Washington Wall Street Watch 2017-38

Washington Wall Street Watch 2017-38

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

– Le Beige Book de la Fed décrit une croissance modeste de l’activité et des prix en septembre, plusieurs districts ayant souffert des ouragans Harvey et Irma

Politiques macroéconomiques

– Le nouveau rapport du Treasury sur les changes ne qualifie aucun pays de manipulateur de devise

– La fin du versement de subventions Obamacare conduit à un effort bipartisan pour les rétablir

– L’Administration Trump maintient la pression sur le projet de réforme fiscale

Régulation financière

– L’UE et les Etats-Unis renforcent leur coopération en matière de règlementation des produits dérivés

– Les chambres de compensation passent avec succès les stress tests de la CFTC

– Les banques américaines publient leurs résultats du 3ème trimestre

Brèves


CONJONCTURE

Le Beige Book décrit une croissance modeste de l’activité et des prix en septembre

Le Beige Book, publié par la Fed et qui décrit l’évolution de l’activité économique dans les 12 districts des Fed régionales, indique que l’économie américaine a continué de croître à un rythme modeste à modéré en septembre. Le rapport souligne que 3 districts (Richmond, Atlanta et Dallas) ont souffert d’importantes disruptions en raison des ouragans Harvey et Irma, notamment en matière de transports, d’énergie et d’agriculture.La consommation des ménages progresse doucement et l’investissement est en croissance dans la majorité des districts.

Le rapport souligne une croissance modeste de l’emploi, certains districts observant même une stagnation, dans un contexte de marché du travail tendu. Des pénuries de main d’œuvre sont observées dans plusieurs secteurs, notamment la construction, les transports, l’industrie manufacturière et la santé, constituant un frein pour la croissance de l’activité économique. Les efforts de reconstruction suite aux ouragans pourraient accentuer ces pénuries.

Les pressions à la hausse des salaires restent modestes à modérées, mais certains districts indiquent des tensions sur les salaires dans les secteurs victimes de pénuries de main d’œuvre et le rapport fait état d’une utilisation croissante d’autres mesures pour recruter ou retenir les travailleurs (bonus d’entrée, heures supplémentaires notamment). Les pressions inflationnistes restent modestes.


POLITIQUES MACROECONOMIQUES

Le nouveau rapport du Treasury sur les changes ne qualifie toujours aucun pays de manipulateur de devise

Le Treasury a publié son deuxième rapport semestriel sur les politiques de change des principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis sous l’Administration Trump après celui d’avril 2017, qui avait généré un débat important sur la qualification de la politique de changes de la Chine.

Il place son analyse dans un contexte « de déséquilibres mondiaux intenables » et qui ne se réduisent pas. Il souligne son souhait de traiter cette question des changes à tous les niveaux : multilatéral (G7, G20 et FMI), bilatéral (dialogue avec la Chine) et dans le cadre de la renégociation des accords commerciaux (ALENA). Le Treasury n’a pas modifié sa méthodologie d’évaluation et aucun pays ne remplit encore l’ensemble des critères définissant une manipulation de devise.

Cinq pays sont identifiés comme méritant un suivi : Japon, Corée du Sud, Suisse et Allemagne car ils remplissent chacun 2 des 3 critères fixés par le Treasury, et la Chine qui n’en remplit qu’un mais dont l’excédent commercial bilatéral sur les biens est jugé suffisamment large pour justifier un maintien dans la liste. Taiwan a été sorti de la liste, et le rapport mentionne une vigilance particulière sur l’Inde en raison de ses interventions sur le marché des changes, sans pour autant l’intégrer à la liste des pays sous suivi.

La fin du versement de certaines subventions Obamacare conduit à une proposition bipartisane pour les rétablir au Sénat

Le 13 octobre, la Maison Blanche a annoncé mettre fin au versement des subventions de partage des coûts (cost-sharing subsidies), versées aux assureurs fournissant des couvertures santé aux agents les moins favorisés. Si aucune compensation n’est mise en place, les superviseurs des assurances dans les Etats fédérés estiment que cette mesure accroitrait les primes d’assurance de 12 à 15%.

Une proposition de loi bipartisane, portée par les sénateurs Alexander (R-Tennessee) et Murray (D-Washington), a été présentée le 17 octobre – elle vise à pérenniser à partir de 2019 les subventions que la Maison Blanche ne souhaite plus verser et à offrir davantage de flexibilité aux Etats fédérés en matière de soins à couvrir dans les contrats d’assurance santé. D. Trump a réagi d’abord positivement à cette proposition, puis s’est déclaré opposé au renflouement (bailout) des marchés Obamacare.

L’Administration Trump maintient la pression sur le projet de réforme fiscale

Steven Mnuchin, le Secrétaire au Trésor, a déclaré cette semaine dans une interview au site Politico, que contrairement à ses déclarations passées, la réforme fiscale proposée par l’Administration Trump allait conduire, entre autres effets, à des réductions d’impôts pour les contribuables les plus fortunés. Il justifie cela par le fait que les contribuables les plus riches paient une très large majorité des impôts aux Etats-Unis et qu’il n’est pas possible de réduire les impôts en général sans qu’ils n’en bénéficient directement. Il a également estimé que les marchés financiers pourraient subir d’importantes pertes en cas d’échec à aboutir sur le projet de réforme fiscale. Il a « garanti » qu’une telle réforme serait adoptée d’ici la fin de l’année 2017.

Le 16 octobre 2017, le Council of Economic Advisers, organe placé au sein de la Maison Blanche et chargé de conseiller le Président en matière de politique économique sur la base de travaux de recherche, a publié un rapport d’évaluation de la proposition de réforme fiscale. Ce rapport évalue les relations entre croissance des salaires et niveau d’imposition des entreprises pour estimer que la réduction de l’impôt sur les sociétés aux Etats-Unis pourrait générer un surcroît de revenu annuel d’au moins 4 000 USD par ménage américain. Cette évaluation a été fortement critiquée par L. Summers.


REGULATION FINANCIERE

L’UE et les Etats-Unis renforcent leur coopération en matière de règlementation des produits dérivés

Lors d’une conférence de presse commune vendredi 13 octobre, Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne et Christopher Giancarlo, président de la Commodity

Futures Trading Commission (CFTC) ont annoncé un renforcement de leur coopération sur les produits dérivés.

Les règles relatives aux produits dérivés négociés de gré à gré (c’est-à-dire, non centralisés par une chambre de compensation) bénéficieront désormais d’un régime d’équivalence reconnu par les superviseurs européen et américain

Dombrovskis et G. Giancarlo ont également indiqué travailler à la mise en œuvre d’une approche commune pour la supervision de certaines plateformes de trading des produits dérivés. Un accord bilatéral doit prochainement être signé dans ce domaine.

Ces mesures d’harmonisation, qui interviennent à quelques semaines de l’entrée en vigueur de la directive européenne Mifid II, visent à alléger les contraintes et le coût issus de règlementations distinctes qui pèsent sur les swap dealers présents sur les deux marchés.

Les chambres de compensation passent avec succès les stress tests de la CFTC

La Commodity Futures Trading Commission (CFTC) a publié les résultats des stress test¬s qu’elle a menés auprès des trois principales chambres de compensation (CME, ICE et LCH). Ces tests visaient à évaluer la capacité de chaque chambre (Central Counterparty Clearing House ou CCP) à régler ses contrats futures, d’options et de swaps d’intérêt en cas de défaut de deux contreparties d’importance systémique.

Selon les résultats des tests, les chambres de compensation auraient aujourd’hui la capacité d’absorber un tel choc, présenté comme « extrême mais plausible » par la CFTC, car elles peuvent mobiliser de la liquidité via plusieurs canaux (pensions livrées arrivant à maturité, vente de collatéral, facilités de crédit auprès de la banque centrale ou de banques commerciales, etc.).

Cette série de stress tests était la deuxième mise en œuvre par la CFTC, après celle de novembre 2016 menée auprès de cinq chambres de compensation, dont deux au Royaume-Uni.

La publication de ces résultats intervient au moment où le débat sur le caractère systémique des chambres de compensation grandit aux Etats-Unis. Dans la foulée du rapport du Treasury sur les marchés de capitaux sorti la semaine dernière, Gary Cohn, directeur du National Economic Council, et Brian Quintenz, commissaire à la CFTC, ont exprimé à leur tour leur inquiétude sur le risque systémique que poserait désormais la centralisation de la compensation des produits dérivés au sein des CCPs. Selon eux, l’apparition de ce nouveau risque est la conséquence des exigences de fonds propres imposées aux banques dans le cadre du Dodd-Frank Act.

Les banques américaines publient leurs résultats du 3ème trimestre

Les grandes banques américaines (Bank of America Citigroup, Goldman Sachs, JP Morgan, Morgan Stanley et Wells Fargo) ont publié leurs résultats du troisième trimestre (T3). Dans l’ensemble, le produit net bancaire (PNB) et le résultat net affichent une progression par rapport au T3 2016, portée par la croissance des activités de banques de détail (BoA, Citi) et du marché des fusions-acquisitions (GS, MS).

Wells Fargo, troisième banque américaine en termes d’actifs, a toutefois présenté des résultats en baisse (diminution de 20% de ses profits par rapport au T3 2016), qu’elle attribue notamment aux conséquences du scandale des comptes fictifs révélé en fin d’année dernière.

Dans un contexte de faible volatilité, les activités de trading ont affiché un résultat mitigé au troisième trimestre pour la plupart des banques américaines (baisse du PNB de 21% chez JP Morgan, de 17% chez Goldman Sachs et de 15% chez BoA en glissement annuel, par exemple). L’environnement de taux bas a plus particulièrement grevé les performances du segment obligataire.


BREVES

– La bourse de New York a franchi un nouveau palier record cette semaine, l’indice Dow Jones dépassant les 23 000 points à la clôture le mercredi 18 octobre. D. Trump s’est félicité de ce nouveau record.

– Lors de la conférence annuelle de l’American Bankers Association, Gary Cohn a indiqué qu’une augmentation du seuil à partir duquel les institutions financières sont considérées comme d’importance systémique était à l’étude. Actuellement fixé à 50 Mds USD d’actifs, ce seuil pourrait être placé au-delà de 200 Mds USD selon le directeur du National Economic Council.

– Vendredi 13 octobre, Randal Quarles a prêté serment comme nouveau membre du conseil des gouverneurs de la Fed et vice-président en charge de la supervision bancaire. Le même jour, la démission de Stanley Fischer de son poste de vice-président de la Fed a pris effet.

– Le Consumer Financial Protection Bureau (CFPB) a publié neuf principes-clés relatifs aux droits du consommateur dans l’utilisation de ses données financières disponibles en ligne (accès, délégation, distribution, etc.). Ces principes, qui n’ont pas de valeur juridique contraignante, s’inscrivent dans le prolongement de la consultation publique lancée en novembre 2016 par le CFPB sur les agrégateurs de données (data aggregators).

– La presse se fait l’écho des désaccords croissants entre deux des principaux régulateurs financiers américains, le CFPB et l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC), citant notamment les critiques publiques exprimées par le directeur par intérim de l’OCC, Keith Noreika, sur la volonté du CFPB de promouvoir les recours collectifs (class action) des consommateurs dans le domaine bancaire.

– Social Finance Inc (SoFi), la start-up spécialisée dans les prêts étudiants en ligne, a décidé de retirer la demande d’agrément bancaire qu’elle avait déposée auprès de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) et de l’état de l’Utah. Cette décision fait suite au départ de plusieurs membres de la direction de SoFi, notamment de son fondateur et directeur général, Mike Cagney.

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