Nous avons lu… « Saving Capitalism: For the Many, Not the Few », de Robert B. Reich (2016)

Nous avons lu… « Saving Capitalism: For the Many, Not the Few », de Robert B. Reich (2016)

«Saving Capitalism» de R. Reich, professeur à U.C. Berkley et ancien ministre du Travail de B. Clinton, dresse le constat d’une répartition très inégale des gains de productivité aux Etats-Unis. R. Reich y présente également une thèse originale en mettant en avant le rôle des institutions économiques au bénéfice des plus riches.

R. REICH PART DU CONSTAT DE L’EXPLOSION DES INEGALITES AUX ETATS-UNIS

1.La stagnation des revenus de la classe moyenne remettrait en cause le socle des valeurs américaines d’après R. Reich. Entre 1975 et 2008, les salaires ont stagné (+9 % seulement), y compris pour la classe moyenne, alors que la productivité a continué de progresser (+72 %). Depuis la crise, les revenus des moins riches ont même reculé en termes réels.

2. Ces inégalités pourraient se perpétuer dans les années à venir. En effet, R. Reich estime, d’une part, que les nouvelles générations font face à un marché du travail fortement inégalitaire et, d’autre part, que les conditions de transfert du patrimoine entre les générations par le biais de mécanismes fiscaux peu correcteurs contribuent à accroître encore ces inégalités.Quelles origines à ces inégalités?

QUELLES ORIGINES A CES INEGALITES?

3. Une thèse centrale originale : les règles du marché sont le moteur des inégalités. Au-delà de la mondialisation, des effets du progrès technique et de l’incapacité du système fiscal américain à être redistributif, R. Reich pointe directement la responsabilité des règles de marchés. D’après lui, celles-ci seraient désormais établies, sous la pression des lobbies, de manière à favoriser les possédants dans leurs rapports de force avec le reste de la population.

4. L’économie américaine est-elle en train de se rigidifier dans un « capitalisme de monopoles »? D’après R. Reich, depuis 20 ans et dans un grand nombre de secteurs (haut débit, agrobusiness, banques, internet, santé) des groupes se sont constitués des positions dominantes et abusent de leur pouvoir de marché. Les extensions continuelles de la durée des droits de propriété intellectuelle seraient, aux yeux de R. Reich, particulièrement symptomatiques de ces évolutions biaisées du système juridique américain.

5. Le déséquilibre des règles se manifesterait également sur le marché du travail. Pour R. Reich, certains tireraient des règles de marché des avantages colossaux, comme les cadres dirigeants (fiscalité sur les actions des cadres dirigeants). De plus d’après R. Reich, certaines dispositions adoptées récemment réduiraient le pouvoir de marché de tous les autres salariés : retraites, contraintes sur l’action syndicale et accords de libre-échange notamment.

6. R. Reich illustre également le caractère inéquitable du droit des faillites. Alors que nombre de grandes entreprises bénéficient de ces lois sur les faillites car elles sont considérées comme « too big to fail », les propriétaires immobiliers ou les bénéficiaires de prêts étudiants ne peuvent quant à eux se déclarer en faillite, bien qu’ils soient très exposés aux retournements conjoncturels.

7. La place centrale du droit et des juristes dans ce système contribuerait à creuser les écarts. Pour R. Reich, un droit de plus en plus complexe, que même les agences de régulation auraient désormais du mal à suivre, favoriserait également l’essor de cohortes de «lawyers» qui conseilleraient les intérêts particuliers des plus privilégiés au détriment de ceux des plus faibles.

QUELLES PISTES AVANCEES PAR R. REICH ?

8. Rétablir les piliers du New Deal, qui se seraient érodés depuis la révolution de l’ère Reagan. Il s’agit : (i) de rétablir une fiscalité plus équilibrée et plus redistributive en revenant sur des dispositifs permettant d’optimiser ses contributions : « family trusts », niches fiscales portant sur la fiscalité du capital et philanthropie ; et (ii) de revoir les modalités de financement de la vie politique, car les élus rétroagissent sur le système fiscal. Enfin, R. Reich attache une attention particulière à la révision des règles de financements des écoles publiques.

9. Mieux réguler le fonctionnement des marchés. Ceci passe par le renforcement : (i) de la politique de la concurrence et le démantèlement du pouvoir de marché des plus grandes entreprises américaines ; et (ii) du pouvoir de négociation des acteurs les plus faibles dans les rapports socio-économiques actuels : les travailleurs peu qualifiés par une hausse du salaire minimum (à 50 % du salaire médian), l’interdiction de l’arbitrage forcée des contrats, un retour sur les « corporate buy backs » c’est-à-dire le rachat par une compagnie des titres qu’elle a émis à des taux préférentiels, mécanisme instauré dans les années 1980 et l’extension du droit des faillites à la dette étudiante et aux crédits sur les résidences principales.

10. Anticiper l’émergence d’une ère du numérique et du robot. Dans ce cadre, les propositions de R. Reich s’articulent en trois points : (i) la création d’une allocation de 90 % du salaire antérieur pour des personnes sans emploi qui acceptent une formation encouragée par les pouvoirs publics : « World class re-employment system » ; (ii) la révision des règles sur la propriété intellectuelle pour limiter les rentes ; (iii) la création d’un filet de sécurité, soit par un revenu universel financé par une taxe sur la propriété intellectuelle, soit en fournissant à chacun des « parts » de certains droits de propriété intellectuelle soit encore en fournissant à chacun une dotation en capital à la naissance.

Commentaire : Particulièrement originale, nombre des aspects de la thèse développée par R. Reich recouvrent les problématiques françaises. L’originalité de son analyse lui permet de proposer des solutions inédites visant la régulation économique. R. Reich soutenait dans cet ouvrage que la vague du populisme était susceptible de l’emporter lors des élections. Pour lui, seule une nouvelle alliance de l’ensemble des Américains laissés de côté par les règles actuelles était susceptible d’inverser la tendance. En revanche, aucune analyse n’est livrée sur les conditions ayant conduit à la révolution reaganienne ni sur les conditions de l’avènement de l’alliance qu’il propose.

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