Washington Wall Street Watch n°2017-20

Washington Wall Street Watch n°2017-20

Crédit photo : F. Jonkisz

SOMMAIRE

Conjoncture

– En avril, la production industrielle a connu la hausse mensuelle la plus importante depuis février 2014.

– L’inflation stagne et se rapproche des 2 %.

Politiques macroéconomiques

– Porto Rico a conclu un accord sur la restructuration d’une partie de sa dette.

– Le Président de la Fed de Chicago se prononce en faveur d’un nombre plus limité de hausses de taux.

– Les Républicains du Sénat se penchent sur la réforme fiscale et sur la réforme Obamacare.

Régulation financière

– Le régulateur financier de l’Etat de New York attaque en justice la licence fédérale Fintech et étend le système de licence inter-Etats à certains intermédiaires financiers.

– Les banques régionales s’opposent au nouveau standard comptable de la FASB sur la comptabilisation des pertes potentielles sur un crédit.

– Le Secrétaire au Trésor s’exprime sur les prochaines réformes en matière de régulation financière.

Brèves


CONJONCTURE

En avril, la production industrielle a connu la hausse mensuelle la plus importante depuis février 2014.

L’indice de production industrielle a enregistré une forte augmentation au cours du dernier mois, confirmant la tendance à la hausse observée depuis février après le repli de la fin 2016. La Réserve fédérale de Saint-Louis a en effet établi cette progression à 1,0 %, soit une croissance mensuelle qui n’avait pas été constatée depuis février 2014.

Cette 3e hausse consécutive s’inscrit dans un contexte positif pour l’industrie américaine qui a vu son taux d’utilisation des capacités de production se redresser progressivement (76,7 % en avril contre 75,4 % en mars 2016).

Ce dynamisme a été en grande partie alimenté par la bonne santé de l’automobile, qui a vu sa production augmenter de 5 % en volume au cours du dernier mois.

L’inflation IPC stagne et se rapproche des 2 %.

En avril, l’indice des prix à la consommation (IPC) a progressé légèrement de 0,2 %, après la baisse du mois de mars (-0,3 %). En glissement annuel, l’inflation connaît une baisse et s’établit à 2,2 % (après 2,4 %), en partie à la suite de la contraction des prix observée dans les secteurs de l’énergie, de la santé (-0,2 %), des télécommunications et de l’habillement.

L’inflation sous-jacente enregistre également une timide progression sur le mois (0,1 % après -0,1 %), mais diminue légèrement en glissement annuel (1,9 % après 2,0 % en mars).

POLITIQUES MACROECONOMIQUES

Porto Rico a conclu un accord sur la restructuration d’une partie de sa dette.

Porto Rico a annoncé avoir conclu un accord avec les créanciers sur la restructuration de la dette de la Government Development Bank of Puerto Rico (GDB), structure publique qui a longtemps fait office de conseil économique et financier auprès du gouvernement jusqu’à la prise de contrôle du comité de supervision mis en place par la loi PROMESA. La GDB était endettée à hauteur de 4 Mds USD, sur les 74 Mds USD de la dette financière portoricaine.

L’accord prévoit que les créanciers (particuliers portoricains et fonds de pension) subiront une décote de 45 % sur la valeur nominale de la dette mais recevront en échange les titres d’une nouvelle entité créée à partir des actifs de la GDB. Pour entrer en vigueur, cet échange doit encore être approuvé par les deux tiers des créanciers, cet accord leur est néanmoins favorable car les titres de dette adossés à la GDB s’échangeaient à moins de 25% de leur valeur nominale avant l’accord.

D’une ampleur limitée, ce premier accord depuis la mise en faillite annoncé le 3 mai est symbolique car il gage de la crédibilité du gouvernement portoricain. La procédure judiciaire de restructuration de la dette s’annonce toutefois difficile et tendue. Les premières auditions ont révélé des conflits importants entre les détenteurs d’obligations senior et ceux dont les actifs sont adossés aux recettes.

Le Président de la Fed de Chicago, Charles Evans, prévoit une ou deux hausses supplémentaires des taux directeurs au lieu des trois initialement annoncées.

Le 12 mai dernier, Charles Evans (Fed de Boston, votant) a déclaré s’attendre à une hausse modérée et progressive des taux directeurs, estimant très possible que la Fed ne se limite qu’à une seule remontée des taux d’ici la fin de l’année. Il justifie cet écart avec les projections du comité de politique monétaire par la faiblesse des anticipations de croissance et d’inflation ainsi que la perspective de la réduction du bilan de la Fed, estimant qu’une hausse précipitée des taux d’intérêt risquerait de fragiliser la reprise de l’activité. Deux hausses supplémentaires restent envisageables à condition que l’inflation parvienne à atteindre durablement son niveau cible de 2 %.

Evans a également déclaré que la Fed pourrait réduire son bilan afin de le ramener vers son niveau normal « sans trop tarder », évoquant une période optimale de trois à quatre ans. Il a néanmoins indiqué que le rythme de réduction du bilan devra être calibré pour permettre au Trésor d’assurer une gestion financière sans heurts.

Les Républicains du Sénat se penchent sur la réforme fiscale et sur la réforme Obamacare.

McConnell, chef des Républicains du Sénat, a affirmé que la réforme fiscale devra être neutre pour le déficit, le niveau de dette actuel ne permettant pas de davantage creuser les déficits. La Maison Blanche continue d’affirmer que les effets dynamiques sur la croissance suffiront à financer la réforme. M. McConnell a également affirmé dans la même interview que le projet des Républicains de la Chambre de mécanisme d’ajustement aux frontières (border adjustment tax, BAT) avait peu de chance d’aboutir au Sénat. Côté Chambre des Représentants, une audition s’est tenue cette semaine sur les effets d’une réforme fiscale sur la croissance, une autre est prévue la semaine prochaine sur la BAT.McConnell a par ailleurs refusé de fixer un calendrier pour la réforme de l’assurance santé (Obamacare) au Sénat, mais a rappelé qu’elle ne pourrait « pas prendre une éternité ». En l’absence de super majorité pour les Républicains et compte tenu des décisions prises en matière de véhicule législatif, le Sénat devra adopter cette réforme avant le vote de la résolution budgétaire pour l’année fiscale 2018, qui devrait avoir lieu cet été.

REGULATION FINANCIERE

Le régulateur financier de l’Etat de New York attaque en justice la licence fédérale FinTech de l’OCC et étend le système de licence inter-Etats à certains intermédiaires financiers.

Le département des Services Financier de l’Etat de New York (NYDFS) a déposé plainte contre l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) et son projet d’établir une licence bancaire partielle au niveau fédéral pour les FinTech. Le NYDFS accuse l’OCC de ne pas disposer de l’autorité légale nécessaire pour accorder une telle licence, qui pourrait déstabiliser le travail des régulateurs des Etats fédérés. Une régulation fédérale pourrait selon le DFS priver les FinTechs de la protection des règles établies au niveau des Etats fédérés, notamment en ce qui concerne la protection des consommateurs de produits et services financiers. Cette décision a été saluée par la Conference of Bank State Supervisors (CSBS), qui défend les intérêts des régulateurs bancaires des Etats fédérés et avait déposé plainte contre l’OCC récemment pour les mêmes raisons.

Parallèlement à cette décision, le NYDFS a annoncé vouloir étendre dès le 1er juillet 2017 le système de licence inter-Etats (Nationwide Multistate Licensing System and Registry, NMLS), crée par le CSBS en 2008 afin de gérer l’octroi de licences dans plusieurs Etats fédérés, à certaines entités financières (à l’exception des institutions de dépôts) et en particulier aux services de transferts d’argent. NMLS est un système de licence en ligne, mis en place par des régulateurs des Etats fédérés qui permet aux institutions de candidater et de mettre à jour leurs licences dans un ou plusieurs Etats.

Les banques régionales s’opposent au nouveau standard sur la comptabilisation des pertes potentielles sur un crédit.

Un groupe de 18 banques régionales a demandé au Treasury de s’opposer à la mise en œuvre d’un nouveau standard comptable publié par le Financial Accounting Standards Board (FASB) et de conduire une analyse sur les effets économiques à long-terme de celui-ci. La règle, appelée Current Expected Credit Loss (CECL), impose à partir de 2019 aux banques américaines de comptabiliser immédiatement dans leur bilan l’ensemble des pertes potentielles sur les prêts accordés. Les banques critiquent la volatilité plus grande induite par cette règle sur le niveau de leurs réserves. Les banques estiment que cette norme pourrait porter atteinte à l’économie américaine, en réduisant leur capacité à accorder des crédits, en particulier de long-terme.

Le directeur comptable de la Securities and Exchange Commission W. Bricker s’est dit inquiet de l’initiative des banques et a souligné qu’une telle demande au Trésor américain pourrait porter atteinte à l’indépendance du FASB, le Trésor n’étant pas censé s’impliquer dans l’élaboration des normes comptables. Le Directeur du FASB R. Golden s’est dit prêt à écouter les positions des banques et tiendra une audience publique le 12 juin à cet égard.

Le Secrétaire au Trésor S. Mnuchin s’est exprimé sur les prochaines réformes en matière de régulation financière.

Le Secrétaire au Trésor S. Mnuchin a été auditionné jeudi 18 mai par le Comité bancaire du Sénat sur l’agenda domestique et international en matière de régulation bancaire et financière. Il a déclaré que le Trésor ne se limiterait pas à un unique rapport (dû pour le 2 juin) pour répondre à la commande de D. Trump par décret présidentiel du 3 février dernier. S. Mnuchin a indiqué que le premier rapport se concentrerait sur l’activité bancaire, et inclurait des recommandations sur l’allégement réglementaire à conduire au profit des banques locales (community banks). Sur les réformes en cours, parmi lesquelles la réforme du secteur immobilier, la réforme fiscale ou encore le financement du terrorisme, S. Mnuchin a indiqué poursuivre les efforts engagés, sans donner d’indications précises sur les orientations souhaitées. Il a réitéré l’objectif de 3 % de croissance que l’Administration espère atteindre grâce à la réforme fiscale et aux efforts de dérégulation. Il a par ailleurs exprimé son opposition à un retour du Glass-Steagall Act, et donc à une séparation des activités commerciales et d’investissement des banques.

BREVES

– Le directeur de l’Office of Management and Budget, M. Mulvaney, a indiqué que la Maison Blanche introduira sa proposition de budget pour l’année fiscale 2018 le mardi 23 mai. Une audition parlementaire sur le sujet est prévue avec S. Mnuchin mercredi 24 mai.

– Le Congressional Budget Office (CBO) a annoncé qu’il publiera en début de semaine prochaine son analyse d’impact de la réforme d’Obamacare adoptée à la Chambre le 4 mai.

– Une audition parlementaire sur la réforme fiscale et le budget 2018 est prévue au Sénat jeudi 25 mai. S. Mnuchin y participera.

– Une audition parlementaire sur le mécanisme fiscal d’ajustement aux frontières (Border Adjustment Tax) est prévue mardi 23 mai.

– La plateforme de prêts en ligne SoFi a annoncé qu’elle allait demander une licence de banque industrielle (industrial loan company) auprès de l’Utah. La licence permettrait à la FinTech, spécialisée dans le refinancement de prêts étudiants, d’accepter des dépôts et de bénéficier de la garantie des dépôts de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC). SoFi a également annoncé le lancement d’une plateforme de conseils et d’investissement en ligne (robo-advisor), SoFi Wealth.

– Le tribunal en charge de l’appel sur la désignation de MetLife comme assureur systémique a accepté la demande du Department of Justice de suspendre toute décision pendant 60 jours, afin de laisser davantage de temps à la nouvelle Administration pour délibérer sur ces désignations.

– Le régulateur financier de l’Etat de New York (NY DFS) a introduit une proposition de règle visant à limiter la capacité des assureurs à discriminer les prix sur la base du niveau d’éducation ou de la profession des assurés lorsqu’ils offrent des assurances automobiles. Les assureurs devront clairement justifier le lien entre ces deux facteurs et les risques.

– D. Trump a proposé B. Quintenz à l’un des 3 postes de commissaire vacants (sur les 5) à la Commodity and Futures Trading Commission (CFTC). B. Quintenz avait fondé son propre hedge fund spécialisé dans les matières premières en 2013. Il avait déjà été proposé pour le même poste par l’administration Obama en 2016 mais sa candidature n’avait pas été confirmée par le Sénat avant la fin de la législature en janvier 2017.

– Le Vice-Président de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) T. Hoenig a déclaré que le système bancaire américain était trop consolidé, les 4 plus grandes banques américaines détenant 42% des actifs du secteur aujourd’hui, contre 14% en 1992. Ceci pose selon lui un risque pour la stabilité financière. Pour mémoire, il avait également proposé un projet de séparation bancaire.

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