Washington Wall Street Watch 2018-37

Washington Wall Street Watch 2018-37

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Le marché du travail reste bien orienté, malgré les intempéries de la fin de l’été

-L’inflation IPC décélère en septembre

-L’année fiscale 2018 se conclut sur un net creusement du déficit budgétaire

Politiques macroéconomiques

-Plusieurs responsables de la Fed se montrent confiants sur de futures hausses des taux

-D. Trump durcit ses critiques à l’encontre de la politique de la Fed

Régulation financière            

-Le chapitre du Dodd-Frank Act relatif aux swaps sera mis en œuvre, selon une commissaire de la SEC

-La CFTC simplifie ses règles pour certains types d’investissement dans les matières premières

Brèves

 


 

Conjoncture

 

Le marché du travail reste bien orienté en septembre, malgré l’impact des intempéries

Le rapport sur l’emploi du Bureau of Labor Statistics, publié le 11 octobre, fait état de 134 000 créations d’emplois au mois de septembre (après 270 000 en août, résultat révisé à la hausse de 69 000). Le taux de chômage recule à 3,7 % (-0,2 point) mais croît légèrement à 7,5 % (+0,1 point) dans sa définition intégrant le temps partiel subi. Le taux de participation est inchangé, à 62,7 %.

Les salaires progressent de 0,3 % en septembre (après +0,3 % en août, révisé à la baisse de 0,1 point). La croissance des salaires atteint 2,8 % sur douze mois (-0,1 point).

Ces chiffres, accueillis favorablement, pourraient faire l’objet de révisions significatives en raison du bruit statistique lié aux intempéries intervenues à la fin de l’été dans le sud-est des États-Unis.

 

L’inflation IPC décélère en septembre

L’inflation IPC ressort à +0,1 % en septembre tant pour l’indice global que pour sa composante sous-jacente (après respectivement +0,2 % et +0,1 % en août). La plupart des catégories affichent une progression stable, à l’exception notable des prix de l’énergie, en repli de 0,5 %, ainsi que des véhicules d’occasion, en baisse marquée de 3 %. En glissement annuel, l’inflation atteint +2,4 % et l’inflation sous-jacente s’établit à 2,2 % (contre respectivement +2,7 % et +2,3 % en août). Là encore, l’interprétation de ces chiffres appelle à une prudence spécifique en raison des intempéries estivales.

 

L’année fiscale 2018 se conclut sur un net creusement du déficit budgétaire

Dans son rapport mensuel publié le 5 octobre, le Congressional Budget Office indique que le déficit budgétaire de l’État fédéral ressort à 782 Md USD au terme de l’année fiscale 2018, soit une dégradation de 116 Md USD (+17,4 %) par rapport à 2017. Le déficit atteint ainsi 3,9 % du PIB (+0,4 point).

Le CBO indique en outre qu’un effet de calendrier favorable en fin d’année fiscale a permis d’afficher un déficit sensiblement moins élevé : en neutralisant cet effet, le déficit atteindrait 826 Md USD (4,1 % du PIB).

Cette évolution est expliquée par une forte hausse des dépenses (+129 Md USD, +3,2 %), alors que les recettes stagnent (+13 Md USD, +0,4 %) dans le sillage des baisses d’impôts actées par la réforme fiscale de début 2018. En particulier, les recettes perçues au titre de l’impôt sur les sociétés sont en repli de 31 %, avec une baisse plus marquée depuis juin en conséquence de l’ouverture de la période de déductibilité du coût des investissements. Par ailleurs, les dépenses au titre du service de la dette progressent de 19,6 %, à 371 Md USD.

 


Politiques macroéconomiques             

 

Plusieurs responsables dirigeants de la Fed se montrent confiants sur de futures hausses de taux

Plusieurs membres du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) se sont exprimés ces derniers jours. Patrick Harker (Fed de Philadelphie), Charles Evans (Fed de Chicago), Raphael Bostic (Fed d’Atlanta) et Robert Kaplan (Fed de Dallas) estiment que la banque centrale peut procéder à plusieurs resserrements supplémentaires de sa politique monétaire et que le niveau des taux d’intérêt ne constitue pas un frein pour l’activité.

Ils estiment également que le taux d’intérêt neutre, soit le niveau de taux auquel l’effet de la politique monétaire n’est ni accommodant ni restrictif pour la croissance, se situe autour de 2,75 %-3 %. La fourchette cible des taux d’intervention est actuellement fixée à [2 %-2,25 %].

Le président de la Fed de Dallas, rejoint par son homologue de la Fed de New York, John Williams, rappelle néanmoins que l’estimation des taux d’intérêt et du chômage d’équilibre repose sur des facteurs inobservables et est donc sujette à d’importantes incertitudes.

 

Trump durcit ses critiques à l’encontre de la politique de la Fed

Après plusieurs critiques au cours des semaines écoulées, Donald Trump a formulé, à plusieurs reprises, des attaques à l’encontre de la Fed, l’accusant d’être à l’origine du retournement des marchés intervenu cette semaine à cause du resserrement de la politique monétaire.

Le président a déclaré que la politique monétaire était « trop restrictive » (« too tight ») et que la banque centrale était « devenue folle » et « hors de contrôle ».  D. Trump s’est de nouveau dit « déçu » par le président de la Fed, en précisant toutefois qu’il n’envisageait pas de le démettre de ses fonctions. J. Powell a reçu le soutien de la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui a indiqué « ne pas croire que J. Powell soit fou ».

 


 

Régulation financière

 

Le chapitre du Dodd-Frank Act relatif aux swaps sera bien mis en œuvre, selon une commissaire de la SEC

Lors d’une conférence organisée par l’International Swaps and Derivatives Association (ISDA) le 4 octobre, la commissaire Hester Peirce de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers américains, a fait le point sur la régulation des dérivés de titres financiers (security-based swaps) aux États-Unis.

Dans son intervention, H. Peirce a d’abord regretté le retard qu’accusait la SEC pour mettre en œuvre le cadre de régulation des swaps mandaté par le Dodd-Frank Act (titre VII) à la suite du G20 de Pittsburgh de 2009 (« The Commission has not yet proposed any mandatory clearing or trading determinations for any security-based swaps »). Elle a ajouté que ce retard pouvait être source d’incertitudes pour les marchés et générer des prises de risques excessives de la part des investisseurs.

La commissaire a dès lors cité comme action prioritaire la finalisation du cadre règlementaire applicable aux swap dealers tout en laissant entendre que des règles déjà en vigueur pourraient également être amendées. Elle a d’ailleurs précisé que la SEC allait s’appuyer pour ce faire sur les mesures et les bonnes pratiques de la CFTC, le régulateur chargé des produits dérivés, voire des régulateurs d’autres pays.

Enfin, H. Peirce a souligné la nécessité pour la SEC de tenir compte des règles déjà en place dans les autres pays, afin de ne pas accroître le risque de fragmentation géographique du marché. Elle a ainsi plaidé pour une subsidiarité renforcée dans ce domaine (« robust substituted compliance with broadly comparable foreign requirements »). Ces propos s’inscrivent dans la lignée des récentes interventions de C. Giancarlo, président de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), régulateur des marchés de dérivés.

 

La CFTC simplifie ses règles pour certains investissement en matière première

Le 9 octobre, la CFTC a approuvé à l’unanimité une mesure de simplification des exigences règlementaires applicables au marché des matières premières.

Cette mesure vise d’abord les structures d’investissement regroupant plusieurs acteurs à la recherche d’un effet de levier (commodity pool) : elle simplifie les exigences d’enregistrement des opérateurs de ce marché (commodity pool operators) quand ceux-ci sont déjà enregistrés dans d’autres pays.

La mesure harmonise par ailleurs les obligations auxquelles sont actuellement soumis les conseillers en investissement sur le marché des matières premières (commodity trading advisors) avec la règlementation de la SEC.

Le président de la CFTC, C. Giancarlo, a souligné que cette nouvelle règle était la première d’une série de de mesures de simplification de la réglementation en place.

 


 

Brèves

-Le 11 octobre, Nouriel Roubini, professeur à l’université de New York, et Peter Van Valkenburgh, directeur de la recherche du Coin Center, un think tank dédié à l’étude des crypto-actifs, ont été auditionnés par la commission bancaire du Sénat. Connu pour son scepticisme à l’égard des dispositifs d’enregistrement électronique partagés (blockchain), N. Roubini a principalement souligné les risques associés au manque de régulation des crypto-actifs ainsi qu’à la situation oligopolistique du minage de Bitcoins.

-Fannie Mae, une des entreprises parapubliques (government sponsored enterprises ou GSE) chargées de la titrisation des prêts immobiliers, a annoncé le 8 octobre la nomination comme PDG par intérim d’Hugh Frater, aujourd’hui membre de son comité exécutif, à compter du 16 octobre.

-L’inspection générale de la SEC a publié le 5 octobre un rapport sur les enjeux de management et de mesure de la performance de l’agence. Le rapport décrit les difficultés rencontrées par l’agence pour travailler en sous-effectifs dans un environnement où le besoin de supervision des acteurs de marché a considérablement augmenté. Il cite notamment la charge de travail supplémentaire induite par l’essor des crypto-actifs.

-Le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel a été attribué le 8 octobre aux économistes américains William Nordhaus et Paul Romer, respectivement professeurs à l’université de Yale et de New York. Le premier est récompensé pour avoir « intégré le changement climatique à l’analyse macroéconomique », tandis que le second l’est pour avoir incorporé les innovations technologiques à la théorie de la croissance.

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