Washington Wall Street Watch 2018-09

Washington Wall Street Watch 2018-09

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

  • La confiance des ménages américains est au plus haut depuis 2000
  • Le revenu des ménages progresse sous l’effet de la réforme fiscale
  • Les standards de crédit restent bons pour les entreprises, tandis que les ménages commencent à être affectés par les hausses de taux de la Fed

Politiques macroéconomiques

  • Jerome Powell donne des indications en faveur d’une politique monétaire plus restrictive

Régulation financière             

  • La Fed réitère sa volonté de recalibrer certaines règles prudentielles applicables aux banques
  • Le profit des banques a chuté au quatrième trimestre 2017, en conséquence de la réforme fiscale
  • Un commissaire de la CFTC propose de revoir les méthodes d’évaluation du risque des produits dérivés

Brèves

 


Conjoncture

La confiance des ménages est au plus haut depuis 2000

 L’indice de confiance des consommateurs du Conference Board a progressé de 5,2 % en février, passant de 124,2 à 130,8 points, un résultat nettement supérieur au consensus de marché de 127 points. L’indice atteint ainsi son plus haut niveau depuis novembre 2000 en dépit du récent épisode de volatilité sur les marchés financiers. Les ménages se disent davantage confiants tant sur la situation économique actuelle que sur les mois à venir. Les données de l’enquête permettent d’attribuer cet élan d’optimisme à l’amélioration de la situation sur le marché du travail et à la mise en œuvre de la réforme fiscale.

Le revenu des ménages progresse sous l’effet de la réforme fiscale

 Le revenu disponible des ménages progresse de 0,9 % en janvier (après +0,4 %) selon le rapport du Bureau of Economic Analysis. Le revenu global des ménages progresse de +0,4 % grâce à hausse de de la rémunération des salariés (+0,5 %) tandis que les baisses d’impôts (-3,3 %) donnent un complément de revenu aux ménages.

Cette bonne performance conduit à une hausse de la consommation de 0,2 % (après +0,4 %) et, surtout, favorise le redressement du taux d’épargne à 3,2 % (+0,7 point).

Les standards de crédit restent bons pour les entreprises, tandis que les ménages commencent à être affectés par les hausses de taux de la Fed

 L’enquête Senior Loan Officer Opinion Survey (SLOOS) décrit les conditions de crédit des banques au cours du trimestre précédent.

Au T4 2017, les conditions d’octroi des prêts industriels et commerciaux se sont légèrement améliorées, notamment sous l’effet d’une baisse des primes de risque et d’un allègement des covenants. Ce mouvement a été impulsé par l’amélioration des perspectives économiques, avec une influence possiblement importante de la réforme fiscale, et une intensification des pressions concurrentielles.

S’agissant des ménages, les banques ont durci leurs standards de crédit au T4, en particulier pour les prêts à la consommation (credit card loans), en réponse à la hausse des taux d’intérêt de la Fed.

Pour 2018, les banques anticipent une nouvelle amélioration des conditions de crédit pour les prêts résidentiels et commeciaux. A l’inverse, les crédits à la consommation et à l’immobilier commercial devraient faire l’objet d’attentes renforcées.


Politiques macroéconomiques   

Jerome Powell a donné des indications en faveur d’une politique plus restrictive lors de son audition au Congrès

 Jerome Powell a connu sa première audition semi-annuelle au Congrès en tant que président de la Réserve fédérale. Il s’est attaché à décrire une économie robuste, indiquant que l’activité avait accéléré depuis les dernières projections de la Fed, datées de décembre. De nombreux facteurs, auparavant considérés comme des freins à l’activité (politique budgétaire, croissance mondiale), évoluent aujourd’hui dans une direction favorable, conduisant J. Powell à anticiper une accélération des salaires et des prix. Dans ce contexte, de nouvelles hausses de taux seraient nécesaires à court terme et la Fed est prête à aller au-delà de son scénario central de trois hausses en 2018 si l’économie devait croître plus rapidement que prévu.

Interrogé au sujet du récent épisode de volatilité sur les marchés financiers, le nouveau président de la Fed a relativisé le caractère exceptionnel de la correction et rappelé que la Fed n’avait pas pour objectif de « gérer les marchés financiers ». Par ailleurs, J. Powell s’est dit inquiet de l’évolution des finances publiques fédérales, déclarant que « la trajectoire actuelle n’est pas soutenable ».


 

Régulation financière

La Fed réitère sa volonté de recalibrer certaines règles prudentielles applicables aux banques

Lors d’une conférence consacrée à la régulation financière et à la cyber-sécurité qui s’est tenue le 26 février, le vice-président de la Fed en charge de la supervision bancaire, Randal Quarles, a indiqué vouloir mieux calibrer la réglementation existante mais sans défaire le cadre prudentiel issu du Dodd-Frank Act.

Dans son intevention, R. Quarles a d’abord souligné le bilan positif du dispositif prudentiel mis en place après la crise, qui avait permis selon  lui de renforcer les fonds propres et la liquidité du système financier américain (« safer and sounder »). Il a également défendu les tests de résistance et le mécanisme de résolution des banques.

Il s’est toutefois prononcé en faveur d’une évaluation des règles existantes pour réviser celles qui s’avèreraient inefficaces ou qui présenteraient un bilan coûts-bénéfices défavorable.

Interrogé à ce sujet lors de son audition à la Chambre des Représentants puis devant le Sénat le 1er mars, Jerome Powell, le président de la Fed, a précisé que les travaux de recalibrage visaient en particulier les règles applicables aux petites banques (community banks) et le ratio de levier supplémentaire (supplementary leverage ratio, SLR). Il a également indiqué que la proposition législative de dérégulation financière en discussion au Sénat, qui relève notamment le seuil d’application des standards prudentiels renforcés (EPS) de 50 à 250 Mds USD d’actifs, n’aurait pas pour effet d’alléger les règles applicables aux grandes banques étrangères actives aux Etats-Unis.

 

Le profit des banques américaines a chuté au quatrième trimestre, en conséquence de la réforme fiscale

 Le Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) a publié les résultats consolidés des 5 670 banques américaines dont elle assure la supervision.

Au T4 2017, leur résultat net agrégé s’est élevé à 25,5 Mds USD, soit une baisse de 41% par rapport au T4 2016 (43,2 Mds USD). L’essentiel de cette baisse est attribuée à la diminution du taux d’impôt sur les bénéfices issue de la réforme fiscale. Cette diminution a en effet contraint les banques à déprécier la valeur des crédits d’impôts qu’elles avaient accumulés depuis la crise financière. En neutralisant l’impact de la réforme fiscale, le résultat net des banques américaines s’élève à 42,2 Mds USD.

Sur l’ensemble de l’année 2017, le résultat net agrégé des banques atteint 164,8 Mds USD, soit une baisse de 3,5% par rapport à 2016 (hors réforme fiscale, le résultat 2017 croît de 7,2% par rapport à 2016).

Le président de la FDIC, Martin Gruenberg, a salué la bonne santé du secteur bancaire aux Etats-Unis, caractérisée selon lui par la croissance du volume des prêts octroyés (+ 4,5% sur l’année) et par la diminution du nombre de banques en difficultés, qui a atteint un plus bas depuis début 2008.

 

Un commissaire de la CFTC propose de revoir les méthodes d’évaluation du risque des produits dérivés

Lors d’une conférence le 26 février, Brian Quintenz, commissaire à la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), a exposé sa vision des risques associés aux produits dérivés, estimant que les règles mises en place depuis la crise n’étaient plus adaptées.

Quintenz a tout d’abord cité le niveau minimum de fonds propres exigé auprès swap-dealers, qu’il considère comme excessif. Il aurait ainsi pour effet d’entraver l’arrivée de nouveaux participants sur le marché, menaçant par conséquent sa liquidité. Il a dès lors appelé la CFTC à réfléchir à une nouvelle méthode de calcul de l’exposition aux produits dérivés, qui en reflèterait mieux les risques sous-jacents.

Quintenz a ensuite proposé de modifier le ratio de levier supplémentaire (SLR) instauré par les accords de Bâle. Selon lui, l’absence de pondération des risques dans le SLR inciterait les banques à être surexposées à des actifs très risqués. Il a également indiqué que le SLR avait des effets désincitatifs sur le compensation des produits dérivés.

Enfin,  le commissaire propose de réviser la période de liquidiation des produits dérivés non-compensés, actuellement fixé à 10 jours. Cette période, qui correspond au laps de temps durant lequel un swap-dealer peut clôre une position dans une situation de stress de marché, ne repose, selon lui, sur aucun fondement empirique et renchérit inopinément le prix des swaps non compensés.


Brèves

 

-Lors de son intervention publique du 26 février (cf. supra), R. Quarles a évoqué la thématique de la cybersécurité, instistant sur la nécessité de mieux partager les expériences et les informations relatives aux cyber-attaques entre agences, tant au niveau national qu’international.

-Le Congressional Budget Office (CBO) a annoncé qu’il publierait son rapport économique et budgétaire annuel le 9 avril, au retour des vacances parlementaires du printemps. Traditionnellement publié en janvier, ce rapport  a été retardé cette année pour permettre au CBO d’y intégrer l’effet de la réforme fiscale adoptée fin 2017 et de la hausse des dépenses fédérales actée en février.

L’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) a apporté des amendements techniques aux tests de résistance qu’elle applique aux banques dont les actifs sont supérieurs à 10 Mds USD (Annual Stress Test Rule). Par ces modifications, qui étendend notamment de trois mois la période de prise en compte de certains événements de marché, l’OCC vise à aligner sa procédure avec celle de la Fed.

-Le 27 février, la Chambre des Représentants a proposé une loi qui réviserait le mode de calcul des risques opérationnels dans les banques. Cette révision perrmettrait aux banques d’intégrer des éléments prospectifs dans leurs estimations du risque, qui repose aujourd’hui seulement sur des activités passée. Le texte doit désormais être discuté au Sénat.

-Le Government Accountability Office (GAO), l’organisme en charge de l’audit des agences fédérales, a publié 10 recommandations à l’intention du bureau de protection financière des consommateurs (CFPB). Ces recommandations visent à simplifier, au bénéfice des petits établissements de crédit, les règles de déclaration relatives aux crédits hypothécaires et à la lutte contre le blanchiment de capitaux.

-Le Systemic Risk Council (SRC), un organisme se décrivant comme non-partisan et composé d’universitaires et d’anciens cadres issus des agences de régulation financière aux Etats-Unis et en Europe, a écrit à la commission bancaire du Sénat pour exprimer ses réserves vis-à-vis de la proposition de loi en cours de discussion au Sénat qui propose d’alléger certaines règles prudentielles bancaires. Le SRC s’inquiète notamment de la proposition du Sénat de relever le seuil d’application des standards prudentiels renforcés de 50 à 250 Mds USD.

-Le 26 février, les représentants de 20 États américains ont déposé un recours en justice contre le gouvernement fédéral au sujet de la législation relative à l’assurance-santé, l’Affordable Care Act (dite « Obamacare »). Ces Etats estiment que ladite législation est devenue contraire à la Constitution, depuis que la réforme fiscale, adoptée fin 2017, a abrogé le mandat individuel.

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