4 000 Md USD d’actifs aux États-Unis et qu’elles contribuaient de façon importante aux marchés du crédit, du financement des infrastructures et de la dette souveraine.

Interrogés par l’IIB sur les travaux règlementaires en cours, les régulateurs américains ont présenté à tour de rôle leurs priorités. La Fed a confirmé qu’elle travaillait à une évolution des règles prudentielles applicables aux FBO et qu’elle réfléchissait à l’instauration d’une nouvelle exigence de liquidité au niveau des succursales (branches). La CFTC a répété son inquiétude vis-à-vis des développements règlementaires en Europe dans le contexte du Brexit, en particulier en ce qui concerne le régime de supervision des chambres de compensation (EMIR). S’agissant du Brexit, la SEC a formulé le souhait que les entreprises cotées aux États-Unis dévoilent davantage les conséquences sur leurs activités d’un départ du Royaume-Uni de l’Union européenne, et elle s’est inquiétée du risque de volatilité que pouvait provoquer le Brexit sur les marchés boursiers et des swaps. Elle a également précisé qu’elle analysait les effets des règles européennes en matière de facturation de la recherche financière (MIFID) et de protection des données (GDPR). Enfin, l’OCC et la FDIC ont expliqué que la proposition de révision de la règle Volcker avait reçu plusieurs milliers de commentaires et ne devrait dès lors pas être finalisée à court terme.

Les représentants de l’exécutif américain (Maison Blanche et Trésor) et du Congrès ont quant à eux présenté des priorités d’action centrées sur la lutte contre la criminalité en matière financière (blanchiment d’argent et financement du terrorisme), la protection des données (privacy) et l’amélioration de l’accès au crédit (réforme du Community Reinvestment Act). Par rapport à l’an dernier, la thématique de l’innovation financière (Fintech, blockchain, crypto-actifs) a été moins présente dans les discussions, à l’exception de l’État de New York qui a mis en garde les banques contre l’augmentation des cyber-menaces.

 


 

Brèves

 

-La CFTC et la Commission européenne ont publié, le 13 mars, un communiqué conjoint relatif à la régulation transfrontalière des produits dérivés et à la supervision des chambres de compensation. Le même jour, le président de la CFTC, C. Giancarlo, a publié un communiqué séparé qui  rappelle les inquiétudes américaines à l’égard du projet européen de règlementation des infrastructures de marché (EMIR 2.2).

 

-Au cours d’un discours prononcé le 8 mars, le président de la SEC, Jay Clayton, a annoncé sa volonté d’élargir le périmètre des informations financières considérées comme fondamentales (core data) que doivent publier les plateformes boursières.

 

-Le 12 mars, la commission des services financiers de la Chambre des Représentants a auditionné le directeur général de la banque Wells Fargo, Timothy Sloan. La présidente démocrate de la commission, Maxine Waters, a déclaré à cette occasion que Wells Fargo était potentiellement « trop grande à gérer » (too big to manage) et s’est dite déçue du plan de restructuration à l’œuvre depuis la révélation, fin 2017, de malversations ayant conduit à la création de millions de comptes bancaires fictifs.

 

-Le 8 mars, Maxine Waters a publié une proposition de loi qui réforme la législation en matière de lutte contre les crimes financiers tels que le blanchiment d’argent. M. Waters a également publié une proposition de loi qui autoriserait de nouveau le National Flood Insurance Program (NFIP) pendant cinq ans, tout en réformant son fonctionnement.

 

-La gouverneure de la Réserve fédérale, Lael Brainard, a déclaré dans un discours le 12 mars qu’elle était favorable à une modernisation du Community Reinvestment Act, une loi de 1977 qui promeut l’égal accès aux services bancaires et financiers.

 

-Le 11 mars, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a annoncé que 79 entreprises d’investissement ont accepté de restituer un total de 125 MUSD à des clients auxquels elles avaient vendu des fonds communs de placement comportant des frais excessivement élevés (frais dits 12b-1).

 

-Le 12 mars, la nouvelle directrice du bureau de protection des consommateurs de produits financiers (CFPB), Kathleen Kraninger, a été auditionnée par le Sénat. Les sénateurs démocrates lui ont reproché de ne pas suffisamment défendre les intérêts des consommateurs, notamment en matière d’encadrement de certains prêts à la consommation (payday lending).

 

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