Washington Wall Street Watch 2017-34

Washington Wall Street Watch 2017-34

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

– La production industrielle recule fortement suite à l’ouragan Harvey

Politiques macroéconomiques

– La réunion de politique monétaire a abouti à un statut quo sur les taux et à l’annonce de la réduction du bilan

– Les Républicains progressent dans l’élaboration de la réforme fiscale mais les incertitudes persistent

– Un nouveau projet de réforme d’Obamacare sera soumis au vote du Sénat la semaine prochaine

Régulation financière

– La CFTC et le Trésor demandent à recalibrer les règles concernant les dérivés

– Le vol de données dans l’affaire Equifax alimente les réflexions sur les enjeux réglementaires liés à la cybersécurité

Brèves


CONJONCTURE

La production industrielle recule fortement suite à l’ouragan Harvey

La production industrielle a baissé de 0,9 % en août (après +0,4 % en juillet), pour un taux d’utilisation des capacités de 76,1 % (-0,8 point). Ce repli était attendu suite au ralentissement de l’activité consécutif à l’ouragan Harvey. Les intempéries avaient affecté la région de Houston, qui concentre une grande partie de l’industrie et du transport pétrolier du Texas.

La Fed anticipe que la baisse de la production industrielle ne constituera qu’un à-coup. Le gain de croissance lié à la phase de reconstruction devrait compenser voire dépasser la perte liée à l’arrêt temporaire de l’activité.


POLITIQUES MACROECONOMIQUES

La réunion de politique monétaire a abouti à un statu quo sur les taux d’intérêt et à l’annonce de la réduction du bilan

Le Comité de Politique Monétaire de la Fed (FOMC) a décidé à l’unanimité de maintenir le taux-cible fed funds dans la fourchette [1 %-1,25 %] suite à la réunion des 19 et 20 septembre. Le communiqué a très peu évolué depuis juin et les discussions sur les causes de la faible inflation constituent le principal point de débat au sein du FOMC.

Alors que les membres du FOMC ont affiché leur désaccord sur l’interprétation de l’évolution de l’inflation, les projections économiques et la trajectoire anticipée des taux fed funds n’a pas significativement évolué et continue d’indiquer un scénario de trois hausses de taux en 2017 ainsi qu’en 2018 : ainsi 12 membres sur les 16 du FOMC anticipent désormais une hausse des taux d’ici la fin d’année, contre huit lors de la réunion de juin.

La Fed a également annoncé la réduction de son bilan, qui commencera au mois d’octobre. Jusqu’en décembre, la réduction mensuelle du bilan sera plafonnée à 6 Mds USD pour les Treasuries et 4 Mds USD pour les titres hypothécaires Mortgage Backed Securities.

Les Républicains progressent dans l’élaboration de la réforme fiscale mais les incertitudes persistent

Les principaux éléments du projet de réforme fiscale porté par le « Big 6 », groupe composé de membres de l’Administration (S. Mnuchin, G. Cohn) et de leaders du Congrès (P. Ryan, M. McConnell, K. Brady, O. Hatch) pour mener la réforme fiscale, devraient être présentés le 25 septembre par S. Mnuchin, G. Cohn et les leaders Républicains du Congrès. Selon la presse, ce texte devrait réaffirmer la rupture avec l’objectif de taux d’impôts sur les sociétés de 15 % souhaité par D. Trump au profit d’un taux compris entre 20 % et 23 %.

Le contenu final du texte demeure toutefois très incertain. Une partie des Républicains espère toujours donner un caractère permanent aux baisses d’impôts, alors que les règles de la procédure budgétaire dite de « réconciliation » (pouvant être adoptées à la majorité simple au Sénat) limitent l’effet de la réforme fiscale à 10 ans. Par ailleurs les leaders républicains du Sénat (dont O. Hatch qui est membre du « Big 6 ») ont fait savoir que cette proposition de texte ne serait qu’indicative, réaffirmant l’autonomie des élus du Congrès sur le texte définitif.

Un nouveau projet de réforme d’Obamacare sera soumis au vote du Sénat la semaine prochaine

Le majority leader au Sénat Mitch McConnell a annoncé que le vote du projet de réforme du système de santé porté par les sénateurs républicains Lindsey Graham et Bill Cassidy sera mis à l’ordre du jour la semaine prochaine. Le Sénat sera toutefois obligé d’attendre l’évaluation des économies budgétaires générées par la loi par le Congressional Budget Office, qui devrait être publiée en cours de semaine.

Le texte prévoit de transformer les subventions fédérales pour Medicaid et les assurances santé sous forme d’allocation spécifique aux Etats fédérés (block granting). Le projet modifierait le calcul des subventions aux Etats, qui seraient attribuées sur une base forfaitaire et non plus selon un pourcentage fixe du coût global de leur système de santé, créant une forte redistribution entre les Etats par rapport au mode de calcul actuel. Enfin la provision d’Obamacare interdisant les sur-cotisations pour les personnes avec des antécédents médicaux serait supprimée.

Le projet est critiqué par les assureurs ainsi que par plusieurs gouverneurs démocrates et républicains, qui ont manifesté leur opposition dans une lettre aux sénateurs républicains. L’adoption du texte requiert 50 votes au Sénat (le vice-président apporte une voix en cas d’égalité). Les Républicains n’ayant qu’une courte majorité au Sénat (52 sur 100), l’issue du vote devrait reposer sur les trois sénateurs républicains qui s’étaient opposés au texte en juin (S. Collins, L. Murkowski et J. McCain).


REGULATION FINANCIERE

La CFTC et le Trésor demandent à recalibrer les règles concernant les dérivés

Le Président de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), organe chargé du contrôle des marchés dérivés et à terme, a déclaré qu’il « n’avait pas hésité à souligner les endroits où les règles étaient devenues impraticables ». M. Giancarlo, qui s’exprimait lors d’une conférence de l’International Swaps and Derivatives Association, faisait référence au rapport du Trésor, désormais attendu en octobre, qui avait fait appel aux contributions de divers régulateurs, dont la CFTC.

Les remarques de M. Giancarlo ont été complétées par l’intervention de Craig Phillips, Conseiller du Secrétaire au Trésor et chargé de la rédaction des rapports de revue de la régulation financière aux Etats-Unis, qui a suggéré que l’approche du Trésor serait en phase avec celle exprimée par la CFTC. M. Phillips ainsi M. Calabria, conseiller économique du Vice-Président Mike Pence, ont souligné qu’il s’agissait là de « recalibrer » les règles, non d’un retour en arrière (« no significant rollback of postcrisis rules »).

Les officiels ont souligné la nécessité de revoir les mécanismes de résolution des chambres de compensation de dérivés. En effet, ceux-ci sont aujourd’hui encadrés par des dispositions spécifiques du Dodd-Frank Act (Orderly Liquidation Authority), conférant à la Federal Deposit Inscurance Company (FDIC) un rôle d’autorité de résolution après qu’il a été établi que la faillite de l’entité aurait des conséquences systémiques. Selon les officiels, ces mécanismes de résolution devraient aujourd’hui reposer sur un code de faillite renforcé, afin d’éviter un bail-out par le contribuable.

Le vol de données dans l’affaire Equifax alimente les réflexions sur les enjeux réglementaires liés à la cybersécurité

A la suite de l’affaire Equifax, agence spécialisée dans les scores de crédit qui a subi il y a 2 semaines un vol de données portant sur 143 millions d’américains, la sénatrice Elizabeth Warren (Dem.) a proposé une loi fédérale imposant aux agences de notation de crédit (i) d’offrir aux consommateurs gratuitement un gel de notation lorsque l’agence subit un vol de données et (ii) empêcherait l’agence de scores de crédit de poursuivre la vente des scores gelés à des institutions financières .

L’industrie avait déjà fait savoir qu’une régulation supplémentaire ralentirait l’accès à la notation de crédit qui permet la consommation de millions d’Américains.

Par ailleurs, le département des services financiers de New York (NY DFS) a proposé une nouvelle régulation qui étendrait la supervision du DFS aux organes de notation de crédit. De plus, ces derniers devront donc se conformer à la législation sur la cybersécurité, entrée en vigueur le mois dernier, qui demande aux entités supervisées d’avoir un Chief Information Security Officer, ainsi qu’un programme de cybersécurité dédié à la protection des données des consommateurs. En cas de non-conformité, le Superintendant du DFS pourra refuser l’accès au marché new-yorkais. La règle prendra effet une fois publiée dans le registre officiel de l’Etat.

Une brèche dans le système de sécurité de la SEC aurait pu permettre des échanges illégaux

Le Président de la Securities and Exchange Commission (SEC), Jay Clayton, a déclaré qu’une brèche dans le système de sécurité du régulateur des marchés américains datant de 2016 avait été exploitée par des hackers, qui auraient donc pu avoir accès à des informations privilégiées. La faille se situerait dans le système EDGAR, qui stocke les états financiers des entités supervisées par la SEC et gère près d’1,7 million de documents par an.

Si la SEC était au courant dès 2016 de la brèche et avait conduit une mise à jour, elle n’a conclu qu’en août dernier que même la mise à jour aurait pu permettre aux hackers d’avoir accès aux états financiers des entreprises avant qu’ils ne soient officiellement publiés, et aurait conséquemment permis aux hackers d’échanger sur les marchés boursiers avec des informations privilégiées. La faille aurait également permis de publier de faux documents. La SEC n’a toutefois pas précisé quelles entreprises auraient pu être touchées par cette faille.

Cette déclaration surgit alors que la SEC avait fait savoir depuis l’arrivée de J. Clayton à la présidence, que la cybersécurité serait un enjeu de taille dans les années à venir. J. Clayton sera auditionné par la commission bancaire du Sénat la semaine prochaine.


BREVES

-Le Sénat a voté à l’unanimité la loi autorisant l’expert indépendant spécialisé en assurance qui siège au Financial Stability Oversight Council (FSOC) à poursuivre son mandat au-delà du terme prévu (6 ans), et ce pour une durée pouvant aller jusqu’à 18 mois en l’absence de désignation d’un successeur

-L’Independent Community Bankers of America (ICBA) – association des banques locales – a adressé une lettre à la FDIC, demandant un moratoire de 2 ans concernant les candidatures des Industrials Loan Companies (ILCs) pour avoir accès à une licence bancaire. Parmi ces ILCs, entités de dépôts supervisées par la FDIC mais pouvant être des entreprises non-financières, on retrouve notamment la start-up Square qui a récemment candidaté pour une licence dans le département de l’Utah.

-Le Secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, a annoncé ne pas prioriser de réforme concernant les Government Sponsored Entreprises (GSEs), Fannie Mae et Freddie Mac, avant 2018. Le Secrétaire a toutefois souligné être en contact avec la Federal Housing Finance Association (FHFA), institution chargée de la supervision des GSEs.

 

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0