Les « Civic Tech », un marché en pleine expansion aux Etats-Unis

Les « Civic Tech », un marché en pleine expansion aux Etats-Unis

Crédit photo : Pixabay

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Les technologies civiques, « Civic Tech », comprenant entre autres les plateformes de publication de données, les sites de pétition en ligne ou encore les sites d’échanges entre citoyens, s’imposent progressivement aux Etats-Unis comme un moyen de rapprocher les citoyens des pouvoirs publics. Porté par différents types d’acteurs (associations, fondations, entreprises, administrations ou tout simplement citoyens), le marché des Civic Tech est en pleine expansion aux Etats-Unis. Les entreprises de la technologie civique attirent de plus en plus d’investisseurs, qu’ils soient publics ou privés, ce qui leur permet de proposer de nouvelles solutions en faveur de l’engagement des citoyens dans la décision publique.

  1. Les Civic Tech sont l’ensemble des technologies qui permettent de renforcer l’implication des citoyens dans le processus démocratique et de rendre plus transparente l’action des pouvoirs publics.

Aujourd’hui, les technologies civiques recouvrent un large panel d’applications et d’initiatives : plateformes de publication des données, sites de pétition en ligne ou encore d’échange entre citoyens (annexe n°1). Loin d’être homogènes, les différents projets peuvent être menés par des citoyens engagés, individuellement ou en associations, des sociétés technologiques, des start-ups ou des multinationales, ou des administrations.

Au sein même des Civic Tech, deux thématiques ont été identifiées dans un rapport de la Knight Foundation, « The Emergence of Civic Tech: Investments in a Growing Field » publié en décembre 2013, regroupant plusieurs types d’activité :

  • Politique de transparence: accès aux données et transparence (Data Access & Transparency), utilité des données (Data Utility), prise de décision publique (Public Decision Making), appréciations des habitants (Resident Feedback), visualisation et cartographie (Visualization & Mapping), organisation et suivi de votes (Voting).
  • Action citoyenne: financement participatif d’activités citoyennes (Civic Crowdfunding), organisation d’initiatives citoyennes (Community Organizing), production participative (Information Crowdsourcing), échanges entre voisins (Neighborhood Forums) ; la Knight Foundation inclut également l’économie du partage (Peer-to-Peer Sharing) pouvant englober des entreprises telles que Uber, Lyft et Airbnb, ce qui peut être contestable.
  1. Les initiatives des acteurs américains de la Civic Tech

La Civic Tech américaine comprend de nombreux types d’acteurs, qu’ils aient un but non lucratif, comme des associations citoyennes, voire des particuliers, des fondations, des administrations, ou qu’il s’agisse d’entreprises.

Les principales initiatives sont portées des organismes à but non lucratif, comme Code for America, TurboVote, Change et Living Cities pour les associations de citoyens. Les fondations et think tank spécialisés dans la Civic Tech, tels que Sunlight Fondation, Knight Foundation et Open Society Foundations, ont également une forte influence dans ce domaine, avec un degré d’objectivité pouvant varier selon leurs financements malgré un but non lucratif.

Le marché des Civic Tech comprend aussi des entreprises commerciales qui proposent des solutions technologiques aux pouvoirs publics (Accela, Socrata et SeeClickFix, Opengov[1]) et aux partis politiques (NationBuilder). Des fonds d’investissements spécialisés sont également lancés, tels que Govtech Fund en 2014, doté de 23 millions de dollars. Les principaux financements proviennent des dirigeants d’entreprises technologiques, tels qu’Arianna Huffington, Bill Gates ou encore Richard Branson. L’émergence des entreprises de la Civic Tech est récente, avec des sociétés encore à des stades précoces de développement : celles dédiées au financement participatif ont en moyenne 2 années d’existence (annexe n°2).

Enfin, les institutions gouvernementales jouent également un rôle prépondérant dans le développement des Civic Tech. Cette démarche a été encouragée par la création de l’Open Government Partnership en 2011. Ce programme regroupe 69 pays, qui s’engagent à impliquer la société civile et les institutions dans le développement et la mise en place de réformes gouvernementales prônant plus d’ouverture, de transparence, et de proximité avec les citoyens.

  1. Les Civic Tech, un marché en pleine expansion aux Etats-Unis.

Qualifié de marché « fleurissant » par TechCrunch, la Civic Tech croit de façon exponentielle depuis 2008. En 2015, le gouvernement fédéral et les administrations locales ont consacré un quart de leur budget TIC aux technologies civiques (soit 6,4 milliards de dollars, selon la Knight Foundation). Les investissements dans ces technologies devraient croître 14 fois plus rapidement que ceux consacrés aux TIC traditionnelles entre 2013 et 2018, selon IDC Government Insights.

Alors qu’elles n’étaient que 18 en 2008, plus de 120 entreprises sont aujourd’hui actives dans ce domaine aux Etats-Unis, selon la Knight Foundation (annexe n°3). Les perspectives de ce marché attirent les investisseurs et les fonds de Venture-Capital, avec des levées de fonds qui progressent fortement. A titre d’exemple, Accela qui offre à plus de 2000 clients à travers le monde, majoritairement des gouvernements, une plateforme pour organiser leurs données, a annoncé en 2015 une levée de fonds de plus de 143 millions de dollars. Entre 2011 et 2015, environ 240 investisseurs privés ont investi plus de 600 millions de dollars dans les entreprises américaines de la Civic Tech (la gig economy exclue) selon la Knight Foundation (annexe n°4). Ces chiffres sont toutefois à prendre avec précaution compte tenu du périmètre mal défini des « Civic Tech » (qui peuvent comprendre, ou non, certaines entreprises de la gig economy, dont le lien avec l’engagement civique n’est pas forcément avéré).

  1. Les Civic Tech au service de la transparence (open data)

L’utilisation des Civic Tech permet aux gouvernements d’économiser des ressources en optimisant leur procédure, en rendant plus accessibles leurs services aux administrés et en mettant à disposition des citoyens davantage d’informations.

Pourtant, seuls 33% des pouvoirs publics locaux ont mis en place une politique d’open data mais des efforts restent à entreprendre pour rendre compréhensibles ces données. Les marges de progression du marché des Civic Tech restent donc assez importantes. Il n’en reste pas moins que les administrations lancent des initiatives en faveur de l’open data, comme le comté de Los Angeles en septembre 2015 ou encore de la ville de San Antonio qui a investi 14 millions de dollars en 2014 dans une plateforme fournie par Accela, pour améliorer les services rendus aux citoyens.

[1] OpenGov possède un portefeuille de 300 clients dans plus de 39 Etats et a levé plus de 27 millions de dollars en 2015.

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