Washington Wall Street Watch 2018-16

Washington Wall Street Watch 2018-16

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Le FMI augmente sa prévision de croissance américaine pour 2018 et 2019

-La production industrielle est de nouveau dynamique en mars

-Le Beige Book de la Fed indique des tensions sur le marché du travail

Politiques macroéconomiques

-Le rapport du Treasury sur les changes ne désigne aucun pays comme étant manipulateur de devises

-D. Trump annonce son intention de nommer Richard Clarida à la vice-présidence de la Fed

Régulation financière            

-Le vice-président la Fed en charge de la supervision des banques a été auditionné par le Congrès

-Les résultats des banques américaines ont été supérieurs aux attentes au T1 2018

Brèves

 


 

CONJONCTURE

Le FMI augmente sa prévision de croissance américaine pour 2018 et 2019

Dans le cadre des prévisions du World Economic Outlook d’avril 2018, les services du Fonds monétaire international ont de nouveau relevé ses prévisions de croissance pour les Etats-Unis. Les services du FMI prévoient désormais une croissance de 2,9 % en 2018 et de 2,7 % en 2019, soit une augmentation de 0,2 point pour les deux années par rapport au scénario de janvier 2018.

Cette révision s’explique par un environnement économique international porteur (la croissance des économies avancées atteindrait 2,5 % en 2018) et la hausse des dépenses budgétaires décidées en février, qui amplifie l’orientation expansionniste de la politique budgétaire américaine. L’ensemble des mesures budgétaires mises en œuvre devrait ainsi contribuer à un surcroît d’activité supplémentaire de 1,2 point de PIB d’ici 2020 par rapport à une trajectoire à politique inchangée. Le FMI signale toutefois que la croissance sera amenée à ralentir à partir de 2022 compte tenu du caractère temporaire des mesures (notamment la fin de certaines baisses d’impôt à partir de 2022), effaçant une partie des gains générés à court terme.

 

La production industrielle est de nouveau dynamique en mars

La production industrielle progresse de 0,5 % en mars (après une hausse de 1 % en février) selon la Réserve fédérale, porté par le secteur minier (+1 %), de l’énergie (+3 %, après un recul de 5 % en février). Sur douze mois, la croissance de la production atteint 4,3 %. Le taux d’utilisation des capacités continue d’augmenter et atteint 78  % (+0,3 point) grâce au dynamisme de l’activité.

 

Le Beige Book signale des tensions sur le marché du travail

Le Beige book publié par la Fed le 18 avril, qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme modéré ces dernières semaines. La croissance a été soutenue par l’augmentation des ventes au détail et la hausse de l’activité du secteur de la construction, l’orientation favorable de la demande privée se traduisant par une demande accrue pour le crédit bancaire. Si les perspectives économiques sont toujours positives, les entreprises se disent toutefois très inquiètes des sanctions commerciales actées ces dernières semaines sur l’acier et l’aluminium.

Le document signale aussi une croissance robuste et généralisée de l’emploi. Les entreprises, notamment dans l’industrie, font état de difficultés persistantes à recruter des candidats qualifiés. Pour répondre aux tensions, les entreprises choisissent de faire appel à des heures supplémentaires ou à l’automatisation des tâches. Les pressions haussières sur les salaires et les prix n’ont pas évolué. Pour autant, les entreprises anticipent une accélération de l’inflation ces prochains mois et plusieurs secteurs se disent en cours d’augmentation des prix de vente, sans effet négatif sur leurs ventes.


 

Politiques macroéconomiques             

Le rapport du Treasury sur les changes ne désigne aucun pays comme étant manipulateur de devises

Le 13 avril, le Treasury a publié son premier rapport semestriel sur les changes pour l’année 2018. Ce rapport effectue un suivi régulier des pays satisfaisant au moins deux des trois critères suivants : (1) un excédent commercial bilatéral avec les Etats-Unis supérieur à 20 Mds USD, (2) un excédent du compte courant supérieur à 3% du PIB du pays et (3) une intervention sur le marché des changes supérieure à 2% du PIB du pays au cours des 12 derniers mois. Plaçant son analyse dans un contexte « de déséquilibres mondiaux intenables » et qui ne se réduisent pas, le Treasury souligne son souhait de traiter cette question des changes à tous les niveaux : multilatéral (G7, G20 et FMI), bilatéral (dialogue avec la Chine) et dans le cadre de la renégociation des accords commerciaux (ALENA).

Si aucun pays n’est aujourd’hui accusé de manipulation de devises, le rapport dresse désormais une liste de 6 pays méritant un suivi spécifique, car remplissant 2 des 3 conditions énoncées ci-dessus: la Chine, l’Allemagne, le Japon, la Corée du Sud, la Suisse et, enfin, l’Inde qui entre formellement dans cette liste après avoir été placée sous sous simple surveillance dans le précédent rapport.

 

Trump annonce son intention de nommer Richard Clarida à la vice-présidence de la Fed

Le 16 avril, Donald Trump a annoncé son intention de nommer Richard Clarida pour le poste de vice-président de la Fed et Michelle Bowman en tant que gouverneure en charge des petites banques (community banks).

Clarida est actuellement professeur en économie à Columbia University, spécialisé dans la politique monétaire. Il a écrit sur les implications de la politique monétaire de la période de faible inflation créée par la crise financière de 2008. Il a été économiste senior au sein du Council of Economic Advisers et chef du service en charge de la politique économique au Treasury. Il a également été consultant pour plusieurs banques, et notamment pour PIMCO depuis 2006. S’il est confirmé par le Sénat, R. Clarida succédera à Stanley Fischer, qui a démissionné de la Fed en octobre 2017.

Michelle Bowman est, depuis 2017, commissaire de la Commission bancaire du Kansas. Auparavant, elle a été  vice-présidente d’une petite banque du Kansas. Elle a aussi travaillé au Congrès et au sein du département de la sécurité intérieure sous l’administration de Georges W. Bush. Ce poste de gouverneur en charge des community banks a été créé par une loi de 2014 qui oblige la Fed à réserver un siège du conseil des gouverneurs à une personne ayant une expérience des petites banques. Si les deux candidats sont confirmés par le Sénat, ils débuteront un mandat de gouverneur d’une durée de 14 ans. Le poste de R. Clarida à la vice-présidence est quant à lui d’une durée de quatre ans.


Régulation financière

Le vice-président la Fed en charge de la supervision des banques a été auditionné par le Congrès

Auditionné par la Chambre des Représentants le 17 avril puis par le Sénat le 19 avril, le vice-président de la Réserve Fédérale, en charge de la supervision bancaire, Randal Quarles a fait un état des lieux de la réglementation bancaire en vigueur aux États-Unis. Il a ensuite exposé ses priorités de réforme du cadre règlementaire.

Dans un premier temps, R. Quarles a salué le bilan des règles et de la supervision mises en place au lendemain de la crise qui ont, selon lui, renforcé la solidité des banques commerciales américaines, en particulier des plus grandes : doublement des ratios de fonds propres durs, réduction de l’exposition des huit banques systémiques (GSIB) américaines au financement de court terme et augmentation de 60% de leur détention d’actifs très liquides (HQLA) depuis 2011. Il a également souligné la bonne santé des quelques 5 000 petites banques locales (community banks), au moment où le Congrès propose d’alléger la règlementation qui leur est applicable. R. Quarles a toutefois appelé à la vigilance, en rappelant que les prises de risque croissaient en phase d’expansion économique et en s’inquiétant du  développement des cyber-menaces.

Dans un second temps, R. Quarles a exposé les quatre priorités de réforme engagées par la Fed : l’amélioration de l’efficacité, de la simplicité et de la transparence des règles, ainsi qu’une meilleure coordination internationale : (i) en matière d’efficacité, le vice-président de la Fed a notamment cité le recalibrage de la surcharge en capital et du ratio de levier supplémentaire des GSIB (eSLR) ainsi que la suppression, déjà actée, de l’examen qualitatif des tests de résistance annuels pour les banques dont les actifs n’excèdent pas 250 Mds USD. Il a par ailleurs apporté son soutien aux initiatives du Congrès en faveur d’un allègement des règles prudentielles pour les banques non-systémiques et proposé d’atténuer les exigences de liquidité pour les GSIB. Enfin, il a réitéré sa proposition de réduire, de un à deux ans, la fréquence de soumission des plans de résolution bancaire ; (ii) en matière de transparence, il s’est dit ouvert à la publication des scénarios de stress test et à la révision des critères utilisés par la Fed pour apprécier le contrôle d’une holding bancaire sur ses filiales ; (iii) pour illustrer l’objectif d’intelligibilité des normes prudentielles, R. Quarles a cité la proposition de réforme des coussins de fonds propres dans le cadre du CCAR, que la Fed a publiée la semaine dernière, et qui allait, selon lui réduire le poids de la règlementation sans réduire la solidité des banques. Il a également mentionné l’assouplissement de la règle Volcker pour les banques qui n’ont pas d’activité de trading significative tout en précisant que rien n’indiquait que cette règle avait pu avoir un effet négatif sur les marchés ; (iv) enfin, le vice-président de la Fed a confirmé sa volonté de mettre en œuvre les standards de Bâle 3 et salué l’intention du FSB de faire l’inventaire des règles produites depuis la crise.

 

Les résultats des banques américaines ont été supérieurs aux attentes au T1 2018

Lors de son audition à la Chambre des Représentants, le vice-président de la Fed, Randal Quarles, a souligné la bonne santé du secteur bancaire aux Etats-Unis. Il a indiqué que le résultat net agrégé des banques commerciales américaines avait atteint 152 Mds USD en 2017 tandis que les encours des prêts octroyés avaient dépassé leur niveau de 2008.

Banque Résultat net au T1-18 % par rapport au T1-17
Bank of America 6,9 Mds USD +13 %
Citigroup 4,6 Mds USD +30 %
Goldman Sachs 2,8 Mds USD +26 %
JP Morgan 8,7 Mds USD +35 %
Morgan Stanley 2,7 Mds USD +38 %
Wells Fargo 5,9 Mds USD +5 %

Résultats du T1 2018 des banques systémiques, publiés au 18 avril 2018

Les grandes banques américaines viennent de publier leurs résultats du premier trimestre 2018 qui sont, dans l’ensemble, sensiblement supérieurs au T1 2017 et aux attentes du marché.

Les banques américaines bénéficient notamment de la réforme fiscale, en vigueur depuis le 1er janvier 2018, de la volatilité accrue sur les marchés observée au cours des derniers mois et du relèvement des taux directeurs de la Fed en mars, qui ont bénéficié aux activités de marché et à la banque de détail.


 

Brèves           

-Le 16 avril, D. Trump a annoncé son intention de nommer Dan Berkovitz au poste de commissaire à la CFTC (étiquette démocrate). Actuellement avocat d’affaires, D. Berkovitz a passé l’essentiel de sa carrière dans l’administration publique, notamment à la CFTC où il était directeur juridique de 2009 à 2013. Auparavant, D. Berkovitz a été conseiller juridique au sous-comité permanent de investigations du Sénat, et secrétaire adjoint du Environmental Management Program du Département de l’énergie. Le Sénat va désormais pouvoir examiner dans le même temps la confirmation de la candidate républicaine, Dawn Stump.

-Le 18 avril, la Securities and Exchange Commission (SEC) a lancé une consultation publique de 90 jours sur une proposition de règle qui consacrerait l’obligation pour les agents de courtage (broker-dealers) d’œuvrer dans le meilleur intérêt de leurs clients et renforcerait la transparence de leur publicité tarifaire. Adoptée à une majorité de 4 commissaires contre 1, cette règle aborderait un champ plus large et se substituerait à la règle fiduciaire sur les standards de distribution des produits d’épargne-retraite, prise en avril 2016 par le Department of Labor mais dont la mise en œuvre a été plusieurs fois reportée. Justifiant son vote négatif, la commissaire démocrate, Kara Stein, a indiqué que la proposition ne renforçait en rien les exigences à respecter par les courtiers, notamment pour prévenir d’éventuels conflits d’intérêts.

-Le 16 avril, la Chambre des représentants a voté à une large majorité (300-104) une proposition de loi qui modifie la règle Volcker en (i) exemptant les plus petites banques de son application à l’image de ce qui avait été proposé par le Sénat début mars et (ii) en confiant à la Fed la compétence exclusive sur la règle, qu’elle partage aujourd’hui avec 4 régulateurs. La proposition doit être examinée par le Sénat.

-Le 17 avril, le Sénat a engagé des travaux parlementaires visant à annuler des recommandations publiées en 2013 par le bureau de protection des consommateurs de services financiers (CFPB) en matière de lutte contre les discriminations dans les prêts à la consommation du secteur automobile. Les Républicains considèrent que le CFPB avait ainsi outrepassé son mandat.  Dans un communiqué, la Maison Blanche a salué l’initiative du Sénat

-Le 17 avril, le procureur général de l’Etat de New York, E. Schneiderman, a annoncé le lancement de l’initiative Virtual Markets Integrity visant à accroître la transparence sur les plateformes d’échange de crypto-monnaies. Dans un questionnaire adressé à 13 plateformes d’échange, le procureur général demande des informations concernant les opérations, l’utilisation d’algorithme et les potentiels conflits d’intérêts desdites plateformes. Les réponses aux questionnaires seront publiées par le bureau du procureur afin d’offrir plus de transparence.

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