Washington Wall Street Watch 2019-07

Washington Wall Street Watch 2019-07

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-L’inflation recule en janvier, affectée par la baisse des prix de l’énergie

-Les ventes au détail connaissent en décembre leur plus forte baisse depuis septembre 2009

Politiques macroéconomiques                                                 

-Le Congrès a trouvé un accord sur un budget et attend la décision de Donald Trump

-La Fed poursuit sa réflexion sur la gestion de sa politique de bilan

-Des parlementaires envisagent une extension automatique du budget pour éviter les shutdowns

Régulation financière                                     

-Une commissaire de la SEC s’exprime à propos du cadre réglementaire pour l’innovation

-R. Quarles indique ses priorités pour le Conseil de stabilité financière

Brèves                                                                                                                        

 


 

Conjoncture 

 

L’inflation recule en janvier, affectée par la baisse des prix de l’énergie

L’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation (IPC) a stagné au mois de janvier, pour le troisième mois consécutif. L’évolution générale des prix reste affectée par la baisse des prix de l’énergie (-3,1 % sur un mois et -5,5 % pour l’essence) qui se répercute également sur le prix des services de transports (-1,3 %). Sur douze mois, l’inflation ressort à +1,6 % (+2,0 % en décembre).

Une fois les composants les plus volatils retirés, l’inflation sous-jacente se maintient à +0,2 % en janvier et +2,2 % sur un an. Cette stabilité témoigne des pressions inflationnistes toujours présentes mais modérées, dans un contexte de faible chômage et de croissance plus soutenue des salaires.

 

Les ventes au détail connaissent en janvier leur plus forte baisse depuis septembre 2009

Les ventes au détail enregistrent un recul de 1,2 % au mois de décembre 2018 (après +0,1 % en novembre), a annoncé le Department of Commerce. Les ventes hors automobiles, essence et services de restauration chutent de 1,7 % (après +1,0 %). Ce résultat, la plus mauvaise performance depuis septembre 2009, a pris de court le consensus des économistes, qui attendaient une hausse de 0,1 %.

Cette baisse peut en partie être imputée au shutdown entamé le 22 décembre, qui a privé les fonctionnaires fédéraux de salaire. Il est nécessaire d’attendre les chiffres des ventes de janvier et février afin de déterminer si ce fléchissement est un à-coup ou amorce une dégradation de la dynamique de la consommation. Ce signal négatif va néanmoins continuer d’alimenter les craintes d’un épuisement de la croissance au cours des prochains trimestres.

 


 

Politiques macroéconomiques                        

 

Le Congrès a trouvé un accord sur un budget et attend la décision de Donald Trump

Au terme de trois semaines d’âpres négociations, la commission réunissant les parlementaires des deux partis et des deux chambres du Congrès a trouvé un accord sur un budget complet pour le reste de l’année fiscale 2019.

La plupart des enveloppes sont attribuées à hauteur de ce qui avait été décidé dans le cadre du travail initial des commissions. Plusieurs programmes bénéficient d’une hausse de crédits par rapport à l’année fiscale 2018 : l’agriculture (+1,4 %), le commerce et la justice (+1,6 %), les territoires et l’environnement (+0,9 %), les affaires étrangères (+0,3 %) et les transports (+1,4 %). Le budget alloué aux services financiers est laissé inchangé.

La sécurité intérieure, qui cristallisait l’opposition entre les Démocrates et Donald Trump, verrait son budget augmenter de 1,4%. Dans le détail, le service des douanes et de la protection aux frontières ainsi que la police chargée de l’immigration bénéficieraient d’une hausse importante de leur budget. Surtout, un financement d’1,4 Md USD est prévu pour 68 kms de « barrières physiques » à la frontière avec le Mexique ; les instructions figurant dans le texte imposent la construction le long de la vallée du Rio Grande au Texas.

Sont également proposées une aide d’urgence pour les régions sinistrées par des catastrophes naturelles (12 Md USD) et une hausse d’1,9 % du salaire des employés fédéraux, rétroactive au 1er janvier.

Les leaders des deux partis ont annoncé leur soutien  à ce budget. Le Sénat puis la Chambre des Représentants devraient donc adopter ce texte au cours des 14 et 15 février. Il n’est cependant pas certain que Donald Trump accepte de le promulguer : il a déclaré ne pas être « très heureux » des termes de l’accord. En particulier, le montant prévu par le Congrès pour les « barrières physiques » est sensiblement inférieur à la demande formulée par D. Trump (5,7 Md USD). Les parlementaires Républicains ont rencontré le président à plusieurs reprises pour l’inciter à soutenir cet accord, affichant une certaine confiance en une décision favorable de D. Trump.

En cas de blocage, le budget temporaire de trois semaines expirerait le 15 février à minuit, ouvrant un nouveau shutdown partiel.

 

La Fed poursuit sa réflexion sur la gestion de sa politique de bilan

Loretta Mester, présidente de la Fed de Cleveland, a indiqué au cours d’une intervention que la Fed entend finaliser « au cours des prochaines réunions » les modalités d’arrêt de la réduction de son bilan, entamée en octobre 2017. Dans une intervention sur la chaîne de télévision financière CNBC, la gouverneure Lael Brainard a confirmé ces propos, indiquant que le processus de réduction du bilan devrait prendre fin « plus tard cette année ».

Mary Daly, présidente de la Fed de San Francisco, a aussi suggéré que le recours aux politiques de bilan puisse devenir un instrument mobilisé régulièrement et non plus seulement lorsque les taux d’intérêt directeurs sont nuls. Selon elle, aucune décision n’aurait été prise mais cette possibilité serait débattue.

 

Des parlementaires envisagent une extension automatique du budget pour éviter les shutdowns

Le shutdown historique de 35 jours a déclenché des réactions législatives au Congrès. Le sénateur Républicain Rob Portman avait déposé  le 10 janvier une proposition de loi prévoyant la création d’une extension automatique du budget de l’État fédéral (continuing resolution) dans le cas où le Congrès n’arriverait pas à adopter un budget complet ou temporaire. Cette mesure vise à éviter les shutdowns. Pour inciter les parlementaires à trouver un accord, le texte prévoit notamment une baisse automatique des dépenses publiques de 1 % après une période de 120 jours ; de nouvelles réductions de crédits à hauteur de 1 % du budget initial prendraient ensuite effet tous les 90 jours.

Si de nombreux parlementaires se sont récemment dits favorables à un tel projet, ses contours sont néanmoins critiqués. Beaucoup y voient un « budget par défaut » qui inciterait le Congrès à se désengager des affaires budgétaires, avec le risque de geler l’allocation des fonds publics pour plusieurs années. D’un point de vue juridique, cette situation donnerait plus de latitude à l’administration dans l’utilisation de crédits fédéraux.

Les Démocrates s’opposent en outre au mécanisme de coupes automatiques au motif qu’il favoriserait une baisse des dépenses publiques à long terme. Pour inciter le Congrès à adopter un texte de budget, le sénateur Démocrate Mark Warner suggère pour sa part que le salaire des parlementaires soit suspendu le temps du shutdown.

 


 

Régulation financière

 

Une commissaire de la SEC s’exprime à propos du cadre réglementaire pour l’innovation 

Le 8 février, la commissaire Hester Peirce de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers aux États-Unis, s’est exprimée à propos du cadre réglementaire de l’innovation. La commissaire a indiqué qu’un meilleur équilibre était nécessaire entre une réglementation favorable à la protection des consommateurs et un cadre flexible pour que l’innovation puisse se diffuser dans les marchés financiers, se montrant ainsi critique vis-à-vis de la SEC, qui n’aurait pas été « particulièrement ouverte aux bénéfices de la déréglementation pour les plus petits acteurs » (« [SEC] has not been particularly open to thinking about the benefits that come from eliminating regulatory barriers to small issuers seeking capital »). Plus particulièrement, H. Peirce s’est inquiétée qu’une lecture trop large de la réglementation applicable aux jetons émis lors des initial coin offerings (ICO) ne soit faite par la SEC.

Peirce a enfin exprimé des doutes quant aux refus par la SEC d’agrémenter des fonds indiciels sur les crypto-monnaies, en soulignant que si le régulateur devait légitimement mettre en garde les investisseurs s’agissant des risques, son rôle n’était  pas de des stratégies d’investissement fondées sur les préférences de la SEC.

 

Quarles indique ses priorités pour le Conseil de stabilité financière

Dans son premier discours en tant que président du conseil de stabilité financière (Financial Stability Board – FSB), en date du 10 février, le vice-président de la Fed chargé de la supervision financière, Randal Quarles, a énoncé ses priorités pour le FSB. Pour rappel, R. Quarles a pris ses fonctions en tant que président du FSB le 10 décembre 2018, succédant ainsi au gouverneur de la banque d’Angleterre, Mark Carney.

Les trois priorités mises en avant sont : (i) la nécessité pour le Conseil d’être plus transparent sur ses procédures de décisions et davantage pédagogue quant à ses missions ; (ii) une refonte du cadre permettant l’évaluation du risque de stabilité financière, sous la supervision du vice-président du FSB, Klaus Knot, afin de mieux prendre en compte les avis des différentes parties prenantes ainsi que les risques posés par les nouvelles technologies ; (iii) la publication des conclusions concernant la revue de l’impact des réformes financières, qui vise notamment à déterminer si les réformes effectuées ont eu des effets non-anticipées par les régulateurs.

 


 

Brèves

 

-Les 5 et 6 février, des représentants d’agences de régulation américaines et européennes se sont rencontrés au sein du forum joint de régulation financière (Financial Regulatory Forum) à Washington. Les participants ont, entre autres, échangé sur l’actualité du Brexit, l’évolution de la régulation concernant les chambres de compensation ainsi que sur l’accord bilatéral dans le secteur de l’assurance (covered agreement).

-Mitch McConnell, majority leader Républicain au Sénat, a annoncé qu’il mettrait au vote le projet de Green New Deal porté par les leaders de l’aile gauche des Démocrates. Cette annonce était inattendue dans la mesure où le texte n’a qu’une très faible chance de franchir le Sénat, contrôlé par les Républicains qui ont critiqué le texte. Les observateurs y voient une manœuvre visant à accentuer les divisions entre les tendances radicale et modérée des Démocrates, sapant ainsi la cohérence de la majorité.

-À Porto Rico, le comité de supervision financière, institution chargée d’organiser la procédure de faillite et de contrôler les finances publiques de l’île, a annoncé une émission de 12 Md USD de nouvelle dette publique en échange de 17 Md USD d’ancienne dette. Cette opération prendra place dans le cadre d’un des accords entre le comité de supervision et les créanciers de Porto Rico et permettrait d’économiser près de 200 MUSD de service de la dette selon le comité de supervision.

-Dans son premier discours en tant que gouverneur de la Fed chargé des petits établissements bancaires (community banks), le 11 février, Michelle Bowman a signalé son intention de renforcer la communication entre la Fed et les community banks. Elle a par ailleurs indiqué que le régulateur continuait de surveiller les risques liés à la concentration des prêts des community banks dans le secteur agricole.

-Le 12 février, l’Office of Financial Research (OFR), l’organisme de recherche rattaché au Treasury, a adopté une règle imposant aux chambres de compensation la communication à l’agence de données journalières concernant le marché de la pension-livrée (repurchase agreement ou repo). La collecte de données, qui débutera à la mi-octobre, viendra compléter les données déjà transmises concernant la pension-livrée tripartite et servira à la surveillance des risques financiers ainsi qu’au calcul du Secured Overnight Financing Rate (SOFR), indice alternatif au LIBOR.

-5 agences de régulation ont publié une règle commune visant à imposer aux établissements bancaires supervisés l’acceptation de prêts pour des individus disposant de certaines assurances privées contre les inondations. Mandatée par la Biggert-Waters Flood Insurance Reform Act de 2012, cette règle qui prendra effet à partir du 1er juillet 2019 vient compléter les dispositions prévues par le programme national d’assurance contre les inondations (National Flood Insurance Program ou NFIP), dont le financement doit expirer fin mai.

-La Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) a prolongé jusqu’au 31 mars la période de commentaires permettant au public de se prononcer sur les simplifications possibles de la procédure visant à accorder une garantie des dépôts aux établissements bancaires. La FDIC avait commencé à solliciter des commentaires en décembre 2018.

-Les législateurs du Maryland ont introduit le 4 février un projet de loi imposant une obligation fiduciaire aux courtiers, agents d’assurance et conseillers en investissement. Après New York, le New Jersey et le Nevada, le Maryland est le dernier État fédéré en date à considérer une telle législation, au moment où la SEC examine sa propre version d’une « règle fiduciaire » fédérale.

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