Washington Wall Street Watch 2018-15

Washington Wall Street Watch 2018-15

Crédit photo : F. Jonkisz

Sommaire

Conjoncture

-Le rapport sur l’emploi de mars, décevant, décrit des tensions modérées sur le marché du travail

-L’inflation recule en mars mais progresse sur un an sous l’effet de facteurs techniques

Politiques macroéconomiques

-Le Congressional Budget Office a publié son rapport annuel sur la situation de l’économie américaine

-Les minutes de la réunion de politique monétaire de mars font état de l’optimisme croissant de la Fed

Régulation financière            

-La Fed propose de modifier les règles de détention de fonds propres pour les grandes banques

-Les régulateurs proposent de modifier le ratio de levier supplémentaire des banques systémiques

-La SEC envisage de modifier les règles de transparence sur les échanges d’obligations d’entreprise

Brèves

 


 

CONJONCTURE

Le rapport sur l’emploi de mars, décevant, décrit un degré de tensions sur le marché du travail plus modéré qu’attendu

 L’économie américaine a créé 103 000 nouveaux emplois en mars, une performance très en deçà de celle du mois de février (326 000 créations emplois, révisées à la hausse) et des attentes du consensus (175 000). Le taux de chômage se maintient à 4,1 %, et baisse à 8,0 % (-0,2 point) si l’on tient compte du temps partiel subi. Le taux d’activité recule à 62,9 % (-0,1 point). Après deux mois de performances très positives, ces données ont déçu les observateurs. En revanche, la progression des salaires s’établit à 0,3 % sur un mois et 2,7 % sur un an (après 2,6 % le mois précédent).

 

L’inflation recule en mars mais progresse sur un an sous l’effet de facteurs techniques

 L’inflation IPC (indice des prix à la consommation) recule de 0,1 % en mars selon le Bureau of Labor Statistics (après +0,2 % en février), pénalisée par le recul des prix des carburants (-0,1 %) et de l’énergie (-2,8 %). La composante sous-jacente progresse de 0,2 %, un rythme stable, portée par les services médicaux (+0,4 %) et les loyers (+0,3 %).

Sur douze mois, la hausse des prix atteint 2,4 % (+0,2 point) pour l’indice global et 2,2 % (+0,1 point) pour le sous-jacent. Cette accélération est essentiellement le résultat de facteurs techniques : les prix des forfaits téléphoniques avaient fortement diminué en mars 2017 et  une grande partie de cette baisse est désormais sortie de la période de prise en compte dans l’indice d’inflation.

 


 

Politiques macroéconomiques               

Le CBO a publié son rapport annuel sur la situation de l’économie américaine

 Traditionnellement publié avant le discours sur l’état de l’Union, le rapport annuel du Congressional Budget Office (CBO) était très attendu et avait pris du retard en retard en raison des évolutions de politique budgétaire des derniers mois (réforme fiscale,  accord budgétaire bipartisan).

Le CBO prévoit une croissance du PIB de 3 % en 2018 et de 2,9 % en 2019, grâce à une progression de la consommation et de l’investissement, notamment sous l’effet des mesures budgétaires. Le dynamisme de l’activité devrait entrainer une nouvelle baisse du chômage qui pourrait atteindre 3,5 % et 3,3 % ces deux prochaines années. Les tensions sur le marché du travail permettraient à l’inflation de s’installer durablement au niveau de la cible de la Fed.

Le rapport consacre des développements importants à l’effet de la réforme fiscale, dont le CBO estime qu’elle aura d’ici 2028 un impact positif de 0,7 % sur le PIB par rapport à sa trajectoire tendancielle (soit un gain de croissance de 0,07 % par an). L’essentiel des effets de la réforme interviendrait les premières années (+0,3 point de croissance en 2018 puis +0,6 point en 2019), notamment sur l’investissement, du fait de baisses d’impôts concentrées jusqu’en 2022. L’écart de production, déjà positif, pourrait devenir plus important et les tensions sur les prix augmenteraient à court terme. Aucun scénario de surchauffe n’est toutefois envisagé.

Selon le CBO, la croissance soutenue des prochaines années, au terme d’un cycle historiquement long, est favorable à la croissance potentielle. Les tensions sur le marché du travail devraient favoriser une hausse du taux de participation, le poussant temporairement au-dessus de sa trajectoire tendancielle, et donc la croissance de la population active (0,6 point de croissance potentielle par an sur la période 2022-2027 contre 0,5 point par depuis 2008). Une utilisation plus intensive des capacités de production est également de nature à stimuler la croissance de la productivité ces prochaines années (gain de 1,4 point sur dix ans, contre 0,9 point par an depuis 2008). La croissance potentielle est ainsi estimée à 2 % entre 2018 et 2022, avant de décélérer et de revenir sur la trajectoire tendancielle de 1,8 % à partir de 2023.

Le rapport alerte cependant sur la trajectoire des finances publiques. Le déficit budgétaire fédéral progresserait rapidement pour atteindre 4 % puis 4,6 % du PIB en 2018 et 2019, sous les effets conjugués de la hausse des dépenses publiques et de la baisse des recettes, en raison de la réforme fiscale. Le CBO projette une dégradation de la situation budgétaire à moyen et long terme, pour un déficit de 5,1 % du PIB en 2028 : les dépenses obligatoires sont attendues en hausse en raison de la forte croissance du coût des programmes de santé (+1,6 point de PIB d’ici 2028) et de sécurité sociale (+1,1 point de PIB en dix ans) à cause du vieillissement de la population, tandis que la charge de la dette augmenterait de 1,5 point de PIB. Cette dynamique déficitaire se traduirait par une progression de la dette fédérale à 96,2 % du PIB en 2028.

 

Les minutes de la réunion de politique monétaire de mars font état d’un optimisme croissant au sein de la Fed

Le procès-verbal de la réunion des 20-21 mars souligne la confiance croissante des membres du comité de politique monétaire sur le dynamisme de l’activité, notamment grâce au soutien à court terme apporté par la politique budgétaire expansionniste. « L’ensemble des participants » anticipe une progression des prix plus soutenue dans les mois à venir et le risque sur la trajectoire d’inflation est exclusivement perçu comme haussier. Cette situation est perçue comme favorable à de nouvelles hausses de taux lors des prochaines réunions pour limiter le risque de surchauffe ou d’instabilité financière. Les membres du FOMC suggèrent également que « la trajectoire appropriée de hausse de taux pourrait être plus rapide qu’anticipé ».

En conséquence, la Fed envisage de faire évoluer le communiqué afin de signaler que la politique monétaire passe d’une orientation « accommodante » à une phase « neutre ou restrictive [pour la croissance]». Cette modification marquerait une inflexion significative, qui indiquerait ainsi l’intention de la banque centrale de maitriser les tensions plutôt que de soutenir la croissance.

Par ailleurs, la Fed se dit inquiète de la montée des tensions commerciales. Si elle attend des effets économiques limités de la mise en œuvre mesures tarifaires sur l’aluminium et l’acier, l’incertitude engendrée par l’actualité pourrait affecter la bonne dynamique de l’économie américaine, selon la Fed.

 


 

Régulation financière

 

La Réserve fédérale propose de modifier les règles de détention de fonds propres pour les grandes banques

Le 10 avril, la Fed a publié une proposition d’amendement à sa règlementation relative aux exigences de fonds propres et aux tests de résistance applicables aux banques dans le cadre du CCAR (Comprehensive Capital Analysis and Review). Cette proposition vise à « simplifier ces règles tout en préservant des niveaux de fonds propres élevés pour faire face à des périodes de tension sur les marchés ». Elle s’appliquerait uniquement aux holdings bancaires disposant de plus de 50 Mds USD d’actifs consolidés et aux holdings intermédiaires américaines (IHC) des grandes banques étrangères.

La Fed propose tout d’abord la création d’un nouveau « coussin de fonds propres de sécurité » (stress capital buffer – SCB). Le niveau de ce coussin varierait dans le temps et serait déterminé, pour chaque banque, à partir des tests de résistance annuels menés par la Fed dans le cadre du CCAR. Il se substituerait au coussin de fonds propres supplémentaire, fixé actuellement à 2,5% des actifs pondérés (risk-weighted assets), et complèterait les autres exigences de fonds propres qui ne dépendent pas des tests de résistance (non-stress capital requirements), telles que le coussin contra-cyclique (CCyB) et la surcharge en capital (capital surcharge) appliquée aux banques d’importance systémique mondiale (GSIB). Un « coussin de levier de sécurité » (stress leverage buffer – SLB) serait également instauré pour « conserver la cohérence entre les règles prudentielles fondées sur le risque et celles fondées sur le levier ».

En contrepartie, la Fed renoncerait à son pouvoir de blocage, sur la base de critères quantitatifs, des plans de distribution des dividendes des banques. Elle réduirait également à quatre trimestres, au lieu de huit actuellement, la durée du pré-financement des dividendes que chaque banque doit provisionner. La Fed indique par ailleurs que sa proposition se traduirait en une diminution du nombre de règles de fonds propres applicables aux grandes banques, qui passerait de 24 à 14. Enfin, elle estime, sur la base des niveaux actuels de fonds propres bancaires, que sa proposition conduirait à une légère augmentation des exigences pour les GSIB mais à une légère diminution pour les autres banques concernées.

Cette proposition de la Fed est désormais soumise à une procédure de consultation publique d’une durée de 60 jours. Elle entrerait en vigueur au 31 décembre 2018, ce qui conduirait à une mise en place des nouveaux coussins SCB et SLB par les banques assujetties au plus tard le 1er octobre 2019.

  

Les régulateurs bancaires proposent de modifier le calcul du ratio de levier supplémentaire des banques systémiques (eSLR)

Le 11 avril,  la Fed et l’Office of the Comptroller of the Currency (OCC) ont publié une proposition commune qui révise le mode de calcul du ratio de levier supplémentaire appliqué aux GSIB (enhanced supplementary leverage ratio – eSLR). Les deux régulateurs indiquent que cette proposition est en ligne avec les recommandations du comité de Bâle.

Actuellement, le ratio eSLR (fonds propres sur actifs totaux) s’applique uniformément aux GSIB, sans distinction de leur empreinte systémique. Il est fixé à un peu plus de 5% pour la holding bancaire et à 6% pour ses filiales. La proposition consiste à le remplacer par un ratio spécifique à chaque banque, qui serait calculé à partir de la taille de sa surcharge en capital (capital surcharge), qui lui est propre. D’après les estimations de la Fed, cette modification aurait pour effet de diminuer de 400 MUSD le montant total consolidé de fonds propres (tier 1 capital) exigés auprès des GSIB.

La Fed a voté cette proposition par deux voix contre une, la gouverneure Lael Brainard s’y opposant. C’est la première fois depuis 2011 qu’une proposition de la Fed en matière de supervision n’est pas adoptée à l’unanimité. La Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) n’a, du reste, pas co-signé la proposition.

La proposition est soumise à une procédure de consultation publique pendant 30 jours.

  

La SEC envisage de modifier les règles de transparence sur les échanges d’obligations d’entreprise

Le 9 avril,  le FIMSAC, le comité consultatif de la Securities and Exchange Commission (SEC), a publié une recommandation qui vise à expérimenter, pendant un an, un nouveau régime de publication des  transactions par voie de bloc sur les obligations d’entreprise (block-size trades in corporate bonds).

D’une part,  le FIMSAC recommande d’augmenter le nombre de transactions devant faire l’objet d’une publication du prix et du volume dans les 15 minutes suivant leur conclusion. Les transactions concernées sont celles inférieurs à 10 MUSD pour les obligations à faible risque (investment grade – contre  5 MUSD aujourd’hui) et de 5 MUSD pour les obligations les plus risquées (non-investment grade- contre 1 MUSD aujourd’hui).

D’autre part, le FIMSAC propose d’accorder aux acteurs du marché un délai, plus long, proposé à 48 heures pour publier les informations relatives aux échanges d’obligations d’entreprise à faible risque d’un montant supérieur au nouveau plancher de 10 MUSD. D’après un des membres du FIMSAC, Mihir Worah, ce délai permettrait de réduire le risque d’attaques spéculatives contre ces titres.

En cas d’adoption de cette proposition par la SEC, la FINRA, l’organisme d’auto-régulation des agents de courtage, serait chargée de sa mise en œuvre.

 


 

Brèves           

 

-Le 9 avril, le Treasury a demandé aux investisseurs détenant plus de 4,58 Mds USD en bons du Trésor américain à maturité novembre 2027 de se déclarer auprès de la Fed de New York, d’ici le 16 avril. Des demandes analogues avaient été effectuées en 2004, 2012 et 2016.

 

-Le 9 avril, le New York Stock Exchange (NYSE) a levé l’interdiction d’échanger sur sa plateforme les titres cotés sur d’autres bourses, telle que le Nasdaq. Cette décision augmente de 3 150 à 8 600 le nombre de valeurs boursières pouvant être échangées sur NYSE.

 

-Dans un communiqué publié le 10 avril, le Federal Financial Institutions Examination Council (FFIEC), un organisme composé de six régulateurs financiers, a mis en garde les institutions financières contre la multiplication des incidents de nature technologique. Il les invite notamment à renforcer l’adéquation entre leurs procédures de gestion des cyber-risques et les polices d’assurance censées les couvrir.

 

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