Flash Politique commerciale n°5crédit photo : pixabay.com

Flash Politique commerciale n°5

A la veille de la cérémonie d’inauguration, le 20 janvier, qui marque l’arrivée au pouvoir officielle de Donald Trump, l’attention se concentre sur le Sénat où les personnalités choisies par le Président élu pour diriger la prochaine administration sont auditionnées en vue de leur confirmation par la Chambre Haute.

1. Administration

Donald Trump a poursuivi la constitution de son équipe de politique commerciale et son action pour convaincre les industriels américains de maintenir, ou de rapatrier, leur production aux Etats-Unis.

Donald Trump a annoncé le 3 janvier le nom de son candidat au poste d’United States Trade Representative (USTR) – le ministre en charge des négociations commerciales : il s’agit de Robert Lighthizer, un avocat spécialisé dans les différends commerciaux. Ce dernier a déjà travaillé dans cette institution en tant qu’USTR adjoint lors de la présidence Reagan. M. Trump a cité l’expérience de M. Lighthizer en matière de défense commerciale comme un des éléments déterminants de son choix (« He has extensive experience striking agreements that protect some of the most important sectors of our economy, and has repeatedly fought in the private sector to prevent bad deals from hurting Americans. »)

Fin décembre, M. Trump a nommé Peter Navarro – un professeur d’économie à l’Université de Californie à Irvine – à la tête du National Trade Council, qui va être créé au sein de la Maison Blanche. M. Navarro est connu pour ses critiques de la politique économique et commerciale chinoise, exposées notamment dans un documentaire qu’il a réalisé en 2012 intitulé Death by China. Le New York Times estime que si Donald Trump a choisi des partisans d’un renforcement important de la défense commerciale pour mener sa politique commerciale, ce n’est pas le cas d’autres personnalités également nommées à des postes clé, comme Rex Tillerson – candidat au poste de Secretary of State – et Terry Brandstad – gouverneur de l’Iowa choisi par M. Trump pour le poste d’ambassadeur en Chine.

Le Président élu poursuit sa politique de pression sur les industriels pour qu’ils maintiennent voire rapatrient leur production sur le territoire américain. M. Trump a ainsi tancé Ford, General Motors et Toyota sur Twitter. Ford a renoncé à un investissement de 1,6 Mds d’USD destiné à la construction d’une usine de voitures compactes au Mexique. Ford a annoncé qu’elle ferait assembler les voitures en question dans une usine déjà existante au Mexique, et qu’elle investirait 700 M d’USD dans une usine de véhicules électriques dans le Michigan, ce qui est censé créer 700 emplois. D. Trump s’est réjoui de ce changement de stratégie (« Thank you to Ford for scrapping a new plant in Mexico and creating 700 new jobs in the U.S. This is just the beginning – much more to follow. »)

Dans sa Farewell Address du 10 janvier, le Président Obama a brièvement évoqué la problématique du commerce international, estimant que les échanges doivent être « non seulement libres, mais justes ». Il a cependant estimé que la « dislocation économique » ne résulte pas de la globalisation, mais du progrès technique et de l’automatisation (« the next wave of economic dislocation won’t come from overseas. It will come from the relentless pace of automation that makes many good, middle-class jobs obsolete. ») Il a appelé à forger un nouveau contrat social, axé sur le renforcement des « filets de protection sociale » (safety nets) et une réforme fiscale permettant de redistribuer les profits de la nouvelle économie.

Le 9 janvier, Donald Trump a rencontré Jack Ma, le fondateur et PDG d’Alibaba, le géant chinois du e-commerce pour discuter d’un plan d’ouverture du marché chinois aux PME américaines qui est censé créer plus d’un million d’emplois aux Etats-Unis au cours des cinq prochaines années. Pourtant, Alibaba a récemment figuré sur la liste des « notorious markets » dressée chaque année par l’USTR en raison de sa politique laxiste vis-à-vis de la contrefaçon.

M. Trump a également rencontré Bernard Arnault le 9 janvier. M. Arnault est le premier patron français à rencontrer le Président élu depuis son élection. Selon D. Trump, les deux hommes auraient discuté d’emploi (« They’re going to do some wonderful things in this country: jobs, a lot of jobs. »)

Le bureau de l’United States Trade Representative a publié le 6 janvier un rapport sur le respect par la Chine des normes de l’OMC. Ce rapport décrit un bilan en demi-teinte (« a mixed bag »), critiquant notamment les interventions gouvernementales dans l’économie et le rôle des entreprises d’Etat (« China likewise must reform state-owned enterprises, eliminate preferences for domestic national champions and remove market access barriers currently confronting foreign goods and services. Otherwise, China’s economic challenges will only increase and become more difficult to solve. ») Le rapport rappelle que l’administration Obama a engagé 20 procédures à l’encontre de la Chine devant l’Organe de Règlement des Différends de l’OMC.

Le President’s Council of Advisors on Science and Technology a publié un rapport le 6 janvier sur l’avenir de l’industrie américaine des semi-conducteurs, dont une grande partie est consacrée à la Chine. Ce rapport dénonce une tentative chinoise d’accaparement du marché (plus de 100 Mds de dollars d’investissement dans le secteur sur 10 ans), estimant qu’elle remet en cause non seulement la compétitivité américaine, mais également la sécurité nationale.

Selon Boris Johnson, ministre des Affaires Etrangères britannique, les conseillers de M. Trump – Jared Kushner et Steve Bannon – lui auraient affirmé que le Royaume-Uni se trouvait dorénavant « en première ligne » pour négocier un accord de libre-échange avec les Etats-Unis (« We hear that we are first in line to do a great free trade deal with the United States. So, it’s going to be a very exciting year for both our countries. ») Il s’agit là d’une référence à une déclaration de Barack Obama avant le vote sur le Brexit, le Président avait affirmé qu’en cas de sortie de l’Union Européenne, le Royaume-Uni serait « à la fin de la queue » pour négocier avec son pays.

Au cours d’une conférence de presse le 11 janvier, la première depuis juin 2016, M. Trump a réitéré sa volonté d’instaurer une « taxe aux frontières » sur les produits importés aux Etats-Unis par des entreprises ayant délocalisé leurs usines (« You want to move your plant, and you think, as an example, you’re going to build that plant in Mexico, and you’re going to make your air conditioners or your cars, or whatever you’re making, and you’re going to sell them through what will be a very, very strong border … Not going to happen. You’re going to pay a very large border tax. »)

2. Débats au Congrès

Les candidats choisis par Donald Trump pour intégrer son gouvernement sont auditionnés un à un par le Sénat, la Chambre Haute devant confirmer leur nomination par un vote pour leur permettre d’entrer en fonction.

Les candidats choisis pour des postes ministériels par Donald Trump doivent bénéficier d’un vote de confirmation par le Sénat pour être officiellement nommés. C’est notamment le cas de Wilbur Ross, futur Ministre du Commerce en cas de confirmation par le Sénat.

L’audience de Rex Tillerson ex-PDG du groupe pétrolier Exxon Mobil et candidat au poste de Secretary of State, s’est tenue le 11 janvier. A cette occasion, il s’est distingué du Président élu sur le TPP en déclarant qu’il n’était pas opposé à l’accord, tout en ajoutant qu’il n’était pas certain que le résultat final serve « tous les intérêts des Etats- Unis. »

L’annonce du choix de M. Lighthizer pour le poste d’USTR a suscité peu de réactions chez les parlementaires républicains, le Président de la Commission de Finances du Sénat, Orrin Hatch, s’étant contenté de dire qu’il anticipait « une discussion vigoureuse » lors de l’audience de M. Lighthizer. Le Sénateur Sherrod Brown, un Démocrate de l’Ohio très critique des accords de libre-échange, a déclaré qu’il pensait M. Lighthizer capable d’engager « un retrait du TPP, une renégociation de l’ALENA et un départ sur de nouvelles bases pour les relations sino-américaines ».

Lors de son audience devant le Sénat le 11 janvier, Elaine Chao – ex-Labor Secretary et future Transportation Secretary sous réserve d’une confirmation par le Sénat – a déclaré qu’elle intègrerait un critère « Buy America » dans le futur plan d’infrastructures annoncé par D. Trump. Pour mémoire, Mme Chao s’était fermement opposée à cette disposition en 2009 dans une tribune publiée sur le site de la Heritage Foundation, estimant que cette stratégie nuirait à la crédibilité américaine en matière de commerce international (« The « Buy America » provision (« Dig a moat around America ») in the stimulus package did more than squander America’s credibility on international trade. »)

Bob Corker, le Président de la Foreign Relations Committee du Sénat a confirmé son enthousiasme pour un ALE américano-britannique après sa rencontre avec Boris Johnson (« They will take a front seat and I think it will be our priority to make sure that we deal with them on a trade agreement initially but in all respects in a way that demonstrates the long-term friendship that we’ve had for so long. »)

Dans une tribune publiée dans le journal The Hill, Kevin Brady, Président du House Ways and Means Committee (la Commission des Finances de la Chambre des Représentants) a insisté sur la nécessité d’appliquer de façon plus stricte les normes qui régissent le commerce international.

3. Parties prenantes

Les parties prenantes attendent de voir à la veille de l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle administration : les groupes les plus réservés quant aux accords de libre-échange se réjouissent de sa volonté de renforcer la défense commerciale, tandis que la communauté d’affaires semble favorable aux importantes baisses d’impôt annoncées par le Président élu.

Richard Trumka, le Président de l’AFL-CIO, la principale fédération de syndicats américains, a tenu une conférence de presse le 3 janvier avec 8 membres de la Chambre des Représentants, pour demander une renégociation de l’ALENA. M. Trumka s’est déclaré prêt à travailler avec le nouveau Président pour réformer l’accord, estimant que D. Trump n’aurait pas assez de soutiens républicains pour le faire seul (« We wanted him [Donald Trump] to know that we’ll work with him on doing that. I don’t think he has enough Republican support to do it, and rewriting the rules of trade is a necessary first step in righting the economy for working people. »)

Tom Donohue, le Président de l’US Chamber of Commerce qui avait exprimé il y a quelques mois d’importantes réserves quant au programme commercial de M. Trump, s’est félicité au cours des voeux de son organisation des opportunités ouvertes par l’arrivée au pouvoir du Président élu. En effet, il a estimé que les politiques économiques annoncées par M. Trump sont favorables à la croissance et s’est réjoui de la volonté de ce dernier de conclure de nouveaux accords de libre-échange (« The reality we face is clear. If we want more growth, more trade would help a lot. The president-elect says he wants to expand trade and negotiate strong, new trade deals for our country. We agree. »)

4. Relais d’opinion

La presse américaine a analysé les profils des différents candidats choisis par Donald Trump pour définir sa politique commerciale, Robert Lighthizer étant généralement perçu de façon favorable.

Le magazine Foreign Policy a publié début janvier un article sur Robert Lighthizer, le candidat choisi par le Président élu pour le poste d’USTR, intitulé « Trump’s new trade guru may actually be the adult in the room ». Selon David Francis, auteur de l’article, l’expérience de M. Lighthizer et son propos, qui serait plus nuancé que ceux de Peter Navarro et de Wilbur Ross, rassureraient l’establishment washingtonien. Lorsque M. Lighthizer travaillait à l’USTR, les Etats-Unis étaient engagés dans une compétition commerciale avec le Japon, qui n’est pas sans rappeler la relation sino-américaine actuelle. C’est lui qui aurait convaincu, non seulement le Japon, mais également la Corée du Sud, le Mexique et le Royaume- Uni d’adopter des restrictions volontaires d’exportations dans le domaine de l’acier au cours des années 1980. Selon Foreign Policy, M. Lighthizer, un praticien du droit commercial depuis trois décennies, serait plus enclin à agir à « l’intérieur du système » que MM. Navarro et Ross.

Le comité de rédaction du Washington Post a consacré un éditorial à Robert Lighthizer, citant les propos tenus par ce dernier au cours d’une audition au Congrès en 2010. Il avait à l’époque jugé que l’entrée de la Chine à l’OMC avait été un échec, ce statut de membre n’ayant pas amené la Chine à adopter des normes plus démocratiques ou plus conformes à une logique de marché. Il avait également estimé que ces dysfonctionnements légitimaient l’imposition unilatérale de droits de douane sur les produits chinois (qualifiée de « dérogation » aux engagements américains dans le cadre de l’OMC) au risque d’un conflit commercial avec la Chine (« heightened trade frictions. »)

Alors que l’administration Obama prendra fin le 20 janvier – jour de l’inauguration du nouveau Président – la presse spécialisée dans la politique commerciale dresse le bilan des huit dernières années. Les médias soulignent le fait que nombre de négociations n’ont pu déboucher sur un accord (TPP, TTIP, Traité d’investissement bilatéral avec la Chine, le cycle de Doha à l’OMC, EGA, TISA). Ainsi, le Partenariat Trans-pacifique, censé être l’une des principales initiatives du Président Obama n’a finalement pas été soumis au Congrès après de longues et difficiles négociations avec les onze autres pays participants. Parmi les initiatives menées à bien, Inside US Trade cite la libéralisation des relations commerciales avec Cuba, la Trade Promotion Authority (TPA) en 2015, ainsi que les accords de libre-échange conclus avec la Colombie, la Corée du Sud et le Panama.

Morning Trade, la newsletter de Politico dédiée à la politique commerciale, a évoqué l’enjeu de la répartition des rôles au sein des différentes institutions et personnalités qui vont être chargées de définir la politique commerciale américaine à partir du 20 janvier. En effet, cette mission relève en général de l’USTR, M. Trump a d’ores et déjà annoncé que Wilbur Ross jouera un rôle clé en matière de définition de cette politique. Il n’est pas évident de savoir à ce stade comment se positionneront Peter Navarro, Président du nouvellement formé Conseil national du Commerce, et Jason Greenblatt, que le Président élu a nommé Représentant spécial chargé des négociations internationales.

Le 10 janvier, l’économiste démocrate Larry Summers a déclaré que la politique commerciale de D. Trump, telle que présentée dans un rapport co-rédigé par Peter Navarro et Wilbur Ross, était « l’équivalent économique du climato-scepticisme ou du créationnisme ».

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