Washington Wall Street Watch 2018-21

Washington Wall Street Watch 2018-21

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

 Politiques macroéconomiques

-Les minutes du FOMC apportent de nouveaux éléments en faveur d’une hausse des taux en juin

-Les annulations de crédits de la Maison Blanche sont considérées comme légales par la GAO

-Les ménages américains anticipent des gains personnels modérés de la réforme fiscale

Secteur financier et régulation  

-Une loi adoptée par le Congrès révise certaines dispositions du Dodd-Frank Act

-La FDIC publie les résultats consolidés des banques au premier trimestre 2018

Brèves

 


Politiques macroéconomiques         

      

Les minutes de la réunion du comité de politique monétaire (FOMC) des 1er et 2 mai  apportent de nouveaux éléments en faveur d’une hausse des taux en juin

 Le procès-verbal de la réunion des 1er et 2 mai décrit la confiance de la Fed dans l’orientation générale de l’économie. La banque centrale américaine anticipe une accélération de l’activité au 2ème trimestre 2018, un environnement favorable à de nouvelles créations d’emploi qui devraient bénéficier aux populations encore en marge du marché du travail. Dans ce contexte, une majorité de membres pense qu’une prochaine hausse de taux serait « appropriée », renforçant ainsi la probabilité d’une action en juin.

Le débat sur le degré de restriction apportée par la politique monétaire reste ouvert, la frange la plus favorable à un maintien d’une politique accommodante (doves) du FOMC estimant que les taux d’intérêt se situent désormais à un niveau neutre sur l’activité. Cette opinion reste néanmoins minoritaire au sein du comité. Les membres soulignent en outre la forte incertitude entourant les estimations du taux d’intérêt neutre. Plusieurs d’entre eux se disent ouverts à une modification de la communication de la Fed dans ses communiqués sur ses actions futures (forward guidance), une option récemment proposée par John Williams (président de la Fed de San Francisco et qui deviendra président de la Fed de New York en juin).

L’appréciation générale se veut optimiste, et le risque d’une surchauffe générée par les tensions sur le marché du travail est jugé assez faible. Le FOMC indique d’ailleurs qu’il est « prématuré » d’affirmer que l’inflation se maintiendra à son niveau actuel et ne voit aucun inconvénient à laisser l’inflation dépasser temporairement 2 %. Ce faisant, la Fed réaffirme le caractère symétrique de son objectif d’inflation et n’alimente pas davantage l’hypothèse d’une quatrième hausse de taux en 2018.

Enfin, le FOMC mentionne l’aplatissement de la courbe de taux observé ces derniers mois. La Fed pointe l’effet du resserrement de politique monétaire sur les taux courts et suggère que les taux de long terme seraient toujours influencés par les programmes de rachats d’actifs des différentes banques centrales. Les membres indiquent qu’ils surveillent la possibilité d’une éventuelle inversion de la courbe des taux (situation dans laquelle les taux de long terme deviennent inférieurs aux taux plus courts).

 

Les annulations de crédits de la Maison Blanche sont jugées légales par la GAO

 Le Government Accountability Office, agence en charge de l’audit financier de l’Etat fédéral, a déclaré licite l’essentiel des demandes d’annulations de 15,3 Mds USD de crédits budgétaires (rescissions) adressée par la Maison Blanche au Congrès. Cette décision donne ainsi tort aux parlementaires démocrates, dont certains avaient soulevé des problème de licéité.

Ce blanc-seing juridique devrait permettre aux Républicains de la Chambre des Représentants, qui a l’initiative du vote, de déposer un texte dans les prochains jours. L’équilibre politique de la chambre basse laisse envisager une issue favorable au vote. En revanche, et bien qu’il s’agisse dans ce cas d’un vote à la majorité simple , la marge de manœuvre dont dispose les Républicains au Sénat  (51 voix) pourrait être insuffisante pour faire aboutir le texte : les Démocrates ont fait savoir qu’ils s’opposeraient en bloc au texte et certains sénateurs de la majorité restent indécis, d’autant que la présence de John McCain est incertaine en raison de son état de santé.

La procédure de rescission devant aboutir au maximum 45 jours calendaires après la demande, le Congrès a jusqu’au 22 juin pour adopter un texte. Dans le cas contraire, les crédits visés, actuellement gelés, seraient de nouveau disponibles.

 

Un rapport de la Fed de New York suggère que les ménages attendent des gains personnels modérés de la réforme fiscale

 La dernière Survey of Consumer Expectations de la Fed de New York a permis d’étudier la réaction des ménages suite à la réforme fiscale.

Si les sondés disent avoir une bonne compréhension globale de la réforme fiscale, ils n’en attendent que des retombées financières personnelles modérées : 37 % des ménages pensent que la réforme produira une amélioration mineure de leur situation financière et 47 % n’en attendent pas d’évolution significative. Le sentiment général des sondés est d’ailleurs que les autres ménages bénéficieront davantage de la réforme qu’eux.

Si les ménages s’attendent à voir leur revenu après impôt progresser (43 % de réponses en ce sens), seule une minorité d’entre eux prévoit d’accroitre leur temps de travail (32 %) et leurs dépenses de consommation (12 %) suite à la réforme. Près de 15 % envisagent d’ailleurs de réduire leur dépenses.

L’enquête montre pourtant que les ménages avaient sous-estimé le gain de revenu apporté par les baisses d’impôt et près de 78 % anticipent désormais un gain supérieur à ce qu’ils escomptaient initialement.

Le détail de l’enquête révèle toutefois des anticipations hétérogènes en fonction du niveau de revenu : les ménages les plus aisés (premier quartile) envisagent un surplus de revenu plus important et perçoivent un impact positif plus important de la réforme sur l’économie américaine.

 


 

Secteur financier et régulation

 

Le Congrès a adopté une loi qui révise certaines dispositions du Dodd-Frank Act

 Le 22 mai, le Congrès a voté une loi révisant le Dodd-Frank Act, le corpus législatif adopté après la crise financière de 2008-2010 qui définit les règles et la supervision applicables aux entités financières aux Etats-Unis. Cette loi, qui avait été initialement portée par le sénateur Crapo en novembre 2017, a été promulguée par Donald Trump le 24 mai.

Présentée comme un texte « de soutien à la croissance », la loi comporte quatre principales sections portant sur : i) le desserrement des règles prudentielles relatives aux holdings bancaires, notamment l’assouplissement du ratio de levier supplémentaire et du ratio de liquidité à un mois (liquidity coverage ratio) et le relèvement du seuil d’application des standards renforcés ; ii) l’allègement des règles applicables aux petites banques (community banks) et autres institutions financières dont les actifs sont inférieurs à 10 Mds USD ; iii) le soutien au financement par le marché, notamment par des exemptions accordées à certaines obligations d’enregistrement auprès de la SEC, et iv) la protection des consommateurs, via par exemple des mesures de prévention des fraudes.

Adoptée avec le soutien d’élus démocrates au Sénat comme à la Chambre des Représentants, la loi a néanmoins été critiquée par l’opposition, au motif qu’elle réduit certaines exigences pesant sur les sociétés financières, par exemple en matière de publicité de la structuration des produits immobiliers.

Une autre mesure, le relèvement, de 50 à 250 Mds USD d’actifs, du seuil d’application des standards prudentiels renforcés (enhanced prudential standards, EPS) pour les holdings bancaires, est perçue par l’opposition démocrate comme une remise en cause profonde des exigences applicables, depuis le Dodd-Frank Act, aux banques américaines de taille moyenne. A ce sujet, la Réserve fédérale aura un rôle majeur dans les prochains mois puisque la loi lui donne la possibilité de maintenir les EPS au cas par cas pour les holdings dont les actifs sont compris entre 100 et 250 Mds USD.

 

La FDIC publie les résultats consolidés des banques au premier trimestre 2018

 La Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) a publié les résultats consolidés des 5 606 institutions dont elle assure la supervision.

Au premier trimestre 2018, leur résultat net agrégé s’est élevé à 56 Mds USD, soit une hausse de 27,5 % par rapport au premier trimestre 2017. Cette croissance s’explique principalement par (i) un environnement plus dynamique, les revenus d’intérêts (interest income) étant en hausse de 8,5 % en glissement annuel et (ii) les effets de la réforme fiscale, avec la baisse significative du taux d’impôt sur les sociétés. La croissance des résultats des plus petites banques (community banks) a été également élevée (+17,7 % par rapport au premier trimestre 2017).

Le président de la FDIC, Martin Gruenberg, a salué cet excellent trimestre pour le secteur bancaire aux Etats-Unis. Il a toutefois indiqué que l’environnement de taux bas et de concurrence continuait de poser des défis à de nombreuses institutions bancaires, de même que les enjeux de gestion des risques.

 


 

Brèves           

-Le 21 mai, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur américain des marchés dérivés, a publié une notice de recommandations à l’intention des plateformes et des chambres de compensation traitant des produits dérivés de crypto-actifs. Cette notice aborde notamment 5 thèmes qui sont : i) la surveillance des pratiques de marché afin de détecter les fraudes et manipulation de cours ; ii) la coordination avec la CFTC ; iii) la publication de données liées aux échanges ; iv) le travail d’information des participants et enfin v) la gestion du risque et la gouvernance des organes de compensation (Derivatives Clearing Organization)

-Le 17 mai, la CFTC a soumis à commentaires pour 60 jours, une proposition de règle amendant à la fois la définition de certains contrats d’échanges de produits dérivés (master netting agreements) et clarifiant les exemptions de marges concernant certains swaps conclus avant 2015 (legacy swaps), date de mise en place de la swap margin rule. Cette proposition de règle s’inscrit dans un projet plus large porté par cinq agences de régulation depuis février 2018 (cf. WWSW n°6).

-Donald Trump a signé le 21 mai un nouveau décret prohibant toute transaction financière portant sur la dette du Venezuela. Cette nouvelle sanction vient s’ajouter à deux précédents décrets en date de mars 2018 et août 2017, visant respectivement à interdire les transactions sur le Petro – crypto-actif vénézuélien adossé aux réserves de pétrole du pays – et à interdire les transactions sur la dette vénézuélienne de maturité supérieure à 90 jours.

-Donald Trump a signé le 21 mai une loi annulant les efforts déployés en 2013 par le bureau de protection financière des consommateurs (CFPB) contre la discrimination dans les prêts automobiles. Le directeur par intérim du CFPB, Mick Mulvaney, a salué cette décision, en ajoutant que l’agence allait devoir réexaminer la façon dont elle applique la loi Equal Credit Opportunity Act, qui interdit la discrimination dans les prêts.

-La Réserve fédérale et l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) ont annoncé le 18 mai qu’ils prolongeaient l’appel à commentaires concernant leur proposition de modification du ratio de levier supplémentaire (enhanced Supplementary Leverage Ratio ou eSLR). La proposition ferait passer ce ratio, aujourd’hui fixe et appliqué à toutes les banques d’importance systémique mondiale (G-SIBs), à un ratio variable fondé en partie sur la surcharge en capital des G-SIBs. Les régulateurs ont prolongé la période de commentaires du 21 mai au 25 juin.

-Jelena McWilliams a été confirmée par le Sénat (69-24) le 24 mai en tant que présidente de la FDIC, fonds de garantie des dépôts et autorité de résolution. J. McWilliams est une ancienne conseillère au Congrès et était jusqu’à présent directrice juridique de la banque Fifth Third Bancorp.

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