Washington Wall Street Watch 2019-05

Washington Wall Street Watch 2019-05

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Le CBO publie son rapport sur l’économie américaine et évalue l’impact du shutdown

-Le Treasury actualise son programme d’émission et se prépare au retour du plafond de dette

Politiques macroéconomiques                                                 

-Un budget temporaire de trois semaines a été adopté, mettant ainsi fin au shutdown

-La Fed laisse ses taux d’intérêt inchangés au terme de sa réunion de politique monétaire

-La sénatrice Elizabeth Warren propose un impôt sur la fortune des « ultra-millionnaires »

-Le sénateur Bernie Sanders propose d’augmenter les droits de succession des ménages les plus riches

Régulation financière                                     

-Un commissaire de la CFTC s’inquiète de la concentration sur le marché des dérivés

Brèves                                                                                                                        

 


 

Conjoncture

 

Le Congressional Budget Office a publié son rapport annuel sur la situation de l’économie américaine

 Le Congressional Budget Office, organe non partisan d’évaluation des politiques publiques rattaché au Congrès, a publié l’édition 2019 de son rapport annuel, qui comprend des projections économiques et budgétaires actualisées.

Le CBO anticipe un ralentissement de la croissance à 2,3 % en 2019 et 1,7 % en 2020, car l’impulsion de la politique budgétaire expansionniste (réforme fiscale et hausses des dépenses publiques) diminuerait progressivement. Le taux de chômage baisserait à 3,5 % avant de rebondir légèrement à 3,9 % en 2020 ; les tensions sur le marché du travail favoriseraient une accélération des salaires, dont la croissance est attendue à 3,5 % cette année et 3,7 % l’an prochain. L’inflation se maintiendrait à 2 %, en ligne avec l’objectif de la Fed.

Le CBO reste alerte sur la trajectoire des dépenses publiques. Le déficit budgétaire est attendu à 4,2 % du PIB en 2019 et 4,1 % du PIB en 2020, sous l’effet des baisses d’impôts de la réforme fiscale. Sur la période 2021-2029, le solde budgétaire se situerait à -4,5 % en moyenne par an en raison notamment de la forte augmentation du poids des dépenses de santé. Cette dynamique déficitaire conduirait à une progression de la dette publique qui atteindrait 93 % en 2029.

Le rapport consacre aussi un encadré à l’impact des mesures commerciales de l’administration Trump. La hausse des droits de douane pénaliserait la croissance à hauteur de 0,1 de PIB d’ici 2022 par rapport à une trajectoire tendancielle tandis que l’augmentation du prix des biens importés équivaudrait à 0,1 point d’inflation supplémentaire sur le même horizon.

 

…et évalue l’impact du shutdown pour l’économie américaine

Dans un travail publié en complément de son rapport annuel, le CBO évalue l’impact du shutdown de 35 jours (cf. infra). L’agence d’évaluation indique que le blocage prolongé a conduit à une perte de 11 Md USD ventilée entre le 4ème trimestre 2018 et le 1er trimestre 2019, essentiellement imputable à des dépenses non réalisées.

Si deux tiers de cet impact devraient être effacés au cours les deux prochains trimestres, le CBO estime que le shutdown a eu un coût irrécupérable de 3 Md USD sur l’économie américaine (environ 0,02 point de PIB). Il est précisé que cette évaluation ne tient pas compte des effets indirects du shutdown (hausse de l’incertitude, coût associé aux reports de décisions administratives, etc.).

 

Le Treasury annonce son programme d’émission actualisé et se prépare à la réactivation du plafond de dette

 Le Treasury prévoit de lever 365 Md USD de dette sur les marchés au 1er trimestre 2019. Ce montant est sensiblement inférieur à celui émis au cours de la même période de l’année 2018, en raison de la réactivation du plafond de dette prévue le 1er mars prochain. L’ensemble des observateurs anticipent que le Congrès ne se prononcera pas avant la date limite sur le statut du plafond de dette, ce qui contraindra l’État fédéral à assurer la continuité de son financement sans augmenter le volume de sa dette.

Pour s’y préparer, le Treasury va accroître le niveau de sa trésorerie afin de disposer d’une meilleure visibilité pour les prochains mois. Il espère ainsi ne pas devoir ajuster son programme d’émissions. À partir du 1er mars, des mesures exceptionnelles, consistant en une suspension de versements intra-gouvernementaux, pourront être utilisées pour préserver des ressources financières. Le groupe de réflexion Bipartisan Policy Center estime que le Treasury peut ainsi assurer le financement des services publics jusqu’au milieu de l’été.

 


 

Politiques macroéconomiques                        

 

Trump et les leaders du Congrès ont adopté un budget temporaire de trois semaines, mettant ainsi fin au shutdown

 Le 25 janvier, Donald Trump et les leaders du Congrès ont trouvé un accord portant sur un budget temporaire (continuing resolution) de trois semaines, jusqu’au 15 février. Ce budget prolonge le niveau des enveloppes existantes pour les 7 des 12 catégories de programmes concernées et ne comporte donc aucun financement dédié à la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique.

La paralysie des aéroports au cours de cette même journée semble avoir été l’élément déclencheur conduisant D. Trump à concéder une réouverture des services publics.

L’accord prévoit également la création d’une « commission de conférence » (conference committee), instance qui regroupe les principaux parlementaires de chaque chambre et des deux partis, avec pour mandat de travailler sur un texte budgétaire intégrant les crédits demandés par la Maison Blanche pour la Sécurité intérieure.

En l’absence d’accord en ce sens, D. Trump a fait savoir au cours de sa conférence de presse qu’il y aurait un nouveau shutdown ou bien qu’il déclarerait l’urgence nationale. Il a réaffirmé sa position dans une interview donnée le 27 janvier au Wall Street Journal, en indiquant également ne pas s’attendre à un accord au Congrès.

 

La Fed laisse ses taux d’intérêt inchangés au terme de sa réunion de politique monétaire

 La réunion du Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) des 29 et 30 janvier s’est conclue sur un maintien de la fourchette cible des taux fed funds à [2,25 %-2,5 %]. Cette décision a été prise à l’unanimité des membres votants.

La Fed maintient son appréciation optimiste de la situation économique américaine, portée par un taux de chômage faible et une consommation soutenue. Le Brexit, le ralentissement la croissance en Chine et en zone euro, les retombées des tensions commerciales et le shutdown ont été cités par le président de la Fed, Jay Powell, comme les principaux risques pour l’activité.

Pour la première fois depuis le début du resserrement de sa politique monétaire, le FOMC ne dit plus s’attendre à de nouvelles hausses de taux. Il réaffirme aussi qu’il sera patient « pour déterminer les futures évolutions de taux appropriées », au regard de pressions inflationnistes contenues.

Dans une déclaration publiée en complément du traditionnel communiqué de fin de réunion, la Fed annonce maintenir le système de pilotage des taux d’intérêt actuel, renonçant ainsi à revenir au système d’open market qui prévalait avant la mise en place de sa politique de bilan. La Fed se dit aussi prête à ajuster les modalités de réduction de son bilan en fonction de l’évolution des conditions économiques et financières. Les taux d’intérêt seront le premier instrument de politique contra-cyclique en cas de nouveau ralentissement de l’activité, mais la Fed signale qu’elle pourrait de nouveau avoir recours au quantitative easing au cas où elle serait confrontée à la borne zéro des taux d’intérêt.

 

La sénatrice Elizabeth Warren propose un impôt sur la fortune des « ultra-millionnaires »

 Elizabeth Warren, sénatrice démocrate du Massachussetts et candidate à l’élection présidentielle de 2020, a publié une proposition de taxe sur les « ultra-millionnaires ».

Ce projet prévoit une taxe de 2 % par an sur la valeur du patrimoine des ménages en excès du seuil de 50 MUSD ainsi qu’une surtaxe de 3 % au-delà d’une valeur de 1 Md USD. Une imposition des plus-values latentes (exit tax) à hauteur de 40 % du patrimoine est aussi prévue pour les personnes renonçant à la nationalité américaine. Enfin, ces mesures s’accompagneraient d’une hausse du budget de l’Internal Revenue Service, l’administration chargée de la collecte des impôts, et d’un renforcement des contrôles fiscaux imposés aux ménages concernés.

Ce dispositif, qui s’apparente à un impôt sur la fortune, est présenté comme une mesure de lutte contre les inégalités et la concentration des richesses par les 75 000 ménages les plus fortunés (0,01 % de la distribution des richesses aux États-Unis). Les économistes français Emmanuel Saez et Gabriel Zucman, sollicités par la sénatrice, estiment que ce projet permettrait de lever 2 750 Md USD de recettes supplémentaires sur 10 ans, dont 300 Md USD pour la seule surtaxe pour les patrimoines supérieurs à 1 Md USD.

 

Le sénateur Bernie Sanders propose d’augmenter les droits de succession des ménages les plus riches

 Le sénateur indépendant du Vermont, Bernie Sanders, décrit par les observateurs comme un probable candidat à la prochaine élection présidentielle, a lui aussi présenté un projet de hausse de la fiscalité des ménages les plus riches.

Intitulée « For the 99,8 % Act », la mesure réduirait le plafond de déclenchement des droits de succession à 3,5 MUSD (11,22 MUSD depuis la réforme fiscale) et créerait plusieurs nouvelles tranches. Les héritages seraient taxés à 45 % si leur valeur est comprise entre 3,5 et 10 MUSD, à 50 % entre 10 et 50 MUSD, taux qui augmenterait à 55 % pour les successions de 50 MUSD à 1 Md USD. Au-delà, les successions seraient frappées par une taxe à 77 %, soit le niveau d’imposition qui prévalait entre 1941 et 1977. Plusieurs dispositions visent également à réduire l’optimisation fiscale des héritages.

Les estimations publiées par le sénateur indiquent la mesure dégagerait 315 Md USD de recettes supplémentaires sur une période de dix ans.

 


 

Régulation financière

 

Un commissaire de la CFTC s’inquiète de la concentration sur le marché des dérivés

 Dans un discours prononcé le 27 janvier, le commissaire démocrate Dan Berkovitz de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), régulateur américain des marchés dérivés, s’est inquiété de la concentration grandissante des courtiers (swap dealers) sur le marché des dérivés.

Indiquant que près de 80 % des dérivés compensés étaient traités par les cinq plus grandes institutions, D. Berkovitz a critiqué la proposition de novembre 2018 relative aux plateformes d’échange de dérivés (swap execution facilities ou SEF), qui, selon lui, renforcerait le système actuel où le marché inter-courtiers serait opaque et peu concurrentiel. Outre les risques pour la stabilité financière, le commissaire s’est dit préoccupé par l’impact que cette règle aurait sur l’utilisateur final (end user).

Parmi les principales mesures alternatives à la règle de novembre que D. Berkovitz a présentées, on pourra notamment retenir (i) une révision de la comptabilisation des marges de dérivés dans le calcul du ratio de levier supplémentaire (supplementary leverage ratio) et (ii) une refonte du système de confidentialité des contrats, qui impose aujourd’hui à de nombreuses plateformes de fournir l’identité une fois le contrat arrivé à terme (name give-up rule).

 


 

Brèves

 

-Le Bureau of Economic Analysis a annoncé que la publication de certaines données d’activité était reportée en conséquence du shutdown. Ce report concerne notamment les données de PIB du 4ème trimestre 2018 et de balance commerciale pour le mois de décembre. Le BEA communiquera ultérieurement le nouveau calendrier de publication.

-La Speaker de la Chambre des Représentants, Nancy Pelosi, a renouvelé son invitation à D. Trump à venir faire son discours sur l’état de l’Union. Prévue initialement le 29 janvier puis reportée à cause du shutdown, l’allocution se tiendra finalement le mardi 5 février.

-Le sénateur Républicain John Thune a publié le 28 janvier une proposition de loi visant à abroger à la fiscalité des successions. Cette initiative est présentée comme l’aboutissement de la démarche entamée lors de la réforme fiscale de 2017. Pour rappel, la réforme fiscale adoptée en 2017 avait doublé le plafond d’exemption de droits de succession de 5,5 à 11 MUSD par personne (20 MUSD pour un couple).

-Le 24 janvier, le département des services financiers de l’État de New York (NY DFS) a annoncé avoir octroyé une BitLicense à une filiale de la société RobinHood et à une filiale de LibertyX. RobinHood indique qu’elle proposera une activité de trading sans frais accessible aux particuliers sur le segment des crypto-actifs, tandis que LibertyX est autorisée à développer un service d’achat de Bitcoin via l’utilisation de cartes de débit aux distributeurs automatiques. Cette annonce porte à 16 le nombre de BitLicenses accordées par le NY DFS.

-Le 24 janvier, les Démocrates de la Chambre ont établi une nouvelle liste de responsables de sous-commissions des services financiers, avec la représentante Carolyn Maloney de New York à la tête de la sous-commission des marchés financiers, le représentant Gregory Meeks de New York à la présidence d’une sous-commission chargée de la régulation bancaire et de la protection des consommateurs, et la représentante Joyce Beatty de l’Ohio à la présidence de la sous-commission de la diversité et de l’inclusion. La commission des services financiers devrait également créer un nouveau groupe de travail sur la FinTech.

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