Washington Wall Street Watch 2019-10

Washington Wall Street Watch 2019-10

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture                             

-Les créations d’emploi sont atones en février, mais la hausse des salaires s’amplifie

-Le déficit commercial se creuse de nouveau en 2018 et s’établit à 3,0 % du PIB

-Le Beige Book rapporte des appréciations contrastées sur l’activité

Politiques macroéconomiques                                                 

-Le plafond de dette est redevenu actif le 2 mars, nécessitant une action du Congrès

-Donald Trump critique de nouveau la politique de la Fed et dénonce un dollar trop fort

Régulation financière                                                                                 

-La Fed maintient le coussin de fonds propres contra-cyclique à 0 %

-Le FSOC propose de modifier sa procédure de désignation des acteurs systémiques

-La Fed réduit le nombre de banques soumises à l’évaluation qualitative dans le cadre du CCAR

-Des commissaires de la SEC s’inquiètent des règles de publication d’informations et des rachats d’actions

Brèves                                                                                                                        

 


 

Conjoncture

 

Les créations d’emploi sont atones en février, mais la hausse des salaires s’amplifie

Le rapport mensuel du Bureau of Labor Statistics sur la situation de l’emploi fait état de 20 000 créations d’emplois aux États-Unis au cours du mois de février. Ce résultat est très sensiblement inférieur au rythme des mois précédents (+311 000 emplois en janvier) et aux attentes des analystes (+175 000), ce qui n’a pas manqué de raviver les inquiétudes liées à un éventuel ralentissement de l’activité.

Le taux de chômage recule à 3,8 % dans sa définition générale (-0,2 point) et à 7,3 % dans sa définition élargie tenant compte du temps partiel subi (-0,8 point). Le taux d’activité se maintient à 62,3 %.

Les salaires augmentent de 0,4 % en février, portant ainsi la progression sur douze mois à 3,4 % (+0,2 point) pour établir un nouveau point haut au cours de ce cycle amorcé en 2009.

 

Le déficit commercial se creuse de nouveau en 2018 et s’établit à 3,0 % du PIB

Le déficit commercial en valeur ressort à 621 Md USD (3,0 % du PIB, +0,2 point) en 2018 selon le Census Bureau, soit une hausse de 12,4 %. La balance commerciale est pénalisée par le déficit des échanges de biens, qui continue de se creuser (+10,4 % à 891,3 Md USD) et est trop important pour être compensé par le surplus dégagé au niveau des services (+5,9 %, 270,2 Md USD).

Le déséquilibre des échanges avec la Chine continue d’augmenter en 2018 (+11,6 %, à 419,4 Md USD) malgré les mesures tarifaires décidées par l’administration Trump. Les importations en provenance de Chine continuent d’ailleurs de progresser (+5,6 %) tandis que les exportations reculent fortement (-7,4 %). Le déficit commercial bilatéral envers l’Union Européenne progresse également (+11,8 %).

Cette nouvelle dégradation de la balance commerciale peut être attribuée au dynamisme de la croissance américaine, portée par la politique budgétaire expansionniste de l’administration Trump, ainsi qu’au renchérissement du dollar face aux autres devises, qui réduit le coût des importations.

 

Le Beige Book rapporte des appréciations contrastées sur l’activité

Le nouveau Beige Book de la Fed, publié le 6 mars et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme faible ou modéré, selon les districts, entre fin janvier et fin février.

Si l’activité reste globalement bien orientée, le shutdown de 35 jours a pénalisé l’activité d’une grande majorité de secteurs et s’est cumulé avec un hiver rigoureux. Le secteur industriel déplore aussi le coût des mesures tarifaires décidées par l’administration Trump et l’incertitude liée aux négociations commerciales.

L’emploi continue de progresser, même si certains secteurs signalent que les difficultés de recrutement pénalisent leur croissance. Cet environnement favorise la progression des salaires. Les prix continuent aussi d’augmenter. Le rapport indique toutefois que la capacité des entreprises à répercuter les hausses de coûts sur les prix dépend de l’intensité concurrentielle au niveau régional.

 


 

Politiques macroéconomiques             

 

Le plafond de dette est redevenu actif le 2 mars, nécessitant une action du Congrès

Le plafond de dette fédérale est redevenu actif le 2 mars, au terme de la suspension prévue dans le Bipartisan Budget Act de mars 2018. La nouvelle limite de l’encours de dette publique correspond au montant atteint au dernier jour de sa suspension, soit environ 22 030 Md USD, et s’applique à la dette vendue aux investisseurs et à la dette intra­gouvernementale.

Pour assurer la continuité de l’État fédéral, le département du Trésor s’appuie sur les rentrées fiscales et a recours à des « mesures exceptionnelles » pour restreindre ses décaissements. Ces mesures incluent notamment le report de versements à certaines caisses de retraite des fonctionnaires, la suspension de prêts spécifiques aux États fédérés ainsi qu’un arrêt des émissions de dette jusqu’au 5 juin.

Ces ajustements permettraient au Trésor d’honorer ses engagements jusqu’à la fin du mois de septembre selon le Congressional Budget Office, qui rappelle toutefois les incertitudes qui accompagnent estimation. Dans une lettre datée du 5 mars, le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a enjoint les leaders du Congrès à examiner une nouvelle révision du plafond de dette « aussi rapidement que possible », mais les parlementaires n’ont pas prévu de se prononcer dans l’immédiat.

Il paraît très probable que le Congrès décide d’augmenter ou suspendre à nouveau le plafond de dette afin d’éviter un défaut de paiement qui porterait atteinte à la capacité des États-Unis de se financer. Cependant, l’absence d’action immédiate du Congrès pourrait prolonger la période d’incertitude jusqu’au terme de la période de la procédure budgétaire, théoriquement prévu en septembre. Le cas échéant, la question du plafond de dette pourrait être utilisée comme levier de négociation pour l’un des deux partis du Congrès ou par la Maison Blanche de sorte à crisper les discussions.

 

Donald Trump critique de nouveau la politique de la Fed et dénonce un dollar trop fort

Dans un discours devant un aréopage d’activistes conservateurs, Donald Trump s’est félicité de la vigueur de l’économie américaine qui « prospère comme jamais » en dépit « du gentleman de la Fed qui aime augmenter les taux d’intérêt, de ce gentleman qui aime le quantitative tightening», faisant ainsi référence au président de la Fed Jerome Powell et au processus de réduction du bilan de la Fed. Le président Trump a dénoncé une politique restrictive alors « qu’il n’y a pas d’inflation ».

Selon D. Trump, cette politique contribuerait à l’appréciation du dollar face aux autres monnaies, poussant le taux de change à un niveau « prohibitif » qui pénaliserait les entreprises américaines. Cette critique d’un dollar fort fait écho à celles déployées par le chef d’État américain au début de son mandat

 


 

Régulation financière

 

La Fed maintient le coussin de fonds propres contracyclique à 0%

Le 7 mars, le conseil des gouverneurs de la Fed (FRB) a voté (4-1) le maintien à 0 % du coussin de fonds propres contracyclique (Countercyclical Capital Buffer ou CCyB), prorogeant ainsi son niveau en vigueur depuis octobre 2016. Cette décision a été précédée de consultations avec la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) et l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC).

Appliqué aux établissements bancaires dotés de plus de 250 Md USD d’actifs ou de plus de 10 Md USD d’exposition étrangère dans leur bilan, le CCyB est un outil macro-prudentiel qui peut être activé par le FRB en période de stress afin d’augmenter le niveau de fonds propres des grandes banques internationales. En cas d’activation du CCyB, les banques concernées auraient alors douze mois pour se mettre en conformité.

La gouverneure Laël Brainard, qui a voté contre le maintien à 0 % du coussin, avait évoqué à plusieurs reprises la possibilité de rehausser le CCyB face au danger que les déséquilibres financiers pouvaient causer à l’économie réelle.

 

Le FSOC propose de modifier sa procédure de désignation des acteurs systémiques

Le 6 mars, le Financial Stability Oversight Council (FSOC), l’organe de coordination des régulateurs financiers créé par le Dodd-Frank Act et chargé notamment de la désignation des entités systémiques, a publié une proposition de modification de sa procédure de désignation des entités systémiques non-financières. Cette proposition vise à ancrer la logique de désignation du FSOC dans une approche liée aux activités (activity-based approach) plutôt qu’une approche liée aux entités (entity-based approach).

Pour mémoire, le FSOC avait retiré la désignation de Prudential – dernier assureur jugé systémique – en octobre 2018. Cette décision faisait suite à la dé-désignation d’AIG en octobre 2017 et le retrait en janvier 2018 par le FSOC de son appel dans le procès concernant la dé-désignation de l’assureur MetLife.

 

La Fed réduit le nombre de banques soumises à l’évaluation qualitative dans le cadre du CCAR

Le 6 mars, le FRB a annoncé qu’il appliquerait ses critères d’évaluation qualitative (qualitative objection) à un nombre limité de banques soumises aux tests de résistance (stress test). Ces tests sont menés annuellement dans le cadre du Comprehensive Capital Analysis and Review (CCAR).

En 2019, seules 5 des 18 banques sujettes au CCAR seront évaluées qualitativement par le FRB. Il s’agit de banques intégrées au dispositif du CCAR depuis moins de quatre ans.

Le FRB a également indiqué que 11 banques ayant des activités de marché significatives devront, cette année, simuler un scénario de choc boursier dans leur test de résistance. 13 banques devront par ailleurs estimer les conséquences d’un défaut de contrepartie (counterparty default scenario).

 

Des commissaires de la SEC s’inquiètent des règles de publication d’informations et des rachats d’actions

Dans un discours prononcé le 5 mars, Hester Peirce, commissaire républicaine de la Securities and Exchange Commission (SEC) – régulateur des marchés boursiers américains – a applaudi le rejet par son agence d’une proposition internationale concernant la publication d’informations non-financières par les entreprises. La proposition, en date de janvier dernier, visait principalement à rendre obligatoire la publication de critères environnementaux et sociaux de gouvernance (ESG) des comités de direction, telles que la religion, l’orientation sexuelle ou encore l’origine ethnique. La commissaire s’inquiète notamment du fait qu’une telle proposition focaliserait une attention trop grande des investisseurs sur des éléments sans lien avec la performance de l’entreprise.

Dans une lettre du 6 mars, le commissaire démocrate de la SEC Robert Jackson s’est par ailleurs inquiété du phénomène des rachats d’actions. En réponse à une requête du sénateur Van Hollen sur cette thématique, le commissaire cite deux conclusions principales d’une étude interne menée à la SEC : (i) les dirigeants d’entreprise (insiders) semblent avoir davantage recours à la vente d’actions en période de rachats d’actions ; (ii) les cas d’entreprises dont les dirigeants usent des rachats d’actions pour vendre leurs parts sont associés à de moins bonnes performances de long terme. À cette occasion, R. Jackson a ainsi renouvelé son appel à reconsidérer les règles de la SEC en matière de rachats d’actions.

 


 

Brèves

 

-La Fed a publié le 6 mars une proposition de d’amendement de la réglementation D concernant la rémunération des dépôts des établissements bancaires auprès de la banque centrale. La proposition de règle, soumise à commentaires publics pendant une période de 60 jours, viserait notamment à limiter la possibilité pour des établissements de déposer directement l’épargne des individus à la Fed, service que souhaiterait offrir l’entité The Narrow Bank (TNB), en réduisant l’intérêt versé aux excédents des établissements bancaires (interest paid on excess balances ou IOER). L’IOER est actuellement de 2,4 %.

 

-Le président de la Federal Reserve Jerome Powell sera interviewé dans l’émission « 60 minutes » de la chaîne de télévision CBS. Le programme sera diffusé le dimanche 10 mars. Pour cette rare intervention sur une chaîne grand public, J. Powell sera accompagné de ses prédécesseurs Janet Yellen et Ben Bernanke.

 

-La commission de l’éducation et du travail de la Chambre des Représentants a adopté une proposition de loi en faveur d’une hausse progressive du salaire minimum fédéral à 15 USD d’ici 2024, la rémunération plancher étant fixée 7,25 USD depuis 2009. Si le texte a fortes de chances d’être adopté par la chambre basse, contrôlée par les Démocrates, il devrait essuyer l’opposition de la majorité Républicaine au Sénat.

 

-Le 1er mars, la commissaire républicaine Dawn Stump de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), régulateur du marché des dérivés, a annoncé la création d’une initiative du régulateur liée à la protection des données. Cette initiative vise notamment à assurer que la CFTC collecte les informations nécessaires et à évaluer les procédures internes du régulateur face aux cyber-attaques.

 

-Le sénateur démocrate Sherrod Brown a introduit le 1er mars un projet de loi qui mettrait fin aux accords d’arbitrage pré-contentieux, imposés par les banques et les émetteurs de cartes de crédit à leurs clients. La législation fait suite à l’abrogation en 2017 des limites d’utilisation de ces accords qu’avait imposées le bureau de protection financière des consommateurs (CFPB).

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