Washington Wall Street Watch 2017-40

Washington Wall Street Watch 2017-40

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

– La croissance du PIB s’établit à 0,7 % au 3e trimestre et reste dynamique malgré les ouragans

– La consommation et l’inflation progressent en septembre

Politiques macroéconomiques

– La Fed laisse ses taux d’intérêt inchangés mais signale une probable hausse de taux en décembre

– Donald Trump choisit Jerome Powell pour devenir le nouveau président de la Federal Reserve

– Les Républicains de la Chambre des Représentants ont présenté leur projet de réforme fiscale

Régulation financière

– Le Treasury publie son troisième rapport concernant la régulation financière

– Le bureau de recherche financière adossé au Treasury (OFR) propose de modifier la méthode d’évaluation du risque systémique des banques

Brèves


CONJONCTURE

La croissance du PIB s’établit à 0,7 % au 3ème trimestre et reste dynamique malgré les ouragans

Le produit intérieur brut a progressé de 0,7 % au 3ème trimestre (3,0 % en rythme annualisé après 3,1 % au 2ème trimestre) selon la première estimation du Bureau of Economic Analysis. La croissance reste principalement portée par la consommation des ménages (0,4 point) et l’investissement privé (0,1 point) tandis que la variation des stocks contribue positivement (0,2 point) dans le sillage des ouragans Harvey et Irma. L’acquis de croissance pour 2017 était de +2,1 % à la fin du 3ème trimestre (contre +1,5 % à la même époque l’an dernier).

L’économie américaine affiche ainsi son dynamisme alors que l’interruption d’activité consécutive aux ouragans faisait craindre un ralentissement.

La consommation et l’inflation progressent en septembre

La consommation augmente de 1,0 % en septembre, gain le plus important depuis 2009, selon le rapport du Bureau of Economic Analysis. La consommation est portée par la hausse des achats de biens durables (+2,1 %) en lien avec le renouvellement des automobiles au Texas et en Floride.

L’inflation PCE, indicateur préférentiel de la Fed en matière de prix, progresse de 0,4 % en septembre pour l’indice global et de 0,1 % pour le sous-jacent (après +0,1 % et +0,2 % en août). La hausse a été alimentée par l’augmentation des prix de l’énergie consécutive à l’arrêt d’activité du secteur pétrolier au Texas. Les progressions sur 12 mois s’établissent à +1,6 % et +1,3 % pour le global et le sous-jacent (après respectivement +1,4 % et +1,3 %).


POLITIQUES MACROECONOMIQUES

La Fed laisse ses taux d’intérêt inchangés mais signale une probable hausse de taux en décembre

La Fed a maintenu le taux-cible fed funds dans la fourchette [1 %-1,25 %] suite à sa réunion de politique monétaire (FOMC) des 31 octobre et 1er novembre.

La principale innovation du communiqué porte sur l’appréciation du rythme de croissance de l’activité, désormais jugé « solide » (auparavant qualifié de « modéré »). La Fed souligne aussi la situation favorable du marché du travail, reflétée par la baisse du taux de chômage en septembre malgré les ouragans. Cette appréciation optimiste a été perçue par les observateurs comme un nouveau signal en faveur d’une troisième hausse de taux cette année lors de la réunion de décembre.

Donald Trump choisit Jerome Powell pour devenir le nouveau président de la Federal Reserve

Donald Trump a annoncé aujourd’hui la nomination de Jerome Powell à la présidence de la Fed pour succéder à Janet Yellen, dont le mandat de quatre ans s’achèvera en février prochain.

Juriste de formation, J. Powell a partagé sa carrière entre la banque d’affaires, le service public et le monde universitaire. Membre du conseil des gouverneurs de la Fed depuis 2012, il est considéré comme favorable à une politique monétaire prudente et accommodante. Il s’est aussi positionné en faveur d’un assouplissement de certaines règlementations prudentielles (règle Volcker, ratio de levier supplémentaire, plans de résolution bancaire) et pour une réforme du marché du financement immobilier américain.

J. Powell sera auditionné par le Sénat, qui devra confirmer sa nomination à la majorité simple. Sauf si elle décidait de quitter la Fed, J. Yellen retrouverait alors son poste de gouverneur, dont le mandat expire en 2024

Les Républicains de la Chambre des Représentants ont présenté leur projet de réforme fiscale

La majorité républicaine de la Chambre des Représentants a présenté aujourd’hui sa proposition de réforme fiscale, qui servira de base aux débats à la Chambre.

Cette proposition conserve un grand nombre des dispositions du projet publié par la Maison Blanche fin septembre et en précise les modalités. Certains aménagements ont en outre été introduits afin de respecter l’enveloppe budgétaire de 1 500 Mds USD sur dix ans définie dans la procédure de réconciliation qui figure dans la résolution budgétaire votée par le Congrès la semaine passée.

S’agissant de la fiscalité des ménages, le projet prévoit une réduction du nombre de tranches d’imposition (de 7 à 4) et maintient le taux marginal supérieur à 39,6 % pour les très hauts revenus (supérieurs à 1 millions de dollars pour un couple marié) ; l’allègement puis la suppression des droits de succession ; un crédit d’impôt pour les familles avec enfant supérieur à ce que proposait la Maison Blanche. Les mesures de rendement incluent, entre autres, (i) la suppression d’un nombre plus important de niches fiscales (dont en particulier la fin de la déductibilité des dépenses de santé et des intérêts d’emprunt de dette étudiante), (ii) une plus grande limitation de la déduction des intérêts d’emprunt immobilier, (iii) la non déductibilité partielle des montants prélevés au titre de la fiscalité locale. Par ailleurs le régime fiscal des plans d’épargne retraite des salariés 401(k) demeure inchangé.

S’agissant de la fiscalité des entreprises : le projet prévoit une baisse dès 2018 du taux de l’impôt sur les sociétés de 35 % à 20 % et un passage à un système territorial, dont le coût serait en partie compensé par (i) l’instauration d’une taxe exceptionnelle de 12 % (qui s’appliquerait pendant 8 ans) sur les bénéfices réalisés à l’étranger rapatriés (5 % si ces bénéfices sont investis dans des actifs peu liquides), (ii) la création d’une taxe de 10 % assise sur le résultat global des entreprises américaines « à profit élevé » (« high profit companies ») afin de limiter l’évasion fiscale.

La réforme fiscale votée pourrait toutefois s’éloigner de ce texte puisque le Sénat va présenter son propre projet de réforme fiscale. Les élus et la Maison Blanche visent une adoption de la réforme fiscale d’ici la fin d’année 2017.


REGULATION FINANCIERE

Le Treasury publie son troisième rapport concernant la régulation financière

Le rapport publié le 26 octobre par le Treasury décline les priorités de l’Administration en matière de gestion d’actifs et d’assurance. Il se place dans la continuité des rapports relatifs à la régulation bancaire et aux marchés de capitaux, publiés respectivement en juin et début octobre.

Les principales recommandations du rapport en matière de gestion d’actifs portent sur : (i) une approche du risque systémique fondée sur l’activité ou sur le produit plutôt que sur l’entité ; (ii) une exemption des tests de résistance (stress tests) pour les sociétés de gestion; (iii) un assouplissement de la règle Volcker et (iv) un report de la règle fiduciaire (Fiduciary Rule) sur les standards de distribution des produits de retraite.

En matière d’assurance, le Treasury propose (i) une approche du risque systémique fondée sur les activités ou sur le produit plutôt que sur les entités ; (ii) une clarification des standards de solvabilité ; (iii) un travail renforcé, aux Etats-Unis et à l’international, sur les enjeux de liquidité ; (iv) des règles renforcées en matière de cybersécurité.

Un quatrième rapport est attendu sur les institutions financières non-bancaires, l’innovation financière et les FinTech. Deux rapports supplémentaires ont par ailleurs été commandés par D. Trump sur la résolution des institutions financières systémiques et sur la désignation des acteurs systémiques non-bancaires.

Le bureau de recherche financière adossé au Treasury (OFR) propose de modifier la méthode d’évaluation du risque systémique des banques

L’Office of Financial Research (OFR), centre de recherche créé par le Dodd-Frank Act et adossé au Treasury, a publié une étude qui interroge le concept de risque systémique appliqué au secteur bancaire aux Etats-Unis.

Selon l’OFR, l’approche purement quantitative, fondée sur la taille des actifs bancaires, ne permet pas d’apprécier le risque posé par un certain nombre de banques intermédiaires dont la défaillance pourrait menacer la stabilité financière. Il cite l’exemple de Northern Trust (150 Mds USD d’actifs) qui n’est pas soumise aux mêmes exigences prudentielles que les huit banques américaines considérées comme d’importance systémique au niveau global alors qu’elle présenterait un risque du fait de l’importance de ses activités de dépositaire. Il vise également les filiales de banques non-américaines (FBOs), dont le risque est uniquement apprécié en fonction de la taille des actifs et n’intègre pas leur exposition à d’autres marchés que les Etats-Unis.

L’OFR propose dès lors d’élargir l’approche multi-factorielle, réservée aujourd’hui aux seuls G-SIBs, à l’ensemble des banques, indiquant que cela suivrait la méthode suivie par l’autorité bancaire européenne (EBA). Il suggère d’enrichir la méthodologie multi-factorielle avec de nouveaux indicateurs tels que le degré de substitution de la banque (subsituability) ou le risque de contagion de son éventuelle défaillance à d’autres entités financières.


BREVES

– Le Treasury a annoncé qu’il aura épuisé ses liquidités « dans le courant du mois de janvier » suite à la réactivation du plafond de dette, dont le Congrès n’a pas prévu d’étudier le relèvement avant 2018. En plus des recettes fiscales, « des mesures exceptionnelles » (suspension de paiements inter-agences ou report des versements aux fonds de retraite) devraient permettre d’assurer la continuité du financement de l’Etat fédéral jusqu’en mars. Le Treasury et les observateurs indiquent qu’il est encore trop tôt pour déterminer précisément la date d’épuisement de ces « mesures exceptionnelles ».

– Mitch McConnell, majority leader au Sénat, a indiqué que des discussions bipartisanes entre le Congrès et la Maison Blanche en vue d’un accord sur le budget de l’année fiscale 2018. Ces négociations concernent également une augmentation des plafonds budgétaires afin de permettre la hausse du budget de la défense souhaitée par l’Administration. Un accord devra être trouvé d’ici le 8 décembre, date d’expiration du budget temporaire voté en septembre pour faire face à l’urgence créée par les ouragans.

– Le Chicago Mercantile Exchange (CME) a annoncé qu’il lancerait des contrats futures sur le Bitcoin d’ici la fin de l’année. Cette décision mettra le CME en concurrence directe avec le Chicago Board Options Exchange (CBOE) qui avait annoncé en août dernier vouloir lancer au 4e trimestre 2017 des contrats futures ainsi que des produits dérivés sur le Bitcoin.

– Le comité bancaire du Sénat a approuvé à l’unanimité la nomination par D. Trump de deux commissaires pour la Securities and Exchange Commission (SEC), la républicaine Hester Peirce et le démocrate Robert Jackson. Ces deux nominés doivent encore être approuvés en session plénière du Sénat dans les prochaines semaines.

– D. Trump a promulgué la loi visant à annuler un règlement du bureau de protection financière des consommateurs (CFPB) favorable aux recours collectifs dans le domaine bancaire. Dans ce règlement, le CFPB interdisait les clauses compromissoires dans les contrats financiers au motif que de telles clauses privaient les consommateurs de la possibilité de lancer un recours collectif (class action) contre leur banque, réduisant ainsi leur chance d’obtenir un dédommagement.

– Le CFPB a annoncé le lancement d’un outil de surveillance de l’évolution des taux de défaut sur les prêts hypothécaires. Cet outil distingue deux catégories d’emprunteurs en situation de défaut : (i) les emprunteurs qui sont en retard de 30 à 89 jours, c’est-à-dire qui ont généralement manqué un voire deux échéances de paiement ; (ii) les emprunteurs en retard de plus de 90 jours, reflétant une situation généralement plus critique de défaut. Les données du CFPB montrent que le taux de défaut au niveau fédéral, 1,1%, est à son plus bas niveau depuis la crise de 2008.

– Dans un rapport publié le 1er novembre, le CFPB s’inquiète de l’allongement de la durée des prêts à la consommation pour l’achat d’un véhicule (auto loans) aux Etats-Unis. En 2016, 42% de ces prêts avaient une durée supérieure ou égale à six ans, contre 26 % en 2009. Le marché des auto loans représente plus de 1 000 Mds USD d’encours et constitue le troisième poste d’endettement des ménages américains.

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