Washington Wall Street Watch 2018-13

Washington Wall Street Watch 2018-13

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Le Libor progresse fortement ces dernières semaines

-La revenu des ménages progresse et l’inflation confirme son redressement

Politiques macroéconomiques

-Le Congrès adopte définitivement le budget de l’année fiscale 2018

-La possible arrivée de John Williams à la tête de la Fed de New York crée une vive polémique sur la représentativité au sein du FOMC

Régulation financière            

-Le vice-président de la Fed veut renforcer l’accès des agents aux services financiers

-Le secteur financier américain a engistré de résultats ambivalents en 2017

Brèves

 


 

Conjoncture

Le Libor progresse fortement ces dernières semaines

Le taux du marché interbancaire américain à trois mois (Libor) a atteint 2,30 % cette semaine, son plus haut niveau depuis novembre 2008, alors qu’il  s’élevait à 0,6 % en mars 2017. Le Libor représente le cout de financement à court terme des banques et sert de référence au taux des emprunts immobiliers des ménages ou à la dette bancaire des entreprises. Environ 350 000 Mds USD d’actifs seraient adossés aux mouvements du Libor selon Bloomberg.

La progression du Libor ces 12 derniers mois reflète d’abord le resserrement de politique monétaire de la Federal Reserve car les taux du marché interbancaire sont étroitement liés aux taux directeurs de la Fed, qui constituent le prêteur en dernier ressort des institutions financières.

Ces dernières semaines, le rythme de hausse s’est pourtant accéléré plus rapidement que ce qu’implique l’augmentation attendue des taux fed funds en mars (+60 points de base pour le Libor contre +25pb pour les taux fed funds depuis le 1er janvier). Cette remontée inattendue du Libor est attribuée à des facteurs techniques, en particulier une évolution significative de l’équilibre offre/demande sur le marché des bons du Trésor américains de court terme. En effet, la suspension du plafond de dette a appelé l’émission de volumes importants de titres publics de très court terme, amenés à faire concurrence aux prêts interbancaires.

La plupart des analystes soulignent toutefois la caractère temporaire de cette situation, qui s’expliquerait par le besoin du Treasury de reconstituer sa trésorerie après plusieurs mois de restrictions.

 

La revenu des ménages progresse et l’inflation confirme son redressement

Le revenu des ménages a progressé de 0,4 % au mois de février selon le Bureau of Economic Analysis et bénéficie toujours de la consolidation du marché du travail. Cette hausse est identique à celle observée en janvier une fois exclue la hausse ponctuelle associée à la baisse d’impôts de la réforme fiscale.

La consommation augmente de 0,2 % et s’inscrit  en début d’année sur une dynamique moins soutenue que lors du 4ème trimestre 2017. Cette modération se reflète dans l’augmentation du taux d’épargne des ménages, qui atteint à 3,4 % (+0,2 point) son plus haut niveau depuis août 2017.

Enfin l’inflation PCE, mesurée par le déflateur de la consommation privée et principal indicateur des prix regardé par la Fed, s’inscrit en hausse de 0,2 % tant pour l’indice global que la composante sous-jacente (après respectivement +0,4 % et +0,3 %). Sur douze mois, les prix progressent de 1,8 %  et de 1,6 % pour la composante sous-jacente (+0,1 point pour les deux indices).


 

Politiques macroéconomiques             

Le Congrès adopte définitivement le budget de l’année fiscale 2018

Après avoir un temps menacé d’apposer un veto au texte, Donald Trump a promulgué le 23 mars le texte budgétaire de l’année fiscale 2018 (omnibus) adopté par le Congrès, entérinant définitivement l’adoption du budget de l’année fiscale 2018, qui court jusqu’au 30 septembre 2018. Le Congrès avait adopté le texte quelques heures auparavant. Pour mémoire, ce budget accroit les dépenses fédérales de 138 Mds USD (+12,9 %), avec un effort particulier pour les fonctions militaires (+73 Mds USD, +14,2 %)

Ce budget complet, le premier depuis 2015, referme une longue séquence de négociations budgétaires où se sont succédés cinq budgets temporaires, souvent adoptés à l’arrachée. Le Congrès va désormais se consacrer à la préparation du budget de l’année fiscale 2019, avec une nouvelle trajectoire de dépenses grâce au vote de la hausse des plafonds de dépenses. En outre, le débat sur le statut Deferred Action for Childhood Arrival (protection pour les enfants en bas âge arrivés illégalement aux Etats-Unis) pourrait ressurgir dans les prochaines semaines car les discussions de l’omnibus n’ont pas permis d’aboutir à une solution politique.

 

La possible arrivée de John Williams à la tête de la Fed de New York crée une vive polémique sur la représentativité au sein du FOMC

La presse américaine a fait ces derniers jours de la probable arrivée de John Williams, actuel président de la Fed de San Francisco, aurait été choisi par la Fed de New York pour succéder à William Dudley, démissionnaire. Ce choix doit désormais être confirmé par le conseil des gouverneurs de la Federal Reserve, sans intervention du Sénat.

S’il n’est pas membre du conseil des gouverneurs, le président de la Fed de New York est considéré comme le membre de la Fed le plus important après le président de la Fed. Il dispose notamment d’un droit de vote permanent au sein au comité de politique monétaire, supervise la gestion du bilan de la Fed et dispose d’un rôle prépondérant dans la supervision des institutions financières.

Actuel président de la Fed de San Francisco, chercheur réputé pour ses travaux sur le taux d’intérêt d’équilibre et reconnu comme un membre influent du FOMC, J. Williams faisait figure de favori. Pourtant, de nombreuses critiques, notamment de la sénatrice Elizabeth Warren, ont déploré l’opportunité manquée de faire progresser la diversité au sein de la Fed. En effet, les critiques pointent le manque de représentativité du FOMC qui, pour rappel, ne compte que trois femmes (L. Brainard, L. Mester, E. George) et deux hommes issus d’une minorité ethnique (N. Kashkari et R. Bostic).

Il est également reproché à J. Williams de n’avoir pas su réagir efficacement au scandale des comptes bancaires factices créés par la banque Wells Fargo, dont le siège se situe à San Francisco. Les critiques arguent que la  supervision défaillante de la Fed de San Francisco, dans son propre district, est de nature à disqualifier J. Williams  pour la présidence de la Fed de New York.


 

Régulation financière

Le vice-président de la Fed veut renforcer l’accès des agents aux services financiers

Lors d’une conférence à Atlanta le 26 mars, le vice-président de la Fed en charge de la supervision, Randal Quarles, s’est prononcé en faveur de mesures de soutien à l’accès des consommateurs aux services financiers.

Il a identifié deux priorités : i) réduire les inégalités entre Américains basées sur l’origine socio-géographique ou le niveau d’études, notamment dans l’accès aux prêts immobiliers et ii) faciliter l’accès au crédit bancaire des petites et moyennes entreprises.

Pour ce faire, Randal Quarles appelle à une révision du Community Reinvestment Act (CRA), une loi adoptée initialement en 1977 et qui confie aux banques la responsabilité de fournir des solutions de financement aux personnes les moins favorisées. S’il n’a pas précisé la nature des règles à réviser, R. Quarles propose d’adapter la loi CRA aux transformations de l’environnement bancaire américain, notamment face à l’essor des nouveaux modes de financement non-bancaires provoqué par les « Fintech ».

Les autres agences de régulation financière, notamment l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) et le Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) pourraient prochainement lancer une consultation sur le CRA.

 

Le secteur financier a enregistré des résultats ambivalents en 2017

Deux publications récentes indiquent que le secteur financier américain a enregistré des résultats ambivalents en 2017, selon les secteurs d’activité.

Dans son rapport trimestriel sur les activités de marché des banques commerciales publié le 23 mars, l’OCC note une baisse sensible des revenus tirés de ces activités aux Etats-Unis au 4ème trimestre 2017. Ces revenus ont atteint 5 Mds USD, soit une baisse de 21% par rapport à l’année précédente, dont une partie provient des produits dérivés. L’OCC ne précise pas l’impact de la réforme fiscale sur ces résultats. Par ailleurs, le régulateur indique que la part des produits dérivés dont la compensation est centralisée a baissé de 0,8 point entre le 4ème trimestre 2016 et le 4ème trimestre 2017, pour atteindre 38%.

Un second rapport, publié le 26 mars par le bureau du contrôle et de l’audit de l’Etat de New York (New York State Comptroller), fait état d’une augmentation du résultat net des institutions de marché en 2017 (+4,5%), tirée principalement par leurs activités de gestion de fortune et de fusions-acquisitions. Le rapport indique également que les bonus versés aux employés de ces institutions ont augmenté de 17% en un an, pour atteindre une moyenne de 184 220 USD, en bénéficiant de la réforme fiscale.


 

Brèves           

-Le Treasury a annoncé que les Etats-Unis et l’Union européenne avaient tenu, le 6 mars, la première réunion de leur comité mixte chargé de de mettre en œuvre l’accord bilatéral en matière d’assurance et de réassurance (covered agreement) signé le 22 septembre 2017. Cette réunion visait notamment à discuter d’éléments procéduraux et à fournir une mise à jour des avancées de l’accord. Pour rappel, le covered agreement vise à simplifier l’exercice des activités d’assurance et de réassurance entre l’Union européenne et les Etats-Unis.

-Lors d’une intervention devant la Chambre de Commerce américaine le 26 mars, le président de la Fed de New York, William Dudley, a déclaré que les régulateurs devraient encourager davantage les banques à revoir leur culture d’entreprise pour réduire les risques de mauvaise gouvernance. Il a également considéré que le projet de législation financière en cours d’examen au Congrès permettrait de simplifier utilement plusieurs règles prudentielles pour les petites banques tout en préservant l’architecture règlementaire issue de la crise.

-Le 28 mars, à l’occasion de l’une de ses dernières interventions publiques avant de partir à la retraite, le vice-président de la FDIC, Thomas Hoenig, a mis en garde les régulateurs contre un assouplissement excessif des règles prudentielles applicables aux grandes banques, qui augmenterait le risque d’une intervention publique en cas de crise financière. Il a également souligné les effets indésirables des plans de résolution mis en place depuis la crise, qui entretenaient, selon lui, la croyance du « Too Big To Fail ». Il a également critiqué la décision des Etats-Unis de se joindre à la finalisation des accords de Bâle, qui pourrait coûter selon lui près de 145 Mds USD en fonds propres aux huit banques systémiques américaines.

-Le 23 mars, la Fed a publié ses résultats financiers annuels pour 2017. Le profit de la Réserve fédérale s’est élevé à 80,7 Mds USD, soit une baisse de 11 Mds USD par rapport à 2016, qui s’explique par la diminution marginale de la taille de son bilan et la hausse progressive des taux d’intérêt.

-Le 26 mars, le réseau social de microblogage Twitter a annoncé la mise en place d’une interdiction qui touchera les publicités en lien avec les initial coin offerings (ICOs), les plateformes d’échange de crypto-actifs et les portefeuilles de gestion de crypto-actifs. Cette décision fait écho aux interdictions similaires annoncées par Facebook et Google respectivement fin janvier et début mars. L’interdiction de publicités en lien avec les crypto-actifs dans la politique de Google ne devrait toutefois entrer en vigueur qu’en juin prochain.

-Le Government Accountability Office (GAO) a publié le 22 mars un rapport sur la réglementation des entreprises fintech en réponse à une demande du Congrès. Le rapport conclut que les agences responsables de la réglementation des entreprises fintech devraient se coordonner plus étroitement, développer des bureaux d’innovation, et envisager d’adopter des approches utilisées dans des juridictions étrangères pour alléger le fardeau réglementaire, telles que l’approche «regulatory sandbox» utilisée par le superviseur britannique Financial Conduct Authority (FCA). Le GAO rend également compte de quelques initiatives d’innovation en cours d’examen par des organismes tels que l’OCC et la CFTC.  

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