Flash Tech n°2019-01

Flash Tech n°2019-01

Crédit photo : Javier Morales

Sommaire

Régulation et Gouvernance

  • Donald Trump a signé un décret présidentiel visant à promouvoir l’intelligence artificielle
  • Shutdown de l’administration fédérale : quel l’impact pour les autorités en charge du numérique ?
  • Neutralité du net : la définition des opérateurs internet, enjeu essentiel du procès en cours
  • Congrès : le sénateur M. Rubio (R-Floride) a introduit un projet de législature sur la protection des données
  • New York mise en difficulté dans son projet d’encadrement des sites de services d’hébergement

 Technologies

  • Reconnaissance faciale : une étude du MIT confirme la présence de biais algorithmiques

 Entreprises

  • Les entreprises tech annoncent leurs résultats pour le dernier trimestre et l’année 2018
  • Gig economy : la Californie veut encadrer le statut des travailleurs des plateformes
  • Facebook : le rapprochement de Messenger, Instagram Direct et WhatsApp suscite des craintes
  • Google : l’entreprise prévoit d’investir 13 Mds USD dans des centres de données aux Etats-Unis

 Relais d’opinion & Brèves

  • Publication de l’IP Index par l’ US Chamber of Commerce : la France 4ème sur 50 pays
  • Autres points d’actualité à retenir

 


Régulation et gouvernance

Donald Trump a signé un décret présidentiel visant à promouvoir l’intelligence artificielle

Le lundi 11 février 2019, le président D. Trump a signé un décret présidentiel lançant l’ « American A.I. Initiative » dont l’objectif est de dynamiser et de coordonner les efforts de l’administration fédérale en matière d’intelligence artificielle (IA). Ce décret est le premier délivrable faisant suite à un sommet sur l’IA organisé par la Maison Blanche en juin 2018 (cf. Flash Tech n°2018-05). Ce décret intervient par ailleurs dans un contexte de concurrence accrue entre les Etats-Unis et la Chine (cf. Flash politique commerciale n°2019-01), en particulier en matière de nouvelles technologies où la Chine affiche des ambitions de leadership mondial. De nombreux experts américains craignent que la situation actuelle conduise à un effritement de l’avantage technologique américain.

Que retenir du document ? L’ « American A.I Initiative » n’alloue pas de fonds supplémentaires mais demande aux agences fédérales de s’assurer que leur budget de R&D donne la priorité aux projets en lien avec l’IA. Le décret présidentiel encourage également les agences fédérales à développer des politiques d’ouverture des données publiques. La Maison Blanche entend par ailleurs faciliter le déploiement et l’accès aux formations spécialisées dans les techniques relatives à l’intelligence artificielle (machine-learning). La présidence appelle les agences fédérales à intégrer davantage d’experts en la matière, notamment via des programmes de fellowship. Enfin, le texte souligne l’importance d’engager une coopération internationale en matière d’IA (standardisation et projets de recherche) et appelle à mieux identifier les risques possibles liés à l’usage de la technologie (automatisation, armes autonomes, biais algorithmiques, etc.).

Ce décret présidentiel donne principalement les grandes directions souhaitées mais l’articulation de la stratégie américaine en matière d’IA doit encore être précisée. Cette tâche incombe à un Select Committee rattaché au National Science & Technology Council et composé de hauts fonctionnaires (Michael Kratsios, Walter Copan, Michael Griffin, Steven Walker, Paul Dabbar, France Cordova, Kelvin Droegemeier). D’autres administrations ou services de la Maison Blanche sont enjoints à apporter un soutien à ce « comité de pilotage » : le Department of Defense, l’Office of Management and Budget, la General Services Administration (dont dépendent 18F et l’US Digital Service), l’Office of Science and Technology Policy (OSTP), le National Council for the American Worker, et le National Institute of Standards and Technology (NIST).

Les recommandations du Select Committee, attendues d’ici 3 mois, seront soumises à une consultation publique. D’ici-là, les agences fédérales sont tenues de faire un audit de leurs activités en matière d’IA et d’identifier les obstacles à l’essor de celle-ci. Par la suite, les agences devront proposer sous quelques mois des plans d’actions.

Certaines agences sont à un stade plus avancé. Le Department of Defense dispose déjà d’une stratégie en matière d’IA. L’armée américaine travaille avec des entreprises privées sur des projets liés à l’IA (ex. : projet Maven), et il existe une National Security Commission on AI récemment créée après l’adoption du National Defense Authorization Act de 2019. Cette commission est dotée d’un budget de 10 M USD et est composée de personnalités comme Eric Schmidt (ancien PDG d’Alphabet), Andy Jassy (PDG d’Amazon Web Services), Safra Catz (PDG d’Oracle), Eric Horvitz (Directeur du Microsoft Research Labs) et Andrew Moore (Directeur de Google Cloud AI).

Shutdown de l’administration fédérale : quel a été l’impact pour les autorités en charge du numérique ?

Le Shutdown consiste en un arrêt partiel des services publics fédéraux (hors services dits « essentiels ») qui est le résultat de l’absence de budget adopté pour le fonctionnement de l’Etat fédéral. Le dernier Shutdown qui portait sur une partie seulement des services fédéraux a duré 35 jours (un record historique) et s’est achevé le 25 janvier 2019 (cf. Flash WWSW n°2019-05). La Federal Communications Commission (FCC), en charge de la régulation des télécoms et des médias, a été contrainte de suspendre la plupart de ses activités dès début janvier. Il s’agissait notamment du traitement des demandes de fréquences ou d’installation d’équipements de télécommunications. La FCC a aussi dû interrompre le traitement des projets de fusion dans le secteur des médias/télécoms, en particulier le rapprochement entre les opérateurs de téléphonie mobile Sprint et T-Mobile.

Les conséquences du Shutdown ont été similaires pour la Federal Trade Commission (FTC), l’agence fédérale en charge de la protection des consommateurs. Les investigations en cours sur l’affaire Cambridge Analytica (visant à savoir si Facebook a violé un accord passé avec l’agence en 2011) n’ont pas pu avancer. De plus, la FTC a dû fermer temporairement plusieurs plateformes permettant aux consommateurs de déposer une plainte contre une entreprise ou signaler des escroqueries en ligne. La FTC a également été perturbée dans son rôle d’autorité de la concurrence puisque près de 60% des fonctionnaires en charge de ces questions n’ont pas pu travailler. Sur ce dernier point, on peut aussi relever que la division antitrust du Department of Justice a été affectée dans une ampleur similaire.

L’essentiel des employés de National Telecommunications and Information Administration (NTIA) et de la National Institute of Standards and Technology (NIST) n’ont pas travaillé au cours du Shutdown. La NTIA et le NIST sont rattachés au Department of Commerce et travaillent depuis plusieurs mois sur des recommandations techniques et juridiques en matière de protection des données.

Au-delà des conséquences directes sur les agences, le Shutdown aurait aussi pénalisé les entreprises tech qui ont d’importants contrats avec le gouvernement fédéral (ex. : Microsoft, Oracle, IBM, Amazon Web Services), y compris des entreprises de plus petites tailles (ex. : Tethers Unlimited), notamment du fait de l’absence des employés fédéraux en charge de traiter les factures. Par ailleurs, des entreprises qui préparent leur introduction en bourse (ex. : Uber et Lyft) ont vu ralentir le traitement de leur dossier par les autorités financières (Securities & Exchange Commission).

Neutralité du net : la définition des FAI, enjeu essentiel du procès en cours (FCC vs. défenseurs des règles de neutralité du net)

Le 1er février 2019, la Cour fédérale d’appel du District de Columbia a entendu les arguments des parties dans le cadre de la bataille judiciaire entre la Federal Communications Commission (FCC) et plusieurs groupes identifiés comme les « défenseurs de la neutralité du net » : 22 procureurs généraux d’Etats fédérés, associations de consommateurs, et associations professionnelles du secteur tech. Ce contentieux fait suite au vote, en décembre 2017, de l’abrogation des règles de neutralité du net instaurées en 2016 par la FCC. Ces règles s’imposaient aux fournisseurs d’accès à internet (FAI) qui étaient interdits de discriminer les contenus en ligne en bloquant, ralentissant ou accélérant l’accès internet à certains services en ligne (sites internet, applications).

Le principal point discuté par les juges visait la définition-même des FAI. En effet, lors de l’abrogation des règles de neutralité du net, l’un des arguments juridiques de l’actuelle FCC consistait à affirmer que la FCC avait injustement caractérisé les FAI en 2016 comme étant des entreprises de télécommunications plutôt que des entreprises proposant des services d’information. Une entreprise de télécommunications, en droit américain, est une entreprise dont les activités consistent en la transmission, entre un point A (ou plus) et un point B (ou plus), d’informations qui ne subissent aucun changement (format, contenu) au cours de la transmission. Considérer les FAI comme des entreprises de télécommunications revenait donc à considérer les FAI comme les opérateurs d’infrastructures d’utilité publique, lesquels peuvent être soumis à un encadrement plus strict, notamment concernant les pratiques tarifaires. A l’inverse, une entreprise proposant des services d’information est une entreprise qui propose des services payants d’édition, stockage, traitement, et de mise en ligne d’informations ; ceci en utilisant les infrastructures de télécommunications. Il revient à la FCC de décider les secteurs qui entrent dans telle ou telle catégorie, et ce faisant, de déterminer son degré d’autorité sur l’industrie en question. Cette détermination peut être contestée en justice et c’est le cas dans cette affaire.

Patricia Millet, l’une des trois juges de la Cour a exprimé, à plusieurs reprises, ses doutes concernant l’argumentaire de la FCC. Selon elle, le fait que les FAI incluent dans leurs offres des services de mise en cache (stockage de copies de données afin d’accéder plus rapidement à l’information en ligne) et des services de noms de domaine (DNS) n’est pas suffisant pour les exclure de la définition d’entreprises de télécommunications car l’activité principale des FAI réside dans le développement et la gestion de leurs réseaux. De plus, la juge a estimé que la logique de la FCC aboutirait à considérer les opérateurs téléphoniques comme des entreprises proposant des services d’information. En effet, il est désormais possible d’appeler des centres d’appels automatisés pour effectuer des tâches ou d’accéder à des services en renseignant son numéro de téléphone.

De son côté, le juge Robert Wilkins s’est attardé à interroger l’avocat de la FCC sur la volonté de l’agence d’empêcher les Etats fédérés d’instaurer des dispositions relatives à la neutralité du net. Le juge a considéré que dans la décision de la FCC, l’agence semblait nier toute autorité aux Etats fédérés en matière de neutralité du net, y compris s’agissant des services de premiers secours. Le juge a fait référence au scandale suscité en août 2018, après que l’opérateur Verizon ait décidé de ralentir l’accès à internet des sapeurs-pompiers du comté de Santa Clara, alors que la Californie connaissait d’importants incendies de forêts. Selon le juge, en ne précisant pas les conditions applicables aux FAI s’agissant des services d’urgence tout en empêchant les Etats fédérés d’encadrer les éventuels angles morts du texte, la décision de la FCC pourrait apparaître problématique.

Le troisième juge, Stephen Williams, est apparu comme le plus réceptif aux arguments de la FCC. S. Williams a siégé au sein du panel de juges ayant rendu la décision qui avait validé la légalité des règles de neutralité du net en 2016. Il était, déjà à l’époque, le seul à émettre une opinion minoritaire (en opposition) par rapport à ses collègues. Les juges devraient rendre leur décision à l’horizon de l’été 2019 au plus tôt. D’ici là, l’horizon d’une résolution de l’affaire via le vote d’une loi au Congrès apparaît faible à ce stade car une récente audition au Congrès a confirmé le clivage partisan sur la question.

Nouveau Congrès : le sénateur Marco Rubio (R-Floride) a introduit le 1er projet de l’atuelle législature sur la protection des données

Le 17 janvier 2019, le sénateur républicain Marco Rubio (R.-Floride) a introduit le American Data Dissemination Act qui vise à poser les bases d’une loi fédérale relative à la protection des données personnelles. Le texte, s’il était adopté, confierait à la Federal Trade Commission (FTC) la mission d’identifier des principes et règles générales en matière de protection des données. Après six mois, la FTC rendrait ses conclusions au Congrès qui aurait alors deux ans pour voter une loi. En l’absence de vote par le Congrès, la FTC serait habilitée à imposer ses règles aux opérateurs privés.

Ce texte de loi n’est donc pas en soi une proposition d’encadrement de la protection des données, mais davantage une procédure afin de parvenir à des règles d’ici deux ans. Il est toutefois à noter que cette proposition s’inscrit à contretemps des travaux et des consultations publiques qui sont d’ores et déjà conduits par l’administration actuelle (Maison Blanche et Department of Commerce) afin d’offrir un cadre (voire un texte) législatif.

La ville de New York mise en difficulté dans son projet d’encadrement des sites de services d’hébergement (Airbnb, HomeAway)

Le 3 janvier 2019, un juge fédéral du district de Manhattan a pris la décision de bloquer, dans l’attente d’un jugement sur le fond, une règlementation adoptée par le conseil municipal de la ville de New York qui visait à encadrer des plateformes numériques proposant des services de location/réservation d’hébergement (Airbnb, HomeAway). Ces règles (votées à l’été 2018) imposaient à ces sites de communiquer aux autorités municipales, tous les mois, une liste des coordonnées des propriétaires qui ont utilisé leurs services et de préciser si l’hébergement loué correspondait à un logement entier ou à une chambre. L’objectif de ces règles était de permettre de faciliter la lutte contre les locations illégales, accusées de contribuer à l’inflation des loyers dans la ville. Il s’agissait notamment pour la ville de New York de se donner les moyens de faire appliquer sa régulation sur les locations courtes. Des amendes allant jusqu’à 1 500 USD par hôte non-déclaré étaient prévues.

Le juge a motivé sa décision de bloquer cette règlementation sur la base du 4ème Amendement de la constitution américaine qui protège les citoyens contre les perquisitions et les saisies non-motivées sur la base d’une présomption sérieuse et corroborée (obligation du mandat d’un juge). Selon le magistrat, « avant l’ère numérique, une telle requête [accéder à la liste complète des clients d’une entreprise] de la part d’une municipalité aurait été inimaginable ». Il s’agit d’une décision préliminaire, visant notamment à dissuader d’autres villes qui souhaiteraient s’inspirer du règlement new-yorkais. Le juge devrait rendre sa décision dans les prochains mois, au cours desquels les parties peuvent chercher à négocier un accord à l’amiable, comme cela s’est vu dans d’autres villes. La ville de San Francisco a par exemple passé un accord avec la plateforme Airbnb en 2017 sur le même sujet. La différence entre les règles de New York et celles de San Francisco réside en grande partie dans le niveau d’information demandée : San Francisco ne demande pas les coordonnées des propriétaires et se contente d’une liste des logements mis en ligne.


Technologies

Reconnaissance faciale : une étude du MIT confirme la présence de biais algorithmiques

Publiée en janvier 2019 par des chercheurs du MIT Media Lab, cette étude s’intéresse aux systèmes de reconnaissance faciale commercialisés par IBM, Microsoft, Megvii, Amazon et Kairos. Basée sur un échantillon représentatif de 1 200 photos de personnes de sexe masculin et féminin et aux couleurs de peau différentes, l’étude montre que le taux d’erreur (mauvaise identification d’une personne) est très faible pour les hommes blancs (0,8%) tandis qu’il est très élevé pour les femmes noirs (jusqu’à 34,7%). Ces chiffres diffèrent avec les études internes de ces entreprises qui mettent souvent en avant un niveau d’exactitude supérieur à 97%. Les chercheurs expliquent ce différentiel par le fait que les échantillons faisant l’objet des études mandatées par les entreprises comprenaient plus de 77% d’images d’hommes et plus de 83% d’images de personnes blanches. Alors que Rekognition d’Amazon ne figurait pas parmi les entreprises ciblées par l’étude. Or, ce système de vidéo-surveillance commence à être déployé dans les villes américaines, alors que les taux d’erreur de Rekognition se sont révélés encore supérieurs à ceux des autres entreprises de l’étude.


Entreprises

 

Les entreprises tech annoncent leurs résultats pour le dernier trimestre et l’année 2018

Apple, qui avait déjà prévenu les investisseurs que ses résultats seraient en baisse, annonce un chiffre d’affaires de 84,3 Mds USD, en baisse de 5% sur un an. Son bénéfice trimestriel s’établit à 20 Mds (-0,5%). Ces relatifs mauvais chiffres s’expliquent en grande partie par une baisse mondiale du renouvellement des smartphones et donc un tassement des ventes d’iPhone pour Apple. La demande chinoise a également été particulièrement faible notamment du fait d’un taux de change particulièrement défavorable pour les produits américains. Sur ce trimestre, le chiffre d’affaires d’Apple en Chine est passé de près de 18 Mds USD à 13,1 Mds USD.

Du côté de Microsoft, le groupe affiche un chiffre d’affaires de 32,4 Mds USD en hausse de 12 ,3% sur un an et un bénéfice de 8,4 Mds USD. Ces chiffres sont tirés par les ventes du service de cloud du groupe qui voit ses ventes bondir de 76% sur un an. Avec une valorisation boursière supérieure à 800 Mds USD au début du mois de février 2019, Microsoft est actuellement l’entreprise tech ayant la plus importante valorisation.

Malgré les affaires judiciaires et médiatiques, Facebook affiche des résultats solides avec un chiffre d’affaires trimestriel de 16,9 Mds USD (contre 12,9 Mds USD pour le même trimestre de 2017) et un bénéfice net de 6,8 Mds USD (+62%). Facebook terminait également son année fiscale avec un chiffre d’affaires de 55,8 Mds USD et un bénéfice net de 22,1 Mds USD, en hausse respective de 37% et 39% par rapport à l’année 2017.

Tesla affiche, quant à elle, un chiffre d’affaires trimestriel de 6,3 Mds USD (+ 3,7%) alors que son bénéfice net recule de plus de 17% à 210 M USD. Malgré cette baisse des bénéfices, c’est la première fois que l’entreprise automobile enregistre 2 trimestres consécutifs bénéficiaires.

Amazon dépasse les attentes des investisseurs avec un chiffre d’affaires qui s’établit à 72,4 Mds USD (+20%) alors que ses bénéfices atteignent 3 Mds USD sur ce dernier trimestre et à 10 Mds USD sur un an (x3 par rapport à 2017). Les ventes du cloud entreprises, Amazon Web Services, continuent de tirer les profits du groupe avec un bénéfice à 2,2 Mds USD soit plus des deux tiers des bénéfices totaux. L’autre activité rémunératrice d’Amazon est la publicité avec un chiffre d’affaires de 3,4 Mds USD. Il est à noter que le rachat de Whole Foods n’a pour le moment pas permis de dynamiser les ventes de la chaine de supermarchés dont les ventes reculent de 3%.

Alphabet, la maison-mère de Google a annoncé un bénéfice net trimestriel de 8,9 Mds USD (contre des pertes de 3 Mds un an plus tôt du fait de changements comptables). Le chiffre d’affaires trimestriel atteint 39,3 Mds USD, en hausse de 22%. Sur son année fiscale 2018, le groupe dégage un bénéfice net à 30,7 Mds USD (+142%) et un chiffre d’affaires de 137 Mds USD (+23%). Malgré tout, le groupe a inquiété les marchés notamment du fait d’une forte augmentation des dépenses de l’entreprise. Alphabet a beaucoup recruté cette année avec des effectifs passant de 80 000 à 98 700 en un an. Les investisseurs s’inquiètent également de la baisse du coût par clic (principal déterminant des revenus publicitaires) et du coût des commissions versées aux partenaires publicitaires qui augmente également.

Snap a annoncé une stabilisation de son nombre d’utilisateurs à 186 millions alors qu’il était en baisse pour le trimestre précédent. Son chiffre d’affaires s’établit à 390 M USD (+36% par rapport à la même période un an plus tôt) et les pertes trimestrielles sont de 192 M USD contre 350 M USD un an plus tôt. Pour l’ensemble de l’année 2018, le chiffre d’affaires de l’entreprise est de 1,18 Md USD (+64%) pour des pertes de 1,26 Md USD.

Gig economy : la Californie veut encadrer le statut des travailleurs des plateformes

Dans un jugement d’avril 2018 pour une affaire qui opposait des livreurs à l’entreprise Dynamex, la Cour Suprême de Californie a instauré des critères – appelés « ABC test » – permettant de requalifier un emploi indépendant en salarié notamment pour le droit à un salaire minimum et un paiement des heures supplémentaires. Le Congrès de Californie réfléchit maintenant à la manière de mieux encadrer, par une loi cette fois, le statut des travailleurs indépendants. Pour la Cour Suprême californienne, un salarié pourra être qualifié d’employé dès lors que l’entreprise pour laquelle il travaille contrôle ses activités, si les tâches qui lui sont confiées sont en rapport avec l’activité principale de l’entreprise et s’il n’est pas le gérant d’une entreprise qui effectue le travail qui lui est assigné. Cette jurisprudence n’a, pour le moment, été mise en œuvre que un nombre limité d’affaires et n’a pas conduit à une reclassification massive des travailleurs de la gig economy.

La membre de l’Assemblée de Californie, Lorena Gonzalez (démocrate) a annoncé qu’elle présenterait, fin mars, un texte qui aura pour but de renforcer les droits des travailleurs de la gig economy en tenant compte de cette jurisprudence. Un autre membre de l’Assemblée, Melissa Melendez (républicaine), a, quant à elle, annoncé qu’elle présenterait un texte ayant pour but de limiter la portée de la décision de la Cour Suprême afin de limiter « les effets potentiellement nuisibles que la décision pourrait avoir sur les entreprises du secteur de l’Etat et les quelques 2 millions de Californiens qui ont choisi la flexibilité du travail en étant travailleurs indépendants ».

Les entreprises technologiques employant un grand nombre de travailleurs indépendants telles que Uber, Lyft, DoorDash ou Instacart s’opposent à la décision de la Cour Suprême californienne et au « ABC test ». Pour faire entendre leur voix, elle ont créé une coalition appelée I’m Independent. Jennifer Barrera, vice-présidente exécutive de la chambre de commerce de Californie s’est également prononcée contre la décision « Dynamex ». Au-delà, des entreprises de la gig economy, elle dénonce les effets négatifs que pourrait avoir la généralisation de cette jurisprudence sur le secteur des transports publics, de la construction, des services de santé et de nombreux autres secteurs qui ont recours à ces travailleurs. Pour Lorena Gonzalez et les associations de droits des travailleurs, le projet de loi en préparation n’aurait pour objectif que de mieux protéger les indépendants les plus vulnérables et n’aurait pas d’impact sur les avocats ou les architectes par exemple. Steve Smith, porte-parole de la California Labor Association, note également que la requalification de certains indépendants n’est pas un sujet qui est né avec la gig economy, les travailleurs de salons de coiffure ou de carwash réclament depuis plusieurs décennies une requalification de leur statut.

Facebook : le projet d’intégration des messageries Messenger, Instagram Direct Messages et WhatsApp suscite des craintes

Le 7 février 2019, Facebook a annoncé les premières étapes de son projet visant à lier les messageries en ligne Messenger, Instagram Direct Messages et WhatsApp. Dans un premier temps, les entreprises et organisations qui disposent d’une page Facebook auront la possibilité de recevoir et répondre aux messages reçus via leur Instagram depuis la boîte de réception de leur page Facebook. Par la suite, Facebook espère étendre progressivement l’interopérabilité de ses différents services de messageries. Il est notamment envisagé de rendre accessible sur les autres plateformes le service de petites annonces proposé par Facebook Marketplace. Selon M. Zuckerberg, le rapprochement entre les messageries est un « projet de long terme » qui ne devrait pas aboutir avant fin 2020, du fait notamment de la complexité à rendre interopérables les différentes architectures informatiques.

Le projet avait d’abord fuité dans la presse fin janvier 2018, conduisant plusieurs associations de défense des consommateurs (Electronic Privacy Information Center, Open Markets Institute) à demander l’intervention de la Federal Trade Commission (FTC). Ces organisations estiment que ce projet renforcerait le pouvoir de marché de l’entreprise alors que Facebook n’aurait pas encore donné de solides garanties sur la protection des données de ses usagers comme en témoignent les nouvelles révélations de décembre 2018. Facebook aurait partagé pendant plusieurs années les données personnelles de ses usagers avec plus de 150 entreprises partenaires comme Amazon, Netflix, Spotify, Microsoft, etc. Selon les associations, ces révélations constitueraient une infraction à un accord passé entre Facebook et la FTC en 2011 (ce même accord que l’entreprise n’aurait pas respecté dans l’affaire Cambridge Analytica).

Google : l’entreprise prévoit d’investir 13 Mds USD dans des centres de données aux Etats-Unis

Le 14 février 2019, le PDG de Google Sundar Pichai a annoncé que son entreprise allait investir plus de 13 Mds USD en 2019 dans l’installation de centres de données répartis dans 14 Etats fédérés. L’entreprise insiste notamment sur la contribution économique de ces installations dans des régions souvent présentées comme étant en déclin (ex. : le Sud, le Midwest). Google prévoit en effet d’installer ces centres dans les Etats suivants : Nebraska, Nevada, Ohio, Texas, Oklahoma, Caroline du Sud, Virginie. Selon l’entreprise, ce projet participera à la création de 10 000 emplois dans le secteur de la construction. De plus, une fois que les centres seront opérationnels, Google a l’intention d’embaucher « des dizaines de milliers » de personnes (techniciens de maintenance, agents administratifs, etc.). Cette annonce ancre davantage la stratégie de Google consistant à « sortir de la Silicon Valley » car l’essor du nombre d’employés dans les grandes entreprises de la région de la baie de San Francisco contribuerait à la forte inflation des loyers (et à l’augmentation des inégalités). En décembre 2018, Google avait également annoncé un investissement de plus d’1 Md USD pour accroître sa présence à New York.


Relais d’opinion et Brèves

Publication de l’IP Index par l’ US Chamber of Commerce : la France 4ème sur 50 pays

L’US Chamber of Commerce a publié son Index annuel sur la propriété intellectuelle. La France se hisse à la quatrième place, derrière les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Suède. La réforme sur le droit des brevets a fait progresser les Etats-Unis dans ce domaine. Ce classement est basé sur l’arsenal législatif et réglementaire en matière de PI, mais également la mise en œuvre et la protection effective des droits de propriété intellectuelle, ainsi que les barrières et les instruments de diffusion de l’innovation.

Autres points d’actualité à retenir

Le 13 décembre 2018, le procureur général du District de Columbia a annoncé l’ouverture d’une poursuite judiciaire visant Facebook dans l’affaire Cambridge Analytica. D’autres Etats fédérés ont fait part d’un intérêt similaire (Pennsylvanie, Illinois). La pression judiciaire à l’encontre de Facebook devrait s’accentuer dans les prochains mois alors que l’enquête de la FTC est toujours en cours.

Nominations : Début janvier 2019, la nomination de Geoffrey Starks en tant que commissaire à la FCC a été confirmée par le Sénat américain. De sensibilité démocrate, il remplace Mignon Clyburn. Par ailleurs, le Sénat a également confirmé la nomination de scientifique Kelvin Droegemeier à la tête de l’Office of Science and Technology Policy (OSTP).

Le 3 janvier 2019, le constructeur automobile General Motors (via sa filiale Cruise Automation) et le service de livraison DoorDash ont annoncé un partenariat pour tester la livraison de plats à domicile avec des véhicules autonomes. Des tests auront lieu dans la ville de San Francisco, en 2019, et en la présence d’un conducteur capable de reprendre le volant en cas de difficulté.

Le 22 janvier 2019, Netflix a rejoint la Motion Picture Association of America, quelques mois après avoir quitté l’Internet Association. Il s’agit de la première entreprise « tech » qui rejoint une association professionnelle importante du secteur de la production audiovisuelle.

Fin janvier, Facebook a annoncé l’intégration de trois nouvelles recrues dans ses équipes affaires publiques dédiées à la vie privée. Il s’agit de trois professionnels issus d’organisations qui se sont montrées très critiques vis-à-vis de l’entreprise : Robyn Greene (Open Technology Institute), Nathan White (Access Now) et Nate Cardozo (Electronic Frontier Foundation).

Le 6 février 2019, une enquête du média Motherboard a révélé que des opérateurs télécoms américains comme AT&T, T-Mobile et Sprint vendaient les données de géolocalisation de leurs clients à des entreprises spécialisées dans l’analyse et la revente de ce type de données (ex. : Zumigo, Microbilt, CerCareOne) à d’autres entreprises, certaines spécialisées dans la surveillance. Les FAI ont annoncé la fin de ce type de pratiques mais l’affaire pourrait prendre un retentissement politique.

Le projet de fusion entre les opérateurs de téléphonie mobile T-Mobile et Sprint (cf. Flash Tech n°2018-06) a fait l’objet d’une audition au Congrès, avec la participation des PDGs des deux entreprises. Ces derniers se sont engagés à ce que cette fusion, présentée comme nécessaire pour supporter les investissements nécessaires relatifs à la 5G, ne conduisent pas à une hausse des prix pour les consommateurs. Le projet est toujours en cours d’analyse par la FCC mais de nombreux élus démocrates ont exprimé leur hostilité à cette fusion.

Le 14 février 2019, Amazon a annoncé qu’elle abandonnait son projet de créer un siège newyorkais (cf. Flash Tech n°2018-10) au motif que la collaboration avec les autorités n’était pas « positive ». Depuis l’annonce de l’implantation d’Amazon dans le quartier du Queens, l’entreprise était l’objet d’attaques de la part d’élus et d’associations qui critiquaient les déductions d’impôts octroyées à l’entreprise et craignaient – entre autres – une hausse des loyers liée à l’arrivée de travailleurs très qualifiés. L’entreprise a annoncé qu’elle se recentrait sur les autres villes choisies, notamment Arlington (près de Washington DC).

COMMENTS

WORDPRESS: 0
DISQUS: 0