Flash Tech #2020-02 du 10 mars 2020

Flash Tech #2020-02 du 10 mars 2020

Sommaire

Régulation & Gouvernance

  1. Le Chief Technology Officer de la Maison Blanche insiste sur la dérégulation en commentant les lignes directrice de l’UE en matière d’intelligence artificielle ;
  2. La fusion de T-Mobile et Sprint validée par un juge fédéral de l’Etat de New York ;
  3. Le Sénat adopte, à l’unanimité, le « Secure and Trusted Communications Networks Act » ;
  4. Le procureur général des Etats-Unis évoque une prise de participation américaine dans Nokia ou Ericsson ;
  5. Les poursuites se multiplient à l’encontre de Huawei ;
  6. L’ICANN ne se prononcera pas sur la vente des noms de domaine « .org » à un fonds d’investissement privé avant le 20 avril ;
  7. Un juge de San Diego enjoint Instacart à appliquer la loi AB5 sur les Gig Workers ;
  8. Le procureur général du Nouveau-Mexique ouvre une procédure judiciaire à l’encontre de Google, accusé de collecter les données des enfants scolarisés dans l’Etat ;
  9. Google et LinkedIn enjoignent Clearview à cesser toute collecte de photos ou d’images depuis leurs applications respectives.

Entreprises & Innovations

  1. Les salariés de la Gig Economy s’inquiètent de la propagation du coronavirus ;
  2. Le fonds d’investissement activiste Elliott Management met la pression sur le PDG de Twitter.

Relais d’opinion

  1. Eric Schmidt appelle à reconstruire un Etat fort pour contre l’émergence technologique de la Chine ;
  2. George Soros appelle Mark Zuckerberg et Sheryl Sandberg à quitter la direction de Facebook ;
  3. L’ITIF appelle à la création d’un nouveau bureau de prospective technologique.

Présidentielles 2020

  1. La Silicon Valley divisée entre les candidats Joe Biden et Bernie Sanders ;
  2. L’utilisation, par Michael Bloomberg, des réseaux sociaux, a été critiquée au sein du parti démocrate.

 

Régulation & Gouvernance                                                                             

 

#1 Le Chief Technology Officer de la Maison Blanche critique les lignes directrices de l’Union européenne en matière d’intelligence artificielle

Le 20 février 2020, Michael Kratsios, Chief Technology Officer (CTO) de la Maison Blanche, était invité du think-tank Hudson Institute, au lendemain de la publication des lignes directrices de l’Union européenne en matière d’IA. Il a salué le travail de la commission et s’est félicité de l’existence de valeurs communes entre les Etats-Unis et l’Europe (« values-based approach »). Il a toutefois noté les différences d’approche en matière de régulation, estimant que l’approche américaine (« light-touch regulation ») était moins contraignante, en définissant les risques de manière sectorielle (« creating a spectrum of risk is important »), alors que l’approche casuistique européenne n’était pas adaptée (« clumsily attempted to bucket AI as high-risk or not high-risk – this ‘all or nothing’ approach is not the best approach »).

Par ailleurs, le CTO de la Maison Blanche a défendu le modèle américain, basé sur la libre entreprise : malgré les investissements du gouvernement chinois (à cet égard, Michael Kratsios appelle à se méfier des effets d’annonce), le secteur privé américain (Google et IBM), a été le premier à atteindre la suprématie quantique. Ainsi, les investissements de l’administration sont ciblés et ils accompagnent les startups et les PME (« early stage and procompetitive approach »), sans se substituer à l’investissement privé.

 

#2 La fusion de T-Mobile et Sprint validée par le tribunal fédéral de New York

Le tribunal fédéral de New York a approuvé, le 11 février 2020, la fusion entre T-Mobile et Sprint. Dans sa décision, Victor Marrera, juge du tribunal fédéral, a estimé que l’opération n’était pas de nature à « réduire sensiblement l’intensité concurrentielle » sur le marché des communications mobiles. La décision estime adéquats les « remèdes » proposés par le Department of Justice (DoJ) pour maintenir l’intensité concurrentielle sur le marché : le 26 juillet 2019, le DoJ avait assorti son agrément à l’introduction de Dish Networks – opérateur satellite qui distribue des offres de télévision – sur le marché des communications mobiles. La procédure a été entachée par plusieurs soupçons d’irrégularités. D’après Bloomberg, Makan Delrahim, chef de la division antitrust du DoJ, aurait œuvré pour faciliter la procédure d’agrément auprès de la FCC et du Congrès américain, en conseillant notamment Dish Network dans le cadre de la procédure.

Letitia James, procureure générale de l’état de New York, a annoncé qu’elle ne ferait pas appel de la décision. La fusion entre T-Mobile et Sprint doit encore recevoir l’agrément de la California Public Utilities Commission, dernière autorité compétente en la matière.

 

#3 Le Sénat américain adopte deux propositions de loi pour sécuriser les réseaux 5G

Le Sénat a adopté, le 27 février 2020, la proposition de loi Secure and Trusted Communications Networks Act, adoptée par la Chambre des représentants le 16 décembre 2019. Les sénateurs ont adopté le texte à l’unanimité et sans amendements. Il vise à (i) établir une liste des équipements susceptibles de menacer la sécurité nationale et la protection des données personnelles des citoyens américains ; (ii) interdire les subventions fédérales aux équipements suscités et (iii) créer un fonds d’1 Md USD afin de subventionner ledit rééquipement, pour tout opérateur disposant de moins de 2 M d’abonnés. Enfin, la proposition de loi vise à mieux informer les opérateurs concernés par les rééquipements via la déclassification de plusieurs informations confidentielles. La proposition de loi doit désormais être promulguée par le président américain. Suite à son adoption, le porte-parole de Huawei a estimé qu’elle n’était pas financée (« underfinanced ») et qu’elle coûterait au contribuable américain : en mai 2019, plusieurs sénateurs avaient introduit une proposition de loi concurrente, qui créait un fond d’un montant moins ambitieux (700 M USD) mais qui était financé par le résultat des enchères 5G et non indirectement par le budget de l’Etat fédéral.

Par ailleurs, le 4 mars 2020, le Sénat a adopté une autre proposition de loi, le « Secure 5G and Beyond Act », qui avait déjà été adoptée à la Chambre des représentants. La proposition de loi enjoint à la Maison Blanche de publier une stratégie pour s’assurer de la sécurité et du déploiement des réseaux 5G sur le territoire américain avec l’appui de la National Telecommunications and Information Administration (NTIA). Alors que Donald Trump avait promis de présenter une telle stratégie avant l’automne 2019, rien n’a été publié à ce stade.

 

#4 Le procureur général des Etats-Unis milite pour une prise de participation américaine dans Nokia ou Ericsson

Le 6 février 2020, lors d’une conférence organisée par le Center for Strategic and International Studies, William Barr, procureur général des Etats-Unis, a évoqué le débat sur la 5G  qui divise l’administration américaine. Il a estimé essentiel que les Etats-Unis et leurs alliés soient capables de concurrencer Huawei dans les prochaines années et a appelé, à court terme, à prendre deux types de décision : (i) la libération d’une quantité importante de spectre hertzien et, à moyen terme, (ii) l’identification d’une entreprise capable de concurrencer Huawei (« the horse we’re gonna ride »). Pour le procureur général des Etats-Unis, une prise de participation, voire de contrôle, de Nokia ou d’Ericsson par une entreprise américaine ou un consortium euro-américain devrait être envisagée.

Cette proposition a été sévèrement critiquée par Larry Kudlow, conseiller économique de la Maison Blanche, et Robert Blair, représentant spécial du président américain pour la coordination internationale des politiques de télécommunications.

 

#5 Les poursuites se multiplient à l’encontre de Huawei

Le 13 février 2020, le département de la Justice (DoJ) a inculpé Huawei de violation de secrets industriels. L’entreprise chinoise est mise en cause pour avoir tenté de dérober les secrets de six entreprises aux États-Unis (selon la presse, il s’agirait de Cisco, Motorola, Fujitsu, Quintel, T-Mobile et CNEX). De nouvelles inculpations pour contournement des sanctions américaines visant la Corée du Nord ont en outre été prononcées à l’égard de Huawei.  Lors d’une conférence organisée par le Center for Strategic and International Studies (CSIS), le 6 février, le procureur général des États-Unis, William Barr, avait signalé l’intention de la justice américaine d’accélérer les poursuites visant l’entreprise chinoise.

Plus largement, s’opposant à la Chine, le directeur du FBI, Christopher Wray, avait renchéri en déclarant que plus d’un millier d’enquêtes visant des faits supposés de vol de propriété intellectuelle ou de non-déclaration de conflits d’intérêt liés à des programmes chinois de recrutement de chercheurs étrangers avaient été ouvertes.

Le 6 février 2020, Huawei a lancé une contre-attaque, en intentant des procès à l’encontre de Verizon, devant deux tribunaux du Texas, pour violation de brevets. L’entreprise chinoise accuse Verizon d’une série de violations de brevets, dans des domaines variés (infrastructures ; protocoles d’accès à distance ; etc.). Des négociations avaient été entamées sans toutefois aboutir, poussant Huawei à saisir la justice. Lors d’une audition au Sénat américain, Dan Sullivan (R-Alaska) a critiqué la stratégie poursuivie par Huawei à cet égard, soulignant le manque de réciprocité pour les entreprises américaines souhaitant saisir les tribunaux chinois en matière de propriété intellectuelle.

 

#6 L’ICANN ne se prononcera pas sur la vente des noms de domaine «  .org » à un fonds d’investissement privé avant le 20 avril  

L’Internet Society (ISOC), société à but non-lucratif, qui possède le « Public Interest Registry » (PIR), registre gérant les noms de domaine « .org » (traditionnellement utilisés par les associations à but non-lucratifs, ainsi que par les éditeurs de logiciel en open source) avait annoncé, en novembre 2019, la cession du PIR à Ethos Capital, un fonds d’investissement privé, pour un montant de 1,1 Md USD.

La vente du PIR a fait l’objet de critiques au sein de la classe politique américaine (par exemple, des sénateurs démocrates Ron Wyden [D-Oregon] et Elizabeth Warren [D-Massachussetts]). Les élus craignent notamment que la cession conduise à une augmentation substantielle des tarifs, bien qu’Ethos Capital ait promis de limiter ces augmentations à 10 % par an. Plusieurs think-tanks progressistes, comme l’Electronic Frontier Foundation (à l’origine de la pétition « Save .org ») craignent une privatisation d’internet et appellent à développer un modèle alternatif pour la gestion des noms de domaine. Enfin, le 23 janvier, le procureur général de Californie a saisi l’ICANN afin que l’organisme fournisse un certain nombre de documents relatifs à la cession du PIR à Ethos Capital. En conséquence, l’ICANN, qui devait donner son agrément à la cession avant fin février, a reporté sa décision au 20 avril 2020. Dans l’intérim, le sujet devrait être abordé le 9 mars, lors de l’assemblée générale de l’ICANN.

 

#7 Un juge de San Diego enjoint Instacart à appliquer la loi AB5 sur les Gig Workers

Dans une décision du 25 février 2020, le tribunal du comté de San Diego a demandé à l’entreprise de livraison à domicile Instacart de modifier ses pratiques vis-à-vis des travailleurs indépendants, dans la mesure où ceux-ci pourraient « très probablement » être requalifiés en salariés si un procès était organisé.

Depuis janvier 2020, les entreprises de Gig economy ont l’obligation de se conformer à la loi AB5 qui définit un test dit « ABC » permettant de déterminer si un travailleur peut être qualifié d’indépendant. Les grandes entreprises de la Gig Economy (dont Uber et Lyft), ont déjà opéré plusieurs modifications, jugées par beaucoup comme insuffisantes, des conditions de travail de leurs travailleurs. Alors que les entreprises de la Gig Economy se sont organisées pour proposer un référendum d’initiative populaire (« ballot initative ») pour faire annuler cette loi lors des prochaines élections de novembre, plusieurs centaines de travailleurs du secteur ont intenté une action en justice pour forcer leurs employeurs à les requalifier en salariés et les indemniser.

 

#8 Le procureur général du Nouveau-Mexique ouvre une procédure à l’encontre de Google pour violation des dispositions du Children’s Online Privacy Protection Act

D’après le New York Times, Hector Balderas, procureur général du Nouveau Mexique a ouvert, le 20 février 2020, une procédure judiciaire à l’encontre de Google. L’entreprise est accusée d’avoir collecté les données personnelles des enfants scolarisés dans l’Etat, violant ainsi les dispositions du Children’s Online Privacy Protection Act (COPPA), qui protège les données personnelles des mineurs de moins de treize ans de toute collecte sans accord préalable des parents. Google aurait utilisé plusieurs services dans ce cadre, dont Google Drive, Gmail ou encore Google Calendar. Jose Castaneda, un porte-parole du groupe, a nié les faits reprochés à Google, estimant que les établissements scolaires, et non l’entreprise, étaient responsables des modalités de collecte de données des services « G Suite for Education ».

La procédure judiciaire n’est pas inédite pour Google : en septembre 2019, l’entreprise avait accepté de payer 170 M USD, la Federal Trade Commission estimant que l’entreprise avait violé les dispositions du Children’s Online Privacy Protection Act.

 

#9 Google et LinkedIn enjoignent Clearview à cesser toute collecte de photos ou d’images depuis leurs applications

D’après CBS News, Google (ainsi que YouTube), Venmo (entreprise de paiement en ligne) et LinkedIn ont enjoint Clearview à stopper toute collecte d’images sur leurs applications respectives. Le 24 janvier, Gurbir Grewal, procureur général de l’Etat du New Jersey, avait sommé la police de l’Etat de stopper toute collaboration avec Clearview.

La polémique autour de la startup new yorkaise s’amplifie, depuis la publication, par le New York Times, le 18 janvier, d’un article révélant l’utilisation, par Clearview, de plus de 3 milliards de photos et d’images publiées sur les différents réseaux sociaux. Dans un entretien accordé à CNN, le fondateur – controversé – de l’application, avait défendu son modèle économique, alors que les services de la startup seraient utilisés par le FBI et plusieurs administrations américaines.

 

Entreprises & Innovation                                                                                                   

 

#10 Les salariés de la Gig Economy s’inquiètent de la propagation du Coronavirus

Dans un article publié le 2 mars 2020, le Washington Post relaie l’inquiétude des salariés de la Gig Economy vis-à-vis de la propagation du virus sur le territoire américain.

Alex Rosenblat, auteur de l’ouvrage « Uberland: how algorithms are rewriting the rules of work », rappelle que les Gig Workers s’exposent à des risques importants, du fait de leur classification en tant qu’indépendants. Ces derniers n’ont pas accès à une assurance de santé ou à des congés payés, alors qu’ils sont en première ligne face à la propagation du virus. Le Washington Post rappelle qu’au pic de l’épidémie en Chine, Didi, concurrent d’Uber, avait fermé sa plateforme pendant plusieurs semaines. A ce stade, les plateformes de ride-sharing (Lyft ; Uber ; etc.) et les autres entreprises de la Gig Economy n’ont pas annoncé de mesures particulières, mais ont simplement publié des recommandations pour leurs chauffeurs. Dans ce cadre, Silicon Valley Rising, une campagne en faveur des travailleurs indépendants, a demandé aux entreprises de la Gig Economy d’inclure les travailleurs indépendants dans leur gestion de la crise, en fournissant des équipements, un accès à une assurance santé et le paiement de congés maladie. D’après l’U.S. Bureau of Labor Statistics, le problème pourrait concerner l’ensemble de l’industrie des services, dans lesquelles seuls 46 % des travailleurs bénéficient de congés maladie rémunérés.

 

#11 Jack Dorsey poussé vers la sortie par le fonds activiste Elliott Management

D’après Bloomberg, le fonds d’investissement activiste Elliott Management – qui possède 1 Md USD d’actions de Twitter soit 4% du capital de l’entreprise – a désigné quatre nouveaux membres du conseil d’administration hostiles à Jack Dorsey. Le fonds Elliott Management reprocherait au PDG et co-fondateur de l’entreprise sa mauvaise gestion du réseau social et son éloignement croissant : en novembre 2019, Jack Dorsey avait annoncé qu’il résiderait la moitié de l’année sur le continent africain.

D’après le Wall Street Journal, la menace est réelle pour le PDG de Twitter : les statuts de l’entreprise accordent à chaque actionnaire un droit de vote équivalent. Or, Jack Dorsey ne possède que 2 % des actions de la société. Ce dernier avait été écarté de l’entreprise en 2008, avant de revenir, en tant que PDG, en 2015. A ce stade, Twitter n’a pas commenté l’information.

 

Relais d’Opinion                                                                                                  

 

#12 Eric Schmidt appelle à reconstruire un Etat fort pour contrer l’émergence technologique de la Chine

Dans une tribune publiée le 28 février 2020 par le New York Times, Eric Schmidt, ancien PDG de Google, appelle à reconstruire un Etat fort, afin de remporter la guerre technologique et la concurrence des systèmes qui opposent les États-Unis à la Chine. Il rappelle le rôle des institutions publiques dans le financement des études des grands entrepreneurs de la Silicon Valley.

Pour l’ancien PDG de Google, une régulation accrue est nécessaire afin de restaurer la confiance dans les grandes entreprises technologiques, condition sine qua none pour que l’administration puisse envisager des partenariats avec les grandes entreprises technologiques et contrer le développement des technologies chinoises. Par ailleurs, il est indispensable, pour Eric Schmidt, d’inventer un modèle alternatif à la Chine, et à l’utilisation massive de technologies à des fins de surveillance des populations. Néanmoins, il estime qu’il est important de ne pas rompre tout lien avec la Chine et de continuer à collaborer sur la recherche et sur l’IA et dans la lutte contre le changement climatique. Ces réflexions (augmentation des ressources allouées à la recherche ; création d’un « national research cloud ») pourraient être reprises au sein du rapport que remettra la commission bipartisane sur l’IA que préside Eric Schmidt. La tribune du PDG de Google marque un tournant, ce dernier s’étant opposé pendant des années à toute notion de régulation de l’économie numérique et à toute intrusion de l’Etat fédéral.

 

#13 George Soros appelle Mark Zuckerberg et Sheryl Sandberg à quitter la direction de Facebook  

Le 31 janvier 2020, dans une tribune publiée par le New York Times, le milliardaire et philanthrope George Soros a appelé Mark Zuckerberg et Sheryl Sandberg à quitter la direction de Facebook (« One way or another, they should not be left in control of Facebook »). Dans sa tribune, George Soros estime que Facebook et le Président partagent des intérêts communs (« an informal mutual assistance or agreement developing between Trump and Facebook ») : le président pourrait se servir du réseau social pour être réélu, et Mark Zuckerberg du Président pour préserver son modèle économique. Il rappelle qu’en 2016, Facebook avait fourni à la campagne de Donald Trump une équipe et des outils pour optimiser le ciblage publicitaire des citoyens. Une aide similaire avait été proposée à la campagne d’Hillary Clinton, qui l’avait néanmoins refusé.

Il relève par ailleurs le nombre croissant d’entretiens entre Donald Trump et Mark Zuckerberg, auxquels la presse américaine fait régulièrement écho, et critique le débauchage par Facebook de Jennifer Williams, productrice de l’émission Fox & Friends, proche des conservateurs. Enfin, il estime que la politique récemment établie par Facebook – ne pas vérifier la véracité des clips politiques – est insidieuse (« has flund open the door for false, manipulated, extreme and incendiary statements »), avant de  conclure que Facebook n’est désormais plus une plateforme neutre, mais un éditeur de service, qui devrait être responsable des contenus qu’il publie.

 

#14 L’ITIF appelle à la recréation d’un bureau de prospective technologique

Dans une tribune publiée le 2 mars 2020, Robert D. Atksinson, président de l’Information, Technology and Innovation Foundation (ITIF), think tank pro-business et pro-technologie, a appelé à créer un bureau de prospective technologique, comme l’Office of Technology Assessment (OTA), qui avait été supprimé en 1995 par George Bush. Le président de l’ITIF estime que le Government Accountability Office (GAO) et le Congressional Research Service (CRS) ne sont plus adaptés pour suivre les évolutions technologiques et n’ont pas les compétences nécessaires en interne. Il suggère par conséquent de développer une structure dédiée, comme l’OTA, en modernisant ses procédures, qui avaient été critiquées au début des années 1990, et en coordonnant son action avec le GAO et le CRS. Les appels se multiplient pour doter l’Etat fédéral d’une agence de prospective technologique : pendant sa campagne pour l’investiture démocrate et avant son retrait de la course, l’entrepreneur Andrew Yang avait également appelé à recréer l’OTA.

 

Présidentielle 2020                                                                                          

#15 La Silicon Valley divisée entre les candidats Joe Biden et Bernie Sanders

Dans un article publié le 2 mars 2020, le New York Times relève la division qui existe au sein de la Silicon Valley. Alors que les salariés des grandes entreprises de la tech ont largement soutenu Bernie Sanders, les dirigeants de ces dernières s’organisent pour contrer le sénateur du Vermont (« anyone but Sanders »), notamment en finançant les candidats démocrates plus modérés (Reed Hastings a financé la campagne de Pete Buttigieg, qui vient d’apporter son soutien à Joe Biden ; Eric Schmidt a également donné son soutien à Joe Biden). Le New York Times rappelle la proximité de Pete Buttigieg avec plusieurs investisseurs de la Silicon Valley, dont Swati Mylavarapu (à laquelle le Wall Street Journal avait consacré un portrait début janvier) et son compagnon Matt Rogers, co-fondateur de Nest. Alors que Bernie Sanders est devenu un prétendant sérieux pour la nomination démocrate, les membres du parti républicain semblent optimistes vis-à-vis des futures échéances électorales, la présidente du parti en Californie imputant ce regain de popularité aux actions entreprises par les démocrates à l’égard des Big Tech (« California Democrats just really haven’t been good friends to Silicon Valley »). Les conservateurs reçoivent ainsi le soutien de plusieurs personnalités de la Silicon Valley, dont Peter Thiel, fondateur de PayPal et proche de Donald Trump, et Larry Ellison, PDG d’Oracle.

 

#16 L’utilisation, par Michael Bloomberg, des réseaux sociaux, a été critiquée au sein du parti démocrate

Le 19 février 2020, le Wall Street Journal a révélé que la campagne de Michael Bloomberg avait embauché plus de 500 salariés, des « deputy digital organizers », dans le cadre des primaires démocrates de Californie, afin qu’ils relaient des messages préenregistrés sur les réseaux sociaux. L’équipe de Michael Bloomberg s’était appuyée sur Outvote, une application développée par une startup proche du parti démocrate. Deux jours plus tard, Twitter a suspendu les comptes de 70 deputy digital organizers, estimant que les comptes violaient les règles du réseau social contre la manipulation et les spams publiées en septembre 2019. A l’inverse, si Facebook et Instagram demandent aux « influenceurs » de signaler lorsqu’une publication est sponsorisée, l’entreprise n’avait pas réagi.

Plus globalement, les méthodes de campagne de Michael Bloomberg ont été largement critiquées par les membres du parti démocratique, estimant que ce dernier reprenait les méthodes utilisées par Donald Trump lors de l’élection présidentielle de 2016, notamment les « campagnes de désinformation ».

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