Washington Wall Street Watch 2018-17

Washington Wall Street Watch 2018-17

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Le rendement des Treasuries dépasse le seuil des 3%, niveau record depuis 2014

-Les entreprises annoncent des rachats d’actions importants

Politiques macroéconomiques

-La Fed devrait laisser ses taux inchangés lors de sa prochaine réunion de politique monétaire

Régulation financière             

-La gouverneure Brainard met en garde contre un relâchement des règles prudentielles en haut du cycle

-Le Treasury publie un rapport synthétisant les mesures prises sous l’administration Trump

Brèves

 


 

Conjoncture

Le rendement des Treasuries dépasse le seuil des 3 %, niveau record depuis 2014

 Les rendements des emprunts d’Etat américains à 10 ans a dépassé le 25 avril le seuil symbolique des 3 %, niveau qui n’avait plus été atteint depuis début 2014. Les taux d’intérêt gouvernementaux ont ainsi progressé de plus de 50 points de base depuis le 1er janvier.

Plusieurs raisons sont évoquées pour expliquer cette remontée du rendement des T-Bills. Tout d’abord, le resserrement de politique monétaire que mène la Fed à travers la hausse de ses taux directeurs et la retrait de son programme de rachat d’actifs participent à la remontée des taux d’intérêt et devraient continuer d’influer sur ces derniers. Par ailleurs, la remontée de l’inflation observée ces derniers mois, en partie alimentée par la hausse des prix du pétrole, et la perspective d’une activité soutenue pour les prochains trimestres ont conduit à une remontée des anticipations d’inflation (mesurées à partir du swap d’inflation 5 ans dans 5 ans) dont le rendement est d’environ 2,2 % depuis début avril, contre en moyenne 2 % en décembre 2017 (avant l’adoption de la réforme fiscale et de la hausse des dépenses publiques).

Les entreprises annoncent des rachats d’actions importants

 Au 15 avril, les entreprises du S&P 500 avaient annoncé de 167 Mds USD de programmes de rachats d’actions depuis le début d’année selon JP Morgan et Goldman Sachs. Les secteurs de la technologie (90 Mds), de la santé (30 Mds) et de la banque (27 Mds) concentrent l’essentiel des montants annoncés. La majorité des analystes estiment que ce mouvement devrait s’amplifier dans les mois à venir pour atteindre environ 800 Mds USD en 2018 et 850 Mds USD en 2019, contre 525 Mds USD en 2017.

Ces rachats d’actions s’inscrivent dans un contexte de hausse des résultats nets des entreprises – le consensus tablant sur une croissance moyenne de 16 % – et d’une hausse de la trésorerie dans le sillage d’une activité dynamique et surtout de la réforme fiscale actée en décembre 2017 (baisse de l’impôt sur les sociétés, taxation pour solde de tout compte des bénéfices réalisés par le passé à l’étranger).

 


 

Politiques macroéconomiques               

La Fed devrait laisser ses taux inchangés lors de sa prochaine réunion de politique monétaire (1er-2 mai 2018)

 Les marchés accordent une probabilité de 95 % à l’hypothèse du maintien de la fourchette actuelle (1,5 %- 1,75 %) de taux fed funds lors de la prochaine réunion du comité de politique monétaire (FOMC) de la Fed, qui se tiendra les 1er et 2 mai 2018 (estimation réalisée à partir de l’analyse des contrats futures sur les fed funds à 30 jours). Ces mêmes marchés anticipent une hausse de taux pour la réunion de juin, ce qui coïncide avec les déclarations récentes des membres de la Fed.

Si la trajectoire des fed funds à très court terme ne fait ainsi guère de doute, la prochaine réunion du FOMC pourrait cependant apporter des précisions sur le rythme de resserrement à venir et sur l’objectif de taux d’intérêt à moyen terme.


 

Régulation financière

La gouverneure de la Fed, Lael Brainard,  met en garde contre un relâchement des règles prudentielles en haut du cycle

 Lors d’un discours prononcé à Washington le 19 avril, la gouverneure de la Fed, Lael Brainard, a exposé son analyse de la régulation financière à travers le prisme des cycles économiques.

Lael Brainard s’est tout d’abord félicitée que l’économie américaine ait retrouvé son dynamisme d’avant la crise de 2008, qu’il s’agisse des niveaux de production,  de l’emploi ou du marché du crédit. Elle a cependant souligné l’existence de risques sur la stabilité financière, mise en  exergue par les niveaux anormalement élevés de valorisation des actifs et d’endettement des entreprises non-financières. Elle a en conséquence alerté sur les dangers d’une politique économique pro-cyclique, citant la récente réforme fiscale et les projets de dérégulation de l’administration actuelle, qui pourraient menacer la stabilité financière des Etats-Unis. Elle a de nouveau évoqué la possibilité d’activer le coussin de fonds propres contra-cyclique (CCyB) pour préserver la résilience des grandes banques aux Etats-Unis.

Lael Brainard s’est ensuite livrée à un plaidoyer de la règlementation mise en place depuis la crise, qui avait, selon elle, renforcé la solidité et la sécurité du système financier américain. Elle a notamment rappelé le renforcement du niveau de fonds propres et de la liquidité des grandes banques américaines, de même que la réduction du financement de court-terme dans leur bilan. Elle a également défendu les tests de résistance (stress tests), en précisant qu’il était nécessaire d’en faire évoluer les caractéristiques pour les adapter aux nouvelles pratiques du marché. Enfin, elle s’est inscrite en faux des critiques formulées à l’encontre des exigences prudentielles, estimant que les banques américaines étaient aujourd’hui très compétitives et jouaient à plein leur rôle de financement de l’économie.

En conclusion de son intervention, L. Brainard a estimé qu’il était prématuré de faire le bilan du cadre prudentiel issu de la crise, dans la mesure où celui-ci n’avait pas encore été mis à l’épreuve d’un cycle économique entier. Tout en se montrant favorable à des ajustements, tel qu’un allègement de la règle Volcker pour les petites banques, la gouverneure a appelé à parachever le cadre actuel, en identifiant trois priorités : (i) la mise en œuvre du ratio de liquidité de moyen-terme élaboré par le comité de Bâle (NSFR) qui devrait être publié très prochainement par la Fed, (ii) l’élaboration, prévue par le Dodd-Frank Act, de limites d’exposition des banques à leurs principales contreparties et (iii) l’application d’une décote (haircut) minimale sur les actifs titrisés (securities financing transactions) afin de réduire la volatilité du secteur financier non-bancaire.

Le Treasury publie un rapport synthétisant les mesures prises sous l’administration Trump en matière de dérégulation

Dans un rapport publié le 24 avril, le Treasury a fait état de ses avancées en matière de dérégulation. Ce rapport d’une vingtaine de pages résume les actions prises par le Treasury concernant la mise en place de la politique de dérégulation de D. Trump. Selon le Treasury et depuis l’investiture de D. Trump : 305 règles ont été éliminées ou modifiées ou proposées d’être modifiées, plus de 250 recommandations ont été formulées et aucune nouvelle règlementation significative n’a été proposée.

Le Secrétaire au Trésor, S. Mnuchin, s’est félicité du travail accompli par le Treasury, assurant que le Département « continuerait d’identifier et de réduire toute régulation jugée dépassée ».


 

Brèves           

-L’American Economic Association a décerné la médaille John Bates Clark 2018 à l’économiste Parag Pathak du Massachussetts Institute of Technology (MIT) pour ses travaux sur les structures de marché et les politiques de formation. P. Pathak a notamment publié des articles remarqués sur la question des incitations pour les élèves issus de milieux modestes à candidater aux meilleures universités, ainsi que sur les systèmes de répartition des candidatures pour les écoles privées et publiques. La médaille J. B. Clark, décernée à un économiste de moins de 40 ans pour une contribution significative à la pensée économique, est considérée comme la plus importante récompense économique après le Prix en la mémoire d’A. Nobel pour la science économique.

 

-Au cours d’une conférence le 25 avril, M. Mulvaney, directeur du bureau de protection financière des consommateurs (CFPB) a annoncé son intention de supprimer l’accès public à la base de données regroupant les plaintes déposées par les consommateurs à l’encontre d’entités financières. Le directeur du CFPB a notamment estimé que le mandat de son institution esquissé dans le Dodd-Frank Act ne mentionnait pas la création d’une telle base de données. Par ailleurs, M. Mulvaney a critiqué la véracité de certaines informations, insistant sur le fait que si le CFPB vérifie aujourd’hui l’identité des consommateurs et leur lien avec l’entité en question, d’autres informations pouvaient être erronées. Toutefois, M. Mulvaney a annoncé que la base de données continuerait d’exister, mais que son accès serait désormais privé.

 

-La banque Wells Fargo a accepté le 20 avril de payer une amende d’1 Md USD à la suite d’un accord avec le CFPB et l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC). Wells Fargo est en effet accusé d’avoir eu des pratiques commerciales illégales dans les domaines de l’assurance automobile et des prêts immobiliers. Les régulateurs ont notamment reproché à Wells Fargo d’avoir d’une part contraint les souscripteurs de prêts automobiles à souscrire à une assurance et d’autre part d’avoir facturé frauduleusement certains emprunteurs pour des extensions de taux d’intérêt hypothécaires. La banque doit désormais demander une autorisation auprès de l’OCC pour nommer ses cadres supérieurs, et elle s’est également engagée à dédommager les clients victimes desdites pratiques ainsi qu’à améliorer sa gestion des risques et de la conformité.

 

-Gary Gensler, ancien président de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur des marchés dérivés américains, et actuellement professeur au MIT a déclaré lors de la conférence Business of Blockchain au MIT le 23 avril que la Securities and Exchange Commission (SEC), régulateur des marchés boursiers américains, ne classerait probablement pas les crypto-monnaies Bitcoin, Bitcoin cash et Litecoin comme titres financiers (securities), mais que les crypto-monnaies Ether et Ripple pourraient, elles, être qualifiées en tant que securities. « La SEC et les régulateurs doivent clarifier cela« , a déclaré G. Gensler. De nombreuses crypto-monnaies «opèrent aujourd’hui en dehors des lois américaines ».

 

-A l’occasion du 12ème symposium de la chambre de commerce américaine sur l’avenir des marchés de capitaux, le directeur de l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), Joseph Otting, a appelé à réviser le Community Reinvestment Act (CRA) pour réduire les obligations de conformité imposées aux banques et encourager le financement des PME américaines. Il s’est aussi déclaré favorable à un assouplissement du Bank Secrecy Act dont le coût de mise en conformité est, selon lui, trop élevé pour les banques. Enfin, il a annoncé la publication prochaine d’une proposition d’allègement de la règle Volcker par les cinq régulateurs en charge de sa supervision.

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