Washington Wall Street Watch 2018-28

Washington Wall Street Watch 2018-28

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

 Conjoncture

-La production industrielle américaine rebondit en juin

-Le Beige Book souligne les tensions sur le marché du travail

Politiques macroéconomiques

-Les Républicains devraient présenter prochainement un texte complémentaire à la réforme fiscale

-Jerome Powell défend la poursuite de la hausse des taux devant le Congrès

-Une Cour fédérale rend une décision favorable aux créanciers de Porto Rico

Régulation financière            

-Randal Quarles expose ses pistes pour adapter les règles prudentielles aux banques non-systémiques

-Les banques américaines publient leurs résultats du deuxième trimestre 2018

-Steven Mnuchin a été auditionné sur le système financier international

Brèves

 


 

Conjoncture

 

La production industrielle rebondit en juin

L’indice de production industrielle augmente de 0,6 % en juin selon la Réserve fédérale, cette performance effaçant la baisse de 0,5 % observée en mai (révisée à -0,4 point, tandis que le résultat d’avril est revu à la hausse de 0,2 point à +1,1 %). Le taux d’utilisation des capacités progresse également et atteint 78,0 % (+0,3 point).

Le Beige Book souligne les tensions sur le marché du travail

Le Beige Book de la Fed, qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme modéré ces dernières semaines.

L’ensemble des districts font état de tensions sur le marché du travail, citant les difficultés à recruter du personnel qualifié, contrainte à laquelle les entreprises répondent en allongeant le temps de travail, notamment pour les salariés à temps partiel.

Certaines entreprises estiment du reste que ces difficultés à recruter freinent leur croissance. La croissance des salaires reste par ailleurs modérée.

Si les tensions sur le niveau général des prix demeurent contenues, les entreprises signalent une hausse du prix de leurs principaux intrants, dont le carburant et l’acier. Elles s’attendent également à une intensification des pressions inflationnistes dans les mois à venir.

 


 

Politiques macroéconomiques             

Les Républicains devraient présenter prochainement un texte complémentaire à la réforme fiscale

Le président du comité des voies et des moyens, en charge des affaires budgétaires, Kevin Brady, a annoncé que la majorité républicaine de la Chambre des Représentants présenterait prochainement une nouvelle proposition de réforme fiscale.

Le contenu du texte, surnommé « Tax Reform 2.0 » serait en cours de discussion entre les leaders de la majorité au Congrès et la Maison Blanche. Pour autant, K. Brady a d’ores et déjà annoncé que l’objectif de ce texte serait de compléter la réforme fiscale adoptée fin 2017, en pérennisant les mesures amenées à expirer en 2025. Certaines baisses d’impôt avaient en effet été assorties d’une date d’expiration, afin de respecter le principe de neutralité budgétaire à moyen-terme de la procédure législative spéciale (Byrd Rule) retenue pour faire passer la première réforme.

Si la majorité républicaine annonce vouloir soumettre ce texte à un vote dès le mois de septembre, ses chances d’obtenir la majorité qualifiée de 60 voix au Sénat paraissent faibles. Les Républicains ne peuvent par ailleurs plus recourir à une procédure de réconciliation, celle-ci étant limitée à un usage unique par année budgétaire.

Jerome Powell défend la poursuite de la hausse des taux devant le Congrès

Lors de son audition semi-annuelle au Congrès le 18 juillet, le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a plaidé pour une poursuite du resserrement de la politique monétaire.

Il a indiqué que le rythme de création d’emplois, jugé dynamique, l’augmentation du revenu disponible des ménages – notamment sous l’effet de la réforme fiscale – ainsi que l’optimisme des ménages et des entreprises, devraient favoriser la croissance économique. Cette tendance, amenée à se prolonger « plusieurs années », justifie selon lui de nouvelles hausses de taux afin de préserver une inflation proche de 2 % et limiter le risque de surchauffe.

Interrogé à plusieurs reprises par les parlementaires sur la faible croissance des salaires en dépit d’un marché du travail tendu, le président de la Fed a indiqué que leur progression était en ligne avec la dynamique de la productivité. Il a toutefois souligné la stagnation du niveau d’éducation des Américains et le manque d’investissement des entreprises.

Les sénateurs ont également exprimé leurs inquiétudes quant à l’impact des mesures tarifaires engagées par l’administration Trump. En réponse, J. Powell a estimé qu’il était difficile de prévoir l’ampleur et la temporalité des retombées des tensions commerciales sur l’économie américaine. Il a par ailleurs défendu les effets positifs du libre-échange pour l’ensemble des économies.

Une Cour fédérale rend une décision favorable aux créanciers de Porto Rico

Le 13 juillet, la Cour fédérale des Etats-Unis en charge des litiges financiers impliquant les autorités fédérales (U.S. Court of Federal Claims) a rendu une décision favorable aux créanciers de Porto Rico.

La juge Susan Braden a en effet qualifié d’entité fédérale le Fiscal Control Board, organisme créé en 2016 par la loi PROMESA pour restructurer les finances publiques de l’île. Pour de nombreux observateurs, cette décision reviendrait à admettre l’existence d’une garantie implicite du gouvernement américain sur la dette portoricaine. Ce faisant, elle conforterait les actions engagées par de nombreux créanciers, notamment des hedge funds, contre le gouvernement fédéral à la suite de défauts de paiement de Porto Rico.

Un précédent jugement, rendu dans le cadre d’une affaire analogue par le juge fédéral spécialement assigné à la restructuration de la dette portoricaine, avait lui statué en faveur de l’Etat fédéral.

 


 

Régulation financière

Randal Quarles expose ses pistes pour adapter les règles prudentielles aux banques non-systémiques

Dans un discours prononcé le 18 juillet devant l’American Bankers Association, le vice-président de la Réserve fédérale, Randal Quarles, a exposé quelques pistes de travail pour adapter (tailor) les règles prudentielles et les méthodes de supervision applicables aux grandes banques non-systémiques. Dans sa loi EGRRCPA (« Crapo Bill ») de mai dernier, le Congrès diligentait la mise en œuvre sous dix-huit mois de telles adaptations pour les holdings bancaires aux actifs supérieurs à 100 Mds USD.

Après avoir salué une nouvelle fois la robustesse du système financier américain, R. Quarles a réitéré son soutien à une révision du cadre règlementaire issu de la crise, notamment des standards prudentiels renforcés (EPS). S’il a défendu la pertinence du critère de taille des actifs (« empirical research shows that stress among larger banks does more significant harm to the economy »), il a énuméré d’autres critères potentiels qui permettraient selon lui de mieux calibrer les règles en fonction du risque réellement posé par chaque banque : complexité de ses activités, imbrication avec d’autres acteurs du marché, présence transfrontalière, recours à du financement de court-terme, etc. Et de citer en exemple les indicateurs déjà utilisés par la Fed pour l’application de la surcharge en capital (capital surcharge) aux huit grandes banques américaines d’importance systémique mondiale (GSIB).

S’agissant des banques non-systémiques aux actifs supérieurs à 250 Mds USD, R. Quarles s’est également dit favorable à une adaptation des règles, afin de les différencier de celles appliquées aux GSIB. Il a ainsi évoqué, pour ces banques et pour celles de taille plus modeste, une réduction de la fréquence des tests de résistance (stress tests), un allègement des exigences relatives à la liquidité et une exemption au dispositif de résolution, lequel serait désormais réservé aux grandes banques les plus complexes.

Les banques américaines publient leurs résultats du deuxième trimestre 2018

Les plus grandes banques américaines en termes d’actifs (JP Morgan, Bank of America, Wells Fargo, Citigroup, Goldman Sachs et Morgan Stanley) ont publié leurs résultats du deuxième trimestre 2018.

Dans l’ensemble, ces résultats ont dépassé les attentes du marché en étant portés par un environnement économique favorable et une augmentation des taux d’intérêt de la Fed.

En particulier, les activités de marché ont, dans l’ensemble, bénéficié d’un contexte volatil, marqué par les tensions commerciales et géopolitiques.

Résultats des principales banques américaines

Les chiffres entre parenthèses représentent la variation par rapport au T2 201

Source : Etats financiers des banques américaines au T2 2018

 

Steven Mnuchin a été auditionné sur le système financier international

Lors de son audition le 12 juillet devant la commission des services financiers de la Chambre des Représentants, le Secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a rappelé l’importance des institutions financières internationales tout en invoquant la nécessité de limiter leur rôle afin de protéger les intérêts nationaux des Etats-Unis. Dans son propos liminaire, il a également mis en exergue la vigueur de l’économie américaine qu’il a attribuée à la politique économique de l’administration Trump. Outre les mesures adoptées en matière fiscale et commerciale, il a notamment évoqué l’effort de dérégulation de l’administration qui a permis selon lui de créer des conditions économiques plus favorables, tout en préservant la stabilité financière.

Interrogé sur la réglementation en matière de lutte anti-blanchiment, le Secrétaire au Trésor a fait part de sa volonté de la modifier, au motif que les exigences prévues par le Bank Secrecy Act (BSA) étaient trop contraignantes. Il a par ailleurs indiqué que l’administration souhaitait réformer la règle de la « propriété effective » qui exige des banques qu’elles transmettent des informations sur le titulaire réel d’un compte bancaire.

Par ailleurs, S. Mnuchin a annoncé que le Treasury mettrait prochainement en œuvre les mesures de « modernisation » du Community Reinvestment Act (CRA) recommandées par un rapport publié en avril. Adoptée en 1977, la loi CRA a pour but de lutter contre les pratiques discriminatoires des banques limitant l’accès au crédit des populations de milieux défavorisés. La réforme viserait à alléger les contraintes pesant sur les banques en ce domaine.

En réponse à une question sur le cadre de résolution ordonnée (OLA), S. Mnuchin s’est dit favorable à son maintien, tout en soulignant la nécessité d’y apporter certaines modifications.

 


Brèves   

-La Chambre des Représentants a adopté le 17 juillet un paquet de 32 mesures, la plupart relatives à la règlementation financière. Ces mesures visent notamment à faciliter l’accès des entreprises aux capitaux et à réduire la fréquence des plans de résolution bancaire. Ces propositions doivent être prochainement examinées au Sénat.

-La Securities and Exchange Commission (SEC), régulateur des marchés boursiers américains, a adopté le 18 juillet une révision de sa règle (Rule 701e) qui définit le seuil en-dessous duquel une entreprise peut octroyer un volume d’actions à ses employés en bénéficiant d’un régime de documentation allégé. Conformément à la loi EGRRCPA, ce seuil est relevé de 5 à 10 MUSD par an. Par ailleurs, la SEC a appelé à des commentaires sur une possible revue des règles relatives à la publication d’informations liées à la rémunération des dirigeants de sociétés cotées.

-La SEC a annoncé le 18 juillet le vote à l’unanimité d’une modification de la règle Alternative Trading System (ATS) qui contraindra notamment les dark pools à dévoiler plus d’informations concernant leurs frais, services et potentiels conflits d’intérêts. La notion de dark pools décrit des systèmes de négociation opérant sans aucune transparence. D’après la SEC, les ATS exécuteraient aujourd’hui environ 12% du volume journalier d’échange d’actions aux Etats-Unis.

-Le Département des services financiers de l’Etat de New York (NY DFS) a adopté le 18 juillet une règle fiduciaire pour les produits d’assurance-vie. Le NY DFS a expliqué que sa règle venait « remplir un vide créé par l’élimination de la règle fiduciaire, que l’administration Trump n’a pas su protéger ».

-Le 16 juillet, le NY DFS a accordé sa 10ème BitLicense à la société BitPay. La license permettra à BitPay d’offrir des services de compensation dans l’Etat de New York. C’est la première BitLicense accordée à un fournisseur de services de paiements.

-La fusion de deux organismes représentant les intérêts des milieux financiers aux Etats-Unis, The Clearing House Association et Financial Services Roundtable, a donné naissance au Bank Policy Institute (BPI).

Abonnement/Désabonnement : afws@dgtresor.gouv.fr

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