Washington Wall Street Watch 2018-14

Washington Wall Street Watch 2018-14

Crédit photo : F. Jonkisz

 

Sommaire

Politiques macroéconomiques

-Le comité fédéral de supervision de Porto Rico rejette le plan d’économies budgétaires

-John Williams est nommé Président de la Fed de New York

Régulation financière             

-Lael Brainard expose les priorités de la Réserve fédérale en matière de stabilité financière

-Le CFPB a publié son rapport d’activité, son directeur demandant d’en limiter les pouvoirs

Brèves

 


 

Politiques macroéconomiques               

 

Le comité fédéral de supervision de Porto Rico rejette le plan d’économies budgétaires

 Le gouvernement de Porto Rico a soumis un plan d’économies budgétaires et de réformes structurelles au comité de supervision financière de l’île (Financial Oversight and Management Board), qui l’a rejeté le 28 mars.

Pour mémoire, Porto Rico s’était déclaré en défaut en 2015 mais aucun cadre juridique n’était prévu, l’île ne disposant pas du statut d’Etat ou municipalité. Pour y remédier, le Congrès avait donc voté la loi PROMESA en 2016, créant une procédure de faillite spécifique qui a permis à Porto Rico d’ouvrir une nouvelle procédure de faillite en mai 2017 et instauré le comité de supervision qui a pour  mission d’encadrer les finances publiques portoricaines et les négociations avec les créanciers de l’île.

La feuille de route du gouvernement rejetée par le comité prévoyait pourtant un excédent budgétaire de 6 Mds d’ici 5 ans et le remboursement de 19 Mds du nominal de la dette sur 30 ans. Le comité demande un calendrier de réforme plus ambitieux, une réforme du marché du travail et des économies supplémentaires. Surtout, une réduction de 10 % des pensions de retraite supérieures au seuil de 1 000 USD par mois est attendue, pour renforcer la soutenabilité du système de retraite portoricain qui représente près de 50 de 125 Mds de dette.

Le gouverneur de Porto Rico, Ricardo Rossello, a publiquement contesté ces demandes, critiquant la volonté du comité de supervision de « dicter les politiques publiques » sans légitimité politique. Une nouvelle feuille de route devait être soumise le 5 avril et la nouvelle décision interviendra d’ici le 20 avril. Si cette nouvelle itération devait être jugée insatisfaisante, le comité pourrait décider d’imposer un programme d’économies de façon unilatérale.

Le devenir de la dette de Porto Rico reste un enjeu politique car le gouvernement dépend toujours, pour partie, de l’Etat américain. Au Congrès, le Représentant Bob Bishop, sponsor de la loi PROMESA de 2016, a critiqué dans une lettre au comité, juste avant sa décision initiale, les efforts insuffisants du gouvernement. Par ailleurs, les obligations portoricaines ont fait l’objet de spéculations importantes ces dernières semaines et leur prix de marché est passé de 21 % à 45 % de la valeur nominale entre fin décembre et début avril, signe que les investisseurs semblent plus optimistes sur la capacité de remboursement résiduelle de la dette.

 

John Williams est nommé Président de la Fed de New York

 Le 3 avril, la Fed de New York a annoncé la nomination de John Williams pour succéder à William Dudley à la présidence de l’institution à compter du 18 juin prochain.

Diplômé en économie de l’université de Stanford, J. Williams a effectué toute sa carrière au sein de la Réserve fédérale. Il dirigeait jusqu’à présent la Fed de San Francisco. Bien que réputé plutôt « hawkish » (« faucon ») en matière de politique monétaire, i.e. considérant comme prioritaire la maîtrise de l’inflation, John Williams avait été un proche allié de Janet Yellen durant son mandat.

Sa nomination a été saluée par Janet Yellen (ex-présidente de la Fed), Neel Kashkari (président de la Fed de Minneapolis) ou encore Jason Furman (ex-président du Council of Economic Advisors). Des critiques ont cependant été exprimées sur ce choix,  face à la faible représentativité des femmes et des minorités au sein de la Réserve fédérale.

Pour rappel, la Fed de New York occupe une place centrale dans la politique monétaire des Etats-Unis, son président siégeant au Federal Reserve Board et votant à toutes les réunions du Comité de politique monétaire (FOMC). La Fed de New York est par ailleurs responsable de la mise en œuvre de la politique monétaire via les opérations d’open market, de la gestion du bilan de la Fed et du calcul de l’indice alternatif au LIBOR (SOFR).

 


 

Régulation financière

 

Lael Brainard expose les priorités de la Réserve fédérale en matière de stabilité financière

 Lors d’un discours prononcé le 3 avril à New York, la gouverneure de la Réserve fédérale américaine, Lael Brainard, a rappelé la place centrale qu’occupait la stabilité financière dans les missions de la Fed et en a exposé les quatre piliers : l’analyse continue des vulnérabilités du secteur financier américain, la production de règles prudentielles pour préserver la solidité des banques, une politique macro-prudentielle visant à renforcer la résistance des entités systémiques et la mobilisation d’outils  contra-cycliques permettant de mieux contrôler les risques en cas de stress de marché.

Lael Brainard a également indiqué que les niveaux de valorisation des actifs financiers demeuraient élevés malgré les récents mouvements baissiers observés sur les marchés. Elle a ajouté que ces niveaux de valorisation accroissaient le risque de répétition d’épisodes de très forte volatilité et justifiaient une surveillance renforcée de la part de la Fed. Elle a notamment cité l’exemple des crypto-actifs, en précisant qu’il n’était pas établi que leur niveau de valorisation puisse présenter un risque pour la stabilité financière. Enfin, elle a jugé que les risques pesant sur le système financier américain restaient, dans l’ensemble, faibles.

La gouverneure a ensuite salué l’assainissement du bilan et le renforcement de la liquidité des grandes banques depuis la crise, qu’elle a attribués à la règlementation financière mise en place : le ratio de fonds propres « durs » était ainsi passé de 5,5% des actifs début 2009 à 12% fin 2017 tandis que la part des actifs très liquides (HQLA) dans les actifs totaux des banques systémiques avait augmenté de 13% en 2011 à 20% en 2017.

Enfin, après avoir souligné l’importance des tests de résistance dans le dispositif de supervision macro-prudentielle, la gouverneure a précisé les facteurs pouvant justifier à l’avenir une activation du coussin de fonds propres contra-cyclique (CCyB) pour les plus grandes banques. Elle a ainsi expliqué que la Fed pourrait décider d’y recourir en cas de stress de marché qui rendrait les institutions financières plus vulnérables ou en cas de modification substantielle du bilan des banques.

 

Le CFPB a publié son rapport d’activité, son directeur demandant d’en limiter les pouvoirs

 Le 3 avril, le bureau de protection des consommateurs de produits financiers (CFPB) a publié son rapport d’activité, dans un format significativement plus court que celui de l’an dernier (56 pages contre 179).Entre octobre 2016 et septembre 2017, le CFPB a traité environ 317 000 plaintes de consommateurs. Dans plus de la moitié des cas, le CFPB a été saisi pour des contentieux concernant un recouvrement de créance (debt collection) ou la documentation relative à la solvabilité des consommateurs (credit or consumer reporting). Les crédits immobiliers constituent le troisième motif de saisine, devant les litiges liés à l’utilisation de cartes de crédit. Contrairement au rapport de l’an dernier, celui-ci ne dévoile pas le volume de sanctions infligées par le CFPB. Il présente cependant une synthèse de la cinquantaine d’actions en cours du CFPB contre des sociétés de services financiers, telles que JP Morgan, Equifax ou American Express.

Par ailleurs, dans ce rapport, Mick Mulvaney, le directeur par intérim du CFPB nommé en novembre 2017, appelle le Congrès à réviser les statuts de son agence afin d’en limiter les pouvoirs. Il propose ainsi quatre réformes de sa gouvernance : un financement du CFPB par dotation budgétaire, en lieu et place du dispositif actuel de financement auprès de la Fed (602 MUSD en 2017) ; un régime d’autorisation législative des principales règles édictées par l’agence ; un contrôle gouvernemental renforcé sur ses actions réglementaires et l’instauration d’un dispositif d’audit indépendant.

Enfin, le rapport liste les projets déjà engagés par le CFPB pour réformer son fonctionnement, en matière de politique de sanctions, de méthodes de supervision et de reporting, de mission d’éducation financière ou de processus d’élaboration des normes. Ces projets font l’objet de consultations publiques.

 


 

Brèves           

-Le 3 avril, la Fed de New-York a commencé la publication de l’indice alternatif au LIBOR (London Interbank Offered Rate), taux de prêt interbancaire critiqué pour les manipulations dont il a fait l’objet. Ce nouvel indice, baptisé SOFR (Secured Overnight Financing Rate), est calculé à partir des taux observables sur le marché de la pension-livrée (repo market). Le Chicago Mercantile Exchange (CME) a annoncé la lancement, début mai, de produits dérivés ayant pour sous-jacent le SOFR.

-Le 3 avril, le Treasury a publié ses propositions de révision du Community Reinvestment Act (CRA), une loi adoptée initialement en 1977 et qui confie aux banques la responsabilité de fournir des solutions de financement aux personnes les moins favorisées. Le Treasury recommande notamment d’assouplir le critère géographique dans l’évaluation du service de proximité offert par les banques, afin de tenir compte de la dématérialisation croissante du secteur.

-Le 29 mars, la Federal Housing Finance Agency (FHFA), l’agence en charge du financement immobilier fédéral et de la supervision des deux entreprises parapubliques (government sponsored entreprises ou GSEs) Fannie Mae et Freddie Mac, a publié un rapport d’étape sur la réalisation de son plan stratégique datant de 2014. Parmi les objectifs assignés, l’objectif de réduction de l’exposition des GSEs via un transfert vers le secteur privé, a été atteint : le portefeuille combiné de Fannie Mae et Freddie Mac s’élevait ainsi à 484 Mds USD au 31 décembre 2017, en baisse de 86 Mds USD par rapport à 2016 et de 92 Mds USD par rapport à la cible initiale.

-La Maison Blanche a fait savoir qu’elle comptait nommer Justin Muzinich en tant que Deputy Secretary du département du Trésor. J. Muzinich est actuellement conseiller au Treasury, après avoir fait carrière dans la banque d’investissement. Sa nomination doit être soumise à l’approbation du Sénat.

-La Federal Emergency Management Agency (FEMA) a annoncé son intention d’avoir recours d’ici juillet 2018 aux marchés de capitaux pour transférer une partie du risque de catastrophe naturelle et financer le programme fédéral d’assurance contre les inondations (National Flood Insurance Program ou NFIP). En supplément de la traditionnelle voie de la réassurance, la FEMA compte se financer via des actifs adossés à des assurances (insurance-linked securities), permettant ainsi de diversifier un peu plus son risque. Pour mémoire, le financement du NFIP doit expirer le 31 juillet 2018.

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