Washington Wall Street Watch 2018-44

Washington Wall Street Watch 2018-44

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Le Beige Book illustre les tensions croissantes sur les salaires et le prix

-L’inversion partielle de la courbe des taux suscite l’inquiétude des investisseurs

Politiques macroéconomiques

-Le Congrès adopte un nouveau budget temporaire de deux semaines

-Le débat sur l’orientation de la politique monétaire se poursuit au sein de la Fed

Régulation financière            

-Le président de la CFTC s’exprime sur les réformes du marché des dérivés et le remplacement du LIBOR

-L’OCC a publié son rapport semestriel sur les risques du secteur bancaire

Brèves                                                                                                                        

 


                                                                                                                     

Conjoncture                                                                                                                      

 

Le Beige Book illustre les tensions croissantes sur les salaires et le prix

 Le nouveau Beige Book de la Fed, publié le 24 octobre et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme modéré entre mi-octobre et début novembre grâce à une consommation toujours bien orientée.

Les tensions continuent de se manifester sur le marché du travail, où la rotation croissante des salariés (turn-over) et les difficultés à recruter freinent l’activité. Cette situation se traduit par une progression des salaires et une augmentation des éléments variables et non-salariaux de la rémunération.

Les pressions inflationnistes restent quant à elles modérées, malgré une augmentation du coût des consommations intermédiaires supérieure à celle des prix de vente. Enfin, un nombre croissant d’entreprises et de secteurs déplorent des surcoûts engendrés par les mesures douanières prises par l’administration.

                                                                                                                       

Une inversion partielle de la courbe des taux suscite l’inquiétude des investisseurs

 Le taux d’intérêt souverain américain à 3 ans a atteint 2,77 % et ainsi dépassé le taux à 5 ans qui ressort à 2,75 % le 6 décembre.

Selon la théorie économique, les taux d’intérêt sont formés à partir des anticipations de taux d’intérêt courts et d’une prime de risque, dite prime de terme, qui est d’autant plus élevée que la maturité progresse et que les risques supportés par l’investisseur sont importants. En conséquence, les taux d’intérêt progressent habituellement avec la maturité.

                                                      Structure par terme des taux d’intérêt américains – 6 décembre 2018

Une « inversion de la  courbe des taux », comme celle constatée ces derniers jours aux États-Unis, est généralement perçue comme le signal d’une défiance des investisseurs pour l’endettement à court terme et comme un indicateur avancé de récession, ce qui n’a pas manqué d’alerter les marchés.

De nombreux analystes ont toutefois modéré ces inquiétudes, en rappelant que seule une inversion de l’ensemble de la courbe, qui verrait notamment le taux à 1 ou 2 ans devenir supérieur au taux à 10 ans, constituerait un indicateur avancé suffisamment robuste d’une future récession. L’écart entre les taux à 10 et 2 ans reste aujourd’hui positif et s’établit à 15 points de base, un niveau cependant très faible.

Enfin, plusieurs observateurs et dirigeants de la Fed avancent que les politiques de bilan des différentes banques centrales favoriseraient une inversion plus fréquente de la courbe des taux. Les rachats de titres obligataires, parce qu’ils favorisent une réduction du niveau des primes de risque et concernent plus fortement les taux de long  terme, peuvent donc déformer les écarts entre les taux à court et long terme. Cet argument a été étayé par une étude de la Fed de Richmond publiée cette semaine. Les primes de terme, négatives pour l’ensemble des maturités, ont d’ailleurs reculé ces derniers jours, en raison d’une remontée de l’aversion au risque des investisseurs qui a nourri un repli vers la dette américaine.

                                                           Structure par terme de la prime de terme


                                                                                                                      

Politiques macroéconomiques                        

                                                                                                                       

Le Congrès adopte un nouveau budget temporaire de deux semaines

 Le budget temporaire (continuing resolution) de sept des douze catégories de programme fédéraux arrivant à expiration le 7 décembre au soir, le Congrès et la Maison Blanche ont engagé des discussions en vue de l’adoption d’une loi de finance partielle courant jusqu’au terme de l’année fiscale, soit le 30 septembre 2019.

Constatant l’absence d’accord et en raison du bouleversement du calendrier législatif provoqué par les cérémonies d’hommage à l’ancien président George H. W. Bush, la Chambre des Représentants et le Sénat ont adopté le 6 décembre, à l’unanimité, un nouveau budget temporaire de deux semaines, soit jusqu’au 21 décembre.

Si le risque d’un shutdown (arrêt des services publics définis comme non essentiels) s’éloigne ainsi temporairement, les positions de négociation ont peu évolué, notamment au Sénat. Alors que les Républicains ont besoin du soutien des Démocrates pour obtenir la majorité qualifiée de 60 votes, un désaccord se cristallise autour du budget de la  Sécurité intérieure. La majorité républicaine demande, sous l’impulsion de la Maison Blanche, un financement de 5 Md USD pour la construction d’un mur à la frontière avec le Mexique. Les Démocrates y demeurent opposés, même si certains s’y sont montrés ouverts en échange de concessions sur d’autres sujets (l’immigration notamment).

Donald Trump doit prochainement rencontrer les leaders démocrates Nancy Pelosi (Chambre des Représentants) et Chuck Schumer (Sénat) à ce sujet. En l’absence d’accord d’ici le 21 décembre, le Congrès pourrait décider d’adopter un nouveau budget temporaire valable jusqu’au démarrage de la nouvelle législature en janvier, ou alors prolonger les enveloppes budgétaires à leurs niveaux actuels jusqu’à la fin de l’année fiscale 2019.

                                                                                                                    

Le débat se poursuit au sein de la Fed sur l’orientation de la politique monétaire

 Le 3 décembre, Robert Kaplan, président de la Fed de Dallas, a déclaré identifier des « signes de faiblesse » dans des secteurs sensibles à l’évolution des taux d’intérêt et s’attendre à un ralentissement de la croissance américaine en 2019 et 2020. À ces signaux s’ajoutent selon lui de nombreux risques, tels la décélération de la croissance mondiale et l’essoufflement de l’effet positif de la politique budgétaire expansionniste. R. Kaplan a conclu que la Fed doit être « très patiente et vigilante » dans la gestion de la remontée des taux d’intérêt et estime que cette prudence est rendue plus aisée par un risque inflationniste relativement contenu.

Le président de la Fed de Minneapolis, Neel Kashkari, s’est quant à lui explicitement prononcé en faveur d’un resserrement de la politique monétaire moins agressif. Dans une interview au Wall Street Journal le 3 décembre, il indique que la vigueur des créations d’emplois témoigne des marges d’amélioration qui subsistent pour que le marché du travail atteigne le plein emploi. Il souhaite ainsi attendre que la progression des salaires et l’inflation soient plus élevées avant d’augmenter les taux d’intérêt.

À l’inverse, le président de la Fed de New York, John Williams, a défendu la nécessité de poursuivre les hausses de taux, estimant que l’économie américaine restait dans une phase dynamique. Il a toutefois concédé que l’économie pourrait ralentir plus tôt que ce qu’anticipait la Fed.

                                                                                                                 


                                                                                                                 

Régulation financière

                                                                                                               

Le président de la CFTC s’exprime sur les réformes du marché des dérivés et le remplacement du LIBOR

 Le 29 novembre, le président de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), C. Giancarlo, s’est exprimé lors de la conférence annuelle sur la stabilité financière de l’Office of Financial Research (OFR). À cette occasion, le président du régulateur des marchés dérivés est revenu sur les réformes de ce marché et sur la transition vers un taux de référence interbancaire en remplacement du London Interbank Offered Rate (LIBOR).

Concernant la réforme du marché des dérivés, C. Giancarlo a indiqué que la CFTC cherchait à (i) offrir plus de flexibilité dans l’exécution des échanges de dérivés afin de réduire la concentration du marché, qui profite actuellement de fortes économies d’échelle et (ii) effectuer plus de recherches concernant les obstacles que présente la compensation pour les acteurs de taille modeste.

À propos du LIBOR, le président de la CFTC a invité les acteurs du marché à privilégier désormais le  taux alternatif Secured Overnight Financing Rate (SOFR), calculé sur la base des taux d’intérêt observés sur le marché de la pension-livrée. Si C. Giancarlo a estimé que les « jours du LIBOR sont comptés », il a néanmoins noté que la transition vers un nouveau taux de référence soulevait des problèmes juridiques pour l’ensemble des contrats en cours liés au LIBOR, dont la valeur cumulée serait d’environ 200 000 Md USD.

                                                                                                                      

L’OCC publie son rapport semestriel sur les risques du secteur bancaire

 L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) a publié le 3 décembre son rapport semestriel sur l’évaluation des risques pesant sur le secteur bancaire américain (Semiannual Risk Perspective for Fall 2018). Le régulateur bancaire met en avant trois principaux risques :

  • la qualité du crédit, qui, si elle est jugée dans son ensemble « forte », fait l’objet d’une surveillance de la part de l’OCC, s’agissant en particulier de la baisse des standards de crédit et de l’émergence de risques liés à la dette des entreprises ;
  • les risques d’exécution liés aux menaces cybernétiques, à la dépendance envers des fournisseurs de services tiers, à la fragilité des modèles de gouvernance actuels et enfin à la concurrence des acteurs non-bancaires pour les institutions financières traditionnelles ;
  • les risques de conformité, notamment en matière de lutte anti-blanchiment et de protection des consommateurs de crédits immobiliers dans un environnement qualifié de « plus en plus complexe ».                                                                                                                

Brèves

-La chambre basse de l’État du New Jersey, à majorité démocrate, a annoncé l’examen d’une proposition de loi en faveur d’une hausse du salaire minimum, le portant de 8,60 à 15 USD à horizon 2024. Cette démarche intervient après que les électeurs de l’Arkansas et du Missouri ont adopté un relèvement de la rémunération plancher dans leurs États respectifs, lors de référendums organisés début novembre.

-C. Giancarlo, président de la CFTC, a publié le 6 décembre un communiqué sur les conséquences du Brexit sur la stabilité financière. Il appelle notamment à des clarifications sur le traitement, par les régulateurs européens, de certains contrats financiers à l’issue du Brexit.

-Robert Jackson, le commissaire démocrate de la Securities Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers, est intervenu le 6 décembre au cours d’une audition de la Federal Trade Commission (FTC) sur le thème de la gouvernance d’entreprise et des problématiques de détention commune d’actions (common ownership). À ce titre, il a appelé à approfondir les recherches sur les conséquences empiriques de la détention commune d’actions, ainsi qu’au développement de nouveaux instruments de mesure de la concentration dans le secteur financier.

-La Federal Reserve et quatre autres agences de régulation ont publié le 3 décembre une déclaration commune encourageant les institutions de dépôt à explorer des approches novatrices pour respecter leurs obligations de conformité à la loi sur le secret bancaire et le blanchiment d’argent (Bank Secrecy Act/anti-money laundering).

-Le 6 décembre, le Sénat a confirmé en session plénière la nomination de Kathleen Kraninger en tant que directrice du Consumer Financial Protection Bureau (CFPB). K. Kraninger succédera à Mick Mulvaney, le directeur de l’Office of Management and Budget (OMB),  dont elle était l’adjointe. M. Mulvaney assure l’intérim du CFPB depuis la démission de son précédent directeur, Richard Cordray, fin 2017.

-L’OCC a annoncé le 30 novembre une réduction de 10 % des frais administratifs dont doivent s’acquitter les banques sous sa supervision. D’après l’OCC, cette ristourne conduira à une baisse des recettes de l’agence de l’ordre de 90 MUSD en 2019.

-La plateforme d’échange Nasdaq a annoncé le 4 décembre qu’elle avait acquis Quandl, une plateforme de collecte des données allant de la finance à l’énergie en passant par l’éducation et la démographie (alternative data).

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