Washington Wall Street Watch 2018-35

Washington Wall Street Watch 2018-35

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Politiques macroéconomiques

-Donald Trump critique la nouvelle hausse de taux décidée par la Fed

Le Congrès adopte un budget pour l’année fiscale 2019

-La sénatrice E. Warren propose une nouvelle réforme de la politique du logement

-Le sénateur B. Sanders veut inciter les entreprises comme Amazon à augmenter les salaires

Régulation financière            

-L’OCC publie son plan d’action pour l’année fiscale 2019

La SEC dévoile plusieurs pistes de travail sur les produits d’assurance et les marchés actions

Brèves

 


 

Politiques macroéconomiques

 

La Fed augmente ses taux d’intérêt, pour la troisième fois en 2018, et subit de nouvelles critiques de D. Trump

Le Comité de Politique Monétaire de la Fed (FOMC) a relevé, comme attendu, la fourchette des taux fed funds qui s’établit à [2 %-2,25 %] à l’issue de sa réunion des 25 et 26 septembre.  Le communiqué de la Fed souligne une nouvelle fois la solidité de la croissance économique américaine ainsi qu’un niveau d’inflation en ligne avec l’objectif de 2 %. Les risques sont toujours considérés comme équilibrés en dépit des nouvelles mesures commerciales annoncées par l’administration, dont les retombées sont jugées faibles au niveau agrégé. Enfin, pour la première fois depuis le déclenchement de la crise financière, la politique monétaire n’est plus qualifiée d’« accommodante ».

La Fed augmente par ailleurs sa prévision de croissance à 3,1 % pour 2018 et 2,5 % pour 2019 (respectivement + 0,3 pt et + 0,1 par rapport à juin). L’anticipation de taux de chômage est relevée à 3,7  % pour 2018 (+0,1 pt). Les projections de taux d’intérêt n’évoluent pas et une quatrième hausse de taux est toujours prévue d’ici la fin d’année.

La Fed a également publié ses premières projections pour l’année 2021, pour laquelle elle prévoit un ralentissement de la croissance à 1,8 %, un taux de chômage toujours faible à 3,7 % et un maintien de l’inflation à 2,1 %. La fourchette de taux s’établirait à [3,25 %-3,5 %], comme en 2020. Interrogé sur la soutenabilité d’un faible taux de chômage jusqu’en 2021, J. Powell a avancé que l’aplatissement de la courbe de Phillips limite le risque inflationniste associé à un chômage bas.

Quelques heures après l’annonce du relèvement des taux d’intérêt, Donald Trump a critiqué la décision, déclarant « qu’il n’en était pas très heureux » et s’inquiétant de la politique de la Fed (« I’m worried about the fact that they seem to like raising interest rates »).

 

Le Congrès adopte un budget pour l’année fiscale 2019

Le 21 septembre, Donald Trump avait promulgué une première loi de finance partielle (minibus) qui sécurisait notamment les crédits budgétaires alloués aux anciens combattants, à l’énergie et à la gestion des eaux.

Le 26 septembre, le Congrès a adopté un second minibus relatif au budget de la défense, du travail et des affaires sociales. Donald Trump a annoncé qu’il signerait le texte dans les prochains jours. Les autres programmes (agriculture, commerce, justice) font quant à eux l’objet d’une prolongation, jusqu’au 7 décembre, des crédits ouverts pour l’année 2018 (continuing resolution).

L’adoption de ces deux textes de budget permettra de sécuriser 75 % des dépenses discrétionnaires fédérales et d’éviter un shudown (arrêt des services publics non essentiels), sauf si un ultime revirement devait conduire la Maison Blanche à s’opposer au texte.

Trump a longtemps fait planer la menace d’un veto, insatisfait que le budget de la Sécurité intérieure, dans la continuing resolution, ne comporte pas de financements pour le mur à la frontière avec le Mexique. Les leaders Républicains du Congrès ont réussi à convaincre D. Trump de ne pas s’opposer au texte à quelques semaines des élections de mi-mandat. Le désaccord persistant entre la Maison Blanche et le Congrès pourrait toutefois conduire à de nouvelles tensions lors de la session interrégime (lame duck session).

 

La sénatrice Warren propose une nouvelle réforme de la politique du logement

Le 25 septembre, la sénatrice démocrate Elizabeth Warren a déposé une proposition de loi (American Housing and Economic Mobility Act) visant à réduire le coût de l’accès au logement pour les classes moyennes et défavorisées américaines. Le texte prévoit (i) une enveloppe annuelle de 50 Md USD de financements supplémentaires pour la construction de logements en zone sensible et à loyers élevés, (ii) un assouplissement de la règlementation, fréquemment accusée d’être la source d’une inflation des coûts de construction, (iii) le renforcement du Community Reinvestment Act (CRA), une loi adoptée en 1977 pour lutter contre les pratiques discriminatoires des banques limitant l’accès au crédit des populations issues de milieux défavorisés ou de minorités ethniques.

Cette réforme serait financée par une hausse de la fiscalité des droits de succession, qui retrouveraient leur niveau de 2009, afin de ne pas dégrader le déficit public.

Une analyse du cabinet Moody’s indique que la réforme proposée se traduirait en la construction de 300 000 logements supplémentaires par an jusqu’en 2028 et permettrait de rétablir un équilibre entre offre et demande sur le marché immobilier. Au niveau national, l’activité de construction permettrait de créer jusqu’à 1,5 millions d’emplois. La progression des loyers serait quant à elle contenue à 10 % sur dix ans par rapport à leur trajectoire tendancielle.

L’absence de majorité démocrate au Congrès rend peu probable l’adoption de ce texte d’ici les élections de mi-mandat, en novembre. Cette proposition illustre néanmoins la place croissante prise par la question du logement aux États-Unis, notamment au sein du parti démocrate. Une autre initiative, formulée par la sénatrice Kamalia Harris, propose ainsi  d’octroyer un crédit d’impôt aux ménages dont le loyer représente plus de 30 % du revenu disponible.

 

Le sénateur B. Sanders propose le « BEZOS Act » avec l’objectif d’inciter les entreprises à augmenter les salaires

Le 5 septembre 2018, le sénateur du Vermont Bernie Sanders a introduit le « Stop Bad Employers by Zeroing Out Subsidies Act » (BEZOS Act). Le texte vise à taxer les entreprises de plus de 500 salariés à hauteur du montant de prestations sociales versées par les pouvoirs publics à leurs salariés les plus pauvres (aide alimentaire, Medicaid, etc.).

Cette proposition de loi vise nommément le PDG d’Amazon Jeff Bezos, B. Sanders critiquant régulièrement le décalage entre le faible niveau des salaires au sein de l’entreprise et la valorisation financière d’Amazon, désormais supérieure à 1 000 Md USD.

Cette initiative se rapproche de celle présentée en juin 2017 par le député Ro Khanna. B. Sanders et R. Khanna espèrent, par cette approche, inciter les grandes entreprises à augmenter les salaires de leurs employés les plus précaires, sinon à faire porter aux entreprises le coût de l’assistance publique.   Il est à noter que, depuis la publication de la proposition de loi, Amazon s’est défendu en rappelant avoir créé 130 000 emplois en 2017 et en indiquant que le salaire horaire moyen de 15 USD.

 


 

Régulation financière

 

L’OCC publie son plan d’action pour l’année fiscale 2019

Le 25 septembre, l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), le régulateur des banques nationales américaines, a publié son plan d’action pour 2019 qui présente les objectifs et les ressources de l’agence en matière de supervision bancaire.

Cinq champs d’intervention y sont cités comme prioritaires : (i)  la résilience des banques en matière de cybersécurité, (ii) la gestion du risque de crédit et de concentration, (iii) la conformité en matière de lutte contre le blanchiment d’argent, (iv) la conformité en matière de protection du consommateur (Home Morgage Disclosure Act, Truth in Lending Act, Real Estate Settlement Procedures Act) et (v) l’amélioration du contrôle interne. Les ressources humaines et financières de l’agence seront prioritairement affectées à la réalisation de ces objectifs.

L’OCC a par ailleurs précisé que ce document servirait de cadre à l’évaluation des entités que l’agence supervise, à savoir les banques nationales, les associations fédérales d’épargne et les filiales fédérales des banques étrangères.

Ce plan sera décliné de manière détaillée dans le rapport semestriel de l’OCC (Semiannual Risk Perspective), à paraître prochainement.

 

La SEC dévoile plusieurs pistes de travail sur les produits d’assurance et les marchés actions

Lors de son audition par la commission des services financiers de la Chambre des Représentants le 26 septembre, Dalia Blass, la directrice de la division de la gestion d’actifs de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers américains, a annoncé que l’agence avait engagé des travaux pour renforcer la transparence des informations financières relatives aux produits d’assurance à capital variable. Ces travaux, qui pourraient prendre la forme d’une proposition de règle, visent à améliorer la qualité des prospectus présentant ces produits.

Le 19 septembre, le commissaire Robert Jackson est intervenu à l’université George Mason de Washington sur la thématique de la concentration des infrastructures de marché. À cette occasion, il a plaidé pour une réforme des marchés actions, remarquant que « 12 des 13 plateformes de cotation actions sont détenues par seulement 3 entreprises ». Le commissaire a ainsi annoncé que la SEC organiserait une consultation à ce sujet avec l’objectif que les plateformes d’échange ne « compromettent pas la concurrence et l’équité du marché actions ».

 


 

Brèves

-Le 21 septembre, cinq agences de régulation (Fed, FDIC, OCC, FHFA et FCA) ont publié un document final qui amende certaines exigences prudentielles applicables aux contrats de swaps (swap margin rule). Ces modifications ont pour effet, d’une part, d’exempter de marges les swaps conclus avant 2015 (legacy swaps) et, d’autre part, d’harmoniser la définition des conventions-cadres de compensation de ces produits (master netting agreement) entre les différentes règlementations en vigueur aux États-Unis.

-Le 20 septembre, un groupe de 19 élus Démocrates de la Chambre des Représentants a adressé une lettre au président de la Fed, Jerome Powell, pour lui demander de ne pas satisfaire les doléances des élus Républicains visant à réduire les exigences de fonds propres pour les plus grandes banques du pays. Le courrier avance notamment que la surcharge de capital applicable aux grandes banques systémiques a contribué à renforcer la sécurité du système financier après la crise financière de 2008, sans nuire à la compétitivité des banques américaines.

-Le 20 septembre, la National Credit Union Administration (NCUA), l’agence fédérale chargée de la supervision des agences de crédit (credit union), a proposé plusieurs mesures d’allègement règlementaire, en application des dispositions relatives au marché immobilier de la loi adoptée par le Congrès en mai (« Crapo Bill »). En particulier, la NCUA propose de relever de 250 000 USD à 1 MUSD le seuil à partir duquel une transaction sur le marché de l’immobilier commercial doit faire l’objet d’une autorisation préalable.

Abonnement/Désabonnement : afws@dgtresor.gouv.fr

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