Flash Politique commerciale n° 2017-3

Flash Politique commerciale n° 2017-3

SOMMAIRE

ADMINISTRATION

L’administration semble toujours se trouver dans la phase préliminaire de la définition de son programme commercial.

DEBATS AU CONGRES

Les membres du Congrès multiplient les contacts avec la nouvelle administration, tentant aussi bien d’en déchiffrer les intentions que d’en influencer les orientations.

PARTIES PRENANTES

Certaines entreprises américaines se mobilisent pour éviter la mise en œuvre de politiques commerciales susceptibles de leur être défavorables.

RELAIS D’OPINION

La presse américaine s’interroge sur le contenu et les conséquences de la politique commerciale de la nouvelle administration américaine, toujours en cours de définition.

ADMINISTRATION

Donald Trump a annoncé sa volonté de faire évoluer les relations commerciales des Etats-Unis avec le Japon et le Canada, en rencontrant ses homologues.

Le Président des Etats-Unis s’est entretenu avec Shinzo Abe, le Premier ministre japonais, qu’il avait déjà rencontré au début de la transition. Suite à cette rencontre, un dialogue économique bilatéral spécial a été établi entre le Japon et les Etats-Unis, les échanges commerciaux étant l’un des sujets de discussion de ce dialogue. Il est à noter que les deux leaders n’ont pas annoncé le lancement d’un accord de libre-échange bilatéral, attendu par certains observateurs, le Premier ministre japonais ayant rappelé sa préférence pour les accords de libre-échange (ALE) multilatéraux. L’administration américaine aurait insisté pour que le communiqué de clôture de la visite annonce le lancement d’un accord bilatéral, ce qui n’a pas été le cas en raison de la réticence du Japon.

Donald Trump a rencontré le Premier Ministre canadien Justin Trudeau pour la première fois le 13 février. M. Trudeau a également rencontré Paul Ryan, le Speaker of the House, et Mitch McConnell, le Majority Leader du Sénat. Suite à son entretien avec J. Trudeau, D. Trump a déclaré qu’il ne souhaitait qu’une modeste évolution (« tweaking ») de la relation commerciale américano-canadienne.

Le nouveau Treasury Secretary, Steven Mnuchin, a appelé Christine Lagarde, la Directrice Générale du FMI, à utiliser son pouvoir de surveillance pour éviter que ses membres ne manipulent leur taux de change.

 

DEBATS AU CONGRES

Les membres du Congrès organisent des réunions avec l’équipe commerciale de D. Trump afin de mieux comprendre les futures orientations de l’administration en la matière.

Mi-février, Orrin Hatch (Rép. – Utah), le Président de la Commission des Finances du Sénat, a convoqué Peter Navarro, directeur du National Trade Council de la Maison Blanche, et Jason Greenblatt, le Représentant spécial du Président pour les négociations internationales, pour une réunion consacrée aux priorités de l’administration en matière de commerce international. Le principal enseignement de la réunion – selon plusieurs participants – est que la nouvelle administration ne poursuivra pas d’ALE multilatéraux. Selon M. Hatch, l’intention de la nouvelle administration serait de transformer le TPP en ALE bilateral nippo-américain avant de se tourner vers l’Europe (« They’ll probably go straight to Japan; and once they have Japan other nations are going to come on board, and then they’re going to have to do the same thing over in Europe. »)

La « border adjustment tax » (BAT), projet défendu par les Républicains au Congrès, n’a pas encore reçu l’approbation du Président. De plus, les Républicains au Sénat semblent réticents à adopter un dispositif susceptible de violer les règles OMC. Orrin Hatch a ainsi déclaré à Bloomberg qu’il avait encore « de vraies questions » sur la BAT. L’establishment de la politique commerciale américain apparaît conscient que cela pourrait mener au plus gros contentieux jamais traité par cette instance de l’OMC. Kevin Brady, Président de la Commission des Finances de la Chambre des Représentants a cependant écarté la possibilité d’un litige (« We are designing this to be WTO compatible. »)

John McCain, dont les prises de position sont déterminantes en raison de la courte majorité républicaine au Sénat, exprime des réticences quant aux orientations de l’administration en matière commerciale.

Au cours d’un entretien diffusé dans l’émission politique Meet the Press, le Sénateur John McCain (Rép. – Arizona) s’est brièvement exprimé sur le sujet de la politique commerciale. A une question d’un journaliste sur la perception européenne de Steve Bannon, le conseiller stratégique du Président, John McCain a répondu qu’il observait un haut niveau d’incertitude en Europe (« They feel uncertain about our trade relationships. They saw that we abandoned the TPP. They’re facing the Brexit problem right now. ») M. McCain est perçu comme l’un des deux Sénateurs républicains, avec Lindsay Graham, le plus réservé vis-à-vis de la nouvelle administration. Son positionnement est stratégique étant donné la courte majorité que les Républicains détiennent à la Chambre haute (52-48).

PARTIES PRENANTES

Le secteur privé américain se mobilise pour éviter la mise en œuvre de politiques commerciales susceptibles de lui nuire.

Certaines entreprises américaines de sidérurgie s’inquiètent de la mise en œuvre d’une politique « Buy America » par l’administration Trump. Le Wall Street Journal souligne en effet qu’en raison de l’intégration des chaînes d’approvisionnement dans le secteur, certains produits d’entreprises américaines de la sidérurgie ne répondent pas aux critères fédéraux « Buy America ». Ainsi, en 2015, le Department of Water and Power de Los Angeles a lancé un projet de rénovation des canalisations de son réseau et n’a pas pu s’approvisionner auprès de California Steel Industries Inc., une entreprise implantée dans l’Etat. En effet, en vertu du Buy America Act de 1933, un produit en acier doit avoir été « substantiellement transformé » sur le territoire américain pour être considéré comme « made in America », mais ce critère a été modifié par une « federal highway bill » de 1982, selon laquelle le produit doit avoir été « fondu » aux Etats-Unis. Or, de nos jours, cette opération est souvent dissociée de la transformation de l’acier. Certaines entreprises américaines du secteur font donc du lobbying auprès de la nouvelle administration pour qu’un critère plus souple soit adopté. Cette distinction pourrait s’avérer clé à l’avenir dans la mesure où il est possible que de telles dispositions soient incluses dans le futur plan d’infrastructures.

Les PDG de huit grandes entreprises de commerce de détail (Target, Best Buy, Gap, etc.) se sont rendus à Washington pour contrecarrer le projet de « border adjustment tax » porté par les Républicains à la Chambre des Représentants, argumentant qu’elle renchérirait considérablement les biens à la consommation aux Etats-Unis. Ils ont rencontré le Président et Kevin Brady (Rép. – Texas) le 15 février pour exposer leurs griefs. Pour rappel, le commerce de détail est le secteur privé qui emploie le plus de salariés aux Etats-Unis.

L’industrie aéronautique a annoncé un niveau record d’exportations pour 2016.

L’Aerospace Industries Association (AIA) a atteint en 2016 un record d’exportation avec 146 Mds d’USD d’exports, soit une hausse de 52% depuis 2011. Cette industrie représente 10% des exports américains de biens et son principal marché est l’Europe (34% des exports américains du secteur).

RELAIS DOPINION

La presse américaine s’interroge sur le contenu et les conséquences de la politique commerciale de la nouvelle administration, toujours en cours de définition.

Le magazine Politico a lancé un projet dédié à la politique commerciale durant les 100 premiers jours de l’administration Trump « 100 days : trade » qui rassemble de nombreuses ressources. On y trouve notamment une présentation des cinq acteurs clé de la politique commerciale (« Five players to watch »), ainsi que des graphiques détaillant les principales relations commerciales des Etats-Unis (« Where do America’s trade imbalances really lie ? ») et récapitulant les ALE auxquels les Etats-Unis sont partie (« America’s free-trade agreements, in one chart »).

Un article de Politico expose la dépendance des agriculteurs de « l’Amérique profonde » – qui ont massivement voté pour le Président – aux exportations, notamment vers le Mexique et la Chine. En 2016, l’industrie agro-alimentaire américaine a exporté 129 Mds d’USD de biens, soit 20% de la production agricole du pays, avec un surplus commercial de 16,6 Mds d’USD. Ces enjeux financiers expliquent la mobilisation du secteur, qui a envoyé une lettre au Président en janvier, l’enjoignant de moderniser l’ALENA sans remettre en cause les 38,6 Mds d’USD d’exports agricoles vers le Canada et le Mexique. Certains représentants de l’industrie expriment leur inquiétude quant à la possibilité que l’agroalimentaire soit « sacrifié » au bénéfice du secteur manufacturier.

L’administration Trump étudierait la possibilité de modifier la méthode de calcul de ses déficits/surplus commerciaux en en écartant les réexportations. Il s’agirait en effet de ne plus compter comme des exports américains les produits qui sont importés aux Etats-Unis puis réexportés sans avoir été modifiés. Cette mesure, prônée par certains parlementaires démocrates, aurait pour effet d’élargir de façon substantielle les déficits commerciaux des Etats-Unis avec plusieurs pays notamment ceux de l’ALENA, dans la mesure où ces biens seraient toujours comptés comme des imports, mais plus comme des exports. Le déficit commercial des Etats-Unis par rapport au Mexique passerait ainsi de 63 Mds d’USD à 115 Mds.

Bloomberg spécule sur la possibilité que plusieurs pays asiatiques affichant un large excédent commercial avec les Etats-Unis, pourraient prochainement s’attirer les foudres du Président américain. Bloomberg cite ainsi l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie et le Vietnam. Dans le cas du Vietnam, le surplus commercial représente 15% de son PIB, un changement dans la politique commerciale américaine pourrait donc avoir un impact très important sur ce pays.

Politico a consacré un article à Peter Navarro, directeur du National Trade Council, intitulé « The most dangerous man in Trump world ? How Peter Navarro could lead us into a global depression – or worse ». Le magazine a notamment cité l’entretien de M. Navarro avec le Financial Times, au cours duquel il a accusé l’Allemagne de manipuler son taux de change. Selon Politico, M. Navarro rendrait les autorités chinoises « nerveuses » en raison de sa rhétorique très hostile à leur égard. Politico suggère que l’application des suggestions du conseiller commercial de M. Trump mènerait directement à une guerre commerciale avec les principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis, voire à un conflit militaire (« He’s a hard-line mercantilist who insists that military confrontation with some trading partners is almost inevitable. ») Le magazine considère plusieurs scénarios : (1) P. Navarro serait une « soupape » qui permettrait au Président d’exprimer son mécontentement par rapport à la Chine mais n’aurait pas vraiment d’influence, (2) Navarro est un conseiller économique parmi d’autres, dont l’influence serait contrebalancée par celle de Steven Mnuchin, (3) la ligne Navarro prévaudrait : sortie de l’ALENA, mise en place de droits de douane élevés, etc. Pour le magazine, dans ce dernier scénario, la plupart des alliés des Etats-Unis se tourneraient vers la Chine.

Le National Trade Council (NTC), une institution nouvellement créée auprès de la Maison Blanche, serait en train d’établir une stratégie pour décourager la Chine de sous-évaluer sa monnaie, selon le Wall Street Journal. Dans le cadre du dispositif envisagé, le Secretary of Commerce désignerait la manipulation de change comme une aide d’Etat, permettant aux entreprises américaines de demander des droits compensatoires (« countervailing duties ») auprès du Commerce Department. Le WSJ rappelle que l’administration Obama avait renoncé à cette idée estimant qu’il était probable que les partenaires commerciaux désignent les Etats-Unis comme manipulateur de change en représailles. Selon le WSJ, de nombreux dirigeants d’entreprise ont affirmé au Président que la Chine soutenait activement sa monnaie, ce dernier a toutefois semblé rejeter cette affirmation en janvier. Toujours selon le quotidien new-yorkais, la Maison Blanche plancherait sur une extension des transactions pouvant faire l’objet d’un examen par le Committee on Foreign Investment in the U.S. (CFIUS), qui ne travaille pour l’instant que sur les enjeux de sécurité nationale.

Judy Shelton, une économiste qui faisait partie des conseillers de D. Trump durant la campagne, a publié une tribune dans le Wall Street Journal mi-février appelant à durcir la lutte contre la manipulation de change. Le Dr. Shelton accuse notamment le Japon et la Chine de manipulation de change estimant que le fait que la Chine tente activement d’empêcher la dépréciation de sa monnaie ne devrait pas la protéger de cette dénomination, ses interventions ayant potentiellement pour but de faciliter le rachat d’actifs américains.

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