Faits marquants Écologie, Développement durable, Énergie et Transports n°2021-03

Faits marquants Écologie, Développement durable, Énergie et Transports n°2021-03

Edition spéciale «  Investiture de Joe Biden »

Sommaire

Écologie – Climat

  • Les Etats-Unis rejoignent les Accords de Paris – Décision du Président Joe Biden
  • Etats-Unis, Accords de Paris et diplomatie climatique – Les premiers mots de John Kerry
  • Les actions environnementales du Président scrutées et mesurées par le « quatrième pouvoir »

Transport

  • Travel ban levé, et bientôt réinstauré ?
  • Un programme transport chargé pour la première semaine du Président Biden
  • Audition de confirmation au Sénat de Pete Buttigieg

Énergie

  • Une nouvelle ère énergétique aux USA
  • L’administration Biden met un premier coup de frein au forage en terres fédérales
  • Prise de fonction de Joe Biden – Evolutions sur l’échiquier du secteur Oil&Gas

Agenda

Écologie – Climat

Les Etats-Unis rejoignent les Accords de Paris

Traduction dans son intégralité de la décision du 46ème président des Etats-Unis, Joe Biden, de rejoindre les Accords de Paris, le premier jour de son mandat :

AU NOM DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE

Je soussigné, Joseph R. Biden Jr, Président des États-Unis d’Amérique, ayant vu et examiné l’Accord de Paris, fait à Paris le 12 décembre 2015, accepte par la présente ledit Accord et chacun de ses articles et clauses au nom des États-Unis d’Amérique.

Fait ce jour à Washington, le 20 janvier 2021.

JOSEPH R. BIDEN JR.

(Maison Blanche)

Joe Biden ordonne les orientations à suivre pour servir l’intérêt des Etats-Unis, préserver la santé et l’environnement et résoudre la crise climatique

Traduction dans intégralité de la section 1 de l’ordonnance du 46ème président des Etats-Unis visant à protéger la santé publique et l’environnement et résoudre la crise climatique du, Joe Biden, le premier jour de son mandat :

En vertu de l’autorité qui m’est conférée en tant que Président par la Constitution et les lois des États-Unis d’Amérique, il est ordonné ce qui suit :

Section 1.  Politique.  Notre nation s’est engagée à donner à ses travailleurs et à ses communautés les moyens d’agir, à promouvoir et à protéger la santé publique et l’environnement, et à conserver ses trésors et monuments nationaux, des lieux qui protègent notre mémoire nationale.  Lorsque le gouvernement fédéral n’a pas respecté cet engagement dans le passé, il doit faire progresser la justice environnementale.  Pour ce faire, le gouvernement fédéral doit être guidé par les meilleures connaissances scientifiques et être protégé par des processus qui garantissent l’intégrité du processus décisionnel fédéral.  Mon gouvernement a donc pour politique d’écouter la science, d’améliorer la santé publique et de protéger notre environnement, de garantir l’accès à un air et une eau propres, de limiter l’exposition aux produits chimiques et aux pesticides dangereux, de tenir les pollueurs responsables, y compris ceux qui nuisent de manière disproportionnée aux communautés de couleur et aux communautés à faible revenu, de réduire les émissions de gaz à effet de serre, de renforcer la résilience aux effets du changement climatique, de restaurer et d’étendre nos trésors et monuments nationaux et de donner la priorité à la justice environnementale comme à la création d’emplois syndiqués bien rémunérés nécessaires pour atteindre l’ensemble de ces objectifs.

À cette fin, ce décret enjoint tous les ministères et organismes exécutifs d’examiner immédiatement et, conformément au droit applicable, de prendre des mesures pour remédier à la promulgation des règlements fédéraux ou de tout autre actions fédérales prises au cours des 4 dernières années qui sont en conflit avec les objectifs nationaux mentionnés ci-avant, et de commencer immédiatement à travailler pour faire face à la crise climatique.

[…]

L’ordonnance se poursuit avec une série de directives plus précises à l’attention de l’administration fédérale. (Maison Blanche)

Etats-Unis, Accords de Paris et diplomatie climatique – Les premiers mots de John Kerry, Ambassadeur du climat pour les USA 

Le lendemain de la décision du président américain Joe Biden de rejoindre l’accord international sur le climat, John Kerry, l’Ambassadeur des questions climat pour les Etats-Unis, a lancé un appel pressant à une action mondiale et a déclaré que « l’échec n’est tout simplement pas une option ».

Dans son premier discours en tant qu’envoyé spécial pour le climat, M. Kerry a souligné la nécessité d’accélérer le rythme de la décarbonation au niveau mondiale et a déclaré que les États-Unis « avanceraient sur une ligne entre humilité et ambition ».

« Pour atteindre le « net-zero » à l’échelle mondiale dès 2050 (i.e. sans émission nette de carbone), il faudra une transformation complète de l’économie mondiale », a-t-il déclaré.

Dans l’un de ses premiers actes en tant que président, M. Biden a écrit à l’ONU pour lancer officiellement le processus de réintégration des Etats-Unis au sein des Accords de Paris – une démarche qui prendra effet au bout de 30 jours. L’ensemble des signataires de ces Accords s’est engagé à maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C par rapport au niveau de l’ère préindustrielle, avec l’ambition de limiter cette hausse à 1,5°C. Actuellement, le niveau d’augmentation constaté se situe à environ 1,2°C.

Kerry a déclaré jeudi dernier, soit le jour suivant l’entrée en fonction de Joe Biden, que la nouvelle administration a reconnu, « avec douleur et un certain embarras », les dommages causés par la décision « imprudente » de Donald Trump de se retirer des Accords de Paris. Néanmoins, il souligne aujourd’hui qu’une transition verte créerait « des millions d’emplois », et que le monde peut voir « une opportunité de création de richesses sans précédent ».

Rejoindre Paris était l’une des principales promesses de campagne de M. Biden. Mais ce geste n’est que le début d’un long voyage pour réformer les politiques climatiques des États-Unis, ont déclaré les experts. « Il va falloir que tout le gouvernement, en collaboration avec le secteur privé et le secteur non gouvernemental, s’attaque à ce problème », a déclaré John Podesta, ancien chef de cabinet de l’administration Clinton et conseiller de l’ancien président Barack Obama.

Très concrètement, les États-Unis doivent présenter un plan de réduction des émissions, connu sous le nom de « Nationally Determined Contributions » (NDC), avec un objectif pour 2030.

« La partie la plus facile est de rejoindre Paris », concède les analystes. La prochaine étape consiste à « proposer une NDC ambitieuse pour 2030, qui a une certaine réalité pour l’action nationale » poursuivent-ils.

Avant le sommet des Nations unies sur le climat à Glasgow en novembre (COP26), tous les signataires des Accords de Paris doivent soumettre des plans climatiques révisés et plus ambitieux.

Pour les États-Unis, cela signifie aller au-delà de leur objectif initial, avant leur retrait, qui était de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 28 % d’ici 2025 par rapport aux niveaux de 2005.

Bien que la COP26 en novembre soit une échéance difficile, les experts ont déclaré que l’administration voudrait publier ses objectifs et sa feuille de route pour les atteindre plusieurs mois avant cette date.

Selon les experts, il est essentiel d’appliquer une législation nationale plus stricte et d’inverser les tendances négatives de l’ère du Trump, sans délai, si les États-Unis veulent définir un objectif climatique crédible.

Biden a commencé dès mercredi en annulant le permis accordé pour l’oléoduc Keystone XL devant relier les États-Unis au Canada. Il a également publié un décret de grande envergure qui ordonne aux agences gouvernementales de « revoir immédiatement et de prendre les mesures appropriées » pour remédier aux réglementations et décrets de l’ère Trump nuisibles à la santé publique, à l’environnement et celles non étayées par les meilleures données scientifiques disponibles.

Les chercheurs de Berkeley Law ont identifié près de 200 reculs environnementaux de l’ère Trump qui pourraient être annulés. Après quatre ans d’inaction climatique, les États-Unis ont beaucoup à rattraper. Les analystes s’accordent à dire que les États-Unis doivent mettre de l’ordre dans leur politique climatique intérieure avant de lancer leurs ambitions internationales (Financial Times).

Les actions climatiques et environnementales du Président scrutées et mesurées par le « quatrième pouvoir ».

Le président Biden est déjà en train de dénouer l’héritage environnemental de Donald Trump, tout en forgeant le sien.

Les mesures initiales sont les premières d’une série qui demandera un effort – qui promet d’être beaucoup long et ardu – pour dénouer les politiques environnementales et énergétiques radicales de l’administration Trump. L’ère Trump a été marquée par une déréglementation à marche forcée, la priorité donnée à l’industrie des combustibles fossiles et la mise à l’écart des efforts de lutte contre le changement climatique ou de protection des animaux en danger.

Selon le Washington Post, Trump a travaillé à la réduction ou à l’abolition de plus de 200 mesures de protection environnementale en un seul mandat. Biden peut renverser certaines d’entre elles d’un simple trait de plume. D’autres prendront des années à se défaire, et certaines ne seront peut-être jamais inversées. Le Washington Post tiendra régulièrement les comptes sur une page dédiée.

Le chiffre de la semaine : 3

3 des 15 premières décisions de Joe Biden lors de son premier jour en tant que 46ème des Etats-Unis concernent directement l’environnement, l’énergie et le climat (Maison Blanche).

Transport

Travel ban levé, et bientôt réinstauré ?

Le Président Trump a annoncé lundi 18 janvier par proclamation présidentielle la suppression des restrictions de voyage liées à la pandémie pour les voyageurs non-citoyens entrant aux États-Unis en provenance de l’espace Schengen, de Grande Bretagne, d’Irlande et du Brésil, en conjonction avec les nouvelles exigences de test qui entreront en vigueur pour les voyageurs internationaux à partir du 26 janvier prochain.

Quelques heures après cette annonce, et en amont de l’investiture du Président Joe Biden, l’équipe de presse de Joe Biden a indiqué sur twitter son opposition à une telle décision (« sur les conseils de notre équipe médicale, l’administration n’a pas l’intention de lever ces restrictions le 26 janvier ») et précisé qu’au contraire elle entendait renforcer les restrictions imposées aux voyageurs internationaux pour limiter la propagation du virus (« Avec l’aggravation de la pandémie et l’apparition de variantes plus contagieuses dans le monde, ce n’est pas le moment de lever les restrictions sur les voyages internationaux. En fait, nous envisageons de renforcer les mesures de sécurité sanitaire sur les voyages internationaux dans l’objectif d’atténuer la propagation du COVID-19 »). (Reuters)

Un programme transport chargé pour la première semaine du Président Biden

Le président Joe Biden a d’ores et déjà engagé ou annoncé pour les premiers jours de sa présidence un certain nombre de changements dans les priorités et les politiques de son administration en matière de transports.

Il a tout d’abord lancé un challenge de 100 jours pour le port du masque (« 100 Day Masking Challenge »), et pris un Executive Order le 20 janvier imposant le port du masque et la distanciation sociale sur les terres fédérales, dans les bâtiments fédéraux et pour les employés fédéraux.

Un autre Executive Order signé le 21 janvier vise à renforcer la sécurité sanitaire pour les déplacements domestiques et internationaux, et introduit une obligation du port du masque dans tous les transports publics, incluant notamment les aéroports, les avions, les trains, les ferries, les bus intercités et les transports publics urbains. Ce décret présidentiel annonce également, pour les voyageurs internationaux entrant aux Etats-Unis, la nécessité de présenter la preuve d’un test COVID-19 négatif et de réaliser une quarantaine à l’arrivée en accord avec les recommandations des Centers for Desease Control and Prevention (CDC). Les modalités précises de ces tests et quarantaines seront précisées dans les prochaines semaines après réévaluation des recommandations des CDC et des conditions de faisabilité de ces mesures. Il demande par ailleurs à son administration d’engager immédiatement des démarches auprès des gouvernements du Canada et du Mexique concernant les protocoles sanitaires aux points d’entrée terrestres du pays.

Le Président Biden a par ailleurs annulé dès son premier jour de mandat l’interdiction d’entrée sur le territoire américain depuis certains pays dont les ressortissants sont en majorité musulmans (dénommé Muslim ban), qui avait été décidée par le Président Trump au cours de sa première semaine de mandat.

Les équipes de Joe Biden ont également annoncé qu’entre le 25 janvier et le 1er février, un décret présidentiel serait adopté pour renforcer les dispositions Buy American. Ces dernières imposent actuellement, pour les projets bénéficiant de financements fédéraux, d’utiliser de l’acier, du fer et des biens manufacturés produits aux Etats-Unis pour les projets d’infrastructures de transport, et que les bus et autres matériels roulants soient assemblés aux Etats-Unis avec 70% des composants en valeur produits aux Etats-Unis.

La proposition de plan de soutien à l’économie de 1 900 Mds USD présentée le 14 janvier dernier par Joe Biden prévoit également une aide complémentaire de 20 Mds USD en direction des autorités de transport public, qui viendraient s’ajouter aux aides précédemment approuvées par le Congrès (soit 14 Mds USD en décembre, et 15 Mds USD en mars).

Un décret présidentiel du 20 janvier annonce le réexamen de toutes les règlementations actées au cours du mandat du Président Trump pouvant potentiellement affecter la santé publique et l’environnement, et demande à son administration pour un certain nombre d’entre elles d’engager la préparation et l’élaboration de nouvelles règlementations, notamment sur les standards d’émission de véhicules légers et petits utilitaires. Ce processus de révision devrait également conduire à annuler la règlementation autorisant le transport de GNL par voie ferroviaire, actée en juin 2020 et qui avait été vivement critiquée par les parlementaires démocrates.

Enfin le Congressional Review Act donne au Congrès le pouvoir d’annuler toute règlementation finalisée par l’administration sortante dans les 60 derniers jours. La majorité démocrate au Congrès devra donc arbitrer entre toutes ses priorités pour mobiliser une partie de son temps à défaire certaines règlementations jugées indésirables. Le Congrès pourrait notamment être tenté de s’attaquer à la règlementation actée le 27 novembre dernier qui limite l’autorité du DOT à protéger les consommateurs et réguler les pratiques déloyales et trompeuses des compagnies aériennes, mais ne disposera pour cela que de 6 jours pour agir.

Audition de confirmation au Sénat de Pete Buttigieg

La Commission sénatoriale du Commerce, de la Science et des Transports a auditionné le 21 janvier Pete Buttigieg en vue de la confirmation de sa nomination à la tête du Département des Transports. Cette nomination devrait être confirmée sans difficultés dans les prochains jours ou semaines. Déjà très à l’aise avec les principaux enjeux de son futur Département, Pete Buttigieg a en particulier souligné le rôle central que pourrait jouer le Département des Transports dans la relance de l’économie américaine. Il a insisté sur la nécessité d’améliorer les infrastructures du pays en accord avec la vision portée par le Président Joe Biden, et l’objectif de lutter contre le changement climatique.

Il a également affirmé que la piste d’une hausse des taxes fédérales sur les carburants, pour accroitre les ressources dédiées au financement des infrastructures de transport, était une option envisageable. Ces taxes sont gelées depuis 1993 à hauteur de 18,4 cts$/Gallon pour l’essence. Il a également souligné la nécessité d’examiner d’autres solutions pour compenser la diminution inéluctable de ces ressources fiscales au fil du temps compte tenu de l’amélioration des performances énergétiques des véhicules, mentionnant en particulier la piste d’une taxe d’usage de la route (Vehicle Miles Traveled tax). (The Hill)

Polly Trottenberg nommée Secrétaire adjointe aux transports

Joe Biden a désigné Polly Trottenberg pour occuper le poste de Secrétaire adjointe aux Transports, aux côtés de Pete Buttigieg. Polly Trottenberg était le Commissaire aux transports de la ville de New York. jusqu’en novembre dernier, où elle supervisait la majeure partie des infrastructures des transports de la ville, et a notamment piloté le projet Vision Zero du Maire de New York Bill de Blasio pour réduire la mortalité routière. Mme Trottenberg avait été auparavant Assistant Secretary au DOT, puis Under Secretary for policy (numéro 3 du Département) sous l’administration Obama. Elle a également travaillé entre 1999 et 2005 pour le sénateur Chuck Schumer (D-N.Y.), nouveau leader de majorité démocrate au Sénat, ce qui devrait constituer un avantage dans la perspective des futures négociations pour un plan infrastructure. La presse estime que sa large expérience dans le domaine des transports, au DOT ainsi qu’au Congrès devraient être des atouts pour contrebalancer l’expérience relativement réduite du futur Secrétaire Pete Buttigieg. (NYT)

La FAA délivre la première autorisation pour drones autonomes

Les autorités américaines ont approuvé le 15 janvier les premiers vols commerciaux de drones entièrement automatisés, accordant à la start-up du Massachusetts American Robotics Inc. une autorisation dérogatoire pour exploiter des drones sans pilotage manuel à distance, ni observateurs humains au sol. La décision de la Federal Aviation Administration (FAA) limite les vols aux zones rurales et à une altitude maximale de 120 mètres environ (400 pieds) avec pour objectif de conduire des travaux de recherche et développement et d’entrainement. Les drones Scout exploités par American Robotics volent selon des programmes de vol prédéterminés et disposent d’une technologie qui leur permet d’éviter les oiseaux et autres objets volant. (WSJ)

Le chiffre de la semaine : plus de 2 Mds USD

Il s’agit du montant du nouvel investissement en capital réalisé par General Motors, Microsoft, Honda et plusieurs investisseurs institutionnels dans Cruise, la société dédiée au développement de véhicules autonomes, dont General Motors est actionnaire majoritaire depuis 2016. Ce nouveau partenariat, marqué par l’arrivée de Microsoft, porte la valeur de Cruise à 30 Mds USD. Cruise et GM bénéficieront dans le cadre de ce nouveau partenariat de la plateforme cloud Azure de Microsoft pour le développement de véhicules et services. Microsoft rejoint la liste des big tech companies s’étant lancé dans le développement du véhicule autonome après Google (Waymo), Amazon (Zoox, Aurora), et potentiellement Apple. (AP)

Énergie

La construction de l’oléoduc Keystone XL est arrêtée par ordonnance présidentielle

Le 20 janvier, M. Biden a signé un décret annulant le permis du projet Keystone XL. Le projet est présenté comme une artère qui permet de pomper 500 000 barils/jour sur 2 700 km, de l’Alberta au Golfe du Mexique, à destination des raffineries de la côte du Golfe. Dès 2008, lors de sa présentation, au moment des prix record du pétrole, Keystone XL s’est heurté à l’opposition de groupes environnementaux, des agriculteurs et des communautés amérindiennes le long du tracé. Il est rapidement devenu un enjeu politique. En 2012, Obama a rejeté le projet, faute de temps pour l’examiner, et en 2015, pour des motifs liés au changement climatique. Trump l’autorise en 2017. La décision du président Biden de révoquer le permis de Keystone XL marque probablement la fin d’une saga de plus de 12 ans. Pour mémoire, le Canada vend la quasi-totalité de son pétrole à un seul client : les USA, et la moitié du pétrole importé aux USA provient du Canada. Le promoteur du projet envisage de contester la décision. The Wall Street Journal conclut que l’entreprise et les diplomates canadiens doivent évaluer avec un très grand soin si la mise en œuvre de ces recours judiciaires conduira à une résolution diplomatique plus favorable, ou simplement plus difficile.

Une nouvelle ère énergétique aux USA

Une salve de décrets présidentiels est attendue dans quelques jours pour marquer le changement de locataire à la Maison Blanche et la politique en matière énergétique aux USA. L’ère de la déréglementation et de la promotion des combustibles fossiles sur le plus grand et le plus important marché de l’énergie au monde est terminée. La politique en faveur des énergies propres sera au centre d’un vaste plan fédéral visant à relancer l’économie américaine. Aujourd’hui, le gaz naturel très bon marché et les énergies renouvelables dominent le secteur de la production d’électricité. Le coût de l’énergie solaire devrait diminuer d’un quart au cours de la prochaine décennie, devenant ainsi la source d’énergie la moins chère aux Etats-Unis ; elle l’est d’ailleurs déjà dans 16 des 50 Etats fédérés (Financial Times).

Breakthrough Energy mobilise un milliard de dollars de plus pour les énergies propres

La veille de l’investiture de Joe Biden, une coalition d’investisseurs dans l’énergie propre, formée par Bill Gates, a déclaré qu’elle doublait son engagement de financement pour les technologies émergentes bas-carbone. Ainsi, Breakthrough Energy Venture a déclaré mardi 19 janvier avoir levé un milliard de dollars supplémentaires auprès de ses membres. Parmi ses investisseurs, outre Bill Gates, figurent des milliardaires comme Jeff Bezos, fondateur d’Amazon.com, Jack Ma, fondateur d’Alibaba, et Mike Bloomberg, ancien maire de New York. Ce groupe d’investisseur s’intéresse particulièrement à l’hydrogène. Le groupe commencera à faire des investissements dès le premier trimestre 2021 (E&E).

Richard Glick choisi pour être président de la Federal Energy Regulatory Commission

En choisissant Richard Glick comme président de la Federal Energy Regulatory Commission (FERC), Joe Biden marque son choix pour une mise en route et des actions rapides de cette institution. Glick siège à la commission depuis trois ans, est imprégné à la fois de ses procédures et des questions qu’elle a à traiter pour un approvisionnement efficace, sûr, fiable et sécurisé des consommateurs américains en énergie. Rich Glick envisage publiquement la possibilité de réimaginer les marchés d’énergie à mesure que les réseaux changent. En effet, pour atteindre le réseau électrique « net-zero » (i.e. sans émission) d’ici 2035, promis par Joe Biden aux électeurs, la FERC devra persuader les promoteurs de construire de longues lignes haute-tension reliant les ressources renouvelables, souvent isolées, aux aires urbaines. M. Glick a déclaré en novembre dernier, lors d’une conférence de la FERC : « Le nouveau président Biden a des objectifs, les États fédérés ont des objectifs, et beaucoup de ces objectifs ne seront pas atteints à moins que nous puissions accéder à une quantité importante de ressources renouvelables, et, pour cela, nous devons construire le réseau de manière plus significative que nous ne l’avons fait. » Par ailleurs, Richard Glick s’est également montré très enthousiaste à l’idée de créer un Office de la participation publique sur les sujets de l’énergie électrique, comme le demande le Congrès dans sa dernière loi de finances (Politicopro).

Avis de sanctions américaines sur le chantier du gazoduc Nord Stream 2

Le gazoduc NordStream 2, entre la Russie et l’Allemagne sous la mer Baltique, menace de se transformer en tempête géopolitique au moment même où le président américain élu Joe Biden prend ses fonctions. Lundi 18 janvier, 2 jours avant l’investiture de Joe Biden, le ministère allemand de l’économie a déclaré avoir été informé par les États-Unis de leur intention d’imposer des sanctions, dès le lendemain, à l’encontre du navire russe qui termine la pose des dernières sections du gazoduc, sur les 75 derniers kilomètres du tracé qui en compte 1200. Le Department of State confirme : « Nous pouvons confirmer que le département a pris contact avec les entreprises pour les informer de l’adoption de sanctions supplémentaires et du risque de sanctions lié à la poursuite des travaux « , a déclaré un porte-parole, ajoutant : « Ceux qui aident et encouragent ce projet d’influence russe doivent en sortir maintenant ou en subir les conséquences. » La Commission européenne ne se réjouit pas des sanctions américaines appliquées aux activités dans l’UE – qu’elle considère comme contraires au droit international. Suite à sa campagne militant pour un retour à la normale après quatre ans de guerres commerciales, M. Biden, maintenant aux commandes, devra trouver un équilibre entre la réparation des relations transatlantiques et la volonté de ne pas se montrer faible envers la Russie (Politico).

L’administration Biden met un premier coup de frein au forage en terres fédérales

Dès son premier jour, l’administration Biden ralentit la délivrance de nouveaux permis de forage de pétrole et de gaz au sein des terres et des eaux fédérales. Pour ce faire, le Secrétaire intérimaire, Scott de la Vega, a déclaré qu’il suspendait la capacité de tout le personnel, à l’exception du personnel de haut niveau, « à délivrer toute autorisation de forage de combustibles fossiles sur terre ou en mer, y compris, mais sans s’y limiter, un bail, un amendement à un bail, une extension positive d’un bail, un contrat ou autre accord, ou un permis de forage ». La décision interne au Department of Interor, en charge du processus d’autorisation de ces activités, a été approuvée le 20 janvier, jour le prise de fonction de Joe Biden et de sa nouvelle administration. L’acte répond partiellement à la promesse de campagne du candidat Joe Biden d’arrêter le forage sur les terres fédérales, néanmoins, elle montre l’intention franche de l’administration Biden d’attaquer le sujet. Ces terres contribuent à 20 % de la production américaine de pétrole et de gaz. La décision prise a immédiatement suscité l’indignation des producteurs de pétrole (Politicopro).

Prise de fonction de Joe Biden – Evolutions sur l’échiquier du secteur Oil&Gas

Biden a agi rapidement pour tenir sa promesse de réorienter les Etats-Unis vers les énergies propres. Quelques heures à peine après avoir prêté serment, il demande par décret présidentiel une révision des déréglementations environnementales qui ont fait partie des efforts de l’administration Trump pour stimuler l’industrie des énergies fossiles. Il a aussi mis fin à la construction d’une artère pétrolière continentale : Keystone XL. Parmi les évolutions à venir les plus attendues dans le secteur Oil&Gas, il y a l’avenir de l’exploitation des gisements sur les terres fédérales, ainsi que les réglementations sur les émissions de méthane, mises en place sous le Président Obama puis dénaturées pas le président Trump. Les règles d’Obama avaient été très impopulaires dans l’industrie pétrolière et gazière. Mais depuis qu’Obama a quitté le pouvoir, les grandes compagnies pétrolières ont commencé à soutenir des règles volontaires plus strictes et à s’opposer aux reculs de Trump. Les grands acteurs de l’industrie craignent, au final, qu’ils soient mal vus, dans un monde de plus en plus soucieux du climat. Les lobbys de l’industrie pétrolière, quant à eux, ont signalé leur volonté de travailler avec l’équipe Biden, tout en précisant leur intérêt à préserver les marchés économiques. Ainsi, l’American Petroleum Institute, le plus imposants des lobbys pétroliers, a félicité M. Biden pour sa victoire et a offert son soutien aux « ambitions » de l’accord de Paris tout en soulignant que le pétrole et le gaz font « partie de la solution ». L’American Exploration and Production Council, qui représente les producteurs indépendants de pétrole et de gaz, a déclaré qu’il avait anticipé un grand nombre des changements réglementaires proposés et que ses membres voulaient coopérer à la rédaction de ces changements. Il semble que tout le monde ait bien réagi, y compris les marchés. Le prix du pétrole et le marché boursier ont tous deux augmenté le jour où Joe Biden a prêté serment (E&ENews).

Les chiffres de la semaine : +0.1% et -1.9%

En 2019, les réserves américaines prouvées de pétrole ont augmenté de 0,1 %, et celles de gaz naturel ont diminué de 1,9 %, selon le rapport récemment publié par l’Administration américaine de l’information sur l’énergie (EIA).

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