Washington Wall Street Watch 2018-24

Washington Wall Street Watch 2018-24

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

 Conjoncture

-L’inflation poursuit son accélération

-Les ventes au détail rebondissent fortement ces derniers mois, après un début d’année médiocre

Politiques macroéconomiques

-La Fed augmente ses taux et annonce deux hausses de taux supplémentaires en 2018

-La Chambre des Représentants adopte les annulations de crédit demandées par la Maison Blanche

Régulation financière            

-La FHFA propose des nouvelles règles de capital pour les entreprises parapubliques

-La SEC propose de revoir les règles concernant les rachats d’actions

-La Fed présente sa règle finale relative aux limites de contrepartie unique (SCCL)

Brèves

 


 

CONJONCTURE 

 

L’inflation poursuit son accélération

L’inflation IPC (indice des prix à la consommation) progresse de 0,2 % en mai aussi bien pour l’indice global que pour la composante sous-jacente (après respectivement +0,2 % et +0,1 %).

Sur douze mois, la hausse des prix atteint 2,8 %, principalement portée par la hausse des prix de l’énergie (+11,7 %), des transports (+3,8 %) et des prix du logement (+3,5 %). L’inflation sous-jacente s’établit à 2,2 %.

L’intensification de la croissance des prix n’a toutefois pas d’effet significatif sur les anticipations d’inflation : le point mort d’inflation à 10 ans reste, à 2,1 %, proche des niveaux observés depuis fin avril.

 

Les ventes au détail rebondissent fortement ces derniers mois, après un début d’année médiocre

Les ventes au détail ont augmenté de 0,8 % en mai et de 0,9 % une fois les ventes automobiles exclues. Ce résultat est très largement supérieur aux attentes du consensus (+0,4 %) et constitue la meilleure performance depuis janvier 2017 (à l’exclusion de septembre 2017 marqué par le rebond consécutif aux ouragans Irma et Harvey). La consommation reste soutenue par la poursuite des créations d’emploi, la progression des salaires et les baisses d’impôts décidées dans le cadre de la réforme fiscale votée fin 2017.

Cette hausse amplifie la dynamique à la hausse amorcée en mars (+0,7 % en mars et +0,4 % en avril), après que l’atonie des ventes au détail entre décembre et février avait inquiété en début d’année 2018.

 


 

Politiques macroéconomiques    

          

La Fed augmente ses taux et annonce deux hausses de taux supplémentaires en 2018

La réunion du Comité de Politique Monétaire de la Fed (FOMC) des 12 et 13 juin s’est conclue sur une hausse de 25 pb de la fourchette cible des taux fed funds à [1,75 %-2 %].

Cette décision repose sur une appréciation optimiste de la dynamique de l’économie américaine. Seuls les commentaires sur l’inflation restent prudents, Jerome Powell déclarant lors de la conférence de presse  qu’il est « trop tôt pour déclarer victoire au sujet de l’inflation ». Les risques sont toujours jugés équilibrés, sans mention du regain de tensions en Europe ou des différends commerciaux.

La Fed renonce en outre à sa forward guidance, qui servait à ancrer les anticipations sur l’évolution future des taux d’intérêt. Selon la Fed, l’éloignement progressif de la borne des taux zéro limite l’efficacité de cet outil. Si la politique monétaire est toujours jugée accommodante, le ton du communiqué se veut globalement plus ferme dans la description d’une montée en puissance d’une politique plus restrictive.

La FOMC a revu légèrement à la hausse ses prévisions économiques pour 2018 : la croissance est anticipée à 2,8 % (+0,1 pt) et l’inflation à 2,1 % (+0,2 pt) et l’inflation sous-jacente à 2,0 %. La Fed anticipe désormais une période prolongée d’inflation légèrement supérieure à sa cible de 2 %.

Le scénario central du FOMC comprend désormais quatre hausses de taux d’intérêt de taux en 2018, contre trois auparavant. Cette accélération du resserrement de la politique monétaire ne modifie pourtant pas son objectif de moyen terme : avec trois augmentations de taux en 2019 mais une seule hausse en 2020, l’objectif de moyen terme est maintenu à [3,25 %-3,5 %].

Enfin J. Powell a annoncé la généralisation des conférences de presse après les réunions du FOMC à partir de janvier 2019, afin « d’améliorer la communication entourant les décisions de politique monétaire ».

 

La Chambre des Représentants adopte les annulations de crédit demandées par la Maison Blanche

La Chambre des Représentants a adopté à une courte majorité (210-206) le texte prévoyant 15 Mds USD d’annulation de crédits pour différentes agences. Cette procédure, dite de rescission, avait été initiée début mai par la Maison Blanche.

Les estimations du Congressionnal Budget Office soulignent que les économies effectivement réalisées seraient proches de 1,1 Md USD. De nombreux parlementaires en sont donc venus à douter de la pertinence de ces mesures, avant tout soutenues par les conservateurs (fiscal hawks).

Le Sénat doit se prononcer sur le texte avant le 22 juin, date à laquelle la procédure de rescission expire. Alors qu’une majorité simple est suffisante pour entériner les économies budgétaires, la chambre haute montre jusqu’ici peu d’intérêt pour ce texte : le leadership de la majorité républicaine ne s’est pas exprimé et aucun vote du texte n’est encore prévu à ce stade.

 


 

Régulation financière

 

La FHFA propose de nouvelles règles de capital pour les entreprises parapubliques

Le 12 juin, la Federal Housing Financing Agency (FHFA), régulateur notamment des deux entreprises parapubliques (Government Sponsored Enterprises ou GSE) Fannie Mae et Freddie Mac, a publié une proposition de règle qui modifierait les exigences en capital des deux GSEs.

Pour rappel, la FHFA a suspendu les exigences de capital des deux GSEs depuis 2008, date à laquelle ces dernières furent mises sous tutelle (conservatorship) de l’Etat fédéral.  En cas de vote de cette proposition de règle après la période de commentaire de 60 jours, les exigences de capital ne s’appliqueraient néanmoins pas immédiatement aux deux GSEs compte tenu du fait qu’elles sont toujours sous tutelle – elle ne devraient appliquer ces exigences qu’en cas de remise en cause du contrôle fédéral. Le directeur de la FHFA, M. Watt, a néanmoins défendu l’intérêt de cette proposition citant notamment la transparence des vues du régulateur sur les seuils optimaux de capital dans un contexte de discussions parlementaires sur une potentielle réforme du marché immobilier.

La proposition de la FHFA s’attache à revoir le calcul des risques sur les actifs qui sert de cadre pour déterminer les exigences en capital. La proposition revient également sur une exigence de levier et soumet à commentaires deux seuils de levier potentiels : (i) 2,5 % du total des actifs et garanties hors-bilan ; (ii) la somme de 1,5 % du total des trust assets et de 4 % des non-trust assets. Les trust assets recoupent principalement des titres financiers adossés à des créances hypothécaires et les garanties hors-bilan des GSEs. Ces nouvelles exigences sont estimées, par la FHFA, à 180 Mds USD de capital combiné pour les deux entreprises parapubliques.

 

La SEC propose de revoir les règles concernant les rachats d’actions

Dans un discours prononcé le 11 juin, le commissaire de la Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés boursiers américains, R. Jackson, a appelé à revoir les règles en matière de rachats d’actions (share buybacks). Le commissaire s’inquiète notamment des incitations que crée l’actuel système pour les principaux dirigeants, souvent rémunérés via des parts de l’entreprise, à recourir à de telles pratiques afin de maximiser leurs revenus à court-terme. R. Jackson cite également le contexte de la réforme fiscale adoptée fin 2017, qui offre un effet d’aubaine aux entreprises américaines pour effectuer des rachats d’actions via le rapatriement de leurs réserves constituées à l’étranger.

Au cours du premier trimestre 2018, les entreprises du S&P 500 ont racheté pour plus de 178 Mds USD de leurs propres actions, d’après le commissaire. Plusieurs entreprises des secteurs technologique (Apple, Microsoft, Cisco) et financier (Wells Fargo, Bank of America, JP Morgan) ont également annoncé leur intention de procéder à des rachats d’actions.

Pour rappel, l’adoption en 1982 par la SEC de la règle 10b-18 avait largement contribué à l’essor des programmes de rachats d’actions, en offrant une sphère de sécurité (safe harbor) aux entreprises effectuant ces opérations. Cette règle prévoit entre autres qu’un programme de rachat dont le volume journalier ne dépasse pas de 25 % la moyenne des 4 semaines précédant le début du programme, ne peut être poursuivi pour manipulation de cours.

 

La Fed présente sa règle finale relative aux limites de contrepartie unique (SCCL)

Le 14 juin, la Fed a présenté sa règle finale relative aux limites de contrepartie unique (single counterparty credit limits, SCCL), après plusieurs années de travaux et des consultations publiques menées en 2011 et 2016.

Les SCCL sont un dispositif prudentiel qui vise à réduire le risque systémique dans le secteur financier en limitant l’exposition maximale qu’une banque peut avoir vis-à-vis d’une autre entité financière (la règle limite également l’exposition d’une banque à une entreprise, à une personne physique et à certaines entités souveraines américaines et non-américaines). Ils découlent des standards internationaux de Bâle et du Dodd-Frank Act, qui les range parmi les standards prudentiels renforcés (« EPS », section 165 de la loi) à mettre en place par les holdings bancaires les plus significatives. Le nombre d’holdings assujettis aux EPS, et donc aux SCCL, vient d’ailleurs d’être réduit par le Congrès, par une loi adoptée le 22 mai (« Crapo Bill ») qui relève de 50 Mds USD à 250 Mds USD d’actifs le principal seuil d’application.

La règle présentée par la Fed a pour dessein d’ajuster les limites d’exposition à l’empreinte systémique des banques. Les huit grandes banques systémiques internationales américaines (GSIB) se verront ainsi appliquer la limite la plus stricte de 15 % de leurs fonds propres durs (tier 1) pour ce qui concerne leur exposition à toute autre entité systémique et une limite de 25 % vis-à-vis des autres. Les holdings bancaires dont le bilan est supérieur à 250 Mds USD mais qui ne sont pas GSIB seront elles soumises à une limite de 25 %. Cette limite de 25 % vaudra également pour les banques non-américaines (FBO) ayant plus de 250 Mds USD d’actifs dans le monde et pour leurs holdings bancaires (IHC) détenant plus de 50 Mds USD aux Etats-Unis. Les FBO qui appliquent des exigences au moins équivalentes dans leur pays d’origine pourront être dispensées de l’application de la règle aux Etats-Unis. Enfin, la Fed se réserve la possibilité d’appliquer, au cas par cas, des SCCL aux banques américaines dont les actifs sont compris entre 100 et 250 Mds USD.

Le vice-président de la Fed, Randal Quarles, a par ailleurs indiqué que la méthodologie utilisée pour calculer les limites de contrepartie était conforme aux standards de Bâle III finalisés en 2017.

La règle, qui a été adoptée à l’unanimité des trois membres du conseil des gouverneurs de la Fed, entrera en vigueur le 1er janvier 2020.


 

Brèves    

        

-Le comité bancaire du Sénat a confirmé le 12 juin les nominations de Richard Clarida et Michelle Bowman, respectivement pour les postes de vice-président de la Fed et gouverneure de la Fed. Ces nominations doivent encore être soumises à un vote en plénière du Sénat.

-Le Financial Stability Oversight Council (FSOC), agence fédérale chargée de la surveillance des risques pesant sur la stabilité financière et de la désignation des institutions à caractère systémique, va procéder à une réunion le 15 juin, visant notamment à revoir la désignation comme « assureur systémique » du groupe Prudential. Prudential est le dernier assureur américainn encore considéré comme systémique depuis la dé-désignation d’AIG en octobre 2017.

-Le directeur de la division corporation finance de la SEC, W. Hinman, a déclaré dans un discours à San Francisco le 14 juin, que l’Ether ne constituait pas, selon lui, un titre financier (security). Sans donner d’indication claire sur la définition juridique des jetons issus lors de l’ICO d’Ethereum, W. Hinman a toutefois tenu a souligné que, selon lui, le réseau était aujourd’hui « suffisamment décentralisé pour que le succès des jetons ne dépende pas de l’effort d’une tierce partie ». Ainsi, il estime que cette condition pour qu’un actif soit considéré comme un titre financier (security) selon le Howey test n’est pas remplie dans le cas de l’Ether.

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