Washington Wall Street Watch 2018-19

Washington Wall Street Watch 2018-19

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Le taux de chômage connait une nouvelle baisse en mars, mais le rapport sur l’emploi reste contrasté

-L’inflation sous-jacente des prix à la consommation ralentit légèrement en avril

Politiques macroéconomiques

-La Maison Blanche demande 15 Mds USD d’économies budgétaires au Congrès

Régulation financière            

-Selon Randal Quarles, la réduction du bilan de la Fed ne devrait pas menacer la liquidité bancaire

-L’avenir des community banks débattu à l’American Enterprise Institute

Brèves

 


 

CONJONCTURE

Le taux de chômage connait une nouvelle baisse en mars, mais le rapport sur l’emploi reste contrasté

Le rapport sur la situation du marché du travail du Bureau of Labor Statistics fait état de 164 000 nouveaux emplois créés aux Etats-Unis en avril (après 135 000 en mars, nombre révisé à la hausse). Ce chiffre s’inscrit en deçà des attentes du consensus (+191 000). Le taux de chômage recule à 3,9 % (-0,2 point) après plusieurs mois de créations d’emplois soutenues. En revanche le taux d’activité recule également à 62,8 % (-0,1 point). Les salaires progressent de 0,1 % sur le mois et de 2,6 % sur un an (après respectivement +0,2 % et 2,6 %, nombres révisé à la baisse).

Par ailleurs, 6,5 millions de postes étaient non pourvus sur le marché du travail en mars d’après le rapport JOLTS du Department of Labor. Le nombre de vacances atteint ainsi un niveau record depuis la création de l’enquête en 2000 et est désormais supérieur au nombre de personnes sans emplois. Pourtant, le nombre d’embauches, qui plafonnait à 5,5 millions depuis l’automne, a diminué de 2,7 % entre janvier et mars. Pour certains observateurs, ces trajectoires divergentes seraient le reflet d’un mauvais appariement entre offre et demande lié à la mauvaise adaptation ou la sous-qualification des salariés au regard des attentes des entreprises ; pour d’autres il pourrait refléter le caractère insuffisamment concurrentiel du marché du recrutement (situations de « monopsone »).

 

L’inflation sous-jacente des prix à la consommation ralentit légèrement en avril

Le Bureau of Labor Statistics a publié le 10 mai les données d’inflation des prix à la consommation (CPI) pour le mois d’avril 2018. L’inflation progresse de 0,2 % en avril après la baisse de 0,1 % constatée en mars. Les prix de l’énergie ont largement contribué à cette hausse particulièrement au mois d’avril (+1,4 % sur un mois).

La composante sous-jacente n’a progressé que de 0,1 % sur un mois, soit en-deçà du consensus qui prévoyait une hausse de 0,2 % dans la lignée de hausses supérieures à 0,2 % tous les mois depuis novembre 2017.

Sur un an, l’inflation reste supérieure à 2 % avec une progression de 2,5 % pour l’indice CPI et de 2,1 % pour sa composante sous-jacente, alors que le consensus prévoyait une hausse de 2,2 % pour cette dernière.

 


 

Politiques macroéconomiques  

La Maison Blanche demande 15 Mds USD d’économies budgétaires au Congrès

La Maison Blanche a formellement demandé un ensemble d’économies budgétaires, pour un montant total de 15,4 Mds USD, dans le cadre d’action dite de rescission. Cette procédure créée en 1974 permet au président de demander au Congrès des annulations de crédit grâce à une procédure accélérée.

Les économies concerneraient la quasi-totalité des agences, à travers des économies ciblées dans les programmes de l’Etat fédéral. Sont principalement concernés les départements de la santé (8 Mds USD, dont 7 Mds pour le Children’s Health Insurance Program) de l’énergie (5 Mds USD) et de l’agriculture (962 MUSD). Contrairement à ce qui avait été ébruité initialement par la Maison Blanche, aucune mesure de l’accord budgétaire bipartisan de février n’est concernée.

Cette requête a été transmise à la Chambre des Représentants, qui doit se prononcer avant le Sénat, le Congrès disposant de 45 jours pour voter un texte budgétaire entérinant les réductions de crédits.  Dans l’intervalle, les autorisations budgétaires visées par la demande présidentielle seront suspendues, empêchant toute utilisation des fonds. Si le Congrès ne vote pas de texte sous 45 jours, la demande de rescission sera rejetée.

Contrairement aux lois de finances, un texte de rescission ne fait appel qu’à une majorité simple dans les deux chambres. La procédure pourrait toutefois ne pas atteindre son terme. Plusieurs parlementaires de la majorité se sont dits opposés à des coupes dans les dépenses de santé et d’agriculture. Ils soulignent également l’incohérence de vouloir réduire les dépenses juste après avoir voté un budget complet.

Dans ce contexte, les observateurs suggèrent que la demande de la Maison Blanche serait d’abord une manœuvre visant à satisfaire les demandes de l’aile conservatrice de la majorité, mécontente de la hausse des dépenses publiques adoptée en mars.

 


 

Régulation financière

Selon Randal Quarles, la réduction du bilan de la Fed ne devrait pas menacer la liquidité bancaire

Lors d’une intervention à l’université Stanford le 4 mai, le vice-président de la Réserve fédérale en charge de la supervision bancaire, Randal Quarles, a livré un exposé sur les interactions entre la taille du bilan de la Fed et la liquidité bancaire.

Dans son introduction, R. Quarles s’est félicité des effets vertueux de la règlementation bancaire sur la transmission de la politique monétaire, et au renforcement de la stabilité financière qu’elle avait permis depuis la crise. Il a cependant mis en garde contre le risque que des exigences prudentielles trop élevées, par exemple sur le ratio de levier, puissent contrarier ces effets et rappelé en ce sens les travaux « de simplification » engagés par la Réserve fédérale pour renforcer l’efficacité de la règlementation. Il a cité la récente proposition de nouveau coussin de fonds propres de sécurité (stress capital buffer) et la réforme envisagée du ratio de levier supplémentaire pour les banques systémiques.

Le vice-président de la Fed s’est ensuite concentré sur les règles relatives à la liquidité des banques. Après avoir salué l’amélioration de la liquidité bancaire aux États-Unis depuis l’instauration du ratio de liquidité à trente jours (liquidity coverage ratio, LCR), qui avait réduit l’exposition des banques au financement de court terme, R. Quarles a rappelé qu’une part importante du portefeuille d’actifs très liquides (high-quality liquid assets, HQLA) des banques américaines provenait des réserves de la Fed, qui représentent aujourd’hui environ 2 000 Mds USD d’actifs. Il l’a expliqué par la concomitance entre la politique d’assouplissement monétaire de la Fed et la mise en œuvre du LCR en 2014.

En conclusion, R. Quarles a souligné l’incertitude qui pesait sur la façon dont les banques allaient s’adapter à la réduction du bilan de la Fed, entamée en octobre 2017. Il s’est toutefois montré rassurant sur le maintien d’un bon niveau de liquidité bancaire à l’issue de cette « normalisation » en indiquant, d’une part, que la taille de bilan de la Fed resterait sensiblement supérieure à son niveau de 2008, et, d’autre part, que la substitution probable des réserves de liquidité de la Fed par des bons du Trésor n’aurait presque pas d’impact sur le LCR des banques aux États-Unis, compte tenu de leur traitement prudentiel analogue.

L’avenir des community banks débattu à l’American Enterprise Institute

Le 9 mai, l’American Enterprise Institute (AEI) a organisé un colloque sur la place des petites banques (community banks) dans le paysage bancaire américain. Il réunissait des universitaires, des représentants de l’industrie et plusieurs régulateurs tels que le président du sous-comité de la Chambre des Représentants pour les institutions financières, Blaine Luetkemeyer, et l’ancien vice-président de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), Thomas Hoenig.

Les intervenants ont souligné à l’unisson la place symbolique occupée par les community banks dans l’histoire économique et financière des États-Unis, qui faisait écho, selon eux, à la « passion américaine » pour le petit commerce de proximité. Ainsi, malgré le déclin quasi-continu du nombre de banques indépendantes (de 31 000 en 1921 à un peu plus de 5 000 en 2017), les intervenants ont convergé sur la viabilité du modèle économique des community banks, fondé sur une relation de proximité avec les clients et sur le financement de l’économie locale. Blaine Luetkemeyer a notamment indiqué que les banques locales assuraient aujourd’hui 50 % des prêts accordés aux PME américaines alors qu’elles ne représentaient que 14 % des actifs bancaires aux États-Unis. De même, Thomas Hoenig a souligné la bonne santé financière de ces établissements, citant une croissance annuelle moyenne de leurs activités de 8 % depuis 3 ans et un niveau de rendement (return on assets) jugé solide, à 1,3 %.

Pour autant, les community banks feraient aujourd’hui face à deux menaces majeures. Tout d’abord, l’émergence des FinTech et, en particulier, le développement de la banque mobile risquaient de concurrencer le modèle économique de ces établissements. Surtout, la réglementation bancaire était, selon les participants, source de coûts de conformité dirimants pour la survie de l’activité de crédit des community banks, les représentants de l’industrie ciblant en particulier le Dodd-Frank Act et les législations sur le secret bancaire et la lutte contre le blanchiment d’argent. En conséquence, l’ensemble des intervenants ont salué la proposition de loi du Sénat qui vise à réduire les exigences règlementaires applicables aux community banks.

 


 

Brèves

-Lors d’un discours prononcé à Zurich le 8 mai, le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a indiqué que l’impact du resserrement de la politique monétaire sur les pays émergents devrait rester modeste dans la mesure où, selon lui, la Fed n’a « qu’une influence relativement limitée sur les mouvements de capitaux ». J Powell a toutefois promis que la Fed communiquerait le plus clairement possible, afin d’éviter des mouvements de marché brutaux, tels que ceux observés en 2013.

-Le 8 mai, la Chambre des représentants a voté à une majorité de 234 voix contre 175 une proposition de loi qui invalide une directive du bureau de protection des consommateurs de produits financiers (CFPB) de 2013 relative à la lutte contre les discriminations dans les prêts à la consommation du secteur automobile. Cette proposition, qui avait été adoptée par le Sénat en avril, doit désormais être signée par Donald Trump.

-Le 7 mai, le commissaire républicain de la Securities and Exchange Commission (SEC), Michael Piwowar, a annoncé qu’il quitterait la SEC en juillet, après cinq ans de services.

-Le 8 mai, le département du Travail (DOL) a annoncé qu’il suspendait l’application de plusieurs dispositions de sa règle fiduciaire, notamment celle limitant la perception de commissions par les agents de courtage (broker-dealers) agissant en tant que société fiduciaire.

-Les candidats aux postes respectifs de vice-président et de gouverneure de la Fed, Richard Clarida et Michelle Bowman, seront auditionnés par la commission bancaire du Sénat le 15 mai.

-Le 3 mai, les deux entreprises para-publiques spécialisées dans les crédits immobiliers (government-sponsored enterprises, GSEs), Fannie Mae et Freddie Mac, ont publié leurs résultats pour le premier trimestre 2018. Le bénéfice net de Fannie Mae s’est élevé à 4,3 Mds USD et celui de Freddie Mac à 2,9 Mds USD. Fannie Mae a par ailleurs annoncé qu’elle verserait un dividende de 938 MUSD au Treasury d’ici le 30 juin.

-Le 10 mai, la banque Royal Bank of Scotland (RBS) a annoncé avoir accepté un accord de principe avec le Department of Justice (DOJ), en acceptant notamment de régler une amende de 4,9 Mds USD dans le cadre d’une enquête sur les pratiques de commercialisation de produits hypothécaires entre 2005 et 2007. Cette amende devrait conduire à un arrêt de l’enquête des autorités américaines et l’accord doit encore être finalisé pour engager juridiquement les parties. Pour mémoire, RBS avait déjà accepté de payer 5,5 Mds USD en 2017 à la FHFA (Federal House Finance Agency) dans le cadre d’une enquête distincte de celle du DOJ, mais portant également sur la vente de produits hypothécaires toxiques. RBS est possédée à 70 % par le Gouvernement britannique en conséquence du renflouement opéré lors de la crise de 2008.

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