Washington Wall Street Watch 2019-08

Washington Wall Street Watch 2019-08

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-La production industrielle concède un net recul au mois de janvier

-L’année 2018 s’est singularisée par un nombre de grévistes inédit depuis 1986

Politiques macroéconomiques                                                 

-Donald Trump promulgue le budget pour 2019 mais déclare une situation d’urgence nationale

-Les minutes de la dernière réunion de politique monétaire décrivent une confiance limitée de la Fed

-Une cour fédérale déclare inconstitutionnel le comité de supervision de la dette de Porto Rico

-La sénatrice Warren propose l’instauration d’une prestation universelle pour la garde d’enfants

Régulation financière                                     

-La SEC publie une proposition pour encourager l’introduction en bourse des entreprises

-La FDIC publie les résultats consolidés des banques pour l’année 2018

Brèves                                                                                                                        

 


 

Conjoncture

 

La production industrielle concède un net recul au mois de janvier

L’indice de production industrielle publiée par la Federal Reserve recule de 0,6 % en janvier, effaçant un gain de 0,1 % en décembre 2018 (estimation révisée à la baisse de 0,2 point). La quasi-totalité des secteurs enregistrent un recul, en particulier la production de biens durables (-4,5 %) lourdement pénalisée par le secteur automobile (-8,8 %).

Le taux d’utilisation des capacités de production s’inscrit dans la même dynamique et baisse de 0,6 point pour s’établir à 78,2 %.

 

L’année 2018 s’est singularisée par un nombre record de grévistes

Le Bureau of Labor Statistics indique que près de 485 000 personnes ont cessé de travailler pour une durée temporaire au cours de l’année 2018, en raison principalement de mouvements sociaux.

Ce contingent est de loin le plus important depuis 1986. Il s’explique pour l’essentiel par les importantes grèves des enseignants en Arizona (81 000 personnes), en Virginie Occidentale (35 000), dans l’Oklahoma (45 000) ou encore le Colorado (63 000). Le secteur privé a aussi été marqué par des conflits sociaux prolongés, par exemple dans le groupe hôtelier Marriott et l’aciériste National Grid.

Ce regain d’activisme est attribué aux tensions sur le marché du travail. Ces conflits restent toutefois sensiblement moins nombreux que dans les années 1970, caractérisées par environ 20 millions de jours non travaillés par an contre moins de 2 millions en 2018.

 


 

Politiques macroéconomiques                        

 

Donald Trump promulgue le budget pour 2019 mais déclare une situation d’urgence nationale

Le 15 janvier, Donald Trump a promulgué le texte budgétaire adopté au Congrès pour la fin de l’année fiscale 2019, écartant ainsi tout risque de nouveau shutdown jusqu’au début de l’année fiscale 2020 (1er octobre). Mais, insatisfait du budget alloué à la Sécurité intérieure et à la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique, il a également déclaré une situation « d’urgence nationale » en vertu du National Emergencies Act de 1975.

Cette initiative du président américain vise à mobiliser l’armée pour entamer la construction du mur et à y affecter des ressources budgétaires sans l’autorisation préalable du Congrès. La Maison Blanche souhaite ainsi mobiliser 6,6 Md USD supplémentaires pour le financement du mur, qui s’ajouteraient au budget alloué par le Congrès (1,4 Md USD), portant le total à 8 Md USD.

Sur le terrain juridique, 16 États ont d’ores et déjà intenté une action en inconstitutionnalité à l’encontre de cette décision de la Maison Blanche. Au Congrès, les Démocrates ont introduit une resolution of disapproval, procédure prévue par le National Emergencies Act, pour faire annuler cette décision. Cette résolution doit être votée par les deux chambres et, pour contourner un probable véto présidentiel, à la majorité des deux tiers dans chaque chambre, ce qui semble aujourd’hui incertain au Sénat, qui est contrôlé par les Républicains.

 

Les minutes de la dernière réunion de politique monétaire décrivent une confiance limitée de la Fed

Le procès-verbal de la réunion de politique monétaire de janvier fait apparaître au sein du FOMC des appréciations contrastées sur l’évolution de la politique monétaire dans les prochains mois. Plusieurs membres estiment « ne pas être au clair » quant à la nécessité « d’ajuster » à nouveau les taux au cours l’année 2019. Une inflation plus soutenue est perçue comme une condition préalable à toute nouvelle hausse de taux. Les dirigeants de la Fed soulignent aussi la recrudescence des risques sur l’activité et de l’incertitude, citant le shutdown, l’évolution de la croissance en Chine et en zone euro, la politique commerciale de l’administration ou encore les négociations du Brexit. Pour ces raisons, la Fed privilégie une approche prudente et patiente et les minutes manifestent l’intention de mettre à profit cette période pour évaluer l’effet des hausses de taux passées.

Par ailleurs, la quasi-totalité des membres du FOMC estiment souhaitable de publier les modalités d’arrêt de la réduction du bilan de la banque centrale dans les prochains mois (« before too long »). Ils souhaitent ainsi donner plus de visibilité aux investisseurs sur la fin du processus.

 

Une cour fédérale déclare inconstitutionnel le comité de supervision de la dette de Porto Rico

Un jugement de la cour d’appel fédérale de Boston a invalidé la nomination des membres du comité de supervision de Porto Rico, l’organisme chargé d’organiser la procédure de faillite et de contrôler les finances publiques de l’île. La Cour indique que ses membres auraient dû faire l’objet d’une confirmation préalable par le Sénat, à l’instar des principaux membres de l’administration.

Cette décision n’entraine toutefois pas la nullité des accords préalablement formés entre les créanciers de Porto Rico et le comité de supervision. Sous réserve que cette décision ne soit pas contestée devant la Cour suprême, Donald Trump serait alors amené à soumettre au Sénat la nomination des membres actuels du comité de supervision ou à nommer de nouveaux membres.

 

La sénatrice Warren propose l’instauration d’une prestation universelle pour la  garde d’enfants

Le 19 février, la sénatrice démocrate Elizabeth Warren, candidate déclarée à l’élection présidentielle de 2020, a publié une proposition pour une garde d’enfants universelle (Universal Child Care), qui vise à faciliter l’activité des jeunes parents, à soulager financièrement les familles modestes et à répondre à la pénurie de garde d’enfants dans certains territoires.

Cette proposition consiste à instaurer une garde d’enfants gratuite pour les familles au revenu annuel inférieur à 200 % du seuil de pauvreté (soit 51 500 USD pour une famille de quatre personnes). Au-dessus de ce seuil, les familles verraient le coût de la garde d’enfants limité à 7 % du revenu familial. Ce dispositif prendrait la forme d’un programme fédéral mis en œuvre par les collectivités locales. Pour assurer la qualité des prestations, les centres de soins se verraient également imposer des exigences de formation, de fonctionnement et de rémunération équivalentes à celles des structures militaires, présentées comme la référence en la matière.

Selon une étude de l’agence de notation Moody’s commandée par la sénatrice, ce dispositif permettrait de doubler le nombre d’enfants pris en charge, pour atteindre 60 % des enfants de moins de cinq ans, et réduirait le coût de garde de 17 %. A long terme, la hausse du taux d’activité et des heures travaillées serait favorable à la croissance potentielle.

Le coût du programme est estimé entre 850 et 1 070 Md USD sur une période de dix ans, selon le modèle retenu par Moody’s. La sénatrice explique qu’il serait financé par les recettes du nouvel impôt sur la « super-fortune » (Ultra-Millionaire Tax) appliqué aux personnes gagnant plus de 50 millions de dollars par an, qu’elle a proposé en début d’année.

 


 

Régulation financière

 

La SEC publie une proposition pour encourager l’introduction en bourse des entreprises

Le 19 février, la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers aux États-Unis, a proposé d’étendre les facilités actuellement offertes aux petites entreprises pour s’introduire en bourse. Ces facilités permettent notamment à de petites entreprises de sonder l’intérêt des investisseurs,  notamment institutionnels, préalablement à leur introduction en bourse (test-the-waters).

Cette disposition, qui découle de la loi Jumpstart Our Business Startups Act (JOBS Act) de 2012, ne s’applique actuellement qu’aux entreprises considérées comme « à fort potentiel de croissance » (emerging growth companies), c’est-à-dire aux entreprises ayant moins d’1,07 Md USD de chiffre d’affaires. La règle proposée par la SEC étendrait cette provision à toutes les entreprises.

La proposition est soumise à commentaires pendant une période de 60 jours.

La FDIC publie les résultats consolidés des banques pour l’année 2018

Le 21 février, la FDIC a publié les résultats consolidés des 5 406 institutions bancaires. Au quatrième trimestre 2018, leur résultat net agrégé s’est élevé à 59 Md USD, soit une hausse de 133 % par rapport au quatrième trimestre 2017. Sur l’année 2018, le résultat net de l’industrie bancaire américaine s’élève à 237 Md USD, dont 29 Md USD sont attribués à la baisse de l’impôt sur les bénéfices des sociétés votée en décembre 2017.

La FDIC indique, qu’outre la réforme fiscale, la politique monétaire plus restrictive de la Fed avait joué un rôle dans l’amélioration de la marge nette d’intérêt et donc dans la hausse des revenus d’exploitation des banques.

 


 

Brèves

 

-Le 20 février, l’État de l’Illinois a promulgué une loi qui augmente le salaire minimum horaire de 9,25 à 15 USD d’ici 2025. L’Illinois rejoindra ainsi la rémunération plancher adoptée en Californie (active à partir de 2022), dans le Massachussetts (2023) et le New Jersey (2024). Afin de prévenir tout effet négatif sur l’emploi, un crédit d’impôt provisoire, correspondant à 25 % du coût salarial supplémentaire, est prévu pour les entreprises de moins de 50 salariés.

-Le 19 février, trois associations professionnelles du secteur de l’assurance, l’American Council of Life Insurers (ACLI), l’Association for Advanced Life Underwriting (AALU) et la National Association of Insurance and Financial Advisors (NAIFA) ont publié un communiqué commun pour s’opposer à un durcissement des règles d’encadrement des activités de conseil en investissement. Les trois associations expliquent notamment qu’un tel durcissement menacerait le modèle de rémunération à la commission des intermédiaires financiers (courtiers, agents d’assurance, etc.), ce qui in fine renchérirait le coût supporté par l’investisseur.

-Le 15 février, Donald Trump a promulgué le budget pour 2019 de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur du marché des dérivés. Ce budget, proposé par le Congrès, atteint 268 MUSD, soit une augmentation de 7 % par rapport à l’an dernier. C’est la première hausse des crédits budgétaires ainsi accordée à la CFTC depuis 2015.

-Le 14 février, Mark Calabria, l’actuel conseiller économique du vice-président Mike Pence et le candidat à la direction de la Federal Housing Finance Agency (FHFA), a été auditionné par la commission bancaire du Sénat. Il a déclaré être favorable à une réforme de la gouvernance des entreprises parapubliques chargées de la titrisation des prêts immobiliers, Fannie Mae et Freddie Mac.

-Le 14 février, la Conference of State Bank Supervisors (CSBS), qui coordonne les travaux des régulateurs bancaires dans les États fédérés, a apporté son soutien à 14 recommandations formulées par son conseil stratégique dédié aux fintechs (Fintech Industry Advisory Panel).  Ces recommandations visent notamment à harmoniser les procédures d’agrément des fintechs dans les 50 États américains.

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