Washington Wall Street Watch 2018-31

Washington Wall Street Watch 2018-31

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Les résultats des entreprises continuent de progresser à un rythme soutenu

Politiques macroéconomiques

-Jerome Powell définit sa vision de la politique monétaire et annonce de nouvelles hausses de taux

-Richard Clarida a été confirmé au poste de vice-président de la Fed

-Le Sénat adopte une loi de finance partielle portant sur l’essentiel des programmes fédéraux–

-Le gouvernement de Porto Rico a conclu un accord sur la restructuration d’une partie de sa dette

Régulation financière            

-Des sénateurs républicains demandent à la Fed d’alléger les exigences prudentielles imposées aux grandes banques

-La CFTC émet plusieurs propositions de règles concernant les dérivés

Brèves

 


Conjoncture

Les résultats des entreprises continuent de progresser à un rythme soutenu

Les estimations du Bureau of Economic Analysis font état d’une progression de 3,3 % des bénéfices avant impôts des entreprises au 2ème trimestre 2018 ; cette hausse atteint 7,7 % en glissement annuel, un rythme inédit depuis 2014. L’ensemble des secteurs partage cette amélioration de leur profitabilité grâce au dynamisme des profits au niveau domestique (+4,75 % au 2ème trimestre 2018) qui compense le ralentissement des bénéfices réalisés à l’étranger (- 1,7 %).

Après impôts, les profits progressent de 2,4 % sur le trimestre et de 16,1 % sur un an, grâce notamment aux baisses des impôts accordées dans le cadre de la réforme fiscale (-33,4 % sur un an).

 


Politiques macroéconomiques             

A Jackson Hole, Jerome Powell définit sa vision de la politique monétaire et annonce de nouvelles hausses de taux

Le symposium annuel de la Federal Reserve à Jackson Hole (Wyoming) traitait cette année des « changements de structures de marché et ses implications pour la politique monétaire ». La thématique de la concentration de l’économie américaine était notamment évoquée.

Dans un discours intitulé « La politique monétaire dans une économie en évolution », Jerome Powell a détaillé sa vision de la conduite de la politique monétaire. Le président de la Fed établit sa doctrine à partir de ce qu’il considère être le risque principal pour la banque centrale : le décalage possible entre la politique monétaire mise en œuvre et le niveau des taux d’intérêt approprié au regard des conditions économiques.

J.Powell a expliqué vouloir ne pas attacher trop d’importance aux recommandations formulées sur la base des niveaux théoriques d’équilibre des taux d’intérêt et du chômage, qu’il estime difficiles à mesurer et objet de révisions importantes a posteriori. Selon lui, leur mauvaise appréciation a pu conduire la Fed à faire des erreurs de politique monétaire à la fin des années 1970. Par ailleurs, l’évolution de l’inflation ne serait pas un indicateur entièrement pertinent de la formation desdits déséquilibres, comme en témoigne la période précédant la crise de 2008. Ces incertitudes incitent donc J. Powell à privilégier une approche prudente.

Les indicateurs économiques favorables ces derniers mois indiquent pour lui que l’économie américaine est dynamique. J. Powell estime donc que de nouvelles hausses de taux sont nécessaires pour éviter une surchauffe de l’économie, faisant ainsi écho aux discussions rapportées dans les minutes de la réunion de politique monétaire de juillet. Ces éléments vont dans le sens d’un nouvelle hausse des taux en septembre.

Ce nouveau resserrement de la politique monétaire interviendrait alors que D. Trump a de nouveau critiqué cet été l’action de la Fed, dont la politique plus restrictive annulerait le bénéfice de la réforme fiscale. Les membres de la Fed ont répondu aux commentaires de la Maison Blanche en réaffirmant que les décisions de la Fed se font en totale indépendance du pouvoir politique.

Richard Clarida a été confirmé au poste de vice-président de la Fed

La nomination de Richard Clarida au poste de vice-président de la Fed, pour un mandat de 4 ans, a été confirmée par le Sénat (69-26).

Professeur à l’université Columbia, R. Clarida a été directeur général du gestionnaire d’actifs PIMCO et a travaillé sous l’administration Bush entre 2002 et 2003 en tant que chef de service en charge de la politique économique. R. Clarida complète ainsi l’organe de présidence de la Fed suite aux nominations de J. Powell et R. Quarles. Trois postes de gouverneurs restent toutefois vacants.

Le Sénat adopte une loi de finance partielle portant sur l’essentiel des programmes fédéraux

Le Sénat a adopté une nouvelle loi de finance partielle (minibus) pour l’année fiscale 2019 sur les bases de l’accord bipartisan de février 2018. Le texte budgétaire prévoit ainsi une augmentation des dépenses des départements de la Défense (+ 3 % pour +20,4 Mds USD) et de l’Education, des Affaires Sociales et du Travail (+1,24 %).

A ce stade, le Congrès s’est prononcé sur neuf des douze programmes fédéraux (appropriation) relevant des dépenses discrétionnaires. Les textes du Sénat et de la Chambre des Représentants présentent des différences mineures, qui doivent faire l’objet d’une réconciliation avant l’adoption définitive.

Donald Trump pourrait toutefois s’opposer au texte de budget, au motif que le budget de la sécurité intérieure, qui n’a pas encore été examiné par le Congrès, n’inclut pas les financements pour le mur à la frontière avec le Mexique et la réforme de l’immigration réclamés ces derniers mois. Les observateurs font valoir que l’approche des élections de mi-mandat pourrait inciter la Maison Blanche à adopter une position plus radicale.

Les parlementaires affichent toutefois leur confiance car le texte bénéficie d’un large soutien bipartisan (adopté à 85-7 au Sénat), théoriquement suffisant pour renverser un vote présidentiel. L’absence de budget au 1er octobre, début de la nouvelle année fiscale, serait synonyme de shutdown, le troisième en 2018.

Le gouvernement de Porto Rico a conclu un accord sur la restructuration d’une partie de sa dette

Le gouvernement de Porto Rico et le comité de supervision, instauré par le Congrès pour gérer la procédure de faillite, ont annoncé un accord sur le remboursement de la tranche de dette adossée aux recettes des taxes sur les ventes.

L’accord prévoit une réduction de la dette de 32 % (environ 5,8 Mds USD), assortie d’un échange de titres et représente une économie de 17,5 Mds USD liés au remboursement de la dette et au service de la dette. La nouvelle dette sera garantie par 54 % des futures recettes de la taxe sur les ventes.

En parallèle, le gouvernement, le comité de supervision et les créanciers se sont entendus sur un nouveau plan de restructuration de la dette de la compagnie publique d’électricité, qui bénéficie de la garantie du gouvernement. Les investisseurs seront remboursés à hauteur de 67,5 % de la valeur faciale de la dette originelle, une concession plus importante que la perte de 15 % prévue dans le projet initial qui avait été rejeté par le comité de supervision. Cet accord permet d’alléger de 3 Mds USD la dette de l’entreprise, qui supporte désormais 6 Mds d’engagements.

Ces deux accords constituent les premières victoires du gouvernement et du comité de supervision, dont la crédibilité vis-à-vis de la population et du Congrès était affaiblie ces derniers mois.


Régulation financière

Des sénateurs républicains demandent à la Fed d’alléger les exigences prudentielles imposées aux grandes banques

Dans une lettre adressée le 17 août à Randal Quarles, vice-président de la Fed en charge de la supervision bancaire, plusieurs sénateurs républicains ont exprimé leur désaccord sur la mise en œuvre de la loi EGRRCPA (« Crapo Bill ») votée en mai 2018. Pour mémoire, cette loi avait révisé le cadre prudentiel mis en œuvre après la crise financière en relevant le seuil d’application des exigences prudentielles renforcées (enhanced prudential standards ou EPS). Si les sénateurs saluent l’évolution positive que représente cette loi, ils exhortent néanmoins la Fed à revoir l’application des exigences imposées à certaines catégories bancaires, notamment les banques non-systémiques.

En effet, les sénateurs critiquent la distinction entre trois types d’institutions financières : (i) les holdings bancaires dont les actifs sont compris entre 50 et 100 Mds USD et qui sont immédiatement exemptées des EPS ; (ii) les holdings bancaires dont les actifs sont compris entre 100 et 250 Mds USD et qui ne seront exemptées des EPS qu’à l’issue d’un délai de 18 mois (iii) les huit holdings bancaires américaines systémiques qui restent assujetties aux EPS. Selon eux, une catégorie intermédiaire n’a pas lieu d’exister, les holdings bancaires ayant moins de 250 Mds USD n’étant pas systémiques.

Enfin, les sénateurs condamnent la distinction qui a été faite entre les banques américaines et les banques étrangères. Pour mémoire, la loi excluait les banques étrangères du bénéfice des exemptions accordées aux banques américaines. Les sénateurs préconisent donc une uniformisation des exigences prudentielles imposées.

La CFTC émet plusieurs propositions de règles concernant les dérivés

La Commodity Futures Trading Commission (CFTC), régulateur des marchés dérivés américains, a émis durant l’été plusieurs propositions de règles concernant les dérivés.

Le 8 août, la CFTC a proposé de mettre en place une exemption d’enregistrement pour les organismes de compensation des dérivés (derivatives clearing compensation ou DCO) localisés en dehors des Etats-Unis, lorsque ceux-ci sont soumis à une supervision et régulation jugée comparable.

Le 23 août, la CFTC a également proposé d’exempter les entités bancaires ayant moins de 10 Mds USD en actifs consolidés, de l’obligation de compensation de swaps. Cette proposition de règle fait écho aux recommandations faites au sein du white paper publié par la CFTC en avril 2018.

Enfin, dans une lettre de non-intervention du 28 août, la CFTC a indiqué qu’elle ne poursuivrait pas une entité financière n’ayant pas inclus dans son calcul de position de dérivés certains swaps. Le commissaire B. Quintenz a tenu à souligner dans son communiqué que la CFTC souhaitait revoir la métrique communément utilisée, le notionnel des dérivés, dans le calcul des positions.


Brèves

-Le Sénat a confirmé le 28 août les nominations de Dawn Stump et Dan Berkovitz en tant que commissaires de la CFTC. Par ailleurs, le comité bancaire du Sénat a approuvé le 23 août les nominations de Kathleen Kraninger à la tête du Consumer Financial Protection Bureau (CFPB), de Dino Falaschetti en tant que directeur du bureau de recherche financière du Treasury, et d’Elad Roisman en tant que commissaire de la SEC. Ils doivent être encore confirmés en séance plénière.

-La croissance du PIB de 1 % au 2ème trimestre 2018 (après +0,5 % au T1) est confirmée par la deuxième estimation du Bureau of Economic Analysis. La consommation reste le principale contribution à la hausse de l’activité (+0,6 pt, révisé à la baisse de 0,1pt), le commerce extérieur (0,3 pt) et l’investissement privé (+0,3 pt, révisée à la hausse de 0,1pt).

-Dans un tweet du 17 août, Donald Trump a annoncé avoir demandé à la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers américains, d’étudier l’impact d’un passage d’une publication trimestrielle des états financiers, à une publication semi-annuelle.

-La SEC a rejeté, le 22 août, la demande du New York Stock Exchange de lister des parts de fonds indiciels (exchange trade funds) sur le Bitcoin. Ce refus, fondé sur des niveaux de risque financier et de manipulation trop élevés, fait écho à la décision rendue publique en juillet concernant la candidature du Bitcoin Trust. Dans une lettre du 23 août, la SEC a toutefois indiqué que les Commissaires allaient réexaminer cette décision de la division marché de la SEC, se laissant la possibilité de la revoir.

-L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), régulateur des banques nationales, a soumis à commentaire durant 75 jours une proposition de règle visant à alléger les contraintes imposées aux banques dans le cadre du Community Reinvestement Act (CRA, 1977). L’OCC propose notamment de revoir les méthodes de calcul d’investissement dans les communautés en substituant la condition géographique, par une contrainte portant sur les revenus des emprunteurs.  Pour rappel, la loi CRA a pour but de lutter contre les pratiques discriminatoires des banques limitant l’accès au crédit des populations de milieux défavorisés.

-La Fed, l’OCC et la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) ont publié le 22 août une règle commune modifiant le calcul du liquidity coverage ratio (LCR). La modification, mandatée par le Crapo Bill, permettra d’inclure dans le ratio, en tant qu’actifs liquides de haute qualité (High Quality Liquid Assets ou HQLAs), les obligations municipales.

-La Securities and Exchange Commission (SEC) a annoncé le 27 août que l’entrée en vigueur du projet Consolidated Audit Trail (CAT), élaboré par la Financial Industry Regulatory Authority (FINRA) et les bourses nationales, était reportée à novembre 2018. Ce projet devrait permettre au régulateur boursier américain d’obtenir des informations consolidées sur le marché. Annoncé en 2012, son introduction initiale devait prendre place en novembre 2017.

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