Washington Wall Street Watch 2019-02

Washington Wall Street Watch 2019-02

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-L’année 2018 s’est conclue par un nombre élevé de créations d’emplois

-Les indicateurs avancés d’activité décrochent en décembre

-Les premiers effets économiques du shutdown se font ressentir

Politiques macroéconomiques                                                 

-Le shutdown se poursuit en l’absence d’accord budgétaire

-La Fed adopte une posture prudente face à la montée des incertitudes

-Des élus démocrates proposent un New Deal écologique, financé par de fortes hausses d’impôts

Régulation financière            

-La Fed propose d’alléger les règles relatives aux tests de résistance bancaire

-Plusieurs sociétés privées s’allient pour créer une nouvelle plateforme boursière

Brèves                                                                                                                        

 


 

Conjoncture

 

L’année 2018 s’est conclue par un nombre élevé de créations d’emplois

 Le rapport mensuel du Bureau of Labor Statistics, publié le 4 janvier, indique que l’économie américaine a créé 312 000 nouveaux emplois en décembre, un niveau très largement supérieur au consensus (+180 000) et la meilleure performance enregistrée depuis février 2018. Le résultat de novembre a en outre été révisé à la hausse, à 176 000 créations d’emplois (+21 000).

La hausse simultanée du taux de chômage à 3,9 % (+0,2 point) s’explique par une remontée du taux d’activité à 63,1 % (+0,2 point), qui reflète le retour de nombreux salariés sur le marché du travail en fin d’année. Enfin, les salaires ont progressé de 0,4 % sur le mois, portant la progression sur un an à 3,2 %, d’une ampleur inédite depuis avril 2009.

 

Les indicateurs avancés d’activité décrochent en décembre

 L’indice PMI, résultat de l’enquête menée par l’Institute for Supply Management auprès des directeurs d’achat des entreprises américaines sur leurs anticipations d’activité, recule de 5,1 points pour le secteur industriel et de 3,1 points pour les autres secteurs. Ces indices s’établissent respectivement à 54,1 % et 57,6 %. Si les deux indices se maintiennent nettement au-dessus du seuil de 50 %, dont le franchissement pourrait signaler un repli de l’activité, l’ampleur du décrochage interpelle néanmoins les observateurs. La plupart des composantes sont en effet en net recul tandis que les éléments qualitatifs suggèrent que l’activité restera soutenue mais en ralentissement par rapport aux mois précédents.

Cette enquête, à vocation prospective, n’est pas perçue comme étant en contradiction avec les données, encourageantes, sur l’emploi (cf. supra), ces dernières se fondant sur une analyse ex post.

 

Les premiers effets économiques du shutdown se font ressentir

 L’arrêt partiel de certains services publics fédéraux définis comme non essentiels, depuis le 22 décembre, a un impact direct sur le fonctionnement de l’économie américaine. Le paiement des salaires de 800 000 agents publics est notamment suspendu, obligeant certains à solliciter le versement d’une allocation-chômage pour subvenir à leurs besoins.

Le shutdown a également des effets sur les agences fédérales de régulation : la réduction temporaire des effectifs de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, a ainsi pour effet de retarder des introductions en bourse.

Enfin, la collecte et la publication d’une partie des données économiques (balance commerciale, production, emploi) sont suspendues en raison de la fermeture du Department of Commerce.

 L’impact du shutdown sur la croissance économique a été estimé à 1,2 Md USD, soit 0,05 point de PIB, par semaine de blocage par Kevin Hassett, le président du Council of Economic Advisers (organe chargé de conseiller le président en matière de politique économique), une estimation en ligne avec les économistes de banques. Le président de la Fed, Jerome Powell, a par ailleurs indiqué le 10 janvier qu’un shutdown d’une durée inédite aurait des conséquences visibles sur les données économiques.

 


 

Politiques macroéconomiques                        

 

Le shutdown se poursuit en l’absence d’accord budgétaire

Les dernières négociations entre la Maison Blanche et les chefs de file des Démocrates au Congrès n’ont pas permis de mettre fin au shutdown partiel, entamé le 22 décembre.

Le 8 janvier, pour sa première allocution solennelle à la télévision depuis sa prise de fonctions, Donald Trump a réitéré sa demande de financement d’un mur à la frontière méridionale des États-Unis pour « faire face à l’urgence humanitaire et sécuritaire engendrée par les flux migratoires en provenance d’Amérique latine ». Il a également affirmé que son coût serait en partie et indirectement financé par les retombées du nouveau traité commercial entre les États-Unis, le Mexique et le Canada.

Les Démocrates ont rejeté la demande du président et l’ont invité à dissocier les discussions sur le mur de celles sur le fonctionnement des autres administrations fédérales, pour mettre fin au shutdown. Cette proposition a été rejetée par D. Trump le 9 janvier, à l’issue d’un nouvel échange avec les leaders Démocrates qu’il a interrompu abruptement.

Bénéficiant du soutien de nombreux parlementaires républicains, D. Trump se dit prêt à assumer un shutdown pendant « des mois voire des années ». Il a aussi précisé qu’il n’excluait pas de déclarer la situation « d’urgence nationale », ce qui lui permettrait de mobiliser les moyens de l’armée et de la garde nationale pour la construction dudit mur.

En l’absence d’accord, ce shutdown égalera le 11 janvier le « record » établi sous l’administration Clinton en 1995-1996 (21 jours).

 

La Fed adopte une posture prudente face à la montée des incertitudes

Lors de son intervention aux rencontres annuelles de l’American Economic Association le 10 janvier, le président de la Fed, Jerome Powell, s’est réjoui de la dynamique économique favorable aux États-Unis. Conscient des inquiétudes des investisseurs, il a indiqué que la politique monétaire n’était pas sur « une trajectoire prédéterminée » et a dit qu’il n’hésiterait pas à la réajuster en cas de ralentissement de l’économie américaine.

Cette tonalité prudente a été appuyée par les discours de J. Bullard, E. Rosengren et C. Evans (respectivement présidents de la Fed de Saint-Louis, de Boston et de Chicago) et par les minutes de la dernière réunion de politique monétaire. Confrontée au regain de volatilité sur les marchés et aux tensions commerciales, la Fed estime « pouvoir se permettre d’être patiente » au regard des pressions inflationnistes modérées, pour ne pas pratiquer une politique trop agressive.

Enfin, interrogé sur l’intention prêtée à D. Trump de le révoquer, J. Powell a dit qu’il ne démissionnerait pas si celui-ci le lui demandait. J. Powell s’est aussi montré ouvert à une rencontre avec le président, rappelant que ces entretiens ont toujours existé.

 

Des élus démocrates proposent un New Deal écologique financé par de fortes hausses d’impôts

 Dans le sillage d’Alexandria Ocasio-Cortez, la nouvelle Représentante du parti démocrate pour l’État de New York, de nombreux élus démocrates (Elizabeth Warren, Cory Booker) se sont dits favorables à un New Deal écologique. A. Ocasio-Cortez propose notamment de financer ce Green New Deal en augmentant le taux marginal supérieur de l’impôt sur le revenu à un niveau compris entre 60 % et 70 %, contre 37 % actuellement, pour les personnes au revenu supérieur à 10 MUSD par an.

Ce mode de financement, présenté comme radical par sa propre initiatrice, a immédiatement provoqué des réactions, plusieurs élus républicains fustigeant son caractère « confiscatoire ». Les Démocrates y ont répondu en indiquant que ce nouveau taux ne constituerait qu’un retour au niveau de fiscalité qui prévalait avant les allègements fiscaux de l’administration Reagan, en 1981.

Ocasio-Cortez, qui n’a pas fourni d’estimation sur le coût de sa proposition, a par ailleurs évoqué la possibilité de la financer par le déficit budgétaire, estimant que les États-Unis n’étaient pas contraints par leur niveau d’endettement.

 


 

Régulation financière

 

La Fed propose d’alléger les règles relatives aux tests de résistance bancaire

 Le 8 janvier, la Fed a publié une proposition d’amendements à ses règles relatives aux tests de résistance (stress tests) appliqués aux établissements bancaires (Regulations LL et YY).

Conformément à la loi EGRRCP (Crapo Bill) de mai 2018, cette proposition relève le seuil à partir duquel les établissements supervisés par la Fed doivent conduire leurs propres tests de résistance (company run stress tests) de 10 Md USD à 250 Md USD d’actifs consolidés. Les entités ayant entre 250 Md USD et 700 Md USD d’actifs consolidés pourront par ailleurs mener leurs tests de résistance tous les deux ans, plutôt qu’annuellement comme requis actuellement.

En cohérence avec sa précédente proposition d’octobre 2018, la Fed propose d’exempter les holdings bancaires de la simulation d’un troisième scénario (adverse scenario). Cette exemption s’applique également aux holdings étrangères.

 

Plusieurs sociétés privées s’allient pour créer une nouvelle plateforme boursière

 Le 7 janvier, 9 sociétés financières – Bank of America Merrill Lynch, Charles Schwab, Citadel Securities, E*TRADE, Fidelity Investments, Morgan Stanley, TD Ameritrade, UBS et Virtu Financial – ont annoncé la création prochaine d’une nouvelle plateforme boursière, baptisée Members Exchange (MEMX), sous réserve de l’accord de la SEC.

Cette démarche s’inscrit dans un contexte d’inquiétudes grandissantes à propos de la concentration du marché des plateformes boursières. Ces inquiétudes s’étaient particulièrement manifestées en septembre 2018, au moment de la hausse des tarifs pour l’accès aux services des plateformes boursières : le commissaire démocrate de la SEC, R. Jackson, s’était ainsi ému que sur « 13 plateformes, 12 étaient détenues par seulement 3 entreprises » (InterContinental Exchange, Nasdaq et CBOE Global Markets).

La SEC était d’ailleurs intervenue à ce sujet fin 2018. Le 16 octobre, elle avait indiqué que la qualité des informations tarifaires fournies par deux plateformes, NYSE et Nasdaq, étaient insuffisante. Enfin, le 19 décembre dernier, la SEC a adopté une règle mettant en place un programme expérimental d’une durée de deux ans visant à étudier les facturations des transactions réalisées sur les plateformes d’échanges boursiers.

 


Brèves

 

-La commission budgétaire de la Chambre des Représentants, désormais contrôlée par les Démocrates, a demandé au Congressional Budget Office (organe non partisan d’évaluation du Congrès) d’évaluer le coût et l’impact d’une mise en place d’un système de santé universel. Cette proposition (Medicare for All) était l’un des principaux éléments de campagne des Démocrates lors des élections de mi-mandat et devrait être défendue lors des prochaines élections présidentielles.

-Le 8 janvier, la ville de New York a annoncé un plan d’assurance-santé de 100 MUSD (NYC Care) en faveur des personnes aux revenus modestes et des personnes sans papiers à partir de l’été 2019. Des initiatives similaires ont été récemment annoncées par les États de Washington et de Californie.

-Le 8 janvier, Nellie Liang a annoncé qu’elle retirait sa candidature au poste de gouverneure de la Fed, au motif qu’un processus prolongé de confirmation de sa candidature au Sénat l’empêcherait de poursuivre ses activités professionnelles pendant une trop longue période. La Maison Blanche a indiqué qu’elle regrettait ce choix.

-Le 3 janvier, la Maison Blanche a proposé au Sénat de confirmer la nomination de Mark Calabria au poste de directeur de la Federal Housing Finance Agency (FHFA), le régulateur des entreprises parapubliques (government sponsored entreprises ou GSE) Fannie Mae et Freddie Mac. M. Calabria est actuellement l’économiste en chef du vice-président M. Pence.

-Le 3 janvier, l’élue démocrate de Californie, Maxine Waters, a pris la présidence de la commission des affaires financières de la Chambre des Représentants, succédant ainsi au Républicain Jeb Hensarling. Le 9 janvier, le sénateur républicain de l’Idaho, Mike Crapo, qui a été réélu président de la commission bancaire du Sénat, a publié ses priorités pour la nouvelle législature.

-Dans un communiqué daté du 8 janvier, le groupe d’assurance MetLife a annoncé la nomination de Michel Khalaf en tant que président directeur général (PDG) à compter du 1er mai 2019. Ancien directeur de la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique (EMEA), il succédera à Steven Kandarian.

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