Washington Wall Street Watch 2018-39

Washington Wall Street Watch 2018-39

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Le Beige Book décrit de nouveau les tensions sur le marché du travail

-Les indices boursiers américains effacent leurs gains de 2018

Politiques macroéconomiques

-Le Treasury critique la politique économique chinoise sans l’accuser de manipuler sa devise

-La situation financière de Porto Rico pourrait s’améliorer plus vite que prévu

-Un rapport de la Maison Blanche fustige le coût des « politiques socialistes »

Régulation financière            

-La SEC et la FDIC créent des départements dédiés aux FinTechs

-La mise à jour des historiques de crédit (credit scoring) profiterait largement aux emprunteurs

Brèves                                                                                                                        

 


 

Conjoncture

 

Le Beige Book souligne de nouveau les tensions sur le marché du travail

Le nouveau Beige Book de la Fed, publié le 24 octobre et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme modéré entre début septembre et mi-octobre grâce à une activité soutenue dans l’ensemble des secteurs, à l’exception notable de l’agriculture, affectée par les intempéries.

Le marché du travail reste exposé à des tensions. Les entreprises déplorent des difficultés croissantes à recruter, en particulier des salariés qualifiés, tout en ayant eu mal à retenir leurs propres salariés. Ces blocages sont également décrits comme des freins à la croissance des entreprises et de l’économie américaine. Pour autant, la progression des salaires reste qualifiée de « modérée ».

Les pressions inflationnistes sont globalement inchangées malgré la hausse des prix du pétrole, l’augmentation des coûts de transport et la hausse des droits de douane décidée par l’administration.

 

Les indices boursiers américains effacent leurs gains de 2018

Lors de la séance boursière du 24 octobre, les marchés financiers ont baissé de manière significative, effaçant ainsi les gains accumulés depuis le début de l’année 2018.

Depuis le début du mois d’octobre, l’indice S&P500, indice des 500 plus grandes entreprises cotées aux États-Unis, accuse une chute de plus de 9 %, tandis que l’indice Nasdaq a, lui, chuté de près de 12 %.

Cette baisse s’explique principalement par l’anxiété grandissante des investisseurs à l’approche de la saison de publication des résultats, dans un contexte de hausse des taux d’intérêt et de tensions commerciales avec la Chine.

Sources : DG Trésor, Datastream. Note : base 100 au 1er janvier 2018


 

Politiques macroéconomiques             

 

Le Treasury critique la politique économique chinoise sans l’accuser pour autant de manipuler sa devise

Le 19 octobre, le Treasury a publié son rapport semestriel sur les politiques de change des principaux partenaires commerciaux des États-Unis. Ce rapport effectue un suivi régulier des pays satisfaisant au moins deux des trois critères suivants : (1) un excédent commercial bilatéral avec les États-Unis supérieur à 20 Md  USD, (2) un excédent du compte courant supérieur à 3 % du PIB du pays et (3) une intervention sur le marché des changes supérieure à 2 % du PIB du pays au cours des 12 derniers mois.

Le rapport évolue peu par rapport à celui d’avril 2018. La liste des pays sous surveillance est inchangée et comprend toujours : la Chine, le Japon, la Corée du Sud, l’Inde, l’Allemagne et la Suisse.

L’analyse consacrée à la Chine, pour la première fois mise en exergue, insiste sur les pratiques passées de manipulation de change et fait état des inquiétudes du Treasury sur une dérive des pratiques chinoises qui s’affranchiraient des règles de l’économie de marché. Les autorités américaines déplorent en outre la dépréciation du renminbi (-7 % face au dollar depuis mi-juin, -6 % en termes effectifs réels) et notent que cette baisse rompt avec l’appréciation progressive de la devise observée au cours des deux dernières années, tout en concédant que les interventions de change restent d’une ampleur limitée.

 

La situation financière de Porto Rico pourrait s’améliorer plus vite que prévu

Le 25 octobre 2018, le comité de supervision financière chargé d’organiser la procédure de faillite de Porto Rico et de contrôler les finances publiques l’île a publié un projet de budget amendé. Cette nouvelle mouture intègre une révision à la hausse  de 20 Md USD  (près de 30 % du PNB) du montant des aides fédérales versées à la suite des ouragans de 2017.

Cette augmentation significative des aides fédérales serait de nature à limiter la contraction de l’économie de Porto Rico engendrée par les catastrophes naturelles : le comité de supervision a ainsi révisé de + 16 points sa prévision de PNB à horizon 2023 par rapport au précédent exercice mené en juin. La dynamique de croissance serait favorable aux recettes et aux finances publiques de Porto Rico, qui vont également bénéficier des allégements de dette adoptés cet été dans le cadre des accords entre le gouvernement de l’île, le comité de supervision et les créanciers.

Ces perspectives plus favorables ont rassuré les investisseurs sur la soutenabilité de la dette de Porto Rico et entraîné une forte hausse du prix des titres de dette sur le marché secondaire (+9,6 %, à 60 % de la valeur nominale). Certains observateurs rappellent toutefois les difficultés budgétaires importantes auxquelles sera confronté le gouvernement à long terme. Ils pointent notamment l’absence de garantie sur l’effet des réformes structurelles en cours de mise en œuvre et la trajectoire insoutenable des dépenses liée au vieillissement démographique.

 

Un rapport de la Maison Blanche critique le coût des « politiques socialistes »

Le Council of Economic Advisors (CEA), groupe d’économistes intégré à la Maison Blanche et chargé de conseiller le président sur les sujets économiques, a publié le 23 octobre un rapport intitulé « Le coût d’opportunité du socialisme ».

Ce document décrit les politiques menées dans les économies planifiées (URSS, Cuba, Chine dirigée par Mao Zedong, Venezuela) et les pays disposant de politiques redistributives centralisées (pays nordiques). Comparant leurs performances économiques avec celle des États-Unis, le rapport en dégage des résultats défavorables aux politiques caractérisées par une forte intervention de l’État. Surtout, le CEA en conclut que ces expériences constituent un argument rédhibitoire à la mise en place d’une assurance-santé universelle, portée par de nombreux Démocrates en perspective de l’élection présidentielle de 2020.

De nombreux universitaires et think tanks ont largement critiqué le rapport en raison de ses biais méthodologiques et de son contenu politiquement très orienté. S’ils rappellent que les productions du CEA sont, par essence, en ligne avec la doctrine économique de l’administration, ils jugent le ton de ce rapport inhabituellement outrancier et son message excessivement politisé.

 


 

Régulation financière

 

La SEC et la FDIC créent des départements dédiés aux FinTechs

La Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers aux États-Unis, et la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), l’agence chargée des procédures de résolution et de la garantie des dépôts, ont annoncé la création de pôles dédiés aux FinTechs.

Le « FinHub » de la SEC, dont la création a été annoncée le 18 octobre, aura pour objectif de faciliter les échanges du régulateur avec les participants du marché au sujet des développements technologiques et des innovations financières en matière de crypto-actifs. Le FinHub servira également de point de contact pour les régulateurs nationaux et internationaux sur ces questions.

De son côté, la présidente de la FDIC, Jelena McWilliams, a annoncé le 23 octobre au cours d’une conférence à New York l’établissement d’un département analogue au sein de la FDIC. Ce dernier serait principalement chargé d’étudier les moyens à la disposition de la FDIC pour encourager l’innovation au sein du secteur financier.

Pour rappel, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés dérivés, avait déjà mis en place une telle division, le LabCFTC, en mai 2017.

 

La mise à jour des scores de crédit (credit scoring) profiterait largement aux emprunteurs

Le 22 octobre, l’entreprise Fair Isaac Corporation, qui est à l’origine du score de crédit FICO, référence aux États-Unis, a annoncé la mise en place à partir de 2019 d’un nouveau système de scoring qui prendra en compte la gestion par les emprunteurs de leurs flux de trésorerie.

Le nouveau système, baptisé UltraFICO score, viserait notamment à faciliter l’accès au crédit pour les individus ayant un historique de crédit relativement récent ainsi que pour ceux ayant connu par le passé des difficultés financières mais ayant retrouvé une situation stable.

Ce changement méthodologique devrait améliorer l’évaluation des emprunteurs, dans un contexte où celle-ci croît déjà depuis la fin de la crise des subprimes.

 


 

Brèves

-Le 22 octobre, le Département du Travail a publié une proposition de règle visant à simplifier le recours aux plans de retraite collectifs gérés simultanément par plusieurs employeurs (multiple employer plans ou MEP). Le texte autorise les employeurs de diverses branches à regrouper leurs ressources financières au sein d’un même véhicule d’investissement. Pour rappel, cette proposition de règle fait suite à un décret présidentiel en date du 31 août qui avait demandé au Treasury et au Département du Travail d’étudier une évolution du système des retraites complémentaires

Dans une lettre adressée le 24 octobre aux plateformes d’échanges boursiers NYSE et Nasdaq, le Council of Institutional Investors, un groupe d’influence qui regroupe les principaux investisseurs institutionnels américains, demande que les entreprises disposant d’une structure actionnariale en double catégorie (dual class shares structure) soit dans l’obligation, après leur introduction en bourse, de la remplacer par un système de droit de vote unique (one share, one vote).

-La conférence des superviseurs bancaires des États fédérés (Conference of State bank supervisors) a annoncé le 25 octobre avoir déposé une plainte contre la « charte FinTech » mise en place par l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), au motif que celui-ci n’était pas habilité à autoriser des entités non-bancaires à opérer sur le segment bancaire. Pour rappel, le le département des services financiers de l’Etat de New York (NY DFS) avait déposé le 14 septembre une plainte similaire auprès de la Cour fédérale de Manhattan.

-La FDIC a publié le 23 octobre une enquête bi-annuelle dans laquelle elle estime que la proportion d’Américains n’ayant pas accès aux services bancaires (« unbanked ») a continué de diminuer pour atteindre 6,5 % fin 2017, contre 7 % fin 2015 (7,7 % fin 2013). L’enquête s’intéresse également aux foyers ayant un accès limité aux services bancaires (« underbanked »). Ces foyers représentaient 18,7 % de la population fin 2017, contre 19,9 % fin 2015. Selon la FDIC, ce progrès reflète entre autres la poursuite de la reprise de l’économie américaine et du dynamisme du secteur bancaire.

-La Réserve fédérale a annoncé qu’elle tiendra une réunion publique le 31 octobre pour présenter une proposition d’adaptation des exigences prudentielles applicables aux banques dont les actifs sont compris entre 100 et 250 Md USD. Cette proposition découle de la loi de déréglementation bancaire (« Crapo Bill ») adoptée en mai dernier, qui relève le seuil d’application des exigences prudentielles renforcées.

-Le Bureau de protection des consommateurs de services financiers (CFPB) a publié le 24 octobre un panorama des plaintes déposées par les consommateurs dans chaque État fédéré. Le rapport indique que la Californie a reçu le plus de plaintes depuis 2015 (un demi-million), devant la Floride et le Texas.

Abonnement/Désabonnement : afws@dgtresor.gouv.fr

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