Washington Wall Street Watch 2018-33

Washington Wall Street Watch 2018-33

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-La croissance des salaires accélère et les créations d’emplois se maintiennent à un niveau élevé

-L’inflation ralentit légèrement sur un an

-Le Beige Book souligne de nouveau les tensions sur le marché du travail

Politiques macroéconomiques

-Les Républicains présentent leur nouveau projet de réforme fiscale

-La Maison Blanche considère que l’évolution des salaires réels est sous-estimée et défend le bilan économique de l’Administration

Régulation financière            

-Un résultat mitigé pour les recettes générées par les activités de trading au deuxième trimestre 2018

-Le GAO dresse un bilan des actions entreprises à la suite de l’affaire Equifax

-Un juge estime que les ICO sont soumises à la législation des actifs financiers

Brèves

 


 

Conjoncture

 

La croissance des salaires accélère et les créations d’emplois se maintiennent à un niveau élevé

Le rapport sur l’emploi du Bureau of Labor Statistics indique que 201 000 nouveaux emplois ont été créés aux Etats-Unis au mois d’août (après +147 000 emplois en juillet, résultat révisé à la baisse de 10 000).

Le taux de chômage reste stable à 3,9 % et recule à 7,4 % (-0,1 point) dans sa définition élargie tenant compte du temps partiel subi. En revanche, le taux d’activité recule à 62,7 % (- 0,2 point). Les salaires sont en hausse de 0,4 % en août (après 0,3 %) et progressent de 2,9 % sur un an, amplifiant l’accélération entamée depuis le débat d’année.

 

L’inflation ralentit légèrement sur un an

L’indice des prix à la consommation progresse de 0,2 % en août pour l’indice global et de +0,1 % pour la composante sous-jacente (après + 0,2 % dans les deux cas en juillet) selon le Bureau of Labor Statistics. En dehors de l’énergie (+1,9 %), la majorité des catégories de prix affichent une hausse modérée. Sur douze mois l’inflation s’établit à 2,7 % et 2,2 % pour la composante sous-jacente (après respectivement +2,9 % et +2,4 %).

 

 Le Beige Book souligne de nouveau les tensions sur le marché du travail

Le Beige Book de la Fed, qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme modéré ces dernières semaines.

Le rapport souligne des tensions importantes et généralisées sur le marché du travail, qui se manifestent par des difficultés de recrutement dans de nombreux métiers. Ces contraintes constituent un frein à l’activité de certaines entreprises.

L’inflation reste modérée et d’intensité inférieure à la hausse du prix des intrants. En outre, le secteur manufacturier signale de fortes hausses de prix à la  production en lien avec les mesures tarifaires actées par l’administration.

 


 

Politiques macroéconomiques             

 

Les Républicains présentent leur nouveau projet de réforme fiscale

La commission « Voies et Moyens » (Ways and Means Committee) chargée de la législation fiscale a dévoilé le contenu de la « réforme fiscale 2.0 », qui se développe en trois textes distincts.

Le premier pilier du projet est la prorogation définitive des dispositions de la réforme fiscale de 2017 en faveur des ménages (baisse des taux marginaux, hausse des déductions de base et de crédits d’impôts) et des entreprises individuelles (pass-through). Ces mesures avaient été conçues pour s’éteindre au-delà de 2025 afin que la réforme fiscale de 2017 soit conforme aux règles budgétaires du Congrès (Byrd Rule).

Le second axe du projet de la majorité Républicaine introduit des modifications de la fiscalité de l’épargne visant à (i) assouplir la gestion et la portabilité des plans d’épargne supplémentaire (de type Roth 401(k)), (ii) créer un « plan d’épargne universel » défiscalisé et à la gestion simplifiée pour un montant plafonné à 2500 USD, et (iii) étendre les plans d’épargne finançant les études supérieures.

Enfin, le troisième volet du projet prévoit une déduction fiscale des coûts initiaux des start-ups à hauteur de 20 000 USD et d’amortir sur quinze ans les dépenses supérieures à ce montant.

Le coût global de cette réforme fiscale 2.0 est estimé à près de 657 Md USD pour la période de 2019-2028 par le Joint Committee on Taxation (JCT, organe bipartisan d’évaluation du Congrès), dont l’essentiel provient de l’extension des mesures de la réforme fiscale de 2017, avec 631 Md USD sur dix ans. Le coût des dispositions en faveur de la fiscalité de l’épargne et des start-ups s’élèveraient à respectivement 21 Md et 5,4 Md USD. L’impact sur les finances publiques est concentré sur la période 2026-28 (647 Md USD) du fait du poids de l’extension des baisses d’impôts.

Les deux premiers déciles de revenu, soit les ménages dont le revenu est supérieur à 75 000 USD par an, percevraient environ 80  % du bénéfice de l’extension des baisses d’impôts selon l’étude de menée par le JCT.

Les textes ont été examinés et validés en commission le 13 septembre ; les leaders de la majorité ont annoncé que le Chambre des Représentants se prononcera dans les prochaines semaines. Une adoption apparaît toutefois peu probable, car le groupe Républicain au Sénat est insuffisant pour assurer un vote à la majorité qualifiée (60 votes requis) et les Démocrates ont catégoriquement exclu tout soutien.

 

La Maison Blanche considère que l’évolution des salaires réels est sous-estimée et défend le bilan économique de l’Administration

Le Council of Economic Advisers (CEA), organe de l’exécutif chargé de conseiller le Président en matière de politique économique, a publié le 5 septembre un rapport visant à répondre aux doutes sur la vigueur des hausses de salaire ainsi qu’à défendre la politique de l’administration.

Le CEA indique que le dynamisme des salaires réels est sous-estimé par les organismes publics (Bureau of Labor Statistics, Bureau of Economic Analysis) en raison de (i) la mauvaise prise en compte de l’évolution des composantes non salariales de la rémunération des travailleurs (bonus, congés payés, assurance santé, etc.), (ii) l’impact négatif sur l’évolution du salaire moyen du retour à l’emploi de personnes ayant connu une période d’inactivité prolongée et qui ne peuvent prétendre qu’à des salaires faibles et (iii) du choix d’un indice de prix inapproprié (le CEA recommande d’utiliser l’inflation PCE, utilisée par la Fed, qui indique une inflation moins forte). Enfin, le rapport insiste sur la progression des salaires après impôts (ajout de +0,4 point sur un an) à la suite de la réforme fiscale de 2017.

La publication de ce rapport a été suivie d’une conférence de presse de Kevin Hassett, président du CEA. Son intervention s’est efforcée de montrer que l’élection de D. Trump avait permis de renverser l’essoufflement de l’activité observé lors de la dernière année du mandat de Barack Obama, grâce notamment à la confiance apportée aux entreprises.

 


 

Régulation financière

 

Un résultat mitigé pour les recettes générées par les activités de trading au deuxième trimestre 2018

Les activités de trading des établissements de crédit américains ont généré 6,9 Md USD de recettes aux Etats-Unis au troisième trimestre 2017, selon le rapport de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) publié le 21 juin. Ce résultat est en baisse de 16 % par rapport au premier trimestre 2018 mais en hausse de 3,5 % par rapport au deuxième trimestre 2017.

Le rapport de l’OCC met notamment en avant la concentration de la détention de produits dérivés, dont près de 90 % de l’encours sont aujourd’hui détenus par les quatre plus grandes banques commerciales américaines (JP Morgan Chase, Bank of America, Citibank et Goldman Sachs). L’OCC souligne également la légère augmentation, à 41 %, de la part des transactions sur produits dérivés centralisés au sein de chambres de compensation ainsi que la part dominante des produits sur intérêts, qui représentent 76 % du marché des dérivés.

 

Le GAO dresse un bilan des actions entreprises à la suite de l’affaire Equifax

Le Government Accountability Office (GAO), l’agence chargée de l’évaluation et de l’audit du gouvernement fédéral, a publié le 7 septembre un rapport dans lequel il dresse un bilan des actions entreprises par Equifax, une agence de notation de crédit, et par les régulateurs américains  à la suite du vol massif des données de plus de 145 millions de consommateurs américains en 2017. Pour rappel, les données volées étaient notamment constituées de numéros de sécurité sociale et de numéros de carte bancaire.

Dans son rapport, le GAO souligne que trois des agences fédérales utilisant le système de vérification d’Equifax, l’Internal Revenue Service (IRS), la Social Security Administration et l’U.S. Postal Service (USPS) ont évalué le système de l’agence de notation de crédit et ont identifié plusieurs problèmes techniques telles l’utilisation de certificats numériques expirés ou l’absence de segmentation de l’infrastructure de réseau. Le bureau de protection financière des consommateurs (CFPB) et la Federal Trade Commission (FTC) ont lancé leur propre enquête.

Plusieurs sénateurs ont récemment annoncé leur souhait de renforcer le cadre réglementaire applicable aux agences de notation de crédit et les peines encourues en cas de vol des données. La sénatrice démocrate du Massachussetts, Elizabeth Warren, avait déjà introduit en début d’année une proposition de loi au Sénat visant à dédommager les consommateurs victimes de vol des données, à hauteur de 100 dollars par consommateur. Les tentatives pourraient se multiplier si les Démocrates remportaient l’une des deux chambres aux élections de mi-mandat.

 

Un juge estime que les ICO doivent être soumises à la législation des actifs financiers

Le 11 septembre, le juge Raymond Dearie du district est de New York a estimé que les offres publiques de jetons (initial coin offerings ou ICO) pourraient raisonnablement dépendre de la loi relative aux actifs financiers (securities laws).

Il s’agit de la première opinion d’un juge en faveur de la Securities and Exchange Commission (SEC), régulateur des marchés boursiers américains, concernant les ICO. Ouverte il y a un an, l’affaire RECoin sur laquelle s’est exprimé le juge reste dans l’attente d’une décision finale par jury.

Cette opinion juridique s’inscrit dans un contexte où les acteurs de marché cherchent à innover face à un marché devenu méfiant en raison la chute du cours des crypto-actifs – à titre d’exemple, le Bitcoin a perdu 53 % de sa valeur depuis le 1er janvier. Gemini, plateforme d’échange de crypto-actifs, a ainsi dû obtenir l’autorisation du Département des services financiers de l’Etat de New York (NY DFS) pour lancer le Gemini Dollar, une crypto-monnaie dont l’avantage serait un cours stable et une convertibilité en dollars garantie.

 


 

Brèves

-La Chambre des Représentants a voté le 12 septembre en faveur d’une loi qui placerait les assureurs faisant partie d’un groupe contenant une entité bancaire (Savings and Loans Holding Company ou SLHC) sous la supervision unique des Etats fédérés, et non de la Fed comme le prescrit le Dodd-Frank Act. Cette loi doit désormais être examinée au Sénat.

-L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), régulateur des banques nationales (national banks), a publié le 10 septembre une proposition qui permettrait à certains établissements de crédit (federal savings associations) ayant des actifs inférieurs à 20 MUSD de diversifier leurs activités. Soumise à commentaires durant une période de 60 jours, cette proposition offrirait aux federal savings associations les mêmes droits et leur imposerait les mêmes réglementations que les banques nationales.

-La Financial Industry Regulation Authority (FINRA), organisme d’auto-régulation des marchés financiers américains, a publié le 10 septembre un livre blanc décrivant certaines récentes applications technologiques au secteur financier. Dans le rapport, la FINRA souligne 5 domaines dans lesquels la technologie appliquée à la question réglementaire, ou regtech, a bénéficié à l’industrie : la surveillance, la conformité, les renseignements réglementaires, le reporting et l’évaluation des risques.

-La Fed, l’OCC, la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), le CFPB et la National Credit Union Administration (NCUA) ont publié le 11 septembre un communiqué visant à préciser le rôle des textes de recommandations publiés par les régulateurs (guidance). Les agences ont notamment souhaité souligner que ces textes n’ont pas de valeur juridique mais permettent simplement de définir les orientations des différentes agences.

-Dans un communiqué du 10 septembre, la SEC a annoncé que la fin du programme pilote sur le pas de cotation (tick size), c’est-à-dire la variation minimale des prix d’un instrument financier, serait avancée au vendredi 28 septembre, en lieu et place de la date initiale, le mardi 3 octobre. Ce programme était destiné à élargir le pas de cotation des actions des petites entreprises qui accédaient difficilement au marché. En avril 2018, le directeur de la division des marchés de la SEC, Brett Readfern, s’était déjà prononcé en faveur de la fin du programme pilote, estimant que celui-ci n’avait pas eu d’impact significatif sur la liquidité du marché.

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